Chapitre 16 : Boutade
Steph m'attendait derrière la porte. Je fus surprise de la voir encore debout, et encore plus de la voir s'écrouler de rire en imitant Edward ''Bonne nuit Bella… oh… c'est trop mignoooooooooon… ''. En temps normal, j'aurais peut-être été vexée, mais là elle rigolait de quelque chose qui me rendait tellement heureuse que je m'en moquais. Oui, j'étais heureuse qu'Edward m'ait raccompagnée sur le pas de la porte et oui, j'étais encore plus heureuse lorsque ses yeux avaient rencontré les miens et qu'il avait dit malicieusement ''bonne nuit Bella''. J'étais encore en train de dévisager Steph lorsqu'elle réussit à se contenir. Evidemment, elle n'allait pas non plus lâcher l'affaire, ne rêvons pas.
-Ca vous a réussi d'aller sauver Julie vous deux.
Je pris un air interrogatif, j'étais trop fatiguée pour utiliser des mots. Steph continua :
-Allez raconte.
Air innocent.
-Bella, vous êtes restés dans la voiture pendant près d'une heure !
Air choqué.
-Promis je ne t'ai pas espionné.
Air rassuré.
-Mais raconte quand même.
Air fatigué.
-Bella !
Je l'avais lassée avec mon petit jeu, mais c'était drôlement marrant de jouer avec Steph. Peut-être était-ce aussi marrant de jouer avec n'importe qui, mais mon asociabilité ne m'avait jamais permit de faire ça avant.
-Il ne s'est rien passé. On a parlé c'est tout.
Air interrogatif, de Steph cette fois ci.
-Pas un baiser, je te jure.
Air innocent.
-Il m'a juste surpris en train de le mater.
Steph explosa de rire.
-Et comment va Julie ?
Bravo Bella, tu avais réussi à changer de sujet. Ma colocataire perdit aussitôt sa bonne humeur.
-Elle est en état de choc. Apparemment, elle a beaucoup souffert, mais elle ne sait pas comment c'est arrivé. Elle se rappelle juste d'être allongée sur une table et se tortiller de douleur. Elle était sortie fumer une clope lorsque Jane l'a accostée et plus ou moins séduite… Alec les a rejoints puis plus rien. Comment vous l'avez sortie de là ?
Je devais vite trouver une idée. Plausible si possible.
-Ils ne s'attendaient pas à ce que je vienne avec les trois garçons ; Edward a deux frères en fait. Et bref, on était à égalité en quelque sorte… Ils voulaient que je fasse partie de la S&B apparemment.
J'évitais d'en rajouter, de peur de lui rappeler Victor. Elle resta un moment silencieuse. Puis ajouta :
-J'espère qu'ils vont laisser tomber… Ca me fout les nerfs en compote… et pas qu'à moi ! Anaïs est totalement hystérique d'avoir retrouvée Julie alors qu'elle, elle est complètement amorphe… Comme si elle n'avait plus assez de force pour réaliser. Rose et Emmett tentent de s'occuper d'elles d'ailleurs.
-Rose ET Emmett ?
-Oui, apparemment ils se parlent. Alizée tire la gueule. Retour à la case départ.
Je souris faiblement. Elle en profita pour revenir sur son thème favori : Edward et moi.
-Enfin pas pour tout le monde… J'en connais une qui a avancé dans ses relations ce soir.
Je comprenais que c'était un moyen pour Steph de changer de sujet, une façon de fuir ses souvenirs liés à la Strength&Blood. Je regardais par la fenêtre, la voiture d'Edward était toujours là. J'ouvris la fenêtre, le moteur tournait au ralenti. J'en déduisis que le chauffeur était dedans. Il était donc encore être susceptible d'écouter les pensées Steph. J'avais envie d'essayer quelque chose.
-Tu sais Steph, à part son physique, ce gars là n'a rien de bien intéressant.
J'entendis le moteur rugir en bas, et j'éclatai de rire. J'aurais dû m'en empêcher mais c'était plus fort que moi. Steph ne me posa pas de questions mais secoua la tête de façon à ce que je comprenne qu'elle me prenait pour une folle. Au pied de la résidence, l'Aston Martin avait disparu.
*
**
Je me levais le lendemain matin fatiguée mais détendue. A la première heure, nous avions TD d'économie, et j'allais retrouver pour la première fois Edward depuis notre discussion. J'étais plus qu'impatiente. Je sautais de partout dans la chambre, enfilant mon jean taille basse avec un entrain inhabituel. J'ouvris la fenêtre pour me faire une idée de la température extérieure. Froide, très froide. Je renonçais avec désespoir au chemisier bleu qui m'aurait rendu un peu jolie et enfilai un pull noir, moulant au moins. Steph pouvait être fière de moi. Je ne poussais pas le vice jusqu'au maquillage, j'allais seulement en cours. Enfin l'heure de partir arriva et je me dépêchais d'aller en TD.
Je m'installais à ma place habituelle, attendant l'arrivée d'Edward comme s'il était le père Noël. Il arriva juste après le professeur Dago, et je dus lui parler à voix basse pour ne pas me faire remarquer.
-Salut.
Son regard ne se posa pas une seule seconde sur moi et il se concentra sur les quelques feuilles qu'il tenait à la main.
-J'ai fini la dissertation.
J'étais blessée par son manque de politesse. Il aurait pu au moins me regarder non ?
-Merci. Tu ne t'es pas couché trop tard ?
Il sourit en penchant la tête comme si j'avais fait une blague mais ne répondis pas.
-Tu m'expliques la plaisanterie parce que là je suis larguée.
Son visage se tourna enfin vers moi. Il semblait triste.
-Tu t'intéresse à moi pour autre chose que mon physique Bella ?
Oups. Maintenant je comprenais… Il avait pris au sérieux ma petite boutade d'hier soir. Puisqu'il ne lisait pas dans mes pensées, comment allais-je pouvoir lui prouver que je rigolais ? Sûrement pas en me perdant dans ses yeux ambrés comme j'étais en train de le faire…
-Je rigolais Edward. Je voulais savoir si tu nous écoutais.
Rien. Si ce n'est son regard qui continuait à me percer comme s'il voulait lire à l'intérieur de moi. Ce qu'il désirait sûrement puisqu'il n'arrivait pas à percevoir mes pensées.
-Je ne trouvais pas ça très gentleman d'écouter aux portes comme ça.
Bella, tu t'enfonces… C'était douloureux de ne pas le faire réagir. Encore plus de savoir que je l'avais blessé. Mon ventre se tortillait tandis que je me demandais comment j'allais rattraper ma bévue. Je me perdis en excuses confuses…
-Edward je te promets que je ne le pensais pas. S'il te plaît tu dois me croire…Je… Je pensais que tu étais tellement sûr de toi que tu ne me prendrais pas au sérieux… Ed-Edward ?
Son regard avait imperceptiblement changé de direction. Je le suivis et me rendis compte qu'il fixait maintenant Alec. Ce dernier, de manière très puérile, faisait semblant d'embrasser une amie imaginaire en tapotant son cœur. Edward et moi étions clairement visés. La réaction de mon voisin ne se fit pas attendre, son poing frappa si violemment contre le bureau que ma trousse fit un vol plané pour arriver par terre après avoir effectué avec grâce 4 saltos avant.
-M. Cullen, plutôt que de traumatiser la trousse de votre voisine, pouvez-vous me dire quelle est la conséquence pour un produit d'une demande plus élevée que l'offre?
-L'augmentation des prix.
Edward avait réussi à retrouver une contenance avant de répondre de manière correcte au professeur. Je lui demandais en chuchotant si ça allait. Il acquiesça et détourna la tête. Pourquoi avais-je l'impression que nos efforts de la soirée précédente s'étaient envolés en fumée à cause d'une stupide blague que j'avais voulu faire. Plongée dans mon travail, je ne vis pas la fin de l'heure arriver. Ce fut Edward qui parla le premier :
-Je ne t'en veux pas au fait Bella.
-Hein ?
-Je ne t'en veux pas, pour hier soir. Mais tu méritais une petite punition non ?
Je le dévisageais. Il avait repris son sourire malicieux qu'il avait eu juste avant de me laisser devant ma chambre avant de me souhaiter une bonne nuit. Ses yeux pétillaient, et il semblait ravi de m'avoir fait mariner pendant une heure.
-Tu ne m'en voulais pas réellement ?
Il rigola.
- J'espère juste que tu ne le pense pas vraiment. Mais tu as raison, je n'ai aucun droit d'écouter aux portes.
-Trop romantique Doudou! Tu t'excuses devant Bella maintenant.
Alec était apparu à nos côtés et nous avait interrompus. Ce gars là m'exaspérait, et pas seulement pour ses côtés sombres. Les poings d'Edward s'étaient fermés et je voyais qu'il luttait pour se contenir. Face à lui, Alec semblait parfaitement détendu. Pourquoi étaient-ils si différents ? Edward réussit malgré lui à garder son calme.
-Qu'est ce que tu veux, Loulou?
Je crois que la haine que vouait Edward à Alec était encore plus puissante que ma peur pour lui. Edward avait craché ce surnom, Loulou, comme s'il lui brulait la langue. Cependant, je crus déceler des deux côtés un peu d'affection lorsqu'ils s'appelèrent par ces ridicules sobriquets. A moins que ce ne soit juste de la moquerie.
-Je me suis rendu compte qu'approcher Bella de manière aussi rustre que je le faisais avant n'était pas une bonne idée. Mais tu ne peux pas empêcher un de ses innocents camarades de classe de lui parler gentiment n'est ce pas ?
-Tu n'es PAS innocent.
Alec prit l'air choqué, comme si Edward lui avait asséné un coup traître.
-Autant que toi je te rappelle…
Il lui lança un regard entendu en souriant, puis se tourna vers moi :
-Bref, Bella, je voulais juste te dire que si tu avais besoin d'aide pour quoi que ce soit j'étais là pour toi. Oublie tout ce qui a pu se passer avant et repartons sur de nouvelles bases, tu veux bien ? Je peux être aussi agréable que ton voisin en étant moins niais que lui…
Je voulais lui répondre que non, qu'il était hors de question que je lui parle alors qu'il avait torturé Julie, mais il ne me laissa pas le temps de répondre. Il me fit un sourire des plus charmeurs, même Mike aurait l'air d'un débutant face à lui, et partit sans un regard pour Edward. Je ne comprenais rien et restais bouche bée. Je regardais mon voisin et levais un sourcil pour lui demander ce que pensait Alec. Il me répondit :
-Il ne fera plus de mal à tes amies. Nous sommes à égalité numérique, et du coup… il veut réellement t'approcher gentiment.
C'était très étonnant à entendre, mais ça semblait la chose la plus raisonnable que pouvait faire la S&B.
*
**
Le reste de la matinée s'était écoulée normalement. J'avais rejoint Alizée en amphi de littérature française, mais Edward avait pris place à mes côtés. J'espérais que ça deviendrait une habitude. Il avait été tellement craquant quand il m'avait demande ''Ca te dérange si je m'assieds à côté de toi ?''. J'avais entendu de l'incertitude et du doute dans sa voix, comme si ma volonté avait vraiment eu de l'importance. Quel fou, comment aurais-je pu lui résister ? J'avais jeté un coup d'œil à Alizée qui m'avait fait un clin d'œil. Je devrais lui demander ce qu'elle avait encore vu.
Le cours du jour portait sur Victor Hugo. Je décidais d'en savoir un peu plus sur la vie passée de mon voisin de droite :
- Par hasard, tu ne l'aurais pas rencontré ce cher Victor ?
Il me lança un regard outré. Je crus être allée trop loin dans la plaisanterie.
-Tu n'aimes pas qu'on te taquine sur ce que tu es ?
Il haussa les épaules.
-Je ne suis pas habitué à ce qu'un (il baissa la voix) humain soit au courant. C'est assez déroutant.
Je lui souris, ravie d'être dans son secret. J'allais me tourner vers Alizée lorsqu'il ajouta :
-Et Victor est un peu trop prétentieux si tu veux mon avis.
Il avait réussi à recapter toute mon attention. Ce garçon assis à côté de moi en amphithéâtre avait connu Victor Hugo !
- Tu ne veux pas aller faire le cours à la place de Mme Dupont ?
Je le suppliais des yeux… Mme Dupont était si soporifique… Alors qu'avoir Edward en tant que professeur, je n'osais imaginer l'intérêt que les filles –dont moi- pourraient porter à son cours. Je fantasmais quelques instants, imaginant Edward en bas de l'amphithéâtre, expliquant d'une voix claire et puissante sa rencontre avec l'écrivain. Je le voyais s'imprégner de son cours, gesticuler, tourner sur lui-même, offrant à ses élèves une magnifique vue sur sa face avant et arrière. Sa chemise grise dépassant légèrement de son jean, laissant imaginer des choses interdites au moins de 18 ans… Il me sortit de mes rêves avec son petit air prétentieux que j'adorais :
-Je ne veux pas qu'elle se rende compte de son ignorance.
Je lui souris, et il me rendit mon sourire. Je restais un moment à le dévisager, me demandant ce qu'il pensait de moi à cet instant. J'aurais vraiment aimé qu'il m'apprécie pour autre chose que pour mon sang, mais je ne voyais pas ce qui pourrait l'attirer chez moi. Je retins le soupir désespéré de la fille qui sait qu'elle n'a aucune chance avec le beau garçon, et me demandais avec angoisse si je n'étais pas réellement en train de tomber amoureuse…
