Ino: L'Avarice
«- Redis-le moi, allez ! »
Une plainte masculine se fit entendre.
Nous sommes en plein centre de Konoha, dans une petite maison d'apparence sympathique. Mais seulement d'apparence car en vérité si vous entrez à l'intérieur vous verriez que des traces de peintures jonchent le sol, que certains meubles sont complètement dérangés, que des produits d'emballages envahissent l'espace à tel point qu'il devient presque dangereux pour un ninja de marcher sur le parquet.
Deux personnes. Un homme, une femme. Un schéma classique en somme. Mais pourtant pas si conventionnel: un brun aux cheveux courts et aux yeux noirs et une blonde à la longue chevelure et aux yeux océans. Lui qui veut rester discret et se fondre dans la masse, elle qui n'hésite pas à faire entendre sa voix et aime le regard des autres. Lui timide et réservé et elle sans gêne et expressive. Lui ayant une voix nasale et douce alors qu'elle avait une voix forte et cassante.
Rien ne les destinait à s'entendre et pourtant les voilà évoluant dans le même salon, la même chambre, la même salle de bain.
On aurait pu penser qu'ils allaient s'envoyer des objets à la figure, s'insulter mutuellement, en venir à une violence physique mais non. Ils étaient si différents que même s'ils ne se comprenaient pas, ils se respectaient.
Lorsqu'elle dépassait les bornes, il la freinait, et lorsque lui avait une absence de sentiment elle le secouait pour qu'il réagisse. Ils avaient une force sur l'autre prépondérante. Il régulait l'autre. Et par ces moments de tempérance, ils en étaient venus à dépendre l'un de l'autre.
Là, à ce moment précis, Ino dépendait de Saï.
Certaines mauvaises langues diraient qu'ils voyaient Ino comme une de ces filles superficielles qui n'accordaient d'importance qu'à leurs images et à leurs cheveux. Seulement derrière ses atouts féminins qu'elle mettait en valeur, Ino cachait une sensibilité à fleur de peau. Elle se servait de sa beauté comme sa meilleure amie Grand Front se servait de son intelligence.
Cependant, mettre sa beauté en valeur était devenu plus gênant avec son compagnon. Elle se sentait coupable de faire tourner la tête de jeunes hommes dans la rue, lorsque quelqu'un d'autre que lui la complimentait elle se sentait mal à l'aise. Alors elle demanda à Saï qui peignait:
«- Qu'est ce que tu penses de moi ? »
Celui-ci figea tout mouvement laissant sa main tenant un pinceau en l'air:
«- Tu sais ce que je pense de toi, Ino. »
«- Redis-le moi, allez ! »
Posant son pinceau près de son chevalet, il s'assit en face d'elle à leur table ronde avant de lui murmurer:
«- Si on changeait des compliments habituels ? Je vais te dire ce que les traits de ton visage me dit »
La belle fronça les sourcils en signe d'incompréhension, ne se démontant pas, il lui fit signe de se lever et de venir vers lui. Quand elle vint enfin après une hésitation, elle se positionna à cheval sur ses genoux.
«- Ferme les yeux, Ino, fais-moi confiance. »
Elle se détendit totalement, se laissant aller dans les bras de l'Artiste. Il ferma lui aussi les yeux et ses mains flânèrent sur son visage. Il commenta chacun de ses traits:
«- Tu as les sourcils fins, tu attaches beaucoup d'importance aux regards des gens. Tes yeux sont grands, signalant une grande innocence. Tu as les pommettes hautes, tu aimes sourire. Ton nez retroussé me montre que tu es maline et tu aimes faire des blagues. Ton visage et fin de forme plutôt ovale, tu restes encore un peu dans l'enfance. Tes cheveux sont soyeux et fins, tu es donc douce mais tu n'as pas assez confiance en toi. Et le plus important pour moi, tu as des lèvres pleines et j'aime les embrasser. »
Rougissant encore alors qu'il passait des paroles à l'acte, elle se souvint du pourquoi elle l'aimait tant.
Elle était avare de compliments, mais surtout s'il s'agissait des siens. Il était son avarice.
