Alice s'éveilla avec un terrible mal de crâne. On aurait dit qu'un troupeau de marteaux piqueurs avaient organisé une grande fête dans son cerveau. Elle commit l'erreur de tenter de bouger la tête et le regretta aussitôt.

« Mmh… » gémit-elle

Des voix lui parvenaient maintenant, légèrement assourdies.

« Elle est réveillée ! Oh, merci, Paddy, merci beaucoup !
- Je t'en prie, Anna, c'est le moins que je puisse faire pour ma petite fille. Et puis, comme je crois l'avoir déjà dit, pour le cœur, c'est plus compliqué, mais heureusement, elle n'était touchée qu'à la tête, et la tête se laisse aisément convaincre… »

Elle força ses paupières à s'ouvrir, avec un autre grognement de douleur. Que quelqu'un dise aux éléphants qui tambourinaient dans son crâne d'arrêter, pour l'amour du ciel !

Elle réussit enfin à ouvrir les yeux, et regarda autour d'elle. La prairie des trolls. Elle était allongée sur une sorte de pierre plate, et une haute silhouette se tenait à son chevet.

« Papa ? »

Kristoff lui sourit.

« Oui, ma puce. Tu nous as fait très peur, tu sais ? »

Anna, accrochée à son bras, opina du chef. Elle était encore pâle comme un linge. Elle s'était tellement inquiétée ! Alice chercha autour d'elle, avant de se tourner vers sa mère, tout en s'asseyant sur le lit de pierres.

« Où est Luna ? » fit-elle, étonnée. Elle n'en voulait pas à sa cousine, mais aurait pensé que celle-ci aurait quand même pris la peine de venir avec eux.

Anna eut un sourire gêné.

« C'est-à-dire… On est parties vite. On a rejoint ton père et il nous a emmenées, ta tante et moi, mais dans la précipitation… Luna est restée au palais. Mais ne t'inquiète pas, comme tu mettais un peu de temps à te remettre, Elsa est partie la chercher tout à l'heure, elle ne devrait plus tarder.»

Alice se releva doucement, et à peine tenait-elle sur ses pieds que Anna la serra fort dans ses bras. Décidément, elle avait dû être en bien mauvais état, pour que sa mère se mette dans un état pareil !
Ladite mère la prit par le menton et la fixa droit dans les yeux.

« Tu. Ne. Me. Refais. Jamais. Un. Coup. Pareil. Articula-t-elle en détachant chaque mot. Jamais. Tu m'entends ? »

La jeune fille opina, et sa mère la serra dans ses bras avec un soupir.

« Enfin, tout est bien qui finit bien… »

« Anna ! »

Le cri venait d'Elsa, qui était effectivement de retour. Celle-ci, essoufflée d'avoir couru, reprit sa respiration un seconde avant de planter deux yeux bleus pleins d'angoisse dans ceux de sa sœur.

« Anna, Luna est partie ! Je l'ai cherchée partout, elle n'est nulle part, elle a pris ses affaires, elle est partie ! » fit-elle d'une voix entrecoupée de sanglots avant de se blottir dans les bras de sa sœur.

Celle-ci regarda sa fille avec un soupir.

« Bon, mettons que je n'ai rien dis… »

Alice montait avec peine la colline en grommelant, un énorme sac sur le dos.

« Non mais qu'est-ce qu'elles croient, elles ? »

Elle mit un coup de pied dans une gerbe de neige qui eut l'excellente idée de lui revenir en plein dans sa figure. Elle la chassa, frissonna, et remonta son manteau.

« Tu n'y vas pas, Grand Paddy a dit que tu devais te reposer bla bla bla… Non mais n'importe quoi ! »

Elle glissa et manqua tomber.

« Pff. De toutes façons, ils n'avaient aucune chance de la trouver sans moi. Qui est-ce qui la connait le mieux, hein ? »

Elle avisa une chouette, qui la regardait étrangement du haut de sa branche

« Bah oui, je parle toute seule, et alors ? Ca te dérange, la chouette ? De toute façon, y a pas un bruit à des kilomètres. Et puis je fais ce que je veux d'abord ! »

Lui jetant un regard étonné, la chouette s'envola, laissant la jeune fille se battre avec la neige qui envahissait plus ou moins lentement ses bottes et sa jupe.

Elle grimpa encore, glissa, se retrouva couverte de neige.

« Pff.. » souffla-t-elle.

Elle se releva, grimpant comme elle pouvait, frissonnant dans l'hiver.

Alice marcha longtemps. Longtemps. Si longtemps qu'elle perdit peu à peu la notion de temps, justement. Elle ne savait plus non plus où elle était, juste ce qu'elle cherchait. Sa cousine. Elle ne pouvait pas être très loin, si ? Ses pieds glacés la portaient de plus en plus difficilement, et elle n'avait pas vu un être humain parmi toutes ces congères et ces sapins enneigés depuis son départ qui remontait à... Quand d'ailleurs ? Elle n'en avait vraiment plus la moindre idée. Elle secoua la tête. Ca suffisait, la neige, maintenant ! Par pitié, un peu de chaleur… C'était bien beau la neige, mais là, elle était juste épuisée, et surtout, frigorifiée. Elle commençait à regretter un peu d'être partie seule... Elsa et Anna devaient s'inquiéter. Et contrairement à ce qu'elle pensait en partant, elle n'était plus si sure d'être celle qu'il fallait pour cette mission. Après tout, qui savait où pouvait être sa cousine ? Sa tante avait des pouvoirs, pas elle. Elle, elle avait seulement froid, il n'y avait rien autour, absolument rien. Rien que de la neige, de la foutue neige, pas un abri à l'horizon, pas… Oh mais si, une cabane, juste là ! Grelottante, elle se précipita vers la maisonette d'un pas chancelant, et frappa de tout ce qu'il lui restait de forces. Personne ne répondit. Elle réessaya, sans plus de succès. Prête à abandonner, elle allait faire demi tour, quand elle eut l'idée d'appuyer sur la poignée, qui s'ouvrit sans même un grincement. N'osant croire en sa chance, elle entra, et s'appuya avec un soupir de soulagement contre la porte. Il avait beau faire un froid presque surnaturel pour un intérieur dans cette cabane, au moins, elle était à l'intérieur, à l'abri des flocons. Encore que… Tout l'intérieur était recouvert d'une épaise couche de glace. Mais il ne neigeait pas, il y aurait peut-être des couvertures quelque part, et, on pouvait rêver, quelqu'un qui l'aiderait à retrouver son chemin ?

Elle rouvrit les yeux doucement, et allait entreprendre l'exploration de l'endroit quand elle avisa une forme recroquevillée dans un coin de la cabane. Une silhouette accroupie, profondément absorbée dans une tâche qu'elle ne pouvait pas voir d'ici.

Elle s'avança timidement. La silhouette était celle d'une jeune fille en robe bleu nuit, qui maniait d'étranges cubes de glace. Elle semblait n'avoir même pas remarqué la présence d'Alice, à qui les cheveux clairs de la fille paraissaient pourtant étrangement familiers.

Elle s'avança encore un peu.

« Excuse-moi… »

La fille eut un mouvement, et Alice avisa le bracelet de glace qu'elle portait au poignet. Elle avait exactement le même. Petites, elles s'étaient jurées de ne jamais l'enlever, qu'il symbolisait leur amitié, pour toujours.

« Excuse-moi... » répêta-t-elle, hésitante.

La fille se retourna violemment, et Alice eut un frisson. Elle connaissait ce visage, ce corps, ces cheveux blonds. Elle les avait croisés chaque jour depuis sa plus tendre enfance. Mais ledit visage se retourna entièrement et planta ses yeux droit dans ceux de la jeune fille, des yeux pleins d'une expression qu'elle n'y avait jamais vu, si emplis de colère qu'elle recula.

"Luna ?" fit-elle dans un souffle