3. Les idéaux et la mort
Pour Aloïs Merian, le fait que l'agent Rumlow pointait le canon d'une arme sur l'arrière de son crâne n'était pas surprenant. C'était beaucoup de choses, à commencer par complètement terrifiant, mais ce n'était pas surprenant. Il avait beaucoup réfléchi à sa propre sécurité lorsqu'il avait rejoint le SHIELD en tant qu'opérateur logistique spécialisé ingénierie, et avait conclu que le risque en valait la chandelle.
Bien sûr, il y avait un monde entre envisager la possibilité de l'événement et vivre l'événement, mais la surprise n'avait pas sa place dans l'équation.
Non, dans l'équation, il y avait sa propre vie, celle de millions de personne, sa conscience et le discours de Captain America. Et, aussi, depuis les franges de sa mémoire, une citation d'Albert Einstein.
Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal mais par ceux qui les regardent sans rien faire
Tremblant, pleurant presque, il avait fait son choix. Un choix qui allait lui coûter la vie. Le bon choix. Ne pas lancer ces héliporteurs. Ne pas prendre part au massacre. Ne pas travailler pour Hydra. Ne plus travailler pour Hydra. Etre un héros.
Certes, Aloïs allait mourir, et c'était complètement terrifiant, mais si le Capitaine Rogers était prêt à combattre seul l'entièreté du SHIELD, alors il n'avait pas le droit de faire moins. Parce que s'il était l'une des cibles du projet Insight, et il l'était peut-être, alors il voudrait que l'agent chargé de lancer les moteurs eût les nerfs de refuser cet ordre. Le courage. La stupide bravoure.
Et il l'avait. Il l'avait. L'agent Rumlow allait lui faire sauter la cervelle et il tremblait de tous ses membres, mais sa détermination était ferme.
« Ordre du Capitaine. »
Ordre de sa conscience. Ordre de la morale. Ordre du bon sens. Ordre des valeurs de son pays et de son contrat. Croisade vouée à la mort ou pas, Aloïs choisirait de suivre Captain America plutôt qu'Alexander Pierce dans n'importes quelles circonstances.
Même s'il allait mourir.
Et l'instant d'après, l'agent Treize sortait son arme et prenait son parti. Et encore un instant après, tous les agents en présence menaçaient leurs voisins. Et Aloïs n'avait pas d'arme, et l'agent Rumlow avait encore la sienne pointée sur son crâne, et il était certain que tout allait exploser d'ici trois secondes, y compris son cœur, et ces héliporteurs devaient rester au sol.
L'espace d'une respiration, Aloïs laissa l'optimisme le gagner ; l'agent Rumlow baissait son arme, se rendait sous la menace de l'agent Treize et… Et soudain il se redressait et elle tombait et sa chaise était poussée sur le côté et des coups de feu partaient dans tous les sens.
Roulé en boule sous les bureaux, tremblant, incapable de bouger, Aloïs regarda l'agent Treize tendre les doigts vers son arme tandis que l'agent Rumlow lançait la procédure de décollage des héliporteurs. Il lançait les héliporteurs parce qu'Aloïs était trop apeuré et sous le choc pour l'en empêcher.
Toute sincère et inébranlable que sa belle détermination avait été quelques instants plus tôt, il avait suffit du sifflement d'une balle à son oreille pour la réduire en fumée.
Il s'en voulut d'être soulagé de sa survie alors que l'important était les trois machines de destruction massive qui perçaient la surface du Potomac. Il y avait des coups de feu partout et il restait caché parce qu'il ne pouvait pas bouger son corps. Qu'il voulait rester en vie. Oui, il s'en voulait mais cela ne changeait rien.
Aloïs n'était pas héros.
Il n'était pas du côté obscur non plus, mais il détruirait le monde tout pareil.
