4. L'ombre au-dessus de nos têtes

Les abords du Triskelion n'était pas un quartier dans lequel Debby Degele avait l'habitude de passer. En toute honnêteté, elle avait complètement oublié ce qui les y avait amenés, elle, son beau-frère et sa nièce, ce jour-là.

Leur monospace immobilisé dans une longue file de véhicules, ils n'avaient d'yeux que pour les trois géants surplombant le fleuve et les flashs de flammes et de fumée qui clignotaient autour. Ils pouvaient entendre les détonations. La radio, branchée sur la station de la ville, avertissait tous les habitants de Washington de rester à l'écart du Triskelion, de ne pas paniquer et d'attendre plus d'informations.

Des personnes commençaient à sortir de leur véhicule pour mieux assister au spectacle. Debby interdit à sa nièce de faire de même. Tant qu'ils ne savaient pas de quoi il s'agissait vraiment, il fallait mieux ne pas prendre de risque.

Un de ses oncles avait survécu à ce qui était appelé la bataille de New-York, et il lui avait tout raconté avec moult détails. La panique, les morts, les bâtiments qui s'effondraient et les forces de l'ordre complètement dépassées. Le SHIELD avait été impliqué, juste comme il était clairement impliqué à présent.

« Putain, ça a pas intérêt à être des aliens, implora-t-elle dans un souffle.

- Est-ce qu'Iron Man ne devrait pas être là, si c'étaient des aliens ? rétorqua Sven qui n'en menait pas large lui non plus.

- Iron Man s'est fait défoncer la gueule par le Mandarin y'a pas longtemps.

- Qu'est-ce qu'on fait si ce sont des aliens ?

- Comment je suis censée savoir ce qu'on fait si c'est des aliens ? rétorqua fébrilement Debby.

- Ce n'était pas votre oncle qui a survécu à des aliens ?

- Notre oncle, il s'est fait sauver par des super-héros. Il a aucune idée de ce qu'il faut faire en cas d'attaque d'aliens... »

Mais avant qu'elle n'eût eu le temps de paniquer plus, Sven lui intima de se taire en levant la main. Le journaliste à la radio annonçait avoir réussi à mettre la main sur un employé du SHIELD qui fuyait les locaux. L'homme, à bout de souffle, raconta une histoire décousue à propos d'une hydre nazie, de conspiration, de Captain America qui essayait d'arrêter la mort de millions de personnes, de fusillades dans les cages d'escalier et de « Amal, si tu m'écoutes, je suis vivant. »

En parallèle, les explosions sur les trois aéronefs devinrent encore plus violentes. Et moins espacées. La seule consolation que Debby pouvait trouver était qu'il ne s'agissait pas d'extra-terrestres.

« Est-ce qu'ils sont en train de se tirer dessus ? s'étonna-t-elle, essayant de distraire sa terreur grandissante par la recherche de compréhension factuelle.

- On s'en va, » décida brusquement Sven.

Il sortit de la voiture et récupéra sa fille pétrifiée à l'arrière, tandis que Debby se débattait avec ses mains tremblantes et sa ceinture de sécurité.

Sur la chaussée, c'était le chaos. On jouait des coudes pour s'approcher du spectacle, parfois avec un téléphone à bout de bras, on restait sur place, bouche bée, ou on courrait pour s'éloigner des explosions. On braillait de tous les côtés, et quelques policiers débordés essayaient de naviguer dans ce flot sauvage et inconstant.

Lorsque Debby réussit à planter deux pieds fermes sur le goudron, ce fut seulement pour constater que Sven et Penny avaient déjà disparu. Quelqu'un cria que les bateaux volants étaient en train de s'écraser et elle redressa brusquement la tête vers les engins en question, seulement pour constater que c'était vrai. Ils étaient toujours entourés de fumée et de flammes qui rendaient les circonstances très illisibles, mais l'un des trois piquait indéniablement du nez vers le fleuve.

Les aéronefs allaient s'écraser et elle était en plein dans leur rayon potentiel de chute.

Sans laisser à son cœur le temps de s'arrêter, Debby fit volte-face et courut.