Chapitre 21 : Embrasse-moi

Edward POV

Une journée avec Bella m'avait fait tourner la tête. Durant ces quelques heures, j'avais ressenti un panel d'émotions plus important que pendant un siècle et demi d'existence. J'étais passé de la fierté de la présenter à Esmée, à la joie de l'inviter au restaurant. J'avais eu peur qu'elle ne me pose trop de questions sur mon histoire, mais finalement, j'avais malgré moi apprécié ce moment où je pouvais me dévoiler. Evidemment, elle ne savait rien sur ma vie aux côtés des Volturi, mais il y a des faits qu'elle ne devait pas découvrir. C'était de l'égoïsme pur, mêlé à la honte et une peur immense d'être jugé. Bella connaissait désormais les grandes lignes de ma longue vie. Avoir moins de secrets pour elle me permettait d'être plus moi-même, et j'adorais ça. Ca faisait tellement longtemps que je l'attendais, sans même le savoir. Elle ne se rendait pas compte du plaisir qu'elle m'apportait. Du changement qu'elle opérait dans ma vie.

Une fois rentrés à Dartmouth, j'avais été peiné à l'idée de la laisser rentrer dans sa petite chambre, où ses amis l'attendraient tandis que je partirais. Mais les pensées de Steph avaient éveillé ma curiosité. Tout d'abord, j'en voulais à Bella de ne pas m'avoir prévenu que c'était son anniversaire. Que pouvais-je bien faire pour le lui souhaiter ? Mais surtout, qui était-ce Jacob qui l'avait tant appelée aujourd'hui ? J'appelais ça de la curiosité, mais je me rendais vite compte que c'était de la jalousie. Bella semblait tenir à ce garçon, et je ne sais pas comment je réussis à ne pas défoncer mon tableau de bord. Heureusement que j'avais un siècle d'entraînement de maîtrise de moi. La jalousie avait vite laissé place au soulagement, quand j'avais compris qu'elle ne l'aimait pas, et qu'il ne l'aimait plus. Tant mieux pour toi mon petit Jacob, avais-je même pensé, plein de rancœur et de haine, illégitimes. Cependant, je réalisais que LUI avait pu embrasser Bella, avait pu caresser son corps, tandis que moi, coincé et attardé, j'avais juste effleuré sa peau par de timides baisers.

J'attendais quoi au juste ?

Je mis assez rapidement de côté mon animosité contre Jacob, car il évoquait la vie amoureuse de Bella. Pour un peu, je l'aurais embrassé. Façon de parler, évidemment, mieux valait pour lui que je n'approche pas mes canines de sa peau. J'appris ainsi que Bella n'avait jamais été amoureuse, mais qu'elle l'était maintenant, de quelqu'un avec qui elle était sortie une fois. Jamais je n'ai autant espéré que ce soit de moi qu'elle parle.

Lorsqu'elle me demanda de monter pour continuer cette discussion, je grommelais par principe, mais j'en étais secrètement ravi. La journée pouvait continuer. Bella m'énerva malgré elle en me parlant d'Alec, mais lorsqu'elle revint à Jacob, je pus essayer de lancer une conversation que je redoutais autant que je l'espérais. Malheureusement, elle ne réagit évidemment pas comme je m'y attendais, et se mit à crier sans que je puisse comprendre pourquoi. J'étais vraiment triste de l'avoir blessée ou offensée. Je devais être prudent en parlant de sentiments avec elle. Enfin, elle sembla se calmer et me demanda :

-Est-ce que moi je te demande si tu es déjà tombé amoureux ?

-Tu peux me le demander, je te répondrai.

Je la vis réfléchir un instant. De mon côté, j'étais décidé à lui dire mes sentiments. Cependant, je voulais aller lentement, analyser ses réactions pour savoir si je pourrais finalement lui dire que je l'aimais, elle. Elle semblait à fleur de peau, et comme j'étais incapable de savoir ce qu'elle pensait de moi, il ne fallait pas que je la vexe par une déclaration mal placée ou trop hâtive.

-OK, je veux bien savoir.

Je me contentai alors de répondre juste à sa question.

-Je n'ai jamais été amoureux.

Bella POV

-Mais ?

J'étais persuadée qu'il y avait un mais… Déjà car je ne le croyais pas. Il avait vécu plus d'un siècle, et à part moi, je ne voyais pas qui pouvait rester autant de temps sans être amoureux. Et ensuite car je sentais au son de sa voix qu'il voulait rajouter quelque chose. Il inspira profondément avant de me déclarer :

-Mais je le suis maintenant. Ca compte ?

Oui, ça avait plus d'importance que tout le reste, mais je ne pouvais pas le lui dire. J'avais maintenant ma réponse, Edward aimait quelqu'un, fin de la discussion. Je réprimais un ''est-ce que je la connais ?'' qui aurait pu me blesser. Et j'essayais de me soulager en supposant qu'il aimait peut être les hommes. Ou alors il m'aimait moi ! C'est ça, rêve, Bella, rêve… Pleure, Bella, pleure.

-Putain de nerf.

-Je te demande pardon ?

J'avais insulté mon nerf lacrymal à voix haute sans m'en rendre compte. J'allais vraiment mal. Et puis c'était sa faute à lui là, cet être surnaturel et magnifique qui vient me tenter et qui aime quelqu'un d'autre. Pourquoi se trouvait-il encore dans ma chambre ? Il n'avait pas d'autres choses à faire ? J'avais l'impression d'être acculée par mes sentiments, d'être attaquée par Edward. Comme si j'étais en plein match de boxe et qu'il venait de m'asséner un uppercut.

-Bella, est-ce que ça va ?

Je m'étais assise sur mon lit, la tête entre les mains. J'avais mal au cœur. Je voulais partir, crier, pleurer, hurler, vomir, courir, voler… Je voulais m'enfuir loin de cette chambre où étais réunis la tentation et le malheur. J'étais trop amoureuse d'un homme –un vampire, peu importait- qui était lui aussi amoureux. Pouvais-je espérer que ce soit de moi ? Non, j'étais bien trop banale. Perdue dans mes pensées, je ne l'avais pas entendu s'approcher. Je relevais la tête. Il était debout face à moi, et j'avais vue sur sa ceinture. Bella, pense à autre chose que ce qu'il y a derrière. Heureusement pour ma santé mentale, il s'agenouilla tout en posant ses mains d'un côté et de l'autre de mon corps. Mes yeux embués de larmes essayaient maintenant de distinguer le visage d'Edward. Je baissais la tête pour ne pas le voir. Mais mes oreilles fonctionnaient normalement :

-Bella, qu'est ce qui ne va pas ?

J'essayais de secouer la tête, ça ne le concernait plus. J'essayais de mettre de l'ordre dans mes idées. Je tentais de me reprendre. Après tout, ce n'étais pas sa faute si j'étais amoureuse de lui. S'il était si beau, et si intéressant. Je relevais la tête, et la proximité d'Edward me choqua. Il s'était penché sur moi, en un équilibre plutôt précaire. Ses lèvres n'étaient qu'à quelques centimètres des miennes, et d'un coup mon désespoir s'envola. Se pouvait-il que ce soit MOI ? Pouvait-il s'approcher ainsi d'une fille dont il n'était pas amoureux ? Cependant, il avait peut être juste envie de boire mon sang. Dans ce cas, s'approcherait-il de mes lèvres comme il le faisait là maintenant ? A quoi ressemble un vampire qui à soif ? Comment attaque-t-il ?

Il n'y avait plus qu'un ou deux centimètres qui séparaient nos bouches. Mes yeux se levèrent enfin vers les siens, et j'y lus du désir et de la peur. Pourtant j'étais loin d'être effrayante. Je fus rassurée de constater que ses pupilles étaient parfaitement dorées. J'étais en face d'un homme plus que d'un vampire. Il n'allait peut-être pas me mordre. Le temps semblait suspendu, je vis ses lèvres bouger à une vitesse qui me semblait infiniment lente. Il murmura si bas que je crus avoir mal entendu :

-C'est toi que j'aime Bella.

Mon corps tout entier aurait aimé bondir de joie, ou au moins l'embrasser passionnément pour lui montrer que c'était réciproque. Mais j'étais particulièrement tendue, car c'était Edward, et qu'il m'impressionnait. J'avais du mal à réaliser que lui, l'homme que j'admirais le plus, s'intéressait à moi. Rectification : il m'aimait.

Quelques millimètres. Comme je ne réagissais pas –je devais avoir l'air d'une cruche attardée- il se pencha encore en murmurant :

- Arrête-moi si…

Et ses lèvres rentrèrent en contact avec les miennes.

Un feu d'artifice explosa à l'intérieur de mon corps.

Toutes mes sensations partaient des mes lèvres pour se répandre le long de ma colonne vertébrale. Edward avait juste posé sa bouche sur la mienne, en un chaste baiser. Mais mes nerfs devaient être décuplés par l'excitation et je sentais chaque sillon de ses lèvres. Edward était frais, et cette sensation se propagea jusque dans mon ventre. Au moins, ça avait le mérite de refroidir la chaleur de mes émotions. Mais en même temps, ça me donnait envie de frissonner de plaisir.

Je dus d'ailleurs faire un mouvement quelconque car Edward s'éloigna de moi. Non ! Je m'accrochais à lui, je ne laissais pas nos lèvres se desserrer. Non ! Edward, je te collerai jusqu'à ta mort. Oui, ça attendrait l'éternité. Le désir me faisait penser n'importe quoi.

Perdue dans mon bonheur, je ne m'étais pas rendue compte que je poussais Edward dans le vide et qu'il se retenait au lit pour ne pas tomber à l'arrière. Au moment critique où il aurait dû tomber, et où je sentis un léger déséquilibre m'emporter en avant, il me prit dans ses bras, se releva et me posa sur le lit. Je ne sais pas dans quel ordre il avait fait tout ça, mais il ne l'avait pas fait à vitesse humaine. Je me retrouvais donc en moins de temps qu'il ne faut pour le penser allongée sur mon lit, et accessoirement sous Edward. Il avait décollé ses lèvres des miennes –inconscient, ne refais jamais ça- et me dévisageait. Embrasse-moi Edward. J'aurais aimé le lui dire mais mes lèvres refusaient de bouger pour autre chose qu'un baiser. La voix d'Edward me semblait irréelle après notre baiser :

-Ca va Bella ?

Comment pouvait-il douter de ça ? Edward Cullen venait de m'embrasser et de m'allonger sur mon lit en une posture plus que suggestive. Est-ce que quelqu'un pourrait lui dire ce que je ressens ? Le bonheur me rendait idiote, je ne savais plus parler. Quelque chose me vint cependant à l'esprit :

-Je t'aime Edward.

Au moment où je le dis, je ressentis la puissance et la justesse de mes mots. La peur, le doute qu'il y avait dans les prunelles d'Edward disparurent au moment où je prononçais la seule phrase que je pouvais articuler. Je réalisais que je n'étais pas stupide, mais qu'il n'y avait rien d'autre à dire. Et que c'était la stricte vérité. J'aimais Edward Cullen, et pour le moment il me le rendait bien. Je restais un moment à le contempler. Sa chemise bleue lui allait vraiment à ravir. J'aurais bien aimé passer mes mains dessous. Ne parlons pas de son jean.

- Embrasse-moi.

Ca y est, j'avais enfin réussi à articuler quelque chose.

-Je ne sais pas si…

Il semblait tellement enfantin en cet instant là. Il n'était pas sûr de lui, comme s'il avait peur de faire quelque chose de mal. Je le rassurais, car au fond de mon âme, je savais qu'il ne me blesserait pas:

-Tu ne me feras rien, ne t'inquiète pas…

Il sourit malicieusement :

- Oh si, je vais te faire quelque chose…

Et ses lèvres osèrent encore s'approcher des miennes. Cette fois-ci, il ne se retint pas, et ce fut mon cœur qui explosa. Sa langue, si fraîche, avait entrouvert mes lèvres et avait pénétré dans ma bouche, à la recherche de la mienne. Le contact entre sa fraîcheur et ma chaleur était sensationnel. Tout mon corps vibrait de désir, et ce désir montait pour se répercuter dans ma bouche. Ou dans la sienne, je ne savais plus. J'en oubliais de respirer. Je voulais prolonger ce baiser infiniment. Edward, ne m'abandonne jamais.

Je me sentais faiblir, et mon cœur eu un raté. Edward se dégagea instantanément et me cria :

-Respire Bella !

-A tes ordres !

Je respirais un grand coup devant un Edward interloqué que je lui ai répondu comme ça. Ma seule explication logique : la dopamine. Cette hormone me faisait dire n'importe quoi et libérait mon adrénaline. Et cette fois ci, je voulais parler. Je voulais déverser un flot de paroles ininterrompu sur Edward, lui dire tout ce que je ressentais. Heureusement pour mon image, l'adrénaline peut refluer aussi vite qu'elle arrive. Et au moment où j'allais faire une terrible déclaration à Edward, en partant de la dopamine pour arriver à l'amour, à cet instant là, on toqua à la porte.

Je ressentis à peu près les sensations d'une douche froide.

Très froide même, car c'était mes amis qui avaient toqué par principe mais qui étaient ensuite entrés rapidement dans la chambre sans attendre de réponse.

J'aurais donné cher pour prendre en photo leur tête lorsqu'ils nous aperçurent, Edward et moi, allongés sur le lit. Je voulus engueuler Edward, car je savais très bien qu'il aurait pu se relever avant qu'ils arrivent dans la chambre. Il les avait sûrement entendus arriver depuis longtemps. Mais non, M. Cullen avait décidé qu'ils nous surprendraient en flagrant délit. Si je n'avais pas eu aussi honte, j'aurais été fière. Un silence pesant s'était établi dans la chambre, tandis que je dévisageais mes amis. Ils étaient tous stupéfaits. Edward se releva avec grâce –il ne pouvait en être autrement- et leur demanda en rigolant à moitié :

-Vous auriez pu attendre notre réponse non ?

Ce gougeât semblait absolument ravi qu'ils nous aient aperçus dans cette position. Les mâles sont stupides. Rose répondit :

-Pas question ! Ils n'ont pas fait autant de manière lorsqu'ils ont débarqué dans ma chambre à moi !

J'avais oublié que mes amis étaient initialement partis pour sortir Rose de sa débauche avec Emmett. Je me demandais où était ce dernier lorsque j'entendis son rire bourru en provenance du couloir:

-Les deux frères pris dans la même journée, ça craint.

Edward hocha la tête avec un sourire benêt. J'avais envie de lui foutre des claques pour qu'il revienne sur terre, mais je crois que je souriais autant que lui. Après un instant de malaise, Edward et Emmett proposèrent de rentrer chez eux. Je ne voulais absolument pas qu'Edward parte, mais je n'avais pas vraiment le choix. Edward me murmura tendrement à l'oreille que j'allais lui manquer jusqu'à lundi.

-Lundi ?

-Demain, je dois aller me nourrir Bella, je suis désolé. Si tu n'étais pas aussi tentante…

Il avait pressé son corps contre le mien en chuchotant la dernière partie de sa phrase. Je dus faire appel à toute ma volonté pour réprimer mes hormones, ces stupides substances chimiques espéraient que je me love un peu trop fermement et lascivement contre son buste. Il allait me manquer mais je ne voulais pas lui dire. Passé le moment émotion, j'avais du mal à exprimer ce que je ressentais. Je l'avais raccompagné jusqu'à sa voiture, et j'étais là debout à côté de lui. En train de me demander si j'avais le droit de l'embrasser. Si ce qui c'était passé dans la chambre avait finalement un sens.

-Tu penses à quoi ?

-A toi.

Ma réponse lui convint puisqu'il se mit à badiner :

-Ai-je le droit à un baiser ?

Il avait répondu à mes doutes, j'avais le droit de considérer qu'il était à moi. Alors je l'embrassais. Je fermais les yeux et profitais des derniers instants de bonheur de ma journée.

Le samedi soir passa –sous les interrogations précises et ininterrompues de Steph-, ainsi que le dimanche. Le lundi, il faisait trop beau pour que les vampires mettent leur nez dehors. En cours, je rêvais à mon Edward qui devait probablement dormir chez lui, et fus un instant stupidement jalouse de son matelas… Le mardi, je pus enfin le revoir. C'était réjouissant de pouvoir l'embrasser le matin en arrivant, d'être à côté de lui en cours, de l'entendre parler, de lui raconter ma vie. J'adorais être avec lui car il me contemplait comme si j'avais une quelconque importance. Le mercredi, il me promit de m'emmener chez lui samedi soir, et je me retrouvais donc à attendre la fin de la semaine avec une envie grandissante. Hélas, pour être sûr de ne pas céder à la tentation –moi-, il devait s'absenter le vendredi pour se nourrir suffisamment. Je me demandais si ce vocabulaire sauvage me choquerait un jour, mais pour le moment, j'aimais qu'Edward me parle comme à ses semblables.

Alec avait gardé ses distances toute la semaine. Malheureusement pour moi, l'absence d'Edward le vendredi signifiait que j'avais perdu ma plus fiable des protections contre la Strength & Blood. Alec profita donc du TD d'économie pour s'asseoir à côté de moi.


L'instant culture : la dopamine est plus connue sous le nom molécule du plaisir (et également de la peur) et permet la libération de l'adrénaline.