« Luna ? Luna, c'est toi ? »
La fille en face d'elle la fixa d'un regard plein de mépris.
« Bien sur que c'est moi. Qui veux-tu que ça soit ? »
Ne sachant quoi répondre, Alice s'approcha de sa cousine et, hésitante, posa la main sur son épaule.
« Tu devrais rentrer avec moi. Elsa se fait un sang d'encre, et moi aussi, j'étais très inquiète. »
Silence. Luna se dégagea et la jeune fille, blessée, laissa retomber sa main.
« Luna… »
L'intéressée se retourna et planta ses yeux bleu glacier dans ceux de sa cousine.
« Va-t-en.
-Mais Luna..
-Va-t-en. Je n'ai pas besoin de toi. »
Et elle se détourna, retournant à ses cubes glacés. Alice sentit des larmes de fatigue perler à ses yeux. Bon sang, elle n'avait quand même pas subi tout ça pour rentrer sans elle ! Elle attrapa l'épaule de sa cousine pour la forcer à se retourner, et ce fut à son tour de la regarder droit dans les yeux.
« Bon, alors ça suffit, maintenant. Tu as idée du froid qu'il fait dehors ? Du temps que j'ai passé sous la neige à te chercher ? J'ai marché des jours, j'avais froid, j'avais faim, rien que pour te trouver ! Et maintenant, tu me dis de partir ? Comme ça, sans une seule explication ? Bon sang, tu pourrais au moins m'expliquer pourquoi ! »
Se dégageant à nouveau de son étreinte, la jeune fille la regarda à nouveau.
« Ah oui, tu veux savoir pourquoi ! »
Elle se leva, menaçante, et Alice eut sans le vouloir un mouvement de recul. Elle ne s'était jamais rendu compte que sa cousine pouvait être aussi effrayante.
« Il se trouve que j'ai rencontré quelqu'un. Fit-elle, se rapprochant d'Alice. Quelqu'un comme moi. J'ai rencontré mon vrai père.
-Quoi ?
-Oui. Je ne suis pas la fille du roi. On m'a menti. Toute mon existence n'a été qu'un mensonge. Et tu sais ce que j'ai compris ?"
Elle s'avança un peu plus, un sourire cruel s'allumant sur son visage.
"J'ai enfin compris qui j'étais. Je suis puissante, et personne ne le voit, c'est vraiment trop dommage. Surtout les pauvres petits humains que vous faites, effrayés d'un rien. J'ai compris que j'avais tord de ma cacher, et que c'était vous, qui devriez avoir honte, de votre faiblesse et de vos jugements, et que pas moi d'être meilleure que vous !"
Elle baissa la voix.
"Alors, tous les deux, lui et moi, on va réussir à se faire entendre. On ne se laissera pas marcher dessus. Les gens normaux, comme toi, nous mentent. Nous font du mal. C'est notre tour de briller. Alors si tu veux vraiment rester, très bien, vas-y. Mais je ne garantis pas que tu sois capable de survivre longtemps. »
Alice recula encore, tandis que Luna avançait encore vers elle. Les larmes brulaient sa gorge.
« Comment… Comment tu peux dire une chose pareille ? Et nous alors ? Notre enfance toutes les deux ?»
Elle recula encore et se retrouva dos au mur pendant que Luna s'approchait toujours.
« Je ne sais pas. Justement. C'est pour ça que je te laisse le choix. Pars. Va-t-en. »
Le cœur battant, Alice sentit un sanglot monter dans sa gorge. « D'accord » souffla-t-elle
A peine avait-elle prononcé ces mots que Luna retournait à ses cubes. Alice se dirigea lentement vers la porte, avant de lancer un dernier regard vers sa cousine. Sa main se posa sur la poignée, appuya. La porte s'ouvrit, et elle posa un pied sur le rebord de la porte. Puis, le rerentra. Non, elle n'avait pas fait tout ça pour rien. Et surtout, elle refusait de perdre sa meilleure amie.
« Non, je ne m'en vais pas. Je refuse de t'abandonner. »
Le froid. Elle sentait le froid autour de son cœur, et ça lui allait très bien. Qui n'a jamais rêvé de ne plus souffrir ? De ne plus s'inquiéter, de ne plus avoir mal. De ne plus rien ressentir. Elle ne voulait pas revenir en arrière. Son père était parti, lui avait dit de rester là. De jouer avec les cubes, en attendant. Qu'à son retour, il lui expliquerait son plan. Son plan pour qu'ils soient enfin ceux qui gagnent... Cette fille, elle ne s'en rappelait pas. Elle ne voulait pas s'en rappeler. Mais cette idiote, là, avec ses larmes et son amour dégoulinant, commençait à faire fondre la glace. Elle sentait comme l'ombre d'un souvenir l'affleurer à chacune de ses histoires, et chaque souvenir effleurait son cœur, le réchauffant un peu au passage. Elle sentait un minuscule battement comme en suspens dans sa poitrine, comme on pressent une catastrophe imminente. La glace, la glace. Il ne fallait pas que la glace s'en aille. Pour la troisième fois, une petite main se posa sur son épaule. Elle la repoussa.
Les cubes. Se vider la tête. Ne plus l'écouter. Elle mélangea ses jeux, pour découvrir quels mots ils formeraient cette fois. La dernière fois, c'était glace. La fois d'avant, nuit. Et là… Malgré elle, les cubes avaient formé « AMI »
D'un geste rageur, elle les remélangea. « Rires ». Encore. « Seule » Avec un grondement furieux, elle envoya valser ses cubes. Bons à rien. Inutiles.
Derrière elle, l'idiote venue la déranger continuait son discours larmoyant. Elle la haissait. De tout son cœur. Pourquoi ne l'avait-elle pas encore noyée sous une tonne de neige, d'ailleurs ? A la seconde où elle eut cette pensée, elle s'en voulut d'avoir posé la question. Et encore plus d'avoir trouvé la réponse. Elle l'…aimait. Malgré la glace. Qui continuait, malgré ses efforts, à fondre. Cette fille devait partir. Tout de suite.
Elle se retourna.
« Va-t-en. »
Encore une main sur son épaule. Elle l'envoie encore balader.
« Luna, s'il te plait… Tu te rappelles, quand on était petites ? Tous les bonhommes de neiges... »
L'autre babillait toujours son discours de petite fille. Une gamine, c'était tout ce qu'elle était. De toutes façons, ça ne la touchait pas. Pas du tout .Sauf au niveau de cette maudite glace qui s'obstinait à fondre…
« Luna… Et nos batailles de boules de neige ? Nos jeux… Tu te rappelles la fois où on a été jouer dans le manoir hanté ? J'avais peur, et quand Papa a surgi pour nous dire de venir à table, tu lui a balancé une boule de neige en sursautant. »
« Arrête. Arrête-ça. Tout de suite » Elle fit face à l'autre, menaçante. « Encore un mot. Une phrase, et tu te retrouves dehors, étouffée sous un immense tas de neige. »
« Et quand tu étais malade et que Maman m'envoyait te porter à manger, parce que j'étais la seule que tu acceptais de voir ? »
« Dis moi, qu'est-ce que tu ne comprends pas dans va-t-en ? » hurla-elle, la panique grandissant. La glace s'en allait, la glace fondait, de plus en plus vite… D'une seconde à l'autre, le battement fatidique retentirait….
« Luna… » L'autre reposa sa main sur son épaule. Elle sentit son corps se mettre à trembler, de plus en plus fort. La panique revenait. Elle ne voulait pas redevenir la petite fille perdue qu'elle était auparavant ! Elle ne voulait pas ressentir, pas…
« Ne me touche pas » gronda-t-elle en la repoussant. Mais Alice ne lâcha pas prise.
« Lâche moi ! » cria-t-elle encore d'une voix presque suppliante.
Alice sentit la détresse dans sa voix et posa sa deuxième main sur l'autre épaule. Elle planta ses immenses yeux bleus pleins de compassion dans ceux de sa cousine qui ferma les siens pour ne plus les voir, voulut se dégager. Mais les mains ne bougeaient pas, et les yeux bleus semblaient la fixer à travers ses paupières closes. Elle n'en pouvait plus. La glace fondait, l'abandonnant à son sort, disparaitrait d'une seconde à l'autre, elle n'y pouvait rien et… Non ce n'était pas possible !
« LACHE-MOI » hurla-t-elle pendant que des rayons glacés partaient en tout sens de son corps, touchant sa cousine en plein cœur, qui s'effondra. A cet instant précis, le dernier fragment de miroir se détacha, et son cœur se remit à battre. Boum. Boum. Sous le choc, elle tomba à terre, les yeux fermés. Puis les rouvrit, et rampa jusqu'à sa cousine à terre.
« Oh non non non, Alice, réveille-toi ! »
