Luna s'éveilla d'un coup. Elle regarda autour d'elle, un peu perdue. Quelle était donc cette chambre ? Elle se frotta les yeux et se redressa lentement. Elle laissa les souvenirs remonter lentement à la surface. Julien. Alice. La neige, puis Hans. Et combien elle avait eu sommeil, d'un coup… Elle se sauta d'un bond du lit de camp sur lequel elle était étendue. Ce n'était pas naturel, de s'endormir comme ça ! Elle était fatiguée, certes, mais de là à tomber comme ça au milieu d'une discussion… Elle attendit une minute pour dissiper le léger vertige qui l'avait prise et observa avec attention autour d'elle. Elle était seule, dans une petite chambre en bois. Elle alla vers la porte : verrouillée. Elle soupira : évidemment. Au moins, comme ça, elle était fixée : faire confiance à Hans avait été une mauvaise idée. Maintenant, il fallait en trouver une meilleure, d'idée, pour sortir de là. Et de préférence en vitesse… Elle se pencha vers la serrure, et réussit à distinguer une seule silhouette. Le maître de Hans était donc parti, à moins qu'il soit juste hors de son champ de vision. Soudain, en voyant le lustre en cristal balancer au dessus de la tête de l'homme, elle eut une idée… Elle s'assit sur son lit. Elle aurait besoin de se préparer, mais ça pouvait marcher..

Ca y était. Tout était près, il ne lui restait plus qu'à espérer que ça marche, et se lancer.

« Hans ! » elle appela. « Il y a quelqu'un ? »

Comme elle s'y attendait, le jeune homme ouvrit la porte avec un sourire mielleux. Il s'inclina dans une parodie de révérence, et elle se demanda comment elle avait pu être aveugle au point de ne pas le démasquer. Franchement, il faisait un acteur pitoyable…

« Ah, princesse, vous êtes réveillée. Quel dommage, vous avez manqué la visite de mon… ami. »

Il s'avança vers elle, et referma la porte derrière lui. Zut, voilà qui compliquait les choses… Tant pis, elle ferait avec.

« Vous avez bien dormi j'espère ? Vous voulez peut-être un peu de thé, pour vous réveiller ? »

Elle secoua la tête. Elle détestait qu'on la prenne pour une imbécile. Evidemment qu'elle ne voulait pas de son thé drogué, mais elle n'allait pas le lui dire… Tiens, il s'avançait. Il était temps alors…. Elle leva les yeux, et la neige qu'elle avait accumulée sur son lit forma une énorme boule de neige juste derrière lui. Trop occupé à lui faire la causette, il ne la vit pas. Elle frissonna, et la boule s'écrasa sur Hans qui poussa un cri.

Le temps qu'il reprenne ses esprits, à demi assommé, elle attrapa la clé toujours visible à sa ceinture et courut. Elle ouvrit la porte et courut dans la pièce d'à coté, pendant que Hans se relevait et la rattrapait. Elle arriva à la porte d'entrée, fermée aussi. Ok. Plan B… Une idée, vite ! Elle essaya toutes les clés du trousseau, rien à faire. Zut, zut, zut…Hans la rattrapa devant la porte, à laquelle elle s'adossa, terrifiée. Les yeux de l'homme étaient noirs de rage, et il semblait ne pas vouloir se contenter d'une tisane à lui donner cette fois… Elle leva une seconde les yeux. A moins que… Elle ferma les yeux pour se concentrer. Elle n'aurait qu'une seule chance. Pourvu que…
BOUM ! Le lustre, sous le poids de la neige qu'elle y avait accumulé, venait de s'effondrer sur son poursuivant, l'assommant totalement cette fois.

Ouf ! Vive les plans B. Restait le problème de la clé… Oh et puis tant pis. Elle avisa une fenêtre, qu'elle réussit à entrouvrir. L'instant d'après, une colombe s'échappait par la fenêtre ouverte.

Elle vola un moment, avant de se retransformer et de se mettre à courir, le plus vite possible, pour s'éloigner de la maisonnette. Elle aurait préféré voler, mais elle était fatiguée et craignait que son pouvoir ne s'épuise en plein vol… Elle arriva dans une forêt. Le soir était arrivé, et la lumière de la lune donnait aux ombres des arbres des allures menaçantes. Elle croyait voir Hans partout, si bien qu'elle courut encore longtemps, jusqu'à s'arrêter, à bout de souffle, dans une petite clairière.

« Bien, fit-elle à voix haute. Et maintenant ? »

A ce moment précis, un hurlement retentit.

« Oh non… »

Mais si. Apparemment, le sort n'avait pas fini de s'acharner sur elle, et elle vit apparaitre deux yeux jaunes et brillants de loup. Puis quatre. Puis six, dix, ils étaient au moins une trentaine ! Elle voulut courir, mais ses jambes ne la portaient plus. De toutes manières, c'eut été inutile : elle était encerclée. Elle essaya de s'envoler, mais retomba à terre sitôt transformée. Elle n'avait plus aucune chance. Elle regarda les loups resserrer leur cercle lentement comme on voit la mort arriver, impuissante, recroquevillée sur elle-même. Elle sentit déjà leur souffle sur sa peau, quand une voix cria « Arrêtez ! »

Etonnamment, les loups obéirent immédiatement. Ils s'assirent et commencèrent à se lécher, comme de gros chats. Sidérée, Luna se releva, pour voir apparaitre une silhouette féminine. SI le spectacle des loups avait été impressionnant, celui-là l'était plus encore. La femme qui approchait avait la peau très pâle, si pâle qu'elle reflétait la lumière de la lune et semblait luire d'elle-même. Ses longs cheveux de jais, parsemés de petites étoiles, tombaient en cascade sur son élégante robe bleu nuit.

« Wouaw » lâcha Luna avant de mettre sa main devant sa bouche. Oups…
La femme ne sembla pas s'en offusquer, heureusement. Elle lui sourit, et avança jusqu'à la toucher. Là, elle lui effleura le bras du bout des doigts, puis fronça les sourcils.

« Qui es-tu, petite fille, et que fais-tu toute seule au milieu des bois ? Tu ne sais pas que c'est dangereux ? »

Intimidée, Luna hésita.

« Euh, je c'est-à-dire que… J'étais poursuivie, et.. »

Le sourire de la femme revint.

« Allez, ce n'est pas grave. Dis moi juste comment tu t'appelles.
-Je m'appelle Luna »

Son sourire s'élargit encore.

« Alors, nous allons bien nous entendre, Luna. Je suis la Lune. »