Chapitre 13 : Petit mot

-Tu te rappelle la description qu'elle a donnée de Rose dans sa vision ?
Je hochai la tête, peu désireuse d'employer des mots si ce n'était pas nécessaire.
-Devine dans quel état on a retrouvé Victor l'an passé…

Steph POV

Ca ne s'arrêterait donc jamais ? J'avais cru Alizée sur le champ pour deux raisons. La première était que je la comprenais, car j'avais moi aussi ce genre de sensations. Dans mon cas, ce n'est pas des visions mais des pressentiments. Des intuitions sur les relations entre les gens, comme le lien que je vois entre Bella et Edward.

Mais surtout, je n'avais pas douté d'Alizée une seule seconde car la description qu'elle avait donnée de Rose était bien trop précise pour être inventée. Bien trop réaliste. Elle avait rouvert ma cicatrice Victor. J'aime bien donner des noms à ce qui me fait souffrir. Sauf que là, Victor était mon ancien copain. Et je serais encore avec lui si de sombres étudiants n'avaient pas décidé de le supprimer. Pourquoi avait-on tué Vic ? Personne n'était plus gentil que lui, plus drôle. Tout le monde l'appréciait, mais tout le monde l'avait vite oublié. Sauf moi. Je ressassais encore et encore son prénom dans ma tête, et son visage hantait mes nuits. Lorsque j'allais trop mal, j'offrais mon corps à Mike pour prendre du bon temps, et oublier. Tu parles ! Je n'arrivais pas à me reconstruire.

J'aimais bien Bella, car elle était timide mais forte, et avec elle je pouvais parfois me laisser aller. Elle était la seule à savoir que j'étais encore traumatisée par ce qui c'était passé. Je ne saurais jamais réellement toute l'histoire, mais Vic était mort, on l'avait frappé, on lui avait arraché de la chair à de nombreux endroits, et on l'avait vidé de son sang. Il était impossible de deviner qu'est ce qui l'avait attaqué, ni pourquoi. Il y a des choses que je ne comprendrais jamais. Je frissonnais tandis que Bella devait essayer d'imaginer ce que moi j'avais vu.

*
**

Bella POV

Je restais quelques secondes sans respirer, la bouche ouverte, incapable de donner un sens aux paroles de Steph. Mon amie s'était allongée sur son lit, les yeux fermés. Son visage crispé m'indiquait qu'elle s'empêchait de pleurer. Puis mon cerveau fut de nouveau irrigué, et je pus m'imaginer Victor. Je n'avais aperçu son visage qu'une petite minute sur internet, mais j'étais choquée par ce qu'il avait dû endurer. J'essayais de superpose sa tête avec du sang et des bleus… Il avait dû être retrouvé dans un sale état, c'est le moins qu'on puisse dire. Et Alizée qui avait vu Rose de la même manière…

-Tu crois qu'Emmett ferait la même chose à Rose ?

-J'en sais rien. Mais si Alizée a empêché ça d'arriver, la colère de Rose est un prix bien faible à payer.

Evidemment. Je repensais à mes découvertes du matin. Edward était un vampire, donc Emmett pouvait bien en être un lui aussi. J'avais était plus impressionnée par sa musculature que par sa pâleur, et j'étais incapable de me souvenir s'il avait montré une capacité particulière, à part la danse. Je me demandais si je devais parler à Steph de tout ça. Mais elle allait me prendre pour une folle. L'existence de vampires me facilitait les choses car ça rendait plausible tout le surnaturel. D'une part, ça expliquait qu'Alizée puisse avoir un quelconque pouvoir. D'autre part, ça pouvait donner une explication à sa vision, et à l'état dans lequel Victor avait été retrouvé.

-Tu penses à quoi Bella ?

-Rien de spécial. J'essaye de comprendre.

Je détestais mentir, même par omission. Mais je ne pouvais pas avouer de manière décente à Steph que je pensais à des vampires. Comme à son habitude, Steph me pris de court :

-Edward vient demain soir pour bosser avec toi non ?

J'acquiesçai, incapable de deviner ce qu'elle avait en tête.

-J'ai quelques questions à lui poser…

Son regard fixait le plafond, et elle me faisait peur. On aurait dit un flic qui comptait faire parler quelqu'un, à n'importe quel prix. Ce qui m'inquiétait le plus, c'est qu'au fond de moi, je voulais protéger Edward –comme s'il avait besoin de moi !-. Je me rendais compte que mon attirance pour lui était plus forte que mon amitié pour Steph. Et c'est en pensant à lui que je m'endormis…

*
**

Le réveil, à midi, ne fut pas calme du tout : on tambourinait à notre porte. Steph se leva rapidement et ouvrit à notre visiteur, simplement vêtue d'une nuisette en dentelle noire. Parfois, je ne la comprends pas du tout. Heureusement pour elle, c'était Anaïs. Cette dernière rentra comme une furie dans la chambre et se mit à pleurer comme une madeleine. Steph la fit s'asseoir délicatement sur le lit et essaya de la faire parler. Mais Anaïs pleurait encore et encore, incapable de s'arrêter. Enfin à un moment elle nous tendit un petit papier. Steph le déplia, pâlît et me le tendit. L'écriture était fine et agréable, mais son contenu était terrifiant : « Envoie Bella nous parler si tu ne veux pas qu'il arrive malheur à ton amie… » En guise de signature, une tache de sang ornait le bord inférieur droit du papier. Au milieu de cette tache on pouvait apercevoir, immaculé, le sigle S&B. Je n'avais pas eu le temps de réaliser qu'Anaïs me pointait d'un doigt accusateur :

-C'est quoi cette histoire hein ? Qui veut te parler ?

Elle était proche de l'hystérie et sa voix était entrecoupée de pleurs. Si je n'avais pas été aussi concernée par ce qui se passait, j'aurais eu pitié d'elle.

-Des gens de ma classe.

Je n'avais pas hésité quant à l'identité de l'expéditeur. Alec et ses amis sans aucun doute possible. Restait à savoir pourquoi ils voulaient me parler, et comment j'allais pouvoir les rencontrer. Car il était évident que je n'allais pas laisser Julie périr à cause de moi.

-J'irai leur parler Anaïs je te le promets.

Elle se calma tandis que Steph la berçait doucement. En même temps, celle ci me jeta un regard noir que je ne compris pas jusqu'à ce qu'elle m'agresse verbalement :

-Tu vas te jeter dans leurs bras ? Tu vas rajouter une victime à la liste c'est ça ?

-Si j'y vais, ils relâcheront Julie.

-C'est ça, et tu crois toujours au père Noël ?

Steph pouvait être blessante lorsqu'elle le voulait. Evidemment, c'était une fois de plus pour me protéger, mais elle n'avait pas à me considérer comme une enfant.

-Et toi, tu vas les laisser blesser Julie ?

-Je pense juste que c'est déjà fait.

-Tu n'en sais rien !

-On n'a qu'à demander à Alizée si elle a vu quelque chose.

Je n'avais plus rien à dire, nous sommes allées rejoindre Alizée. Sa chambre était conçue pour une seule personne, et nous ne savions pas trop où nous asseoir. Steph allongea Anaïs sur le lit, cette dernière toujours en état de choc. Je crois qu'elle s'imaginait trop de choses, donc aucune ne collerait avec la réalité. Alizée prit la chaise qui faisait face au bureau. Je restai debout et la questionnai :

-As-tu vu quelque chose à propos de Julie ?

Elle soupira.

-Je ne commande rien Bella. Et je n'ai rien vu.

-Donc ils ne comptent rien lui faire pour le moment.

-Ou je ne suis pas assez douée pour percevoir son avenir.

Steph la poussa à continuer d'un regard encourageant et interrogatif.

-Quand il se passe quelque chose tout prêt de moi, j'arrive à voir. Comme hier avec Rose, ou Bella le premier jour avec Edward. Mais …

-Quoi ?

Elle rougit.

-Je t'ai vue en train de travailler avec Edward. Tout ce qu'il y a de plus innocent…au début.

Ce fût à mon tour de rougir. Sa phrase m'avait ouverte à des idées que je n'avais auparavant jamais imaginées.

-On s'en fout de Bella, continue.

Rose et son habituelle bienveillance à mon égard étaient rentrées dans la chambre… Alizée me sourit et reprit la parole :

-Mais quand c'est quelqu'un que je ne connais pas trop, et qui se tient si loin de moi, j'ai du mal. Au plus je connais quelqu'un, au moins j'ai besoin d'être prêt de lui pour voir. Je pense que c'est une question d'habitude et de concentration. Bref pour Julie, je ne vois rien du tout…

Nous étions toutes consternées, et le silence était interrompu seulement par les sanglots d'Anaïs. Alizée se dépêcha de rajouter, avant que ça ne devienne gênant:

-Mais vu comme je pense à elle en ce moment, j'imagine que je devrais être au courant s'il lui arrive quelque chose.

-On fait quoi maintenant ?

L'avantage de Rose, c'est qu'elle ne se laissait pas piétiner par les sentiments. A part sa haine de temps en temps j'imagine. J'étais la seule à pouvoir tenter quelque chose.

-Je vais aller les voir. Je ne peux pas leur laisser Julie.

-C'est trop dangereux.

Au moment où Steph prononça ces paroles, une idée germa dans mon esprit :

-J'irai avec Edward.

Je tendis ma main grande ouverte vers Steph pour l'empêcher de protester.

-D'abord, il saura sûrement où les trouver, alors que moi je n'en ai aucune idée. Ensuite, il me protégera mieux que quiconque ici.

Alizée remplaça Steph :

- Comment peux-tu en être si sûre ? Il est comme les autres.

-Il est sûrement leur semblable, mais absolument pas similaire.

J'avais clos la conversation avec ma phrase philosophique. Ca allait les occuper tout l'après-midi de réfléchir à sa signification. Je les laissais en plan et rejoint ma chambre, pour me faire belle. Se maquiller pour un vampire… pathétique ?

*
**

A 20h, on frappa à la porte. Steph se dépêcha d'aller ouvrir, mais ne laissa pas entrer Edward tout de suite. Comme elle ne parlait pas, ce fut lui qui prit les devants:

-Je viens travailler avec Bella, et si ça ne te plaît pas on ira chez moi.

-Je peux te poser des questions avant ?

-Emmett ne comptait pas faire du mal, intentionnellement, à ton amie.

Et il l'écarta légèrement pour rentrer. Steph était bouche bée, et c'est la première fois que je la voyais perdre une joute verbale. Si le sujet n'avait pas été aussi grave, j'aurais rigolé. Edward était arrivé à mon niveau, et j'avais maintenant tout le loisir de le voir en plus de l'entendre. Jean et T-shirt noir, sobre dans le genre discret. Mais avec lui, rien n'était discret. Je me demandais quand est-ce qu'il arrêterait de me balancer sa beauté en pleine figure. Je me raclai la gorge pour parler :

-Ca te dérange si on ne travaille pas ce soir ?

Il me fit un petit sourire ironique en répondant :

-Mais qui va finir notre dissertation d'économie alors ?

Je recevais le coup sans broncher, je lui avais sorti la même excuse deux jours avant. Je crois qu'on s'en fichait tous les deux de cette fameuse dissertation.

-Il y a des choses plus importantes à régler.

-J'ai cru comprendre.

Steph, qui s'impatientait derrière nous lui demanda :

-Comment fais tu pour savoir ça ?

-Tout le monde ici ne parle que de ça, 'Qui a vu Julie ?' 'Julie a disparu'

Son excuse était acceptable, mais je savais qu'elle était fausse. A la manière d'Alizée, il connaissait des choses qu'il n'aurait pas dû savoir. Sauf que je voulais être seule avec lui pour lui en parler, pour évoquer sa vraie nature.

-On y va ?

Sans chercher à en savoir plus, il acquiesça et nous laissâmes Steph seule. Une boule se forma dans mon ventre, car je savais que je lui cacherais des choses. Mais elle ne devait pas savoir qu'elle avait affaire à des vampires. Edward me devança jusqu'au hall, où il m'ouvrit la porte –était-il réellement galant ?-. Une fois dehors, il me demanda :

-Et on va où en fait ?

-Tu n'es pas déjà au courant ?

C'était puéril, mais ça eu le mérite de le faire sourire.

- Steph pense qu'on va chez Alec pour sauver Julie. Mais toi, que penses-tu ?

-Tu ne sais pas ce que je pense ?

Il fit non de la tête, comme un enfant prit en défaut.

-Alors comment sais tu ce que penses Steph ?

-Chacun ses talents Bella.

Quand il ne répondait pas à mes questions, il m'exaspérait. Il se donnait toujours un air supérieur pour esquiver mes demandes, et ça ne lui allait pas. En fait si, ça lui allait comme un gant, et je le trouvais vraiment charmant quand il faisait cette moue. Mais ça ne m'empêchait pas de le détester aussi pour ça… Je lui montrais le papier que m'avait envoyé la Strength&Blood. Il le lut rapidement, ne parut même pas étonné, et me le rendit en hochant la tête : il avait parfaitement compris l'histoire.

-Edward… ?

-Oui, Bella ?

Cette fois-ci, son visage était attentif à mes moindres paroles.

-J'aimerais qu'on soit franc ce soir, et j'ai besoin de réponses honnêtes à mes questions.

-La franchise risque de te faire fuir.

Il avait dit ça comme s'il le redoutait. Comment pouvait-il croire que je fuirais ? Jamais je ne laisserais filer Edward.

-Je ne pense pas. Et j'ai aussi réellement besoin d'aide pour sauver Julie.

-Commençons par ça alors.

-Tu ne veux pas répondre à mes questions ?

-Pas vraiment non…

Une fois de plus, je sentis les larmes affluer dans mes yeux. Je maudis mon nerf lacrymal. Je m'en voulais d'être aussi sensible à ses paroles. Tout ce qui avait trait à Edward me touchait au plus profond de mon âme. Et ça me faisait peur.

-Tu voulais de la franchise Bella. Je ne veux pas te répondre, mais je le ferai. Occupons nous d'abord de ton amie si tu veux bien.

J'acquiesçai d'un signe de tête, et il m'ouvrit la porte passager d'une berline noire qui attendait en bas de la résidence. En y regardant de plus près, je me demandais si sa voiture était une berline ou une sportive. Je n'y connaissais rien en voiture, mais en tout cas ça sentait le luxe à plein nez. Je pénétrais dans un habitacle accueillant et impressionnant. Grâce au volant, je pus enfin savoir quelle voiture conduisait Edward. C'était une Aston Martin, comme le précisait le petit logo ailé argenté. L'intérieur mêlait le noir brillant à des touches de carbone et de daim gris-noir. Le pommeau de vitesse avait des reflets rouges. Je me sentais mal à l'aise, je ne suis pas habituée à ce genre d'habitacle. Edward entra du côté conducteur, ferma la porte, et je le sentis se crisper. Je pensais qu'il avait surmonté son aversion envers moi, mais apparemment ce n'était pas le cas. Je soupirais, avec un mélange de tristesse, d'amertume et de joie d'être seule dans un si petit espace avec lui. Malheureusement, une voix rauque me fit prendre conscience de mon erreur :

-Salut Bella.