Salut bande de catapultes à moustaches!
Le dernier chapitre est un gros bug de . Alors j'le reposte içi en clean.
Ce chapitre, est à la fois une occasion de renouer avec mes souvenirs de maternelle, et une occasion d'étaler ma culture. Ne me demandez pas comment on en vient à écrire des trucs comme ça... J'en sais rien moi-même!
Bonne lecture!
Affalée sur le lit à feuilleter distraitement une tragédie à deux balles, Icy s'emmerdait.
"Une maison de poupée". En voyant le titre, elle s'était dit que ce serait un truc sadique à glacer le sang, ne me demandez pas pourquoi. En fait, c'était une fille, Nora, à qui son mari, Torvald,disait des trucs du genre: "mon petit écureuil" "ma petite tourterelle". À croire qu'au dix-neuvième siècle terrien, les femmes devaient sautiller et battre des mains pour soutirer deux sous à leur mari...
TORVALD: "Mais il demande encore de l'argent, mon petit étourneau. C'est fou ce que ça coûte à un homme d'avoir un étourneau chez lui."
"-Mais des claques!" siffla Icy entre ses dents, rejetant Une maison de poupée.
"-Gnin?" fit Darcy, qui fantasmait sur Valtor.
"-J'emmerde les étourneaux et les poupées!" répondit Icy d'un ton de grande lassitude, se laissant tomber sur le lit. "Mais qu'est ce qui lui a pris de me refiler ce bouquin?"
"-C'est vrai que t'as jamais aimé ça, les poupées." nota Stormy, à qui Valtor avait refilé Les Fleurs du mal.
"-Tu t'amusais à les décapiter, et comme il y avait pas de sang qui sortait, tu foutais du Ketchup."
Puis la chambre retomba dans le silence pendant dix minutes, entrecoupés par les "Who the hell is that guy?" de Stormy au sujet de l'auteur des Fleurs du Mal. À un moment, un poème la révolta au point qu'il lui fallut partager.
"-Pourtant, qui n'a serré dans ses bras un squelette et ne s'est nourri des choses du tombeau? Qu'importe le parfum,"l'habit ou la toillette? Qui fait le dégoûté monstre qu'il se croit beau."
"-Glauque." commenta Darcy. "Il fumait quoi, l'auteur?"
Stormy regarda le nom sur la couverture.
"-Charles Baudelaire!" dénonca-t-elle. "Il devait fumer de la coke, de l'héro, tout un tas de saloperies."
"-Ça se fume, la coke?" demanda Icy.
"-J'en sais rien, Icy. C'était pour faire court."
"-Cela dit, Icy" déclara Darcy, "Ça m'embête de le reconnaître, mais t'as raison. Qu'est ce qui a pris à Valtor de nous donner ces bouquins?"
"-T'as eu quoi, toi?" voulut savoir Stormy.
"-Caligula. C'est pas mal glauque aussi."
Elle voulut ouvrir au hasard, mais la reliure devait être cassée, et elle lut:
"-Tout cela manque de sang!"
"-Ben voilà", ricana Stormy. "T'as un pote, Icy. Lui aussi devait mettre du ketchup sur ses poupées."
Icy se redressa sur son lit.
"-Vous savez quoi, les filles? On devrait aller se plaindre à Valtor."
"-J'te suis."
"-Idem."
Et c'est ainsi que ce jour-là, à exactement 17 heures 23 minutes 52 secondes et un dixième, trois sorcières remontées frappèrent à la porte du bureau du magicien le plus puissant de la Dimension Magique.
"-Hey, Valtor!" hélà Icy. "On a une réclamation à faire! Ça va pas!"
"-Pas contentes! pas contentes!" appuyèrent les deux autres.
Le "Yeps!" dont Valtor se servait pour acquiescer ne se fit pas entendre. Donc, pas de réponse. Curieuses, elles forcèrent la porte avec leurs pouvoirs, et entrèrent pour constater que Valtor était là, mais qu'il était ni plus ni moins en train de dormir, les bras croisés sur sa poitrine, un pied sur le bureau et la tête penchée vers l'avant.
Les réactions furent diverses: Stormy fondit en un "trop mignon!", Darcy se plut à imaginer qu'elle devait le réveiller d'un baiser et Icy leva les yeux au ciel. Pas le moins du monde attendrie par la scène, elle décida de rejouer leur rencontre dans la Dimension Oméga.
"-Hey, Hibernatus, cligne des yeux, si tu nous vois!" l'appela-t-elle, faisant balancer son index devant ses yeux.
Stormy pouffa et Darcy continua:
"-Hoooo, un serpent géant! Et si on lui donnait ce type en pâture?"
"-On devrait le réveiller, non? Je crois pas que les serpents aiment la viande congelée." ajouta Stormy.
"Pas con." approuva Icy.
Elle avanca les lèvres, se pencha vers le visage de Valtor et ferma les yeux. (Darcy enrageait.)
Quand Valtor souleva difficilement les paupières, il eut une vision d'horreur: deux lèvres pulpeuses fondaient sur lui. Il se leva d'un bond de sa chaise, faisant atterir Icy sur le dossier. Darcy et Stormy éclatèrent de rire.
Valtor articula difficilement, tentant de faire fi de sa bouche pâteuse:
"-Mesdemoiselles, que venez vous faire dans mon bureau, je vous prie?"
Il dut attendre vingt secondes que Darcy et Stormy se fussent calmées de leur fou rire et qu'Icy ait fini de cracher.
"-Pheu, pheu!" commenca-t-elle. "Valtor, c'est -pheu- innadmettable."
"-Inadmissible." corrigea machinalement Valtor d'une voix morne.
"-Les bouquins que tu nous as refilé sont juste inlisables!"
"-Illisibles."
"-Oui, enfin, entre le type qui prend sa femme pour une conne, le type qui couche avec des squelettes et celui qui fout du ketchup sur ses poupées, c'est juste pas possible!"
Valtor avait pris des livres au hasard dans sa bibliothèque et les avait passé aux Trix pour qu'elles lui fichent la paix. C'était raté.
"-Je me disais que vous seriez ravies d'expérimenter la torture littéraire* que j'ai subie étant gamin." ricana Valtor.
Icy se planta devant lui et lui mit son index sous le nez.
"-Oui, ça partait d'une bonne intention, insistire sur l'apprendage du français. Mais tu aurais pu choisir d'autres auteurs!"
"-Vu votre niveau de langage, ça paraissait être une bonne investiture."
Valtor posa la main sur la bouche, comme un gosse pris en faute:
"-Oups, je m'ai trahi."
"-Crétin!" siffla Icy.
Stormy intervint:
"-Hey, Valtor! Et si tu nous montrais un super sort appris sur une autre planète!"
"-Ah, ouais, bonne idée!" approuva Darcy. "Un truc ultra-puissant, qui rend l'ennemi totalement incapable de riposter ou de nous faire la morale du genre: "Han, vous les méchantes, vous ne faites pas le poids contre nous les gentilles à paillettes qui chions du caca arc-en-ciel, han!""
Valtor sourit devant la caricature des fées, assez fidèle il fallait le dire. D'ailleurs, ça lui avait donné une idée.
Il rassembla les trois intruses/incultes juste devant lui. Recula de trois pas et lanca:
"-Fokjaychiai!"
La lumière projetée ne dura qu'une seconde.
Le flash finit. Une seconde passa. Puis une autre. Puis encore une. Et une autre. Puis:
"-Sniff, sniff... Mais qui a pété?"
"-Ouille, ouille, ouille, il faut que je trouve des toillettes, viiiite!"
"-Merdeuh merdeuh merdeuh ça uuuuurge!"
Trois furies se précipitèrent vers la sortie, bien entendu fermée à clé. Tandis qu'elles s'acharnaient à ouvrir la porte à une main chacune, l'autre étant occuppée à tenter de retenir la vessie pressante, Valtor expliqua:
-Ce sort me vient de la planète Ifopopo, dont la magie consiste à liquéfier les entrailles, et qui est par conséquent le lieu de villégiature de constipés venant des quatre coins de la Dimension Magique. L'air national est (il se mit à fredonner): Qui a du caca kaki collé au cucul..."
Icy, les yeux rouges, la pupille minuscule, le regard étincelant, (et la main sur la jupe) se retourna vers Valtor qui souriait narquoisement:
"-En...foiré...de bogoss de sorcier à la con!"
"-Vous m'aviez demandé un sort imparable. En voilà un. Et encore, vous avez eu de la chance. J'aurais pu utiliser un sort de la planète Apoilus. Uniquement habitée par des nudistes."
"-On s'en fout!" éclatèrent en choeur les trois sorcières. "Ouvre cette putain de porte!"
"-Vous n'avez pas été gentilles. Donc papa Valtor doit vous corriger."
"-Pitié!" supplia Stormy. "On sera gentilles, on rentrera plus dans ton bureau sans ta permission, on te servira e petit-déjeuner au lit le matin, on ira plus fouiller dans tes boxers, on...
Le sourire de Valtor se figea:
"-Quoi? Qu'est-ce que tu viens de dire?"
"-Rien, rien, rien du tout!" coupa Darcy qui jusque là tentait de défoncer la porte à coups de tête. "Mais ouvre cette porte, par pitié!"
"-Hmmm..."
"-Pitié!"
"-Il faut voir..."
"-Pitié!"
"-Aaaah... Je ne sais pas si je devrais..."
"-On t'en supplie!"
Ah. Cette fois, ce n'était pas lui qui avait allumé des étoiles dans ses yeux. C'étaient elles. "Une telle prouesse mérite récompense!" jugea finalement Valtor.
Il sourit et claqua des doigts.
Et la porte s'ouvrit, laissant les Trix se ruer à l'extérieur. Une seconde passa.
Et Valtor éclata de rire.
Il avait mal au ventre, se tenait les côtes, toussait, crachait. En fait il n'avait jamais autant ri de toute sa vie. Il resta bien dix minutes dans cet état. Puis, après avoir repris son souffle, il commenta d'un ton plus noble:
"-Quel dommage que ma réputation m'empêche d'utiliser ce pouvoir sur les Winx! Quelque chose me dit que je me serais bien marré..."
Puis, sur ces bonnes paroles, il regagna son fauteuil. S'assit. Posa une jambe sur le bureau. Croisa les bras. Baissa la tête. Ferma les yeux.
Et s'endormit.
*Oui, vous devez être familiers avec ce truc. Pour citer la Désencyclopédie, c'est "l'usage du livre chiant comme outil de dégoût massif de la lecture, pratiqué à partir du collège jusqu'à la fin de la scolarité, ayant pour but de faire croire que le monopole de la littérature est tenu par des vieux barbus chauves à lunettes." Et en me faisant lire Madame Bovary, ces enfoirés de profs de français ont bien failli me dégoûter de la lecture, moi qui pourtant adorait ça.
