Bonjour à tous et merci pour toutes les reviews, je n'en avais jamais eu autant alors milles mercis ! Je vous laisse en compagnie d'Edward, qui va donc vous raconter tous ses malheurs…

Réponses aux reviews anonymes en fin de chapitre.

Le sommeil de la raison engendre les monstres. [Francisco de Goya]


Chapitre 24 : Edward, partie 1

Nous étions le 20 juin 1860, le soir de mes 18 ans. Je jouais tranquillement du piano dans le petit salon de ma mère. C'était ce moment incertain où le jour ne veut pas céder sa place aux ténèbres, et où la nuit ne s'est pas encore imposée. Une appréhension anormale me nouait l'estomac, mais je décidai de l'ignorer. Après avoir fini mes exercices quotidiens, je m'approchais de la fenêtre pour contempler l'avènement de l'obscurité tombant sur notre cour. Jane courrait sur les dalles, tandis qu'Alec la regardait avec scepticisme. Je faillis appeler mon frère pour ne pas le laisser seul avec notre sœur, mais il semblait très concentré. Peut être essayait-il de comprendre comment arrivait-elle à faire souffrir tous ceux qui entravaient ses désirs. Ma petite sœur était une plaie ambulante, quelqu'un qui engendrait le malheur et la tristesse. Pourtant je l'aimais bien, car quand on ne la contrariait pas, elle était d'une joie de vivre et d'un dynamisme impressionnant. Mais il suffisait d'une milliseconde d'inattention, et le diable s'emparait de son corps pour en faire une source intarissable de douleur. C'était avant tout moral, mais on se tordait également physiquement lorsqu'on contrecarrait ses plans. C'est pourquoi Alec et moi avions pris l'habitude de céder à ses moindres caprices, ainsi que nos parents.

Mon père et ma mère étaient de toute façon fort aimables avec nous. Ils nous avaient éduqués correctement dès notre plus jeune âge, nous avait fait découvrir la société parisienne de l'époque, et m'avaient surtout appris la musique. Je leur en étais éternellement reconnaissant, sans savoir que cette phrase prendrait une tout autre signification par la suite. Alec préférait le théâtre, et avait tendance à manipuler tout le monde. Jane était quant à elle une fervente lectrice. Ils étaient fiers de nous, et ils le furent encore plus ce soir là.

Un somptueux carrosse s'était introduit dans la cour, et Jane et Alec le contemplaient en silence. Il était entièrement noir et rouge. Les étalons étaient couleur ébène, et l'attelage couleur sang. Aucun signe concret de richesse, aucune dorure extravagante, mais cette calèche intimait le respect. D'ailleurs, ma fantasque petite sœur avait stoppé nets ses jeux, intriguée par cet événement inhabituel. Mon père sortit accueillir les propriétaires du véhicule.

Trois personnes en descendirent avec une grâce singulière qui me fascina. Deux hommes et une femme, si pâles que je crus d'abord qu'ils étaient malades et qu'ils venaient voir mon père, médecin. Mais la discussion ne semblait pas porter sur leur santé, et mon père ne tarda pas à les faire entrer dans le vestibule. Je descendis les rejoindre.

Les présentations furent rapidement faites : M. Aro, M. Caius et Mme. Elena, tous trois originaires d'Italie. Ils étaient venus proposer à Jane une place dans leur prestigieuse école italienne, mais lorsqu'ils avaient aperçus Alec puis moi-même, ils n'avaient pas pu se résoudre à séparer la fratrie, et ils proposaient maintenant à nos parents de nous emmener tous les trois avec eux.

Mes parents ne prirent pas le temps de réfléchir car les trois voyageurs arrivaient avec des documents officiels prouvant la renommée de leur école, démontrant l'excellence de leur éducation. La femme brune, Elena, regardait ma sœur avec une avidité dévorante, comme si Jane était un cadeau. Rapidement, un accord fut conclu, et après de rapides adieux, je quittai mes parents.

Ce que je ne savais pas, c'est que j'allais revoir mon père très rapidement.

Une fois dans leur carrosse, Aro, Caius et Elena nous révélèrent leur vraie nature. Jane jubilait de voir apparaitre devant elle ses héros de romans romantiques, tandis qu'Alec restait sceptique. J'essayais alors de m'échapper par l'arrière du carrosse, mais je fus immédiatement retenu par Aro.

C'était un vampire aux cheveux courts et grisonnants, transformé dans la force de l'âge. Il ressemblait beaucoup à mon père, et dés cet instant, il se considéra comme tel. Il ne fit jamais preuve d'une telle indulgence avec Jane ou Alec, car je fus son favori dès l'instant où je tentais de m'enfuir. Je devais représenter la fougue et l'audace qu'il n'avait jamais eue.

Tandis que mon frère et ma sœur étaient déjà convaincus de leur chance, Aro essaya de me persuader de l'opportunité qui s'offrait à moi. Il me vanta tous les avantages du vampire, toutes les possibilités qui s'ouvraient devant moi. Il me décrit leur château à Volterra en Italie, toute la culture qu'ils emmagasinaient, tous les siècles qu'ils traversaient, toute l'histoire qu'ils vivaient. Il n'aurait pas pu trouver d'arguments plus convaincants, et je décidais finalement qu'Alec et Jane devaient avoir raison. De toute façon, ce n'était qu'un simulacre de choix… La main d'Aro fermement posée sur mon épaule me montrait que je n'avais plus aucune alternative.

Lorsque cette prétendue discussion fut finie, ils fondirent sur nous et nous transformèrent sur le champ, aspirant notre sang goulument, et nous offrant le leur par la suite. Aro s'occupa de moi, Elena de Jane et Caius d'Alec. Pendant un temps indéterminé, je fus incapable de me souvenir de quoique ce soit d'autre qu'une douleur lancinante, un feu qui semblait me dévorer de l'intérieur. Je ne voyais que du noir. Je n'entendais que la voie douce d'Aro me murmurant que je mourrais, mais que j'allais renaître d'une manière tellement plus excitante que je devais accepter la douleur avec joie. Jamais je ne réussis à la supporter, et ce fut également un vrai calvaire pour Jane et Alec. Je passais enfin brusquement du chaud au froid, et mes yeux s'ouvrirent d'un coup pour découvrir le monde environnant. C'était effectivement une renaissance, car jamais le monde ne me parut aussi net que ce soir là. Des détails incongrus, comme les nervures des feuilles, m'apparaissaient si nettement alors qu'ils étaient si loin… Nous étions dans une forêt, entourés de nos trois maîtres, car c'est ce qu'ils étaient maintenant. Aro et Caius faisaient partie d'un triumvirat de pouvoir avec un dénommé Marcus. Elena était l'une de nombreux vampires les accompagnant.

J'éprouvais une étrange sensation en me réveillant, comme si je n'étais pas entier. Pourtant, je voyais clairement qu'il ne me manquait aucun morceau. Pourtant, j'avais envie de me plier en deux et de hurler comme un dément tellement je souffrais. Aro m'expliqua que c'était la soif qui me rongeait, et que je devais me nourrir pour survivre. Je fus séparé de Jane et Alec, chacun d'entre nous fut emmené à un endroit de la forêt. Grâce à mon ouïe, je les entendais encore, mais surtout, je percevais leurs pensées. J'avais été trop obnubilé par ma soif pour me rendre compte de ce changement avant, mais maintenant je réalisais que les cinq cerveaux qui m'entouraient m'abreuvaient de pensées obscures.

Aro me considérait réellement comme son fils, et espérait que je ne le déçoive pas lors de la première épreuve. Elena était ravie d'avoir transformé un tel potentiel –ma sœur Jane-. J'appris à cet instant qu'Elena était une sorte de détecteur de pouvoir. Elle avait repéré Jane par hasard, et c'est ce qui les avait amenés à notre maison, mais elle n'avait pas encore ressenti le mien. Caius jubilait car nous étions une jolie prise, pleins de douces promesses, et j'étais encore bien trop innocent pour comprendre ses attentes. Alec et Jane ne pensaient qu'à boire, boire et boire. Entendant un tel désir, ma soif fut triplée instantanément. J'étais littéralement en train de mourir de soif, et je ne savais pas comment me désaltérer. Aro apporta alors un être humain.

A ma grande surprise, mon instinct ne l'avait pas présenté comme quelqu'un, mais comme une proie, un repas. J'avais soif, et on m'apportait de quoi combler mes désirs. Aro poussa l'homme vers moi, et je reconnus ses traits : c'était mon père. Ses habits étaient déchirés, sa belle chemise blanche tombait lamentablement en lambeaux mais c'était bien lui. Ses yeux étaient brillants de larmes, et il me criait de sa grosse voie rauque: '' Edward mon Dieu, que t-ont-ils fait ? Edward, mon fils, pardonne-moi. Edward ! Ne les écoute pas, je t'en prie. Ce sont des monstres !''. J'étais incapable du moindre raisonnement. Pourtant, je SAVAIS que j'avais mon père face à moi, celui qui m'avait toujours éduqué et soutenu, celui qui avait toujours été là pour moi. Mais la seule sensation que j'éprouvais était ma soif, dévorante et grandissante.

Puis ce fut au tour d'Aro de parler ''Ce n'est plus ton père Edward'' et il pensait ''Je suis ton père maintenant''. Aro tentait de me convaincre de sa voix douce mais envoutante, puissante sans être bruyante : ''tu n'as plus de lien avec lui, ce n'est qu'un être humain. Les humains ne sont qu'un moyen de subsister, et il n'existe PAS d'autres façons de survivre. Tu dois te nourrir, faire abstraction de la personne que tu as face à toi. Ce n'est qu'une proie, un donneur de sang potentiel, un repas appétissant''. Et il avait raison, je ne sentais que l'appel du sang de mon père, je n'entendais que cette pulsation, ses veines qui battaient sous sa peau fine. Je ne voyais plus sa fine moustache blanchie par le temps, ni le bonheur que j'avais eu à lui raconter mes journées… Il n'était qu'un réservoir de sang. Aro continuait en pensée, sans savoir que je l'entendais ''Courage Edward, tu dois te nourrir de cet humain si tu veux une place parmi nous''. Alors, comme je n'avais nul autre endroit où aller, nul autre avenir à envisager, je m'approchais de mon père.

Celui-ci criait de toutes ses forces de ne pas me laisser embobiner, que j'étais toujours son fils, qu'il m'aimait encore ; mais en même temps il me suppliait de l'épargner, il hurlait, il pleurait et ses bras s'agitaient désespérément pour me repousser. Plus tard, j'admirerais le courage vain et misérable qu'avait eu mon père. Mais sur le moment, tout ce que je ressentais, c'était que ses cris m'agaçaient, et surtout qu'il sentait bon. Son sang était aussi le mien, et j'étais inexorablement attiré par son odeur. Je n'eus même pas le temps de voir mon père mourir.

Lorsqu'il cria un ultime ''s'il te plaît'', je me précipitai sur lui avec envie, et je plantais mes dents dans son cou, salement et violemment. Il hurla de douleur, tandis que je jouissais de plaisir. Je fourrais mon visage entier dans le sang qui ruisselait de la plaie béante de son cou. Je mordais, je léchais, je lapais comme un animal affamé tout ce qui sortait du corps de mon père. En moins d'une minute, je l'avais vidé de tout soupçon de vie, et j'avais aimé ça. Peu m'importait que ce soit mon père, je n'avais jamais ressenti un tel bien être que lorsque je l'avais mordu. Je passais ma langue sur mes dents pour absorber les dernières gouttes de sang, et je savourais la sensation de les sentir couler le long de mon œsophage.

Après mon festin, je fus de nouveau assailli par les pensées de mon frère et de ma sœur. Alec avait tué notre oncle préféré sans l'once d'une hésitation ni l'ombre d'un regret. Jane s'était précipitée pour s'occuper de notre douce mère.

A cet instant précis, je me sentis sale, dégoûté par ce que je venais de faire. Le bonheur que j'avais ressenti laissait progressivement place à de la honte et à un chagrin qui ne fut jamais totalement guéri. Aro me prit dans ses bras en me disant qu'il était fier de moi, que j'étais digne des Volturi. Au même moment, je sentis qu'il absorbait toutes mes pensées, tout ce que j'avais pu ressentir durant ma courte vie. Ce fut ainsi que je me rendis compte de son pouvoir : il pouvait, par un effleurement, tout connaître sur une personne, même ses plus profonds secrets. Je me promis mentalement de ne plus jamais me laisser toucher par mon nouveau père.

Nous nous sommes tous retrouvés au carrosse, et nous avons commencé notre voyage pour l'Italie.

***

Le voyage s'était déroulé en silence, tout comme les 15 jours suivants pour ma part. Jane avait rapidement trouvé ses marques, et Elena avait révélé aux autres le pouvoir qui était en mon frère et en moi, ce qui nous avait permit d'éviter la case ''vends ton corps avec joie et tais toi''. Nous avions appris seulement quelques années plus tard dans quel but nous avions été initialement transformés, et Alec avait d'ailleurs piqué une colère monstrueuse ce jour là. Personnellement, j'étais déjà blasé du mode de vie des Volturi, et ça m'avait laissé totalement indifférent. J'étais juste devenu conscient des premières pensées de Caius, j'avais pu mettre un sens sur les images défragmentées que j'avais perçues le soir de ma transformation. Je savais désormais à qui appartenaient les corps blancs et froids sur lesquels il fantasmait.

Mais au tout début de ma vie en Italie, je n'étais pas si flegmatique. Persuadé d'avoir été manipulé, j'avais littéralement boudé pendant deux semaines. Chacun d'entre nous avait ses appartements, et je m'étais isolé comme un ermite. Je ne voyais personne, et personne ne venait me voir. Je ne me nourrissais pas, et je dépérissais en pensant que j'avais assassiné mon père.

Quelques jours passèrent, puis Aro vint me trouver, avec son air compatissant et ses bonnes pensées. Il m'expliqua que c'était une étape obligatoire pour tout vampire, qu'il fallait accepter notre vraie nature, et que nous n'étions pas des monstres. Selon lui, et il en était convaincu, nous ne devions pas nous attacher aux humains, et boire le sang d'un membre de sa famille était la meilleure preuve que nous étions prêts à devenir vampire. Il me rassura, m'expliqua que tous les autres vampires étaient maintenant ma vraie famille, que je ferais des rencontres exceptionnelles avec des êtres fantastiques, et que je ne devais pas rejeter cette chance. Il pensait aussi que j'étais quelqu'un d'une valeur inestimable. Mais il connaissait mon pouvoir, et je ne donnais pas beaucoup de crédibilité à son opinion.

Alec aussi vint me voir, et je me laissais prendre dans ses filets. Son pouvoir de manipulation par la voix ne fonctionnait que lorsqu'il le voulait, mais l'espace d'un instant, j'avais été intimement convaincu du bienfondé de mes actes, et du bonheur dans lequel je pourrais vivre si je le décidais.

Une semaine plus tard, Aro m'offrit un piano –le Pleyel qui se trouve maintenant dans ma chambre-, et m'expliqua que je pouvais toujours continuer mes activités humaines si je le désirais : j'étais toujours celui que j'avais été. Je fus alors convaincu, et je commençais réellement ma cohabitation avec les Volturi.

***

J'étais jeune et inconscient, mais je profitais pleinement de ma nouvelle vie, persuadé que c'était le seul moyen de survivre. Les Volturi avaient des ''chasseurs'', dont la seule et unique tâche était de trouver des humains et de les ramener à Volterra. S'en suivaient des festins dignes des pires cauchemars, et j'en faisais entièrement partie. A part Aro, Caius et Marcus qui étaient vêtus de noir, nous étions tous en tuniques rouge sang, parfaitement accordés à l'ambiance. Nous virevoltions autour de nos proies comme des aigles, nous enfoncions nos dents acérées dans leurs cous, et nous sucions leur sang jusqu'à la dernière goutte. Ce n'étaient que des cris, des plaintes, des hurlements, du sang et de la violence. Nous étions des animaux répondant à notre besoin le plus primaire, la soif. Dans ces moments là, nous étions tous pris d'une même frénésie, d'un même désir, et il nous était impossible de nous freiner. Nous étions parfois une dizaine, parfois plus de cinquante, et à chaque fois le même rituel recommençait. L'arrivée des humains dans nos salles obscures, dallées de pierres aussi noires que notre âme. La montée de la soif en les sentant, la perte de contrôle, la vision des premiers d'entre nous se précipitant sur le repas. Associée à mon pouvoir, cette vision avait souvent raison de moi, et je n'étais alors guère plus qu'un monstre sanguinaire hanté par sa soif. Un désir incontrôlé se répandait dans tout mon corps et à la vue des premières giclées de sang, je ne pouvais m'empêcher de me jeter sur mes proies.

Le retour à la réalité était brutal et violent pour moi. Alors que les autres semblaient s'accommoder de cette horreur, j'étais conscient de la noirceur de mes actes. Je savais que j'avais perdu mon âme à l'instant même où j'avais été mordu, où j'avais accepté cette vie. Mais je ne faisais rien pour me racheter, car je me savais damné à jamais. Et surtout, personne ne m'avait mit au courant d'un autre mode de vie. De temps en temps, je rencontrais des vampires nomades, mais leur vie était encore plus triste que la mienne. En plus de tuer des humains, ils étaient condamnés à errer sans but et sans attache. Je me complaisais dans mon confort digne d'un prince. J'avais accès à toutes les richesses que l'on pouvait espérer à cette époque, à toute la culture, à tous les savoirs. Aro me gâtait en organisant des rencontres avec les grands de ce monde. Ce fut comme ça que je rencontrais Victor Hugo, Alfred Nobel, Arthur Rimbaud, Friedrich Nietzche et d'autres éminents personnages. Je savais qu'Aro faisait ça pour que j'accepte ma condition et que j'arrête de ressasser de noires pensées. Et la plupart du temps, ses plans fonctionnaient : je ne me plaignais pas.

Alec, Jane et moi-même étions devenus les vampires les plus proches d'Aro, Caius et Marcus. Marcus pouvait détecter les relations entre les personnes. Nous étions toujours accompagnés d'Elena, qui découvrait parfois de nouveaux talents. Les Volturi étaient devenus des professionnels pour la recherche de forts potentiels. Ils ne s'entouraient que de vampires talentueux et puissants, et pendant quelques temps je crus que tous les vampires étaient ainsi.

***

La première fois où j'assistais à une rencontre avec d'autres vampires fût un fiasco. Nous étions restés en Italie, et nous recevions la visite d'un éminent vampire, Lord Ruthven. Ce vieux vampire grisonnant, grand et musclé avait amené deux humains. Il y avait une jeune fille d'environ seize ans, aux cheveux auburn et aux yeux noisette pétillants de vie et son frère aîné, un grand brun légèrement dégingandé. Lord Ruthven était persuadé que ces jeunes gens étaient prometteurs, et voulait connaître l'avis des Volturi. Elena détecta aussitôt leurs pouvoirs respectifs : elle s'avérait plutôt douée lorsque les personnes n'étaient pas trop éloignées d'elle et en position de faiblesse. Le garçon, Démétri, serait un traqueur : il pourrait connaître instinctivement la position de sa proie dans le monde entier. La fille, Aesa, serait un puissant bouclier, annihilant ou amplifiant les pouvoirs de ses compagnons. D'ailleurs, j'étais incapable de lire ses pensées.

Elena allait révéler ses découvertes aux Volturi lorsque je perdis le contrôle. Ces deux enfants me rappelaient trop mon parcours, ma vie. Je n'avais pas envie qu'ils deviennent des vampires, comme j'en étais devenu un. Je trouvais ça injuste d'ôter leur vie et leur âme à des personnes innocentes. Alors je me jetais sur Elena, et nous avons commencé à nous battre. Je n'avais jamais été forcément doué pour les bagarres, mais mon corps était athlétique et Elena n'avait jamais combattu. J'eus rapidement le dessus, et, avant qu'elle ait pu dire un mot, je l'avais plaquée et à terre et je lui arrachais la langue à main nue. Au passage, mon poing défonça sa mâchoire. Mon action avait surpris tout mon entourage et ce fut Alec qui réagit le plus vite. S'emparant d'une lance à sa portée, il me chargea. Mais j'étais transcendé, mon sentiment de justice avait pris le pas sur ma raison, et je désarmais Alec d'un rapide mouvement du bras. Je lui lançais la lance en haut à gauche de sa poitrine, transperçant son torse et lui laissant une cicatrice qui ne guérirait jamais. Je me précipitais alors vers les deux adolescents, qui me regardaient sans comprendre. La fille ouvrait grand ses yeux marron, et j'y lisais de l'incrédulité et de la peur. Le garçon plissait ses yeux noirs comme pour analyser la scène. Je ne voyais plus qu'eux, les autres vampires avaient mystérieusement disparus de mon champ de vision. Alors que j'allais attraper le garçon, mes mains se refermèrent sur de l'air, et je vis Caius s'en emparer et le mordre devant moi, plongeant son regard de braise dans le mien. Je détournais les yeux pour attraper Aesa, et au moment où je la touchais je ressentis une violente douleur. Jane s'occupait de moi, son propre frère, comme d'un ennemi. Malgré la douleur, je réussis à prendre Aesa dans mes bras et à me mettre à courir. C'était le bouclier de la fille qui me donnait une immunité partielle, sinon il est impossible d'échapper à Jane. J'arrivais près d'une tourelle, mais j'entendais Aro et Marcus derrière moi, alors je balançais la fille à travers la petite ouverture qui me faisait face. J'entendis un bruit sourd dans la rue en dessous, puis des pas qui s'éloignaient de notre repère. La fille était sauvée, car tous les vampires du château n'avaient plus qu'une seule et unique envie : me punir.

Je me retrouvais donc enchaîné dans la salle centrale du château, à la merci de tous. Pendant des jours et des jours, je fus torturé par tous ceux qui passaient. Ma sœur Jane était la plus présente, et cette petite sadique m'envoyait de la douleur dés que je me sentais au calme. Ceux qui n'avaient pas de pouvoir se contentèrent de me frapper de toutes leurs forces, et je n'étais plus qu'un amas de chair rouge au bout d'un jour ou deux. Ceux qui avaient un quelconque talent belliqueux prirent du plaisir à tester sur moi leurs petits jeux : je reçus des décharges électriques, je me suis fait brûler le dos –il me reste encore une cicatrice, vestige d'une brûlure un peu trop prononcée-, j'ai eu l'impression d'être écartelé, noyé, on m'a envoyé des cauchemars, de la souffrance et de la tristesse. Aro veillait au grain pour que je souffre intensément mais que je ne meure pas. Il voulait absolument que je reste auprès d'eux car mon pouvoir était l'un de leur plus précieux. Je l'ai haï comme jamais, et malgré ses attentions, je ne pus jamais le considérer comme un père ou un mentor.

Ma torture dura près d'un mois. Je n'avais pas mangé durant tout ce temps, mais comme les vampires commençaient à se lasser, mon corps devenait presque présentable. Mes bleus avaient quasiment tous disparus, et la plupart des épreuves étaient maintenant mentales. Aro me libéra un soir, et me pria de le suivre. Il me raconta que malgré tout ce que j'avais fait, je faisais encore partie de leur entourage. Il espérait que la punition avait porté ses fruits, mais il me montrait qu'il savait être bon avec ses sujets. Alors il m'ouvrit une porte derrière laquelle se trouvait, me dit-il, tous les plaisirs que j'attendais.


N'hésitez pas à me laisser une review pour m'indiquer ce que vous croyez qu'il y a derrière cette porte... sur la fin de la vie d'Edward ou plus simplement ce que vous avez pensé de ce chapitre... vos reviews me font toutes extrêmement plaisir.