J'ai rencontré Carrie Bradshow
Aucun choix…
Je n'avais pas encore décidé quels vêtements je porterais le lendemain.
Je n'arrive jamais à choisir de parfaites combinaisons de fringues puisqu'il est toujours difficile de s'imaginer porter certains vêtement sans savoir de quelle humeur l'on sera à l'avance…
N'ayant jamais été avantagée niveau corpulence, je déciderais certainement, comme d'habitude de porter du noir qui puisse avantager les seuls atouts que j'avais : ma poitrine qui n'était pas particulièrement remarquable, mais qui, une fois intelligemment soutenue, méritait de combler les lacunes de mon corps…
Ce soir-là, le temps habituel passé à faire en sorte de ne pas raser les murs de honte le lendemain, je le consacrai finalement à regarder la télé. Je passai également brièvement sur quelques sites internet de vente par correspondance.
Le shopping était comme une seconde nature chez moi. Je ne pouvais vivre sans lui, et j'avais incontestablement l'impression qu'il ne pouvait pas non plus se passer de moi.
Il était comme une drogue pour moi et, malgré mes efforts surhumains pour ignorer jusqu'à même son existence, j'y revenais toujours.
La télé annonçait une soirée particulièrement ordinaire, à savoir un western, quelques émissions de psychologie concernant la jalousie dans les couples ou la façon dont les gens peuvent vivre en ayant autant de kilos en trop et des séries policières à profusion, toutes aussi semblables les unes que les autres, en comptant que certaines étaient pires que d'autres. Je me consacrai donc à un de mes passe-temps favoris, m'intéresser aux styles vestimentaires des acteurs, et plus particulièrement des actrices.
Etait-il vraiment possible, malgré cette réputation de bons flics bien sympas mais très bedonnants, que les inspecteurs de ces séries ne ressemblent en aucun cas à ce cliché ?
Et surtout qu'autant d'inspectrices soient sorties directement d'agences de mannequinat ?
Une femme belle, sympa et surtout intelligente et perspicace ? ça existe ça ?
Non, que dans les films et les séries évidemment !
Les seules séries auxquelles je me considérais comme accrochées mettaient en scène des gens auxquels je tentais toujours vainement de m'identifier…
Friends était une de mes préférées : je ne pouvais décemment prétendre ressembler à aucune des 3 filles. A part quelques points communs comme « je suis brune de cheveux », « j'ai des longs cheveux » (quoique celle-là, je ne pouvais plus la ressortir étant donné que j'avais eu la ridicule idée de les couper récemment, comme à peu près tous les 5 ans, juste avant de me rendre compte que je ne pouvais vivre sans mes longs cheveux…). Concernant la corpulence ou la façon de s'habiller, je rêvais de pouvoir leur ressembler, mais ceci restait purement utopique.
Quant aux hommes sympas qui les accompagnaient, j'avais chacun d'eux à ma portée. Un ami qui adore la bouffe et le sexe, c'était Fabrice, alias Fabichou ; un sympa mais un peu intello et pas trop le sens des réalités des jeunes d'aujourd'hui, c'était Antoine, et un autre qui n'arriverait jamais « en apparence » à se caser, qui passait sa vie à se cacher derrière un humour quelque peu douteux mais qui est toujours en recherche de la réplique qui tue, qui adore quand c'est apprécié et qui s'enfonce quand c'est raté, eh bien, sans surprise, c'était moi !
En ayant fait des tests pour savoir « Quel personnage de Friends êtes-vous », je tombais irrémédiablement sur Chandler. Sauf ceux faits pour les filles… Là, j'étais Rachel en général.
Bref, mon analyse personnelle du genre « séries policières » se résumant à espérer ressembler à ce cliché de femme qui porte l'insigne avec un beau pantalon blanc, cachant de longues jambes effilées et bronzées, ce t-shirt jaune canari découvrant un ventre ferme et une poitrine généreuse sans excès et dont le visage reflétait à la fois l'intelligence, la classe et un humour à toute épreuve. Les cheveux longs et soyeux étaient bien évidemment repris au tableau.
C'est là que je décidai de retourner dans ma garde-robe en essayant de trouver un maximum de vêtements correspondant à cette image.
Je n'avais malheureusement et bien évidemment aucun choix dans cette catégorie. C'était comme si ma garde-robe m'empêchait de vivre mon rêve !
Un dressing eut été plus adapté à ce que je me faisais de l'idée d'essayer un tas de fringue et de découvrir que je pouvais oser certaines tendances inédites.
Je redescendai et constatai que j'avais un mail. Je l'ouvris, mais découvris un mail des plus banals : une publicité reprenant un code pour participer à un concours… « Gagnez une semaine à Manhattan, tous frais compris, pour deux personnes » !
Evidemment, j'allais le supprimer. Moi, gagner à un concours ? La Reine d'Angleterre avait plus de chance de devenir pauvre !
Donc, je le supprimai et envisager d'aller me coucher.
Je m'endormis d'un sommeil peu réparateur, mais qui, au moins, me permettrait de pouvoir me lever le lendemain, d'aller au boulot et de suivre à la lettre cette routine dont tous les livres parlaient et dont personne n'arrivait vraiment à se détacher, à moins d'avoir les moyens financiers de le faire et surtout une sacré dose de culot face à soi-même.
