L'enfant suivit Hans de son mieux, tentant de ne pas trébucher sur les congères de plus en plus nombreuses qu'ils croisaient. Elle se demandait si elle avait eu raison de le suivre. Elle prépara sa magie, qui se tint dans son poing, prête à surgir et cas de besoin. Mais bientôt, Hans s'arrêta devant une petite chaumière dissimulée par les sapins, à quelques centaines de mètres de là. La maison, toute en bois, semblait plutôt paisible et accueillante. Hans la lâcha pour ouvrir et la fit entrer avec un sourire presque gentil, et Luna commença à se demander si elle ne s'était pas fait des idées sur son guide. Après tout, il ne proposait que de l'aider. Et puis, c'était reposant de compter un peu sur les autres. Elle qui n'avait jamais vraiment été seule, princesse pouponnée par des centaines de servantes et qui avait grandi collée à sa cousine, n'était pas vraiment sure d'apprécier.
Elle suivit son hôte à l'intérieur d'un pas hésitant. Ce dernier lui sourit et lui fit signe de s'asseoir pendant qu'il préparait du thé. Elle se laissa tomber sur une chaise, et éteignit sa magie. Elle se sentait bien ici. En sécurité.
Par la fenêtre, on apercevait la tempête qui faisait toujours rage, et Luna se demanda comment allait Alice. Une vague de culpabilité l'envahit. Alice, sa presque sœur, qui avait toujours été là pour elle. Elle, si patiente, qui l'écoutait, la consolait. Elle s'en voulait tellement ! Si même la personne sur laquelle elle avait toujours pu compter n'était pas en sécurité avec elle, qui le serait ? Elle secoua la tête pour chasser ces pensées, et se concentra sur Hans qui préparait le thé. Il avait dit qu'il connaissait son « problème ». Peut-être qu'il pourrait le résoudre. Peut-être qu'elle pourrait rentrer Elle serait normale, plus de magie, ne plus blesser personne. Elle aurait enfin le droit d'être aimée… Hans, alors. Un vieil ami d'Anna alors ? Mais pourquoi est-ce qu'elle ne lui en avait jamais parlé ?
Interrompant ses réflexions, le jeune homme approcha, toujours souriant, avec deux tasses fumantes à la main.
« Vous avez soif j'espère ? Le panorama de la région est magnifique, mais pas tellement pratique pour faire les courses. Du coup, on fait avec ce qu'on peut, et comme on est assez peu desservis en énergie aussi, on se réchauffe au thé. Goutez, il est très bon ! »
A ces mots, il s'assit en face d'elle et la fixa d'un air moqueur.
« Alors, qu'est ce que notre petite princesse Luna fabrique si haut dans la montagne à une heure pareille ? Les rois et reines n'ont pas encore inventé la notion de couvre feu ? »
Elle fronça les sourcils. Il n'était pas si tard, d'abord. Encore qu'elle ne savait pas vraiment quelle heure il pouvait être, mais de toutes manières ce n'était pas ses affaires, et puis elle trouvait sa phrase un peu insultante.
« Je croyais que vous connaissiez mon problème » fit-elle négligemment en soufflant sur sa tasse. « Donc, vous devriez savoir ce que je fais là. »
Elle but une gorgée, et Hans lui sourit.
« Oh, mais ce n'est pas moi qui connais tout de vous, votre Altesse, je croyais vous l'avoir dit, non ? Je vous ai invité sur ordre de, vous savez, mon ami. D'ailleurs, il ne devrait plus tarder à nous rejoindre, maintenant. Il tenait vraiment à vous rencontrer, il sera ravi de vous voir ici, vous verrez. Alors ? Qu'est ce qui vous a poussé à escalader la montagne du Nord en pleine tempête de neige ? »
La jeune fille se détendait. D'ailleurs, sans trop savoir pourquoi, elle avait du mal à garder les yeux ouverts. Surement le contre coup de sa course et du froid. Elle but à nouveau, puis son bras s'affaissa sous le poids de la tasse, la faisant retomber sur la table avec un claquement sonore. Elle se sentait… Fatiguée. Elle n'avait plus la force, ni de faire semblant, ni de dissimuler.
« Je ne voulais plus blesser personne » finit-elle par répondre dans un soupir. «Je blesse tous ceux que j'approche. »
Hans lui sourit à nouveau, mais d'un sourire ironique, presque méchant.
« Oh, ne vous en faites pas pour ça, votre Altesse. Mon ami est très fort pour régler ce genre de… Problèmes. »
Elle voulut reporter la tasse à sa bouche mais sa main se trouva trop faible pour la soulever. Elle réussit à relever la tête et remarqua les yeux brillants d'ironie de son hôte, et au passage, dans un éclair de lucidité, que Hans n'avait pas touché à la sienne. La tasse. Sa soudaine fatigue. Malgré l'épuisement, les liens se firent dans son un éclair de panique, elle voulut bouger, mais ce fut impossible.
« Vous… » articula-t-elle sans parvenir à achever sa phrase.
Au contraire, l'effort de parler acheva ses dernières forces, sa tête tomba vers l'avant. Elle réussit à la relever, l'espace d'un instant, luttant comme elle pouvait contre la torpeur qui l'envahissait. Mais sa résistance ne pouvait plus grand-chose, et sa tête retomba, cognant contre la table dans un bruit sourd. La douleur lui permit de garder encore un instant sa lucidité, pour entendre une porte claquer, et sentir le vent du dehors la gifler avec force. Elle entendit comme dans un brouillard Hans s'écrier « Tiens, le voilà justement ! Juste à l'heure, comme toujours ! », puis un bruissement d'ailes. Elle vit la silhouette d'un oiseau gigantesque, noir comme la nuit, s'ébrouer, puis Hans s'agenouiller et murmurer quelques mots à ce qui avait prit une silhouette humaine. Puis le noir l'emporta et elle s'effondra tout à fait sur la table, inconsciente.
