Chapitre 3_Transfert
Il n'avait jamais voulu revenir ici.
Même si c'était l'endroit où il avait passé beaucoup des meilleurs moments de sa vie, il ne voulait pas y retourner. Jamais.
Ses parents avaient choisi pour lui, bien sûr. Comme d'habitude. Et puis, son père avait disparu quand les Aurors avaient commencé à rechercher les anciens Mangemorts et principalement lui qui avait été le bras droit de Voldemort.
Sans un mot, bien sûr. Mère n'en sait pas plus que moi, c'est évident. Sauf que elle n'est pas obligée de retourner dans un endroit où tout le monde lui crachera au visage et où elle vivra comme un prisonnier.
Prisonnier, il l'était. Il avait si honte depuis le début de cette histoire absurde. Retourner à Poudlard ? Quelle idiotie. Autant le condamner à mort directement. Au moins, ce serait rapide.
Mais non. Il allait passer encore une longue année à Poudlard dans des conditions on ne peut plus étranges et désagréables : isolé – remarque, l'inverse n'aurait pas été mieux, avait-il pensé peu après, je n'ose imaginer prendre des cours avec des gens qui auraient combattu les Mangemorts qui ont servi d'amis à mes parents – encore une fois, dans une tour où personne n'allait et surveillé de près par un Auror, bien sûr.
Sans parler de ses cours qu'il recevrait au fur et à mesure par il ne savait qui.
Quelle idée stupide. Comme si j'étais un dangereux terroriste assoiffé de vengeance prêt à tuer n'importe qui et empli de noirs desseins ! C'est ridicule. Pas que mes chers camarades vont me manquer mais pourquoi... Je risque de foirer mes ASPIC's avec cette idée débile.
Les autres élèves n'allaient décidément pas lui manquer : il avait appris récemment qu'absolument aucun Serpentard de son année ne reviendrait finir ses examens. Il les comprenait aisément et aurait volontiers fait la même chose – instinct d'auto-préservation, bien sûr – mais il ne pouvait s'empêcher de leur en vouloir de l'abandonner ainsi à sa triste destinée. Il allait donc passé une année seul, sans parler, sans amis, sans activité, sans rien. Il pourrait peut-être s'arranger pour arrêter de manger – mais encore une fois, c'était une mort trop lente.
Trouver un objet coupant dans la tour, ajouta-t-il mentalement à la liste de choses qu'il devrait faire une fois arrivé à Poudlard.
Il n'avait déjà pas beaucoup mangé pendant l'été ; la perspective de retrouver le château où avait eu lieu cette guerre effroyable qui, malgré sa fin heureuse, avait tout de même assassiné des dizaines de personnes et complètement changé son destin – encore une fois – l'avait rendu malade d'appréhension. Cela dit, il ne savait pas si sa vie aurait été plus « heureuse » si Tu-Sais-Qui avait gagné et vaincu Potter. Il aurait ainsi passé toute sa vie à servir le Lord qui aurait fini par le tuer.
Cette pensée lui arracha un sourire amer. Quelle vie minable du début à la fin.
Il fut secoué d'un frisson quand la porte s'ouvrit, laissant entrer l'air frais du couloir et Greg, l'Auror chargé de le surveiller et guetter le moindre signe de poussée meurtrière en lui.
Mais il n'avait rien fait. Il attendait juste, sagement, assis sur la banquette usée d'un compartiment vide du Poudlard Express où Greg l'avait poussé avant de lancer un sort sur la porte interdisant quiconque d'y entrer ou d'en sortir, mis à part lui, cet abruti de puissant Auror.
Le son des rires et des voix enfantines avait ajouté à l'énorme sentiment de frustration, de rage et d'impossibilité à faire quoi que ce soit. Sans parler de la solitude qui l'étreignait depuis qu'il était en 6ème année.
Un Malefoy ne pleure pas en public.
Et même si Greg n'était pas un public très captivé par sa personne, il refusait formellement de pleurer devant quiconque (il se souvenait très bien de Mimi Geignarde, merci pour lui).
Pleurer signifiait que ce qui lui arrivait l'affectait et ça, c'était tout bonnement insupportable. Seule sa mère avait droit de le savoir. Après tout, c'était de sa faute s'il se retrouvait de nouveau dans le Poudlard Express sans qu'il n'en ait aucune envie. Sa mère devait savoir à quel point il souffrait de retourner au château.
Alors il lui avait fait savoir : il avait hurlé, supplié, pleuré – du coup –, menacé... De toute évidence, rien n'y avait fait vu qu'il se retrouvait à l'endroit où il ne voulait précisément pas être.
Désespoir.
Il avait l'impression d'être une bombe à retardement, tant il ne pouvait rien faire mis à part crier dans sa tête. Ses pensées poussaient si fort contre les barrières de ses interdictions personnelles qu'il se demandait quand est-ce qu'il ferait vraiment quelque chose.
La fuite. Oui, mais comment ? Et quand ? Il allait devoir prévoir à l'avance pour pouvoir déjouer la surveillance de l'Auror. Ce n'était pas un débutant et il avait l'air d'avoir entre les 40 et 50 ans. L'homme était impressionnant physiquement et était visiblement loin d'être bête : son organisation était minutieuse, ses sorts imparables et sa discrétion efficace. Sans parler de ses 2m de hauteur, de ses tonnes de muscles, de sa mâchoire carrée, son air impénétrable et ses armes moldues à la ceinture.
Drago en avait déjà vu mais il les trouvait vraiment inquiétantes. L'une devait être un pistolet (il en avait vaguement reconnu la forme, se souvenant de son dictionnaire imagé sur les inventions moldues intelligentes – « les seules » était précisé en dessous en lettre dorées écrites par son père). Une arme pour tuer ou blesser si on visait mal. Une autre était un long couteau fin, très affilé et que Greg portait en bandoulière dans son dos, dans un étui allongé, épousant parfaitement la forme du sabre – avait-il compris peu après. La dernière était bien sûr un poignard qu'il avait vu luire dans la botte de l'Auror et s'était dit qu'il devrait en avoir un également, car c'était bien pratique. Un peu comme le sort Sectumsempra, le poignard pouvait faire de nombreuses blessures (tout en dépendait l'usage, après tout). Il s'était alors rappelé de ce jour aux toilettes, quand Potter l'avait vu... le combat... et ce sort... Il n'aimait pas s'en souvenir. C'était terriblement humiliant et douloureux.
Potter... Il revient à Poudlard, lui aussi, bien sûr. La célébrité efface toutes les horreurs qui auraient pu l'empêcher de revenir. Il va encore se pâmer, cet... abruti...
Les insultes et les phrases acides venaient moins facilement maintenant que Potter lui avait sauvé deux fois la vie lors de la bataille et qu'il savait que Potter lui avait évité une vie pire que celle qui l'attendait.
Ce n'est même pas sa faute si je vais passer la pire – non la troisième pire – année de ma vie... C'en est déprimant – peux même plus m'acharner sur ce balafré.
Il soupira, regardant sans le voir le paysage qui défilait sous le soleil doux de septembre. Foutu train. Foutu Potter même pas coupable. Foutu Auror. Foutue vie.
Et pour ne rien arranger, le train ralentit soudain et après avoir papillonner des paupières, il aperçut Poudlard.
Qui semblait étrangement neuf.
Il fallait bien qu'ils réparent après tout...
« Malefoy ? »
Même pas un Monsieur... Saleté d'Auror malpoli.
Il daigna tout de même lever les yeux vers Greg qui s'était levé et qui le fixait d'un regard sans émotion malgré l'agacement qu'il voyait poindre au tic qui agitait la commissure de ses lèvres.
Je n'ai pourtant encore rien fait...
C'était cela le problème.
« Vous n'avez pas mis votre robe.
Je n'en ai pas vraiment besoin, à vrai dire, répliqua Drago, ne pouvant cacher la déception qui se mêlait dans sa voix à l'irritation.
Hum. Aucune importance. Vous devez sortir avant tout le monde pour que je ne vous perde pas dans la foule ou que votre père ne profite de l'agitation pour vous kidnapper. »
Drago comprit au son de sa voix que Greg était absolument certain de ne pas le perdre mais qu'il avait beaucoup moins confiance en Drago pour se charger de ce petit problème. Sans parler de son père. C'était encore une idée stupide du Ministère, ça. Comme si son père allait apparaître d'un coup juste pour lui... Et puis sortir tout seul sur le quai était beaucoup moins prudent.
« Il est absolument hors de question qu'on m'exhibe comme une bête curieuse.
Vous n'avez pas le choix. Je vous amènerai de gré ou de force ; et je vous conseille la première solution car il est sûr que vous attirerez beaucoup plus l'attention en étant porté par un Auror et jeté dans une diligence. »
Drago ne préféra pas répondre, sentant la colère montait comme une bulle, l'étouffant, lui brûlant les entrailles, la gorge, le cœur. Il se leva donc, avec brusquerie et passa devant Greg qui venait de défaire les sorts qu'il avait lancés sur la porte. Étonnamment, il n'y avait personne dans le couloir et il commença à désespérer d'un jour voir quelqu'un d'autre que ce sale Auror.
Il descendit du train et se sentit aussitôt très mal à l'aise, le poids du regard de tous les élèves pesant sur ses épaules (bon finalement, je ne veux voir personne). Il n'osa même pas les regarder, ayant peur de voir la haine, le dégoût, la pitié dégouliner de leurs yeux si nombreux. Si nombreux...
Merlin. J'ai l'impression que je vais m'écrouler sous la honte si ça continue. Si McGonagall voulait que j'en crève, elle va recevoir une très bonne nouvelle d'ici quelques minutes. Tiens, d'ailleurs, c'est peut-être pour ça qu'elle m'isole ? Elle veut que... Arrête ce mauvais délire, Malefoy. Tout de suite.
Et il pressa le pas vers la première diligence, s'y engouffra, son cœur battant à tout rompre, ses jambes se faisant faibles et ses yeux se brouillant.
Ah non ! Retiens-toi... Concentre-toi. La colère. La rage. Tu seras bientôt dans la tour et tu pourras organiser ton plan d'évasion. Concentration. Fureur. Colère. Rage. Fureur. Colère. Rage.
Et ainsi, il parvint à chasser les larmes et sentit une sorte de soulagement à être caché des regards haineux des élèves dans cette diligence sombre, humide et pas forcément confortable. Greg se tenait face à lui et le dévisageait avec une drôle d'expression. Drago ne prit pas la peine de l'analyser, trop indifférent de l'état d'esprit du garde du corps/geôlier pour se soucier de ses pensées à son égard.
La route vers Poudlard fut longue et silencieuse.
Longue et silencieuse... Comme ma vie, tiens. Un brouillard.
La porte de la diligence s'ouvrit enfin sur une personne qu'il n'aurait plus jamais voulu revoir.
« Mr Malefoy. Vous ne prendrez pas votre repas dans la Grande Salle, vous allez directement dans votre tour – on peut bien l'appeler comme ça, maintenant. Nous aurons une conversation par rapport à votre situation cette année.
Oh mais je crois que tout est très clair et que rien n'a besoin d'être éclairé, rétorqua Drago, les yeux baissés pour cacher la colère qui les embrasait.
Eh bien, vous croyez mal. Certaines choses ont changé et il faut que je vous en parle, annonça sèchement McGonagall, les lèvres pincées et une expression de pitié envahissant son visage ridé. »
Drago ne put empêcher un soupir de lassitude passer entre ses lèvres.
Encore des nouvelles qui me concernent et dont je ne suis jamais au courant en premier.
Il ferma les yeux l'espace de quelques secondes puis reprit un visage fermé, ce visage si noble qu'on lui avait toujours appris à prendre dès l'enfance. Le mépris aristocratique, voilà tout.
Il suivit la nouvelle directrice de Poudlard qui avançait d'un pas vif, pressé. Il allongea son pas afin de pouvoir la suivre sans avoir l'air aussi stupidement empressé. A vrai dire, il n'avait aucune envie de découvrir son nouveau lieu de résidence pour l'année.
Greg le suivait toujours, appuyant de temps en temps dans son dos pour qu'il avance plus vite. Ce qui avait le don de l'agacer prodigieusement.
Ce cancrelat d'Auror ne peut donc pas se faire oublier ne serait-ce qu'une minute ?!
Ils passèrent devant la Grande Salle et il eut le temps d'avoir un pincement au cœur – un de plus entre tous ceux qu'il avait eus depuis qu'il avait passé les grilles de Poudlard – en voyant les longues tables pour l'instant vides et les professeurs au bout qui parlaient tranquillement. Certains avaient levé les yeux d'un air inquiet ou agacé à son passage et il comprit que ce genre de regards allaient lui être attribué également toute l'année.
Allait-on lui adresser un seul regard gentil, doux ou même respectueux durant l'année ? Durant toute sa vie même ?! A part sa mère, il ne connaissait personne capable de cet exploit (et il ne parlait pas des regards écœurant d'amour de Pansy Parkinson).
Il commença à enregistrer le chemin de la Grande Salle jusqu'à sa tour mais il abandonna au 16ème couloir et au 7ème escalier. De toute façon, Poudlard changeait tout le temps ses corridors en impasses, ses escaliers en chemins, ses salles de classe en murs vierges...
Château exaspérant.
« Nous y sommes, dit soudain McGonagall, brisant le silence lourd qui planait jusque là.
Joie, grommela Drago, levant les yeux sur la porte de chêne qui lui faisait face. »
Elle s'ouvrit soudain, sans que personne ne la pousse et Drago comprit, en voyant McGonagall ranger sa baguette, que seul un sort – silencieux – pouvait l'ouvrir.
Bon, en priant pour qu'il y ait des fenêtres...
Il entra d'un pas hésitant à l'intérieur, ayant presque envie de fermer les yeux, de se boucher les oreilles, de tomber par terre et de hurler « Non, je ne veux pas voir ! Je ne veux pas voir ! ». Une envie qu'il repoussait depuis le début de sa 6ème année.
Mais il ne le faisait pas.
L'orgueil malefoyien ne faisait pas que du mal, finalement.
Il fut tout d'abord surpris par la chaleur de la pièce. Cela s'expliquait par le feu qui ronflait dans la cheminée et la douce lueur qui en émergeait pour se propager partout. Il se sentit, malgré lui, un peu mieux, se réchauffant de l'extérieur mais aussi de l'intérieur en découvrant qu'au moins, sa prison était agréable. Il vit ensuite avec agacement que la décoration avait les couleurs des Gryffondors et avec soulagement que de lourds rideaux pourpres tombaient sans aucun doute devant de grandes fenêtres – Peut-être y avait-il un balcon ?
« Bon, asseyez-vous, ordonna sèchement McGonagall en se dirigeant elle-même vers un gros fauteuil de velours pourpre, enseveli sous de nombreux coussins qu'elle dégagea d'un simple coup de baguette et qui retombèrent mollement sur l'épais tapis. »
Drago s'exécuta en s'asseyant sur le confortable canapé qui trônait en face de la cheminée malgré sa forte envie de rester debout juste pour la provoquer. Il n'avait pu s'empêcher d'être irrité rien qu'à la vue de la baguette de McGonagall.
On ne lui en avait jamais racheté une après que Potter la lui ait volée et on lui avait repris la baguette que sa mère lui avait prêtée. La magie lui manquait vraiment.
J'ai l'impression d'être un stupide Moldu... Pire un Cracmol ! C'est tout à fait injuste.
« Bon, Malefoy, nous avons des nouvelles concernant votre situation particulière. Il est possible que vous ne restiez qu'un trimestre dans cette tour et rejoignez votre dortoir et vos cours normaux avec vos camarades après ce premier trimestre (Drago sentit les battements de son cœur s'accéléraient brusquement tandis qu'il redressait vivement la tête vers la directrice à l'air revêche ; s'enfuir serait tellement plus simple s'il pouvait aller où il le souhaite...). Seulement, cela ne sera possible que si votre comportement reste irréprochable et que nous n'avons pas eu de nouvelles de votre père durant ce trimestre. Après tout, il faut que vous sachiez que votre mère n'avait donné son accord que pour un trimestre où...
Ma mère avait donné son accord ?! »
Non... Pas possible. Elle n'aurait jamais accepté ça.
« Bien sûr, répondit McGonagall, réduisant ses derniers espoirs à néant (il ne pouvait donc avoir confiance en personne ?). Ne croyez pas que nous vous avons mis dans cette situation de force. Et sachez que votre mère a fait ça dans votre intérêt. Lors de ce premier trimestre, vous pourrez ainsi être là mais vous faire légèrement oublier de vos camarades qui, j'en suis sûre, ne sont pas ravis de vous voir après avoir su quelle position vous occupiez durant la guerre.
Donc vous allez me faire croire qu'elle fait ça dans le but de me protéger ?!
Évidemment. Vous croyez peut-être que vous ne risquez rien avec tous les anciens Mangemorts qui rôdent encore et qui savent pertinemment la traîtrise de votre famille envers Voldemort durant la bataille de Poudlard ? »
Drago ne sut que répondre, bouche bée de l'agressivité avec laquelle McGonagall s'était exprimée. Il ne savait plus quoi dire. Il n'avait même pas songé qu'on puisse s'acharner sur lui alors que le Lord était mort.
« Enfin, Malefoy, reprit McGonagall avec un peu plus de douceur, vous êtes dans un des endroits les plus sécurisés au monde alors ne craignez rien (Drago ne put s'empêcher de songer à tous les événements qui avaient eu lieu depuis sa première année et se dit qu'il ne devait en aucun cas croire les paroles de la directrice). Normalement, même en n'étant pas dans cette tour, vous êtes en sécurité. Si votre père ne peut pas rentrer, d'anciens Mangemorts n'y arriveront pas mieux.
Mais ma mère...
Votre mère est également en sécurité, ne vous inquiétez pas. Le Ministère veille sur elle.
Il veille sur elle ou il l'emprisonne comme il le fait avec moi ? Rétorqua amèrement Drago, lançant un regard noir au professeur de Métamorphose.
Les deux, si vous préférez. Elle n'est pas innocente et vous non plus.
Mais... bien sûr que si ! s'exclama Drago, outré. Professeur – vous savez à quel point ça me coûte de le dire – mais je n'ai rien fait pouvant aller à l'encontre des lois des sorciers et ma mère non plus ! Ce n'est même pas une Mangemort et je...
Vous, vous l'étiez, coupa McGonagall, lui jetant un regard perçant. Vous avez tenté d'assassiner Albus Dumbledore et vous avez réussi à faire entrer des Mangemorts dans l'école. Ce sont des crimes plutôt graves, vu votre jeune âge.
Je sais, je..., grommela Drago, puis il se reprit et ajouta clairement : Ne croyez pas que je le regrette, cependant, je n'ai même pas eu à passer devant la Justice et...
Pas encore, l'interrompit à nouveau McGonagall. Ne pensez pas que votre cas est classé et que vous êtes lavé de tout soupçon. Votre cas n'a simplement pas été encore traité, le Ministère étant occupé à bien d'autres choses telles que retrouver d'anciens Mangemorts en liberté, retrouver les corps des morts – Drago perçut une infime hésitation dans le ton de la directrice – et bien entendu, réparer tous les dégâts causés par les Mangemorts. Vous n'imaginez pas le nombre de Moldus qui doivent recevoir le sort d'Oubliettes...
Cela m'importe peu, à vrai dire, souffla Drago, les sourcils froncés, réfléchissant.
Oui, j'imagine, siffla McGonagall. Bon, revenons à vous. Nous savons que vous êtes inoffensif et que même en étant en classe avec d'autres, vous ne ferez de mal à personne mais autant vous dire que ce n'est pas le cas de tout le monde et que sûrement beaucoup d'élèves ayant combattu lors de la bataille, voudront venger la perte de leurs familles sur vous, seul Mangemort à l'horizon.
Je n'ai pas peur d'eux, mais il est certain que je ne pourrais pas me défendre sans baguette, gronda Drago.
Il est hors de question de vous rendre votre baguette, vous le savez bien, soupira la directrice. De plus, nous ne savons même pas où elle se trouve (moi, si). Vous allez rester ici un trimestre, d'accord ? Et nous verrons s'il est possible de vous faire revenir parmi les autres. Nous allons évaluer les tensions qui se manifestent à votre égard dans les groupes des 8èmes années.
Ce trimestre passé ici ne servira à rien. On n'oublie pas les morts, ni les responsables.
Oh si, je pense qu'il servira. »
Cette dernière phrase avait été prononcée sur un ton énigmatique et McGonagall avait une curieuse lueur dans ses yeux de chat en l'observant. Puis elle se leva, le salua et s'en alla, Greg la suivant dehors.
« N'imaginez pas pouvoir sortir, la porte vous l'interdit, dit le garde du corps avant de sortir. »
Cette phrase aurait pu être risible si Drago n'avait pas été certain qu'il ne mentait pas.
Il resta un instant assis, sans bouger, le regard perdu dans les flammes. Et maintenant ? s'interrogea-t-il mentalement. J'ai faim.
Il se leva alors, pour visiter son appartement et pour trouver, il l'espérait, de la nourriture. C'est alors que les lourds rideaux pourpres attirèrent de nouveau son regard et il se décida tout d'abord à les ouvrir et à découvrir une fenêtre.
Mais il eut mieux : un véritable balcon de pierre était là. Il poussa les grandes portes vitrées avec empressement et fut surpris en découvrant qu'elles s'ouvraient sans problème. Le vent frais le fouetta et un long frisson le parcourut pendant que sa peau se recouvrait de chair de poule. Ses cheveux voletèrent légèrement sur ses épaules et il eut le souffle coupé par le spectacle qui s'offrait à lui.
Le lac s'étendait devant lui comme un immense disque de verre recouvrant un sombre monde aquatique, à peine brisé par quelques remous (sûrement le Calmar). Un croissant de lune s'élevait haut dans le ciel noir comme l'encre et il aperçut quelques Sombrals s'envoler entre de hauts arbres de la Forêt Interdite pour disparaître plus loin, dans l'obscurité.
De belles créatures, décidément.
Il aurait pu les voir depuis ses 16 ans mais, enfermé dans le manoir Malefoy, il n'en avait pas vraiment eu l'occasion. Ce n'est qu'en montant dans les diligences qu'il les avait découvertes, avec mélancolie et avait à peine frémi quand un des deux Sombrals qui tirait la diligence avait tourné sa tête squelettique vers lui et avait doucement expiré par ses naseaux une légère brume.
Et maintenant qu'il les voyait voler au loin, il se disait qu'il ne pourrait pas les voir de près avant longtemps – si jamais ça arrivait.
Il s'accouda au balcon et se dit qu'il pouvait sauter quand il en aurait envie. Pourquoi ne pas lui avoir interdit l'accès au balcon ? Avaient-ils confiance en lui ?
Non, bien sûr que non. Alors pourquoi ? Surtout que n'importe quel Mangemort pourrait rentrer par ici... – comprends pas.
Pris d'une inspiration, il se pencha, tendit le bras devant lui et sursauta violemment quand sa main entra en contact avec une surface dure et arrondie.
On dirait une bulle.
Et en effet, il y avait comme une sorte de bulle de protection tout autour de son balcon et il soupira de lassitude devant sa naïveté qui lui avait fait croire encore une fois qu'il contrôlait un minimum sa vie – ou sa mort.
Frustré, il enjamba la balustrade et se laissa tomber dans le vide. Il n'eut pas le temps de pousser un hurlement qu'il s'écrasait déjà contre un sol invisible. Il tenta de se lever mais la paroi était parfaitement ronde et il finit par se laisser glisser le long. Son cœur battait à toute allure après la frayeur qu'il s'était faite – mourir comme ça ne lui plaisait plus. Il s'adossa finalement à la balustrade du balcon et appuya ses pieds le long de la bulle afin de faire face au paysage. Il vint enrouler ses genoux de ses bras, puis, le visage enfoui entre eux, il se laissa doucement submerger par le désespoir.
Voili voilou. A plus pour la suite !