Chapitre 4_Seul – si seulement !
Quand Drago se réveilla, il était transi de froid et avait des courbatures partout. S'endormir dans une bulle dure n'était décidément pas une bonne idée. Il étira très doucement ses muscles en grimaçant : chaque mouvement faisait craquer une de ses articulations. Après avoir fait cela, il se releva lentement, ne voulant pas glisser et se hissa à la balustrade.
Malheureusement, il était faible, affamé et reniflait déjà à cause d'un rhume qui resterait sûrement pendant des mois, et il retomba donc. Sans parler du fait que ses muscles ne réagissaient pas de manière très fonctionnelle.
Bouge-toi, Malefoy ! Par Merlin, quelle femmelette...
Avec un grognement d'effort, il retendit les bras, plia une jambe, coinça son pied entre deux petits piliers de la balustrade de pierre et poussa avec son pied de terre. Il arriva ainsi à s'accrocher au balcon après un instant de flottement où son deuxième pied cherchait un endroit où se poser. Il enjamba faiblement la rampe de pierre et se laissa tomber avec un gémissement de l'autre côté, sur le sol froid.
Allongé sur le dos, immobile, le souffle irrégulier, il contempla le ciel qui passait du bleu nuit au bleu indigo, puis se fondait en un magnifique coulis de couleurs variées et chatoyantes.
Il leva à peine la tête pour contempler le soleil rougeoyant s'élever lentement pour prendre une couleur jaune d'œuf orangé au milieu d'un ciel violet rosé parsemé de nuages. Avec un microscopique sourire, il ferma les yeux et savoura la brise fraîche du matin sur son visage.
Que vais-je bien pouvoir faire d'autre de la journée ?
Il resta ainsi quelques minutes, puis, grelottant, il rentra dans l'appartement, attrapa une couverture et s'en recouvrit avec bonheur. Avisant le feu éteint depuis belle lurette, il remit quelques bûches dans l'âtre et s'interrogea quant à la manière de l'allumer, lui qui était habitué aux Incendio.
Un pop retentit soudain, le faisant violemment sursauter.
« Bonjour monsieur Malefoy ! s'écria l'Elfe qui venait d'apparaître, un grand rictus – qui devait être un sourire – collé sur son visage difforme. Je vous ai apporté à manger et je serais chargé désormais de vous servir ! Je nettoierais votre appartement et vous apporterais vos devoirs ! »
Drago resta tout d'abord muet devant le petit être voûté et à peine vêtu d'un torchon à carreaux sale. Il s'arrêta un instant sur le médaillon qui ne cessait de rebondir sur la poitrine de l'Elfe à chacun de ses mouvements.
« Oh mais monsieur Malefoy a froid ! Je vais allumer ce feu, annonça l'Elfe avant de joindre le geste à la parole.
Je... Comment t'appelles-tu, toi ? demanda Drago, ne trouvant rien d'autre à dire et n'ayant pas vraiment envie d'insulter la première personne – même si ce n'était qu'un vulgaire Elfe de maison – qui lui manifestait un minimum de respect.
Kreattur, monsieur Malefoy ! répondit joyeusement l'Elfe avant de claquer des doigts et faisant ainsi apparaître de nombreux récipients pleins de croissants, toasts et autres pains. Une carafe de jus de citrouille prônait également à côté de plusieurs pots de confiture. »
Drago sentit son estomac gargouiller rien qu'à cette vision. Cela faisait bien 24h qu'il n'avait rien mangé et il s'en rendait enfin compte.
« Merci, murmura-t-il, s'asseyant dans le canapé et jetant un petit regard à Kreattur qui souriait à s'en fouler la mâchoire.
Je suis là pour vous servir, monsieur Malefoy ! Demandez-moi ce que vous voulez et je vous l'apporterai aussitôt. »
Un Portoloin. Une baguette. Un Sombral. N'importe quoi qui puisse me permettre de m'enfuir... Il faudrait que je retrouve mon père.
Il croqua dans un croissant avec bonheur et se servit un grand verre de jus de citrouille sous le regard brillant d'admiration de l'Elfe. Il trouva cela vaguement étrange et gênant mais n'en fit rien – après tout, durant son enfance, il avait eu droit à nombre de ce genre de regards.
Simplement, les Elfes avaient plutôt l'habitude de le regarder avec effroi ou terreur. Il ne comprenait pas cet Elfe, là, qui le regardait comme si il était Potter le Sauveur en personne !
« Bon. Hum. Tu peux m'expliquer pourquoi tu m'observes de cette façon ? Finit-il par demander d'un ton brusque, les sourcils froncés et une lueur d'agacement dansant dans ses yeux gris.
Vous observer comment ?
Comme si j'étais un foutu Gryffondor, vertueux jusqu'aux bouts des ongles.
Oh non, vous n'êtes rien de tel. Mais vous avez trahi celui qui a tué le maître envers qui je serais à jamais loyal et pour cela je ne peux que vous vouer une vénération sans nom.
Pardon ? reprit Drago, interloqué.
Le Seigneur des Ténèbres, murmura Kreattur, un rictus aux lèvres, ses yeux se plissant de peur et de haine. Vous l'avez trahi. Juste avant sa mort mais tout de même ! Vous...
Arrête ça tout de suite, l'interrompit Drago. Je ne veux pas en parler.
Bien sûr, monsieur Malefoy ! s'empressa d'acquiescer Kreattur, craintif. »
Drago le fixa encore quelques secondes puis se désintéressa de l'Elfe pour se concentrer sur son petit déjeuner, ses pensées se faisant plus sombres encore.
Il a fallu que je tombe sur le seul Elfe capable de féliciter un ancien Mangemort ! Non mais franchement... Et puis, qui a bien pu être son maître adoré ? Il y a bien le symbole des Black sur son médaillon mais il est tout à fait impossible que ce soit Bellatrix sa maîtresse vu que Voldemort ne l'a pas tué... Quel Black le Lord a-t-il tué ? Regulus, le frère du cabot de Potter ? Oui, ça doit être ça... Mais comment est-il mort ? Étant donné que je suis lié à la famille Black et que j'ai « trahi » l'assassin de Regulus, cet Elfe ne pouvait que m'apprécier, effectivement... Enfin, bon, pas que ça me dérange mais qu'on me félicite pour avoir été une énième fois un lâche ne me console pas vraiment.
Drago stoppa tout mouvement à cette pensée.
Un lâche ? Comment ça, un lâche ?
Il n'était pas lâche. Simplement assez Serpentard pour penser d'abord à lui avant les autres. Il n'était pas un abruti de Gryffondor ! Alors d'où lui venaient ces foutues pensées d'autoflagellation ?
Je dois être fatigué... Pas trop bien dormi, en même temps.
Il se frotta les yeux en baillant. Kreattur qui était parti faire il ne savait quoi, revint soudain et après lui avoir lancé un regard inquiet, il ouvrit la bouche et se mit à dire très vite, comme s'il ne voulait pas qu'on l'entende :
« Vous savez, votre chambre est juste là, il y a des draps propres et je me ferais un plaisir de ranger vos affaires pendant que vous dormez, si vous le voulez.
Oh oui, bien sûr... Merci. »
Sa nouvelle politesse envers les Elfes – ou plutôt envers cet Elfe – le surprenait plus qu'elle ne surprenait Kreattur et ce n'était pas peu dire vu l'air ébahi et extatique de la créature. Mais un allié dans cet endroit hostile, même si ce n'était qu'un vieil Elfe rachitique, n'était pas à froisser ni à repousser.
Et puis qui sait ? Peut-être aurait-il si pitié qu'il finirait par aider Drago à s'enfuir... Mais ce dernier en doutait. L'Elfe devait sûrement être au courant de sa condition d'enfermement et de ses possibles tentatives de corruption afin de pouvoir partir de Poudlard.
Il poussa un soupir – il n'en comptait plus le nombre tant il avait l'impression que soupirer était devenu une seconde nature pour lui – et suivit Kreattur qui traînait des pieds dynamiquement (ce qui impressionna Drago) en direction de la porte à la gauche de la cheminée.
Quand il entra à l'intérieur, Drago se sentit tout de suite à l'aise, détendu. Les murs étaient toujours de ce rouge vieilli entrecoupé de fils d'or (Si on m'avait dit qu'un jour je dormirai dans une chambre digne des Gryffondors, je lui aurais craché dessus sans hésiter), mais le grand lit à baldaquin occupant une partie de la chambre avait l'air si douillet... Un vrai nid de couvertures, oreillers rembourrés de plumes et autres plaids en laine...
Par Merlin...
Et sans plus faire attention à Kreattur ou à la décoration (qui était d'ailleurs composée d'une grande armoire à glace sur la droite du lit et d'un lourd coffre de bois brut au pied de ce même lit), il fit trois pas et s'écrasa lourdement sur le matelas qui était aussi confortable qu'il le laissait présager.
Sans plus de cérémonies, il s'endormit.
Harry avait très mal dormi. Finalement, dormir sur un sol poussiéreux, entre des racines inconfortables et sous un ciel qui l'avait, bien entendu, réveillé aux aurores, n'était pas une excellente idée. Il lui avait fallu une minute avant d'être capable d'esquisser le moindre mouvement sans être sûr que rien ne se casserait durant l'opération. Une fois levé, il avait couru pour se réveiller et était arrivé à la Grande Salle, les joues rouges, le souffle court et tout à fait alerte. Il avait constaté avec amusement qu'il était le premier arrivé et que seuls déjeunaient à cette heure-ci les professeurs McGonagall, Chourave et Slughorn.
Ce dernier avait d'ailleurs joyeusement accueilli Harry en le hélant bruyamment, coupant sans gêne le professeur McGonagall qui semblait pourtant parler de quelque chose de très sérieux, vu l'irritation qui s'installa pour ne plus partir sur son visage.
Le Gryffondor s'approcha tout de même, ne voulant pas se mettre à dos le professeur dès la rentrée.
« Harry, Harry ! Notre héros ! Je vous vois enfin ! Quel dommage que je ne puisse plus vous accepter dans mon petit club, vu la condition spéciale de cette 8ème année... Enfin, vous allez étudier sérieusement, j'imagine ! Et nous pourrons parler de votre avenir l'année prochaine, je suis sûr que je pourrais vous conseiller certaines personnes à voir, termina l'énorme professeur en lui adressant un petit clin d'œil.
Oui, bien sûr, professeur, mais je sais déjà quel métier je veux faire et je ne pense pas avoir besoin de m'entretenir avec « certaines personnes » pour obtenir ce dont j'ai besoin, répondit poliment Harry, malgré l'exaspération que lui transmettait le personnage de Slughorn (Ne pouvait-il donc pas contrôler sa cupidité et son envie de s'attirer de bons regards et de bonnes attentions de la part des gens célèbres ? C'est stupide, comme si j'avais jamais demandé son aide... Les Horcruxes ne comptaient pas).
Oh vous verrez, Harry, vous ne direz peut-être pas toujours ça, pouffa le professeur de Potions, postillonnant quelques miettes de toast sur son ventre considérable. D'ici quelques années... Mais dites-moi, où étiez-vous hier soir ? Je vous ai cherché mais vous étiez introuvable... Vous n'avez donc pas assisté au repas ? Il était pourtant fort succulent ; cette tarte à la mélasse, quel délice !
Hum, eh bien, je n'avais pas faim du tout et..., Harry sentit le regard du professeur McGonagall peser sur lui ; et vous connaissez les jeunes élèves : je n'aurais pas voulu attirer l'attention.
Potter, vous ne pourrez pas louper les repas indéfiniment, vous le savez pourtant, commenta la directrice, lèvres pincées et yeux plissés. Pourquoi venir si tôt ?
Je me lève tôt, désormais, professeur, répondit Harry, vrillant ses yeux des siens (il ne savait pourquoi McGonagall était si désagréable mais elle semblait avoir pris 10 ans depuis la cérémonie des récompenses, comme si elle était harassée par le poids du travail à accomplir en tant que directrice).
Oh... bien, bien, se reprit-elle, lui lançant un dernier regard aigu et esquissant un faible sourire. Les emplois du temps seront remis à 8h. Passez une bonne journée, Potter.
A bientôt Harry ! ajouta gaiement le professeur Slughorn, agitant sa main potelée semblable à celle d'un nourrisson mais gonflée à l'hélium. N'hésitez pas à venir me voir dans mon bureau afin de discuter, échanger les derniers potins, parler potions... J'adorerai ! Nous nous verrons demain en cours.
Horace ! Voyons !
Oh pardon Minerva, s'excusa le bedonnant professeur de potions. Mais je ne pense pas que cette indication puisse faire le moindre mal à Harry.
Oui mais son emploi du temps lui doit être remis ou annoncé en même temps que les autres..., grommela McGonagall. Si vous faites ce genre de petites offres à tout le monde , cela détruit totalement notre programme, Horace !
Désolé, désolé, je suis incorrigible ! rit le professeur pendant que Harry s'éloignait, saluant une dernière fois les professeurs qui continuèrent à se disputer. »
Le brun alla s'asseoir à la table déserte des Gryffondors et constata que, tout à sa discussion avec les professeurs, il n'avait pas remarqué que quelques élèves étaient entrés (étrangement beaucoup de 8èmes années : Pas si étrange, remarque... On doit être la majorité à avoir des cauchemars...) et mangeaient maintenant leur petit déjeuner tout en observant Harry du coin de l'œil.
Les jumelles Patil entrèrent soudain, accompagnées de Lavande qui se recoiffait mécaniquement et avait l'air défait. Elles aperçurent Harry et se dirigèrent immédiatement vers lui, souriantes et lui faisant déjà un petit signe de la main.
« Bonjour, bien dormi ? les salua Harry, tout en rejetant une de ses mèches de cheveux corbeau en arrière, lui dégageant ainsi les yeux.
Jamais. »
Cette réponse avait été prononcée simultanément par les trois filles et Harry eut un sourire d'excuse en voyant leurs cernes et les yeux rougis de Lavande.
« Toi, il est inutile de te le demander, ajouta Padma, penchant la tête. Je crois que tu as une mine encore plus effroyable que la nôtre.
Ça fait toujours plaisir, répondit Harry avec un sourire amusé et sentant, malgré tout, que la remarque avait un sens bien plus profond (Fait-elle allusion aux épreuves que j'ai endurées ? C'est une Serdaigle, après tout... Toujours des commentaires intelligents).
Où étais-tu cette nuit ? questionna soudain Lavande, scrutant son visage avec avidité. Ron a dit que tu n'étais pas dans ton dortoir (Lavande avait, paraît-il, rencontré quelqu'un durant l'été et avait donc miraculeusement oublié sa haine envers Ron-Ron) et Hermione s'est inquiétée : elle voulait te chercher aussitôt avec Ginny mais Ron a réussi à les dissuader de le faire, étant certain que tu reviendrai le lendemain. Comment pouvait-il en être aussi sûr ?
Euh... »
Harry vit au long regard entendu qu'échangèrent Lavande et Parvati que malgré tout ce qu'il pourrait dire, son cas était déjà classé.
« C'est qui ? »
La question avait été posé avec empressement et réjouissance. Comme si elles n'attendaient que ça.
Par la barbe de Merlin... J'avais oublié à quel point ces filles pouvaient être friandes de ragots...
« Personne. J'ai dormi à la belle étoile, c'est tout. Je ne tromperai pas Ginny et vous le savez, soupira Harry, faisant mine d'être excédé.
Hum, vraiment ? On verra bien ! répliqua Parvati avec une hilarité à peine cachée. »
Elles adressèrent un dernier regard plein de sous-entendus à Harry, puis filèrent s'asseoir un peu plus loin, sortant leurs magazines et commentant déjà avec entrain les physiques de beaux sorciers à moitié dénudés. Padma resta un moment puis alla s'asseoir à la grande table des Serdaigles, un peu plus loin, au milieu d'un groupe de filles de 7ème année.
Si Ginny apprend le moindre stupide commérage sur moi, elle risque d'y croire et je n'imagine même pas ce que sa jalousie excessive va faire...
Voici un défaut qui insupportait réellement Harry. Elle était jalouse pour des raisons tout à fait absurdes ! Il s'en était rendu compte quand il lui avait parlé des personnes qu'il rencontrait durant son séjour en Asie. Elle lui avait demandé la description physique de chaque personne et lui avait demandé à quel point il s'entendait bien avec, ce qui l'avait incroyablement agacé, étant donné qu'aucune personne ne l'avait attiré autrement que pour son amitié.
Même des mecs elle était jalouse ! Ridicule. Vraiment ridicule.
« Je t'ai attendu hier. »
On venait de lui murmurer cette phrase à l'oreille et il pensa un instant à rembarrer méchamment la personne qui venait de la prononcer (Ne pouvait-on pas le lâcher avec ce qu'il avait fait cette nuit ?! Il n'avait fait que dormir dehors !) mais se retint et se retourna pour répondre à Ginny :
« Je dormais près du lac.
Pourquoi ?
Parce que j'avais envie. Et je n'avais pas le mot de passe pour entrer dans notre salle commune... La Grosse Dame m'a chassé. »
La rouquine n'ajouta rien, se contentant de lui déposer un léger baiser sur les lèvres, ce qui signifiait qu'elle acceptait cette excuse – qui n'en était pas une.
Ensuite, arrivèrent Ron et Hermione se tenant tendrement la main, Seamus et Dean parlant déjà du tournois de Quidditch auquel Dean ne manquerait pas d'essayer de participer en tant que poursuiveur, Luna qui alla dire bonjour aux Serdaigles avant de les rejoindre et Neville qui était suivi par deux 3èmes années de Poufsouffles qui gloussaient en lui faisant moult compliments.
Harry dut répéter une bonne dizaine de fois pourquoi il n'était pas là hier soir vu que les Gryffondors ne cessaient d'affluer et de lui demander. Il finit par abandonner quand Denis Crivey lui posa la question tout en brandissant son appareil photo – ce qui le fit plonger derrière la chevelure de Ginny, ne souhaitant nullement être pris en photo alors qu'il avait des cernes aussi impressionnantes et un teint à faire verdir de jalousie un vampire.
Le petit déjeuner fut long et il ne put s'empêcher de constater qu'encore une fois, il n'arrivait pas à s'intéresser aux conversations de ses amis autour de lui.
Les hiboux affluèrent progressivement et un pincement douloureux vint serrer son cœur quand il n'aperçut aucune chouette blanche et n'en apercevrait plus jamais.
Hedwige... Ma belle, tu me manques vraiment parfois.
Il poussa un soupir mélancolique sans s'en rendre compte et il ne vit pas le regard contrarié que lui lança Ginny qui, elle, avait bien vu comment se comportait Harry depuis qu'ils s'étaient retrouvés – et peut-être que cela durait depuis plus longtemps ?
Il avait pourtant semblé parfaitement présent, vivant et presque joyeux durant les vacances. Retourner à Poudlard l'avait-il à ce point plongé dans les souvenirs ? La rouquine réfléchit encore un peu puis se promit de lui parler quand elle considérera la situation comme trop insupportable.
Je ne pourrais pas endurer des semaines et des semaines de son indifférence de toute façon... En espérant qu'il se réveille avant sinon je ne sais pas comment cela va se finir – mais sans aucun doute, mal.
Sur cette dernière pensée, Ginny repoussa ses longs cheveux rougeoyants en arrière dans un geste brusque et frustré et se concentra de nouveau sur Hermione qui avait l'air très sérieux et parlait sans s'arrêter à Ron qui l'écoutait attentivement.
« … te rends comptes qu'il nous écoute si peu qu'on peut parler de lui à côté de lui sans qu'il y fasse la moindre objection ?! chuchotait fébrilement la jeune fille brune en lançant des coups d'œil affolés à Harry qui continuait à fixer le vol fou et bruyant mais étrangement coordonné des rapaces d'un œil vague comme déconnecté du monde.
Oui, oui Hermione, j'ai bien compris ! répondit Ron sur le même ton, tendu et inquiet. Mais je ne vois pas ce qu'on pourrait faire... Il refuserait de parler de ça maintenant, j'en suis sûr.
Nous n'allons peut-être pas avoir le choix de le ménager, souffla sa petite amie soucieuse. Son comportement n'est pas normal... Il l'était parfaitement jusqu'à ce qu'on se retrouve dans le train ! Les souvenirs...
Je ne sais pas si ce sont les souvenirs qui le rendent ainsi. J'ai vu son expression quand Poudlard a été visible du train et il avait l'air soulagé. Et heureux.
Il faut que tu le convainques d'en parler, Ron.
Pourquoi moi ?
Parce qu'il t'écoutera vraiment, toi ! siffla Hermione, songeuse (à cette phrase, Ginny avait adopté un air encore plus blessé et mécontent : Ainsi, Hermione n'estimait pas que sa relation avec Harry soit plus puissante que n'importe quelle relation que puisse avoir le brun avec n'importe qui...).
Je n'en suis pas si sûr... Mais bon, j'essaierai. Même si je ne pense pas que ça lui passera... Ce n'est pas grave de vouloir s'isoler...
Enfin, Ron, il n'est même pas venu au dîner et pire, il ne nous en a rien dit ! répliqua Hermione, irritée, haussant la voix sans le vouloir. »
Ginny tourna la tête vivement vers Harry, craignant qu'il les ait entendus mais il n'était même plus à côté d'eux. La colère et la panique la submergèrent aussitôt et elle se leva, scrutant attentivement la Grande Salle.
« Il ne nous prévient même plus quand il s'absente ! Constata Hermione, toutes sortes d'émotions traversant son visage mais l'affolement dominait malgré tout.
Je vais chercher sa carte, dit Ron, se levant rapidement à son tour. Il n'a pas touché à ses affaires depuis qu'on est parti et elles sont toujours au pied de son lit : je saurai la trouver.
Tu n'es pas censé fouiller dans...
Oh Hermignonne chérie ! Ce n'est pas le moment d'avoir un brusque sentiment de culpabilité ! »
Et avec un dernier clin d'œil vers l'anxieuse Gryffondor, il partit d'un pas vif en direction du dortoir des garçons de 8ème année de Gryffondor.
Quand il eut disparu, Hermione se tourna vers Ginny qui n'avait pas prononcé un mot et continuait à chercher mais elle s'aperçut vite qu'il n'était plus dans la Grande Salle – et cela depuis sûrement plusieurs minutes.
« Ginny...
Je vais rejoindre Ron. On va lui parler. Toi, va récupérer ton emploi du temps et les nôtres si possible. Sinon dis que nous avons quelque chose de sérieux à faire pour l'instant.
Il est hors de question que je sois mise à l'écart ! se rembrunit aussitôt Hermione et, sans ajouter un mot, fit voler ses épais cheveux bruns avant de quasiment courir vers la sortie. »
La rouquine n'eut même pas le temps de l'appeler et, prise d'une fureur quasi incontrôlable se mit à poursuivre l'autre jeune fille, sans faire attention à Seamus qui, étonné et ayant assisté à toute la scène et aux sorties répétitives de ses amis, l'avait hélée.
Par Merlin, Harry, tu vas m'entendre ! Fuyard ! Gronda-t-elle intérieurement. Dire que Hermione a préféré le poursuivre plutôt que récupérer son emploi du temps... Ron se trompe, ça doit être grave.
En vérité, le brun s'était simplement rappelé que toutes ses affaires l'attendaient dans son dortoir et il avait décidé de récupérer les plus précieuses afin de les garder sur lui durant l'année – sait-on jamais, il savait d'avance que ses sorties nocturnes seraient nombreuses et qu'une cape d'invisibilité et la carte des Maraudeurs ne seraient pas inutiles dans ces cas-là.
Il avait songé un instant à prévenir ses amis qu'il partait mais ceux-ci avaient paru bien occupés, discutant entre eux, penchés au dessus de la table, murmurant d'un air sérieux et affairé.
Ron, Hermione et Ginny... Le nouveau trio, s'amusa-t-il intérieurement, sans rancune particulière. Dire que je n'avais même pas envie de savoir de quoi ils parlaient... Où est donc ma légendaire et intrépide curiosité ?
Arrivé devant la Grosse Dame, il se rappela qu'il ne savait toujours pas le mot de passe. N'y avait-il donc personne qui allait sortir et enfin le lui donner ?
« Harry ! Harry, attends ! »
Il se retourna et sourit quand Ron s'arrêta face à lui, essoufflé. Posant ses mains sur ses genoux, ce dernier le fixa d'une étrange façon avec ses yeux bleus – que Harry n'avait jamais vus emplis de cette expression.
« Victoire.
Pardon ?
Exactement jeune homme ! le coupa sans gêne la Grosse Dame en ouvrant la porte, d'un air satisfait. »
Harry resta un moment silencieux, naviguant entre la salle commune qu'il apercevait enfin et Ron qui respirait toujours lourdement.
« Victoire ?
Évidemment, soupira Ron, le visage sombre désormais. Quelle fierté.
Je ne comprends pas... Nous n'avons pourtant pas l'orgueil et la prétention des Serpentards... Alors pourquoi... ?
Oh, Harry, je n'ai aucune idée de qui a bien pu choisir ce foutu mot de passe mais sache que si je le savais, je...
Vous feriez quoi, monsieur Weasley ? interrogea la Grosse Dame, les sourcils froncés et l'air rébarbatif. Parce que taper un tableau serait stupide. Surtout quand c'est celui qui garde votre salle commune ainsi que votre dortoir.
Ah forcément ! C'est toujours vous qui choisissez les mots de passe ? répliqua le rouquin, le regard furibond et les poings serrés.
Oui. Entrez maintenant avant que je ne referme et ne vous laisse plus jamais mettre les pieds là-dedans. »
Harry vit Ron prêt à protester avec virulence, il l'attrapa donc par le bras et le traîna à l'intérieur, ne souhaitant pas rester ne serait-ce qu'une seconde de plus à discuter avec la Grosse Dame qui avait décidément de très mauvais choix de mots de passe – peut-être dû à l'effet après-guerre.
« Cette affreuse vieille garce... Comment ose-t-elle ? Être fière de ça... Quelle pauvre truie... ne s'est pas battu, elle... n'a pas vu... »
Le rouquin grommelait ainsi une suite de phrases incomplètes entrecoupées de grognements, suivant Harry qui lui, tenta de faire abstraction des images qui lui revenaient brutalement à la simple évocation de cette « victoire » et marcha lentement jusqu'à son lit.
Penser à Poudlard est comme penser à dormir seulement 2 heures quand on est épuisé : ça a l'air absolument délicieux mais le réveil n'en sera que plus douloureux.
Voélé -u- J'espère que ça vous a plu, et à dans une semaine ! N'hésitez pas à donner votre avis même si il est négatif, au fait.