Première Partie
Celui-Qui-Voulait-Être-Un-Roi
《L'ambition détruit son hôte》Le Talmud
L'histoire d'un homme si obsédé par la réussite que cet échec constant qui le suivait et dont il n'était pas conscient a fini par le rendre fou.
° 1
Abraxas
3 Novembre 1941
Moi, Abraxas Melchior Malfoy, ai décidé d'écrire dans ce journal mes souvenirs afin d'en faire mes mémoires. Je veux laisser une trace pour tout ce que je vais vivre, tout ce que je m'apprête à faire, ne soit pas oublié. A quoi bon vivre si personne ne connaît ni se souvient de tout ce que vous avez accompli ? A quoi bon vivre si votre existence ne laisse aucune impression derrière elle, si votre passage sur Terre est quelque chose dont le monde entier se moque complètement ? Cela me paraît bien inutile. Je veux relater mes futures réussites et même mes déceptions et mes échecs dans ce cahier, c'est pourquoi j'ai demandé à Père de me l'offrir pour me récompenser de mon comportement exemplaire. Il a accédé à ma demande et a déclaré qu'il était bon pour moi d'avoir de tels objectifs. "L'ambition a toujours été une de nos vertues", a-t-il ensuite ajouté, "Ainsi, les projets que j'ai pour toi sont moins grandioses que ceux que tu t'es imaginé, c'est bien, ce sera donc plus aisé pour toi de combler mes attentes."
Je n'ai certes que 9 ans mais je sais déjà ce que je veux faire de ma vie. Assurer la prospérité de mon nom et mon épanouissement personnel. Comme Père. Mieux que lui, même.
Père est un modèle pour moi. En vérité, il devrait être un modèle pour tous. Après tout, c'est un Malfoy.
Notre famille est l'une des plus anciennes, mais aussi l'une des avisées et donc l'une des plus riches - même si je pourrais dire qu'elle est assurément LA plus influente sur tous les points, mais cela serait un manque cruel de courtoisie. Un Malfoy est censé avoir un tact irréprochable. Cela est un atout nécessaire, une qualité essentielle pour maintenir son pouvoir : nos relations avec les plus médiocres que nous doivent être cordiales, car si tous les inférieurs s'alliaient, ils pourraient bien former une équipe puissante et être des adversaires redoutables.
Père a les idées que lui a inculquées son propre-père, il est lui aussi contre le Code International du Secret Magique. Les sorciers ne devraient pas avoir à se cacher. Et les Moldus devraient être punis pour leurs actes barbares à notre égard.
Père dit souvent que les Moldus sont sauvages même entre eux, ils ont peur de tout et n'importe quoi, ils sont effrayés et détestent tout ce qui est différent d'eux. La paix est donc certainement un mensonge.
D'après ce qu'il m'a raconté, le monde sorcier serait actuellement agité par une guerre. De grande envergure. Tout cela parce qu'ils sont incapables d'accepter les croyances, les principes et les origines des uns et des autres. Tuer ce qu'on appelle des Juifs ? Des Tziganes ? Pourquoi faire ? Il ne viendrait jamais à l'idée d'un sorcier anglais ou français ou autres d'attaquer un sorcier africain ou irakien à cause de leurs lieux de naissance ou leurs cultures. Chaque pays a une pratique de la magie différente, et jamais nous ne voudrions en imposer une universelle. La magie est faite pour être pleine de diversité.
C'est pourquoi les Moldus sont insupportables et incontrôlables. Il faudrait quelqu'un pour les exterminer, ou au moins les contrôler.
Père m'a aussi dit qu'il y avait un homme très puissant, du nom de Grindelwald, qui partageait cette opinion sur les Moldus et qui souhaite changer les choses au Ministère. Père lui a apparemment déjà parlé, et il m'a dit que quand le temps sera venu, il nous présentera.
21 Décembre 1943
Le temps est venu. Ce soir, je rencontre Grindelwald.
C'est fait. Je l'ai vu. Je crois que l'événement le plus marquant de cette année, voire de ma vie. Bien plus que mon entrée à Poudlard il y a maintenant quelques mois. Que voulez-vous que l'on dise sur ma rentrée ? Tout s'est passé de façon si prévisible. Je suis arrivé et tout est allé très bien. Un long discours, une chanson puis j'étais réparti à Serpentard. Ce à quoi je m'attendais fortement. Rien d'extraordinaire. Et ensuite, c'était fini. Rien d'autre à ajouter. On s'habitue vite à Poudlard.
Mais ça... C'était inattendu. Enfin quelque chose de plus... Stimulant. Passionnant. Imprévisible.
Père n'a pas eu besoin de me demander et d'inventer un prétexte, puisque ce sont les vacances d'hiver. Ce qui est tant mieux.
A la nuit tombée, nous avons pris un Portoloin et sommes arrivés devant un manoir majestueux. Très semblable au nôtre. Des personnes vêtues de noir nous ont accueillis, et nous ont conduis à l'intérieur.
Quelqu'un nous attendait dans le grand salon, et il était de dos, regardant l'extérieur par sa fenêtre.
"Cher Monsieur" a dit Père, "je vous présente mon fils, Abraxas."
Il s'est tourné, sa cape a suivi son mouvement et j'ai vu son visage. C'était un homme, assez grand. Il avait des traits à la fois fins et durs, des traits fermes. Une mâchoire plutôt carrée. Il était blond, et dans ses yeux bleus se trouvait un regard extrêmement pénétrant. Je ne me suis jamais senti aussi petit. J'avais l'air insignifiant devant ce regard, moi, un Malfoy. Incroyable.
Il dégageait une aura de puissance et d'assurance incommensurables, il n'avait peur de rien. On aurait dit qu'il n'avait même pas peur de la mort. Il avait l'air d'avoir légèrement dépassé la soixantaine, mais étant sorcier, il ne paraissait absolument pas vieux.
"Ton fils", a-t-il dit avec une voix pensive, "Il est très jeune..."
Père avait l'air de s'attendre à cette remarque.
"Oui", a-t-il répondu immédiatement, "mais je tenais à ce qu'il vous voit. Je veux assurer le soutien qu'il vous portera dans les années futures".
"Je vois." Je me suis demandé si c'était vraiment le cas.
Grindelwald s'est approché et m'a regardé de plus près.
"Mon garçon", fit-il sur un ton sérieux, "comprends-tu réellement ce que je veux faire ?"
Je ne savais pas quoi répondre, pour être honnête je redoutais de dire une imbécilité.
"Vous souhaitez changer les lois", ai-je murmuré.
Il eut un sourire étrange. On aurait dit qu'il était... Attendri.
"Cela va beaucoup plus loin. Je ne veux pas seulement changer les lois. Je veux éradiquer ce qui nous effraie. Utiliser toutes les formes de magie, montrer aux sorciers qu'ils n'ont pas avoir peur de telle ou telle magie. La magie nous appartient. Nous devrions pleinement nous en servir. Je ne veux plus avoir peur ni de la mort - je veux la maîtriser - ni des Moldus. Surtout pas des Moldus. Je veux guider les sorciers vers un monde où ils n'ont pas peur."
A cet instant, j'ai su. J'ai su ce que je voulais être. Mes idées étaient encore plus précises qu'auparavant. Moi aussi je veux être celui qui montre le chemin.
