Chapitre 6_Nouvelles et découvertes
« Mais Hermioooooone... J'en peux pluuuuuuuus... »
Ron geignait et soufflait lamentablement depuis maintenant 15 minutes – ce qui était la durée exacte du moment où ils s'étaient installés à la bibliothèque et où Hermione avait eu le malheur de lever la tête un bref instant et n'avait pas eu le temps de se recentrer sur son rouleau de parchemin que Ron avait déjà saisi ses joues.
Il l'obligeait donc à le fixer en lui compressant le visage de ses grandes mains indélicates (NdA : enfin ça dépendait dans quel contexte, mouahaha !) :
« Hermione.
Oui, qu'est-ce qu'il y a, Ronald Weasley ? s'exaspéra la jeune fille, essayant de reprendre possession de ses joues – sans succès.
Cela fait deux semaines que nous avons repris les cours.
Et donc ? Que veux-tu que j'y fasse ?
Eh bien, l'idéal serait que TU NE FASSES RIEN, PAR MERLIN ! »
La suite fût une sorte d'immense bataille entre Mrs. Pince qui leur hurlait de sortir – enfreignant elle-même sa propre règle du silence –, Hermione qui la suppliait pour pouvoir rester, Ron qui fourrait dans son sac toutes ses affaires en criant de joie et Harry qui tentait tant bien que mal de calmer tout le monde – bien qu'il ait lui aussi commencé à ranger ses plumes, ses parchemins et son encre (travailler un dimanche ne l'enchantait pas plus que ça et il en avait assez).
Ils se retrouvèrent vite dehors, le regard assassin de la bibliothécaire les suivant toujours, ainsi que celui d'élèves qui avaient relevé la tête de leurs livres ou devoirs, une lueur d'espoir se réveillant dans leurs yeux cernés par la fatigue.
« RON ! REVIENS ICI TOUT DE SUITE !
Nous sommes liiiibres ! Libres !
Ron, tu n'avais pas le droit de faire ça ! REVIENS ICI ! »
Un grand rire triomphant lui répondit tandis que le rouquin dégingandé disparaissait dans un couloir, courant déjà vers le parc entourant le lac. Hermione le coursa aussitôt, de la fumée sortant presque de ses oreilles qu'on apercevait et pour cause ; ses cheveux bruns volaient derrière elle à cause de sa folle vitesse.
Harry poussa un énorme soupir puis les suivit.
Il s'attendait à cela. Il fallait bien que cela arrive : Ron était sur les nerfs depuis le premier jour à cause de la pile improbable de devoirs qui s'entassait dans leurs sacs (et d'autre chose mais Harry n'aimait pas vraiment s'en souvenir malgré la fraîcheur de la « cause » de l'énervement quasi-continuel de Ron). Ce dernier lui avait d'ailleurs reparlé au bout d'une semaine et seulement car Hermione avait fini par lui tirer les oreilles – au propre comme au figuré –, ne supportant pas cette situation dans laquelle elle se trouvait, coincée entre le roux et le brun. Il lui avait alors dit : « Parle une seule fois de Ginny et je t'étripe, te coupe en petits morceaux, te plonge dans l'huile et te brûle. Et sache que je te garderai en vie aussi longtemps qu'il le faudra pour te faire souffrir de façon suffisamment satisfaisante. » Et puis il avait ri devant l'expression grave de Harry, lui avait tapé sur l'épaule et lui avait demandé s'il avait fait son devoir de Sortilège.
Cette reprise soudaine du quotidien habituel à Harry de ses années à Poudlard lui avait fait un bien fou : la semaine sans Ron avait été morne et d'un ennui impressionnant – Hermione était peut-être très intelligente et ayant une conversation particulièrement intéressante mais elle ne pouvait battre Ron quand il s'agissait de s'amuser, de parler de tout et de rien, d'être simplement insouciant. Et Harry avait décidément été loin d'être insouciant durant ces quelques jours. Il avait eu l'impression de retourner en 4ème année quand Ron lui avait fait la tête durant des mois... Et le soulagement qui l'avait envahi quand son meilleur ami avait décidé de revenir lui parler au bout d'une semaine montrait bien à quel point il avait eu peur que des mois s'écoulent à nouveau sans présence frivole, râleuse et inconditionnellement chaleureuse à côté de lui (surtout que cette fois, tout était de sa faute).
Malgré tout, Ginny n'avait pu s'empêcher de gâcher le bonheur de Harry de retrouver son meilleur ami en lui envoyant des garçons de 7ème année la nuit dernière dans son dortoir afin de clairement le tabasser. Heureusement, les brutes avaient agi de façon idiote en oubliant de lancer des sorts de silence et Ron, après s'être fait réveillé par les rires stupides des agresseurs, avait réagi, malgré sa connaissance quant à la raison pour laquelle Harry se faisait menacer par ces 7èmes années. Tous les deux, ils avaient réussi à gagner haut la main le petit échange de sorts qui avait suivi jusqu'à ce que les autres décident de partir, certains marchant de façon aléatoire tout en se tenant la tête, d'autres ayant des membres rallongés et un autre se traînant une curieuse queue de plumes multicolores derrière lui (Harry supposait que Ron avait raté un de ses sortilèges, lui n'ayant lancé que des Stupéfix et autres Petrificus Totalus).
Un silence embarrassé avait duré jusqu'à ce que Ron marmonne un « Vais me recoucher » en disparaissant derrière les rideaux rouges, laissant Harry incapable de se rendormir maintenant.
Aucun des autres garçons n'était dans la chambre : Dean dans les draps de Luna sans aucun doute ; Neville travaillant sur des plantes qui ne pouvaient être étudiées que la nuit et Seamus parti on-ne-sait-où – peut-être à vagabonder dans le parc (l'Irlandais était extrêmement lunatique cette année, parfois débordant de joie et parfois plus sombre que les yeux de feu Severus Rogue).
Harry était alors allé errer dans les couloirs, sa cape d'invisibilité fermement serrée autour de lui et sa carte des Maraudeurs à la main. Il avait observé pendant une heure les minuscules points se déplacer ou au contraire rester immobiles, paisiblement endormis dans leurs dortoirs (Seamus était en réalité chez Hagrid, ce qui étonna fortement le brun ; il ne se souvenait pas que le blond soit si proche du garde-chasse et ce n'était pas la première fois qu'il le voyait là-bas). Cependant, bon nombre de professeurs étaient réveillés, faisant les cent pas dans leur appartement ou déjà assis dans la Grande Salle.
Harry s'était collé à un mur et avait retenu sa respiration quand McGonagall était passée dans le couloir où il était, marmonnant dans sa barbe, les sourcils froncés et l'air plus vieille que jamais. Décidément, les soucis ne lâchaient pas l'ancienne directrice de la maison des Gryffondors (c'était désormais Hagrid qui occupait cette place, à l'immense joie de tous) avait songé le brun en expirant discrètement après qu'elle ait disparu.
Puis il avait glissé le long du mur, la fatigue tombant sur lui comme un sac rempli des devoirs des 8èmes années sur ses épaules, ayant juste le temps de remarquer que, dans sa tour, Drago Malefoy continuait à tourner en rond, s'arrêtant parfois sur son balcon.
Une demi-heure plus tard, il se relevait péniblement et allait à la Grande Salle qui se remplissait déjà de 8èmes années sinistres.
Harry et Hermione avaient finalement retrouvé Ron qui était avachi dans un coin à l'ombre entre d'épais buissons, un bras couvrant ses yeux, la bouche largement ouverte.
La jeune fille brune avait fait signe à Harry de ne pas faire un bruit puis s'était approchée en silence, avait attrapé une poignée d'herbe puis l'avait fourré dans la bouche de son pauvre petit ami qui s'était brusquement redressé, s'étouffant.
« Es-tu complètement malade ?! avait-il hurlé, cessant enfin de tousser à en cracher ses poumons.
Oui, complètement, avait froidement répondu Hermione, le fusillant du regard. Malade d'avoir du quitter la bibliothèque alors qu'on aurait pu y rester encore des heures ! »
Sur ce, elle s'était laissée tomber à côté de lui, le dos droit et le visage fermé, et avait saisi un livre qu'elle avait ouvert au milieu avant de se remettre à lire furieusement.
Harry avait jeté son sac par terre en poussant un grognement puis s'était lui-même laissé choir de l'autre côté de Ron, s'allongeant aussitôt et fermant les yeux avec lassitude.
Il n'avait pas eu le temps de se laisser doucement bercer par le vent, les rires des 1ères années prenant leur premier bain dans le lac en compagnie du Calmar ou même le bruit que faisaient les pages du livre d'Hermione en tournant que déjà Seamus arrivait, hurlant d'une voix grave :
« RON ! HARRY !
Mais qu'est-ce que j'ai fait ? Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ? gémit lamentablement le brun pressant les paumes de ses mains sur ses paupières toujours closes.
Je ne te le fais pas dire, gronda Ron, se redressant et, se tournant vers Seamus, il beugla (ce qui fit crisser les dents à Harry) : Qu'est-ce qu'il y a, nom d'un hippogriffe, pour que tu brailles comme ça ?
C'est le Quidditch ! L'équipe ! Gryffondor ! Vont la faire ! s'égosilla-t-il, les joues rougies d'avoir couru et les yeux brillants.
Quoi ? Répète ! J'espère que j'ai bien compris ce que tu as tenté de dire...
Ils vont sélectionner les membres pour compléter l'équipe de Gryffondor ! Le capitaine a été élu par les 7èmes années et c'est une fille qui s'appelle Méloé James.
Quel poste elle occupe ? questionna fébrilement Harry, son intérêt soudain réanimé.
Oh, attrapeuse, malheureusement pour toi, Harry, annonça Seamus, l'air désolé. »
Le brun se sentit aussitôt vide et un flot amer emplit son cœur tandis que Ron se mordait la lèvre en le regardant.
Visiblement le rouquin était angoissé quant à postuler au poste de gardien si Harry ne faisait pas partie de l'équipe. Malgré sa grande déception, le brun adressa un sourire encourageant à Ron qui fit une grimace en réponse.
« Être gardien sans toi comme capitaine, ça ne va pas être drôle... Tu pourrais peut-être au moins postuler en tant que poursuiveur ?
Ron..., commença Harry, mi-abattu mi-amusé, je suis aussi nul en Potions qu'au poste de poursuiveur. Je n'arrive même pas à lancer un Souaffle sans être moi-même entraîné en direction des buts !
Oui, je sais mais...
Et puis, batteur, ça me défoule mais ce n'est décidément pas aussi agréable que chercher le Vif d'or. Tu sais bien que si je ne suis pas attrapeur, je ne serais jamais à fond sur un terrain, lors d'un entraînement ou d'un match. »
Ron le fixa un instant et Harry put se rendre compte qu'il cogitait fermement afin de trouver une solution qui ferait revenir le brun dans l'équipe des Gryffondors. Malheureusement, le rouquin se rendit vite compte que c'était peine perdue et il adopta vite son air sombre qui voulait dire « ça y est, j'ai eu ma première mauvaise nouvelle de la journée alors foutez-moi la paix ».
« En tous cas, les sélections se feront mercredi après-midi, les renseigna Seamus, souriant gaiement, inconscient du malaise qui enveloppait fermement le trio. »
Même Hermione qui n'avait jamais porté un intérêt fou pour le Quidditch, se mordillait la lèvre, plissant ses grands yeux noisette vers Harry qui s'était levé, le regard lointain, l'air plus renfermé qu'elle ne lui avait plus vu depuis le début du mois d'août.
« Je vais ramener mes affaires à la tour. Elles... Enfin, je ne veux pas à avoir à les porter dans la Grande Salle. »
Son excuse était tellement minable que personne n'osa faire un commentaire, Ron s'étant recouché, ne lui lança qu'un dernier regard compréhensif avant de fermer les yeux, et Hermione le salua dans un murmure hésitant, ses yeux, reflet de son âme, montrant bien à quel point elle réfléchissait déjà intensément.
« Je t'accompagne ! lança insouciamment l'Irlandais, calant son pas sur celui de Harry qui ne le regarda même pas, trop perdu dans l'idée folle qui lui avait traversé l'esprit pour pouvoir manifester ne serait-ce qu'un semblant de sympathie. »
Ils marchèrent donc en silence jusqu'à la salle commune des Gryffondors et Harry grimaça en entendant Seamus prononcer le mot de passe et la Grosse Dame le féliciter avant de lancer un regard féroce au brun qui s'était tenu en retrait.
C'était fou ce que sa haine envers un stupide tableau avait pu se développer en quelques jours – chaque jour, dire ce mot de passe au goût âcre, dur, presque à vomir...
Ce n'est même plus de la fierté, c'est de l'orgueil... Être satisfait du sort d'êtres humains qui ont péri alors qu'ils avaient une famille, des amis, une vie... Maudite guerre.
« Tiens, Harry, je vais rester ici, je ferais bien une sieste, dit soudain Seamus, le tirant de ses acides pensées. »
Le brun releva la tête vers lui et acquiesça :
« Oui, bien sûr, aucun problème. »
Et l'autre garçon bailla longuement et alla se coucher, enlevant juste sa longue cape avant de lourdement se laisser tomber sur l'un des lits à baldaquin.
Harry fronça les sourcils : il avait bien remarqué les cernes sous les yeux de Seamus et son teint plus pâle que d'habitude. Il était absolument certain que ce dernier avait très mal dormi vu les gémissements de douleur et de supplication qu'il avait poussé dans son sommeil lors des nuits précédentes.
Voilà ce que la guerre a fait. Voilà comment nous nous retrouvons tous à attendre d'être épuisé pour oser dormir.
Il se secoua la tête puis, après avoir jeté nonchalamment son sac à terre, il tira sa valise de sous son lit et l'ouvrit, sachant déjà pertinemment que ce qu'il cherchait y était.
Et c'est avec un sourire rayonnant qu'il sortit son Éclair de Feu, enfila sa tenue de Quidditch et fila au dehors, sans bruit, afin de ne pas troubler le sommeil de Seamus qui respirait doucement.
Durée de ma détention : 14 jours, 14 heures, 37 minutes, 26 secondes... 27, 28, 29...
Drago s'était rarement vu dans un état psychologique aussi lamentable. Physiquement, tout allait bien. Il était propre, il s'habillait correctement, Kreattur le nourrissait – bon, il fallait avouer que lui n'y mettait pas beaucoup du sien et que pour cela, heureusement que l'Elfe était là même si le blond n'avait pas l'impression qu'il lui donnait assez – et il s'en fichait.
Intérieurement, par contre, il s'était lentement mais sûrement laissé sombrer. Il avait si peu de raisons d'être heureux qu'il se laissait complètement envahir par le brouillard noir comme l'encre de la dépression.
Ce qui du coup jouait sur ses actions ; ou plutôt son manque d'action. Il ne faisait absolument plus rien. Juste des gestes suffisamment habituels pour qu'ils deviennent mécaniques : se doucher, se brosser les dents, s'habiller...
Et après il s'affalait quelque part – n'importe où – du tapis jusqu'à son lit, en passant par le canapé ou la bulle de son balcon. Il s'était même retrouvé un jour à réfléchir sur le sens profond de sa non-vie dans la baignoire.
Et il ne bougeait plus de la journée.
Ses devoirs arrivaient le soir et il ne faisait que le strict nécessaire – sa vie était déjà gâchée, à quoi bon essayer de reprendre les rênes d'une pourriture pareille ?
Kreattur passait plus souvent qu'il n'aurait dû et Drago mit un temps avant de comprendre que celui-ci était chargé de veiller sur lui et de le maintenir en vie.
Pitoyable vie.
Aujourd'hui, on était dimanche. C'était une des rares choses dont il était sûr dans son état quasi-comateux. Il savait également que ces foutus nuages gris empêchaient parfois le soleil de le réchauffer, lui, pauvre loque recroquevillée dans un coin de son balcon. Il était enroulé dans une couverture comme il en avait pris l'habitude – peut-être était-ce le manque constant de chaleur humaine près de lui qui faisait cela ? – et il fixait le ciel.
Ou plutôt laissait perdre son regard dans le ciel.
Il ne voyait que cela en ce moment alors il se laissait délicieusement noyer dans cet océan azur recouvert de traces grises plus répugnantes les unes que les autres.
Je hais le mauvais temps qui approche. J'ai froid.
Il songea un instant à dormir mais il n'était pas spécialement fatigué. Enfin, il n'arrivait plus à distinguer la fatigue d'une bonne santé.
Chaque nuit, il revoyait la guerre.
Alors chaque nuit, il marchait. Il regardait le ciel étoilé se couvrir d'affreux nuages jour après jour. Puis il continuait à aller d'une pièce à l'autre, toujours aussi terrifié à l'idée de s'endormir et de revoir la mort.
Il était littéralement terrorisé par la mort.
Jusqu'à ce que le jour se lève et que la vie lui fasse le même effet. Il vivait la nuit pour ne pas mourir et mourrait le jour pour ne pas vivre ce semblant de vie qu'il avait toujours haï.
Il tournait en rond.
Il avait cessé de se demander si il était fou à partir du moment où il s'était dit que la folie était bien trop agréable pour qu'il ait pu l'atteindre. Après tout, sombrer dans la folie signifierait oublier qui il était, son identité, son histoire, sa vie inutile et vaine...
Non, la folie n'est pas faite pour moi... Je reste cruellement conscient que Drago Malefoy n'aurait jamais fait ce que je suis en train de faire. Du moins, l'ancien Drago Malefoy car je suppose que j'ai changé ? L'ancien Drago Malefoy aurait sûrement craché sur cet Elfe qui me force à manger... Il aurait sûrement déjà trouvé un moyen de s'enfuir – par la vie ou par la mort d'ailleurs... Alors pourquoi ai-je changé ?
Un mot résumait ce qu'il était en train de faire.
Depuis le premier jour de sa 8ème année, il n'y avait eu rien d'autre que ce mot.
Abandon.
J'ai abandonné !
« J'ai abandonné ! »
Et il éclata de ce grand rire glacial dont il avait l'habitude.
Harry arriva au terrain de Quidditch avec cette impression de pur bonheur chaud et doux : il ne se doutait pas que retrouver le terrain de Poudlard lui ferait tant de bien.
Son balai sur l'épaule, sa cape flottant derrière lui, il vint se placer au centre et fit lentement un tour sur lui-même, observant les six anneaux, les gradins, la tribune où se plaçaient les professeurs ainsi que celui qui présentait le match. Il se souvint avec malice des commentaires de l'hilarant Lee Jordan, des réprimandes exaspérées de McGonagall, des cris d'encouragements des élèves dans les gradins, du chapeau en forme de lion rugissant de Luna Lovegood – il espéra à ce propos qu'elle l'avait toujours et le ramènerait aux matchs afin de mettre un peu d'ambiance – et bien sûr, il se remémora l'affrontement étourdissant des poursuiveurs volant d'un côté à l'autre du terrain.
Et il se revit brandir le Vif d'or, là, au milieu de toute son équipe, la joie débordant de chacune de leurs pores. Les cris de victoire – mais c'était une victoire saine. Une bataille de gagnée dans un jeu tel que le Quidditch. Pas dans une guerre.
Merlin, ça me prend la tête ! Je hais cette truie de Grosse Dame.
Sur cette pensée rageuse, il enfourcha son balai et s'éleva presque violemment. Le vent se mit aussitôt à souffler dans ses cheveux et il ne put s'empêcher d'afficher un sourire radieux à cette simple sensation. Il accéléra et il se réhabitua très vite, se mettant à enchaîner les pirouettes et les descentes en piquet périlleuses.
Au bout d'un moment, quand il fut tout à fait rassasié en matière de figures mortelles, il s'arrêta en l'air et attendit que son cœur cesse de lui marteler les côtes.
Puis il se mit à repenser à son idée.
Mais en est-ce vraiment une ? C'est plus un désir masochiste qu'autre chose...
Son regard tomba sur son Éclair de Feu et sa décision fut prise.
Il quitta le terrain.
Tout en volant en direction du château, Harry se dit que la solitude lui allait bien. Il se sentait plus apaisé ainsi et ses réflexions étaient toujours plus pertinentes et profondes. Sans parler du fait que tel l'attrapeur qu'il était, voler se faisait en solo.
Mais il allait devoir déroger à cette règle.
Quoique... Après tout, ça ne compte pas vraiment vu que...
Il ne finit pas sa pensée ; Harry venait juste d'arriver devant le balcon. Le seul balcon de la tour entre celle de Gryffondor et celle d'Astronomie.
Il s'arrêta un instant, souffla un coup tout en contemplant le peu de l'intérieur de l'appartement qu'il pouvait voir : un canapé pourpre faisait face à une cheminée dans laquelle ronflait un feu et des coussins et des livres étaient éparpillés partout au sol. Harry se dit que les couleurs avaient dû paraître très Gryffondor pour Malefoy, un Serpentard de première classe. Lui, trouvait, en tous cas, le salon très douillet, lui faisant familièrement penser à la salle commune des Gryffondors.
Bon, alors... Qu'est-ce que t'attends ? Tu ne peux plus faire demi tour maintenant. Allez ! Ce n'est que Malefoy, ce n'est certainement pas lui qui va te faire peur !
Rasséréné par cette pensée, il s'avança jusqu'à atteindre la balustrade et il eut juste le temps de penser : Faut-il que je sois désespéré pour venir chercher mon ennemi d'école dans sa prison... ; avant de se poser prudemment sur le balcon.
Et c'est là qu'il le vit.
Malefoy dans toute sa non-splendeur. Et cela changeait totalement ses plans.
Mais qu'est-ce que... ?
Je rêve.
Non, mon cher, là, tu cauchemardes...
Drago avait ouvert des yeux éberlués quand il avait entendu quelqu'un atterrir sur son balcon. Et sa bouche avait suivi le mouvement quand il avait reconnu une des dernières personnes qu'il avait envie de voir à ce moment.
Potter.
L'autre avait l'air aussi surpris que lui. Et il y avait autre chose dans son regard. Quelque chose comme... de la pitié ?! Pardon ? Remballe-la ta pitié et va t'en !
« Potter ? »
Par Merlin, mais comment avait fait cet abruti pour rentrer ? C'est une blague, c'est ça ?!
« Potter ? (décidément, il n'arrivait plus à dire autre chose – cela dit, ledit Potter avait l'air encore plus dans la panade que lui)
Oui, oui, c'est moi, répondit enfin le brun, clignant des yeux, s'arrachant à l'observation détaillée de Malefoy avec visiblement beaucoup de mal. »
Le blond avait une sale tête. Vraiment. Et il avait le corps de quelqu'un qui ne mange plus à sa faim depuis un moment. Enfin, cela, Harry ne le voyait qu'aux joues creuses et aux clavicules saillantes mais il devinait que le reste ne devait pas être beau à voir non plus. Sinon, Malefoy avait des cernes encore plus effrayantes que celles de Seamus, une pâleur à rendre jaloux un fantôme et il tremblait sous la couverture rouge qu'il serrait autour de lui. Harry fut tenté l'espace d'un instant de se moquer du Serpentard en pleine disgrâce mais il chassa immédiatement cette idée, se dégoûtant lui-même.
Regarde-le. Lui aussi a vécu la guerre, Harry.
Il s'approcha alors et s'agenouilla devant Malefoy qui le fixait toujours, l'air méfiant et proprement choqué.
« Mais comment... Comment es-tu... rentré ? murmura-t-il enfin, ses sourcils blonds froncés apparaissant sous ses cheveux dont certaines mèches allaient jusque dans ses yeux.
Eh bien, par le balcon, répondit Harry, perplexe que Malefoy ne l'aies toujours pas compris. A balai.
Mais... Ce n'est pas possible ! s'écria Drago avant d'expliquer : Il y a une barrière ; une bulle autour de ce balcon. Tu n'aurais pas dû rentrer et simplement te cogner dedans...
Désolé, Malefoy, mais je n'ai rien senti, rétorqua Harry avec un grand sourire puis, reprenant un air sérieux, il dit : Ça me fait mal de le dire mais je crois que je vais être obligé de t'aider. Je ne sais pas si tu t'es vu récemment mais tu as une très sale mine.
Et si je m'en fichais, Potter ? répliqua l'autre reprenant peu à peu un peu d'énergie ainsi que ses anciens réflexes.
Tant pis pour toi. »
Malefoy ouvrit la bouche pour protester avec véhémence devant cet insupportable Sauveur qui se croyait obligé de lui porter secours, à lui ! Mais il fut coupé par un Silencio bien placé qui le fit bouillonner de rage. Sans parler du Petrificus Totalus qui suivit.
Comment osait Potter ?! Il entre chez moi et m'agresse ?! Pourquoi ? Hein, pourquoi ? Pour me faire chier une dernière fois avant que je crève ?
Ses pensées haineuses devaient se voir sur son visage car Harry lui lança un regard d'excuse avant de le soulever et de le transporter à l'intérieur tout en s'arrangeant pour que le blond reste recouvert de sa couverture.
« Merlin, Malefoy... Je te croyais plus ordonné. »
A ces mots, le blond essaya tant bien que mal de lancer un coup de pied dans le tibia de Potter ou même un coup de poing, n'importe quoi qui puisse lui permettre de se calmer les nerfs alors que Potter l'insultait devant lui !
Oui, en effet, son appartement était dans un bordel monstre et alors ?! C'était à Kreattur de s'en occuper ! Il n'y pouvait rien si ce maudit Elfe ne faisait pas son travail !
Effectivement, Kreattur ne veut pas ranger car il sait que je fais exprès de ressortir les livres et les plumes après mais bon sang, un Elfe n'a pas à être aussi têtu ! (mais Malefoy ignorait que cet Elfe s'était entraîné des années à vivre dans une maison d'une extrême saleté)
« Bon... Voila, souffla Potter en déposant Drago sur le canapé. »
Il défit alors le sort qui l'empêchait de parler mais lui laissa quand même ses liens invisibles ce qui fit pester Malefoy :
« Oh, Potter, tu vas me le payer ! Tu peux m'expliquer pourquoi tu es là déjà ?! Pour m'annoncer que j'ai une sale gueule et que mon appartement est un fouillis sans nom, peut-être ? siffla le blond, furibond, plongeant son regard gris dans celui vert de Harry. Ah mais oui, c'est vrai que Celui-qui-a-tué-le-vilain-Seigneur-des-Ténèbres est tout permis ! Je suppose que plus personne ne te dit plus rien pour ce que tu fais, hein ? Tu pourrais venir me tuer ici que personne ne lèverait le petit doigt ! Peut-être qu'on te féliciterait même...
Tais-toi, Malefoy. »
Et contre toute attente, le garçon obéit, n'ayant plus de venin à cracher (une trop longue durée sans rien dire de mauvais à personne, ça ne se fait évidemment pas sans conséquence).
Harry lui lança un regard calculateur, ferma les yeux, souffla bruyamment puis avoua enfin :
« Je volais sur le terrain de Quidditch quand je me suis mis à repenser aux matches où nous nous étions affrontés. Et je me suis dit que, malgré ce que tu avais pu faire, on n'avait pas le droit de te priver ainsi de ton droit de voler où tu le souhaites. J'ai donc eu l'idée – stupide, je m'en rends clairement compte maintenant vu ta face de squelette – de venir te chercher et de t'emmener faire un tour à balai. Mais bon, comme tu n'as pas l'air au top de ta forme, il serait préférable que tu évites de trop bouger.
Détrompes-toi, Potter, je vais très bien, mentit éhontément Drago en redressant le menton du mieux qu'il put (il avait tellement, tellement envie de voler... – ce que je ne dirais jamais à ce maudit Survivant même sous la torture !). Mais (il s'assombrit aussitôt), le problème, c'est que même si toi, tu as pu rentrer, moi, je ne peux pas sortir. »
Harry pencha la tête, semblant réfléchir.
« Tu ne penses pas que si tu étais avec moi, tu pourrais sortir ?
Aucune idée. Même si ça m'étonnerait, la barrière semble se concentrer uniquement contre moi afin...
Peut-être pas. Je connais McGonagall : elle fait toujours à l'essentiel et si c'est bien elle qui a créé cette protection (Malefoy renifla à ce mot), elle a du viser seulement certaines personnes.
Oui mais j'en fait partie..., soupira le blond, la déception recouvrant la faible lueur d'espoir qui s'était allumée quand Potter lui avait parlé de voler sur un balai.
Je vais lui en parler. »
Drago releva soudain la tête, l'air soulagé et en même temps découragé.
« Pourquoi tu fais ça, Potter ? demanda-t-il après quelques minutes de silence durant lesquelles Harry balança deux bûches dans l'âtre, récupéra des couvertures dans la chambre pour venir les entasser sur le corps gelé du blond. Il aurait pu sentir la froideur de sa peau rien qu'en mettant sa main à 5cm de la joue de Drago – ce qu'il n'avait pas fait, se disant que la situation était suffisamment étrange comme ça. »
Le brun réfléchit un moment avant de répondre :
« Ce qu'ils te font n'est pas juste et tu vas encore dire que je suis décidément trop Gryffondor, mais je ne supporte pas ça. Et puis, ça ne va pas te plaire mais j'ai confiance en toi parce que je sais que, de toute façon, tu es tellement désespéré que tu serais capable d'accepter d'embrasser Ron rien que pour avoir un peu de liberté l'espace de quelques minutes.
Merlin... Embrasser ce rouquin qui te sert d'ami ?! Drago avait l'air horrifié. C'est quelque chose dans ce genre que tu vas me demander de faire pour que tu veuilles bien m'emmener faire un tour de balai ?
Mais non ! Harry éclata de rire. Je ne te demande rien... Simplement de ne pas tenter quelque chose de stupide comme essayer de t'enfuir quand je trouverai le moyen de te permettre d'aller voler un peu. »
Malefoy fut tenté d'échafauder immédiatement un plan afin de fausser compagnie à Potter quand celui-ci l'aurait délivré de cette tour.
Mais il ne pouvait briser le contrat qui venait de se former entre le Gryffondor et lui : il devra rester calme et gentil quand il pourrait voler dehors – dehors – jusqu'à ce qu'on le ramène à l'appartement et que Drago ne soit même pas sûr que Potter reviendrait.
Cette pensée lui fit répondre :
« Tu dois me promettre de revenir tant que je serais enfermé pour m'emmener voler. Je veux pouvoir voler quand même pendant ce premier trimestre. Pas qu'une seule fois ; plusieurs.
Ce premier trimestre ? répéta Harry, interrogateur.
Je reviendrais à la vie d'un élève lambda au début du deuxième trimestre si je reste sage (sa voix suintait l'ironie) dans cet appartement vide, à lire des bouquins et à écouter un Elfe de maison me dire à quel point je suis maigre et qu'il faut que je mange !
Quelle vie de rêve, murmura Harry, un sourire moqueur en coin. Bon, Malefoy, je sais ce que je vais te demander de faire pendant je convaincrais McGonagall de te laisser un peu sortir.
Eh ! Tu n'as rien à...
Oh, écoute, Malefoy, je t'ai sauvé la vie deux fois et là, j'ai l'impression que ça va faire la troisième alors il me semble que tu m'es redevable. »
Le brun vit bien à quel point le Serpentard eut l'air exaspéré et dégoûté à cette pensée et il ricana intérieurement.
« Donc, je vais te demander de bien vouloir te nourrir correctement.
Mais je me nou...
Non. »
Malefoy le fusilla du regard et Harry estima que c'était le bon moment pour s'en aller :
« Bon, je ne sais pas encore quand je reviendrais mais bientôt, je pense. Le temps de parler à McGonagall ; et malheureusement, elle est très peu disponible en ce moment... (en effet, le jour où la directrice lui avait dit de passer le soir et lui avait donné le mot de passe, elle lui avait dit, durant le cours de la journée, que ce serait impossible que Harry vienne car elle était bien trop occupée et avait du quitter Poudlard pour s'occuper d'une affaire au Ministère l'après-midi même pour ne revenir que le lendemain. C'était bien dommage car c'était d'ailleurs à propos de Malefoy qu'il avait voulu lui poser des questions à ce moment-là... Il allait devoir rajouter encore des interrogations et des demandes à l'égard de McGonagall). »
L'autre garçon ne réagit pas, ses yeux gris et vides posés sur lui sans s'en rendre compte (Harry haït ce regard en se souvenant que Malefoy adoptait le même que celui qu'il avait lors de sa 6ème année ou lors du fameux interrogatoire des Mangemorts... lors de la torture d'Hermione...).
Le brun, voyant que l'autre n'avait pas l'air décidé à manifester un signe manifeste d'encouragement, de remerciement ou même un dernier salut (après tout, c'est Malefoy ! Faut pas trop lui en demander, à ce foutu Serpentard – ou ce Serpentard foutu, d'ailleurs...), se leva du tapis où il s'était assis en tailleur et s'éloigna jusqu'au balcon.
Là, il se retourna, lança un Finite Incantatem vers le blond toujours immobilisé et partit, chevauchant son Éclair de Feu et réfléchissant déjà à ce qu'il allait dire à McGonagall.
Ehe, fini ! A la semaine prochaine pour la suite (quoique je vais avoir un week-end très chargé donc je ne sais pas si j'aurais le temps de poster... mais je vais essayer de trouver cinq minutes ^^) ! N'hésitez pas à donner votre avis (surtout que ce chapitre est quand même le premier point de changement et j'aimerais savoir si ça vous a plu !). A pluche !