Chapitre 7_Attente
Deux jours.
Cela faisait deux très longs jours que Drago Malefoy tournait en rond dans son appartement jour et nuit – pour cette deuxième, il avait l'habitude mais, bon sang, refaire quelque chose le jour était tout à fait nouveau.
Et fatiguant.
C'est pour ça qu'il s'était remis à manger correctement – certainement pas parce que Potter lui avait demandé.
D'ailleurs pourquoi lui ?
Cette question obsédait Drago depuis maintenant deux jours et c'était tout bonnement une vraie torture. Pourquoi donc était-ce Potter le premier à songer à venir le voir, lui, l'affreux Serpentard, son pire ennemi ? Il avait l'impression que c'était une blague de mauvais goût tant la situation nouvelle dans laquelle il plongeait paraissait encore plus irréelle que celle dans laquelle il était déjà ; c'est-à-dire enfermé dans une tour, à faire ses devoirs sans en avoir conscience – ce qui ne lui était jamais arrivé avant – et à n'avoir pour seule compagnie que Kreattur, le pire Elfe qu'il ait jamais rencontré. Et maintenant, il allait se faire sauver de cette lente mort par Harry Potter ?
Le Sauveur du monde s'ennuierait-il sans moi ? s'amusa-t-il intérieurement avant de songer amèrement ; mais non, il a simplement pitié, cet abruti de Gryffondor.
Les yeux verts ne trompaient pas. Et Malefoy était plus doué que tous pour détecter la pitié dedans – après tout, il l'avait vue tant de fois quand il insultait Potter ou ses amis... Cependant, il n'avait ni vu de colère, de fureur ou même de haine. Et c'était plutôt perturbant.
Juste une immense pitié. Et un peu de compassion. Eurk ! De la compassion de la part de Potter ! C'en est presque répugnant... Je le hais.
Ça, il se le répétait sans cesse parce que, même si il n'arrivait pas à l'admettre, le geste de Potter était sûrement la plus belle chose qu'on lui ait offerte depuis longtemps. Et évidemment, ce genre de cadeaux avaient le don de le rendre tout bizarre – il avait si peu l'habitude d'en recevoir ; ces présents faits pour le rendre heureux et non pour cultiver l'image du fils parfait de la famille noble et « aimante ».
Il secoua la tête – ce qui la lui fit tourner dangereusement (même si il mangeait, il ne voulait toujours pas dormir et il commençait à vraiment sentir le besoin de sommeil) – et alla jusqu'au balcon, se glissa au-dessus et se laissa tomber dans la bulle lourdement, écrasant un de ses bras au passage, ce qui le fit grogner de douleur.
S'enveloppant davantage dans sa couverture qu'il ne lâchait plus, il se tourna vers le ciel et le fixa du mieux qu'il put de ses yeux qui, sous l'effet de la fatigue, louchaient désespérément et voyaient le monde flou.
Voler... Voila qu'il ne l'avait plus espérer aussi puissamment depuis des années !
Quel dommage que ce soit Potter qui m'en offre la possibilité... Enfin, bon, il n'a plus l'air de me détester, ce... crétin de Gryffondor et... tant pis... comprends... pas...
Et il sombra dans un délicieux sommeil sans rêve.
Harry s'impatientait.
« Lycanthrope ! C'est bien le mot de passe ! Vous devez me laisser passer ; je dois parler au professeur McGonagall d'une affaire importante !
Elle est occupée. Sinon je vous laisserais entrer mais là, elle refuse votre présence car elle a de plus pressants devoirs à accomplir qu'écouter ce que vous avez à lui dire. »
Le brun lança un regard noir à la statue en forme d'aigle qui restait obstinément immobile depuis deux jours et lui sortait toujours la même excuse. Il devait voir McGonagall ! C'était une question de temps avant que Malefoy ne décide de ne plus lui faire confiance et ne se laisse de nouveau lamentablement mourir.
Je ne lui ai pas promis de revenir pour ne pas le faire finalement ! gronda-t-il intérieurement.
« Je vous en supplie... Il faut que je parle à McGonagall ! La vie de quelqu'un en dépend ! »
La gargouille sembla le fixer d'un regard songeur et Harry espéra qu'elle était en train de relayer à la directrice sa demande parce que, franchement, il ne savait plus quoi dire d'autre pour la convaincre de l'écouter.
« La directrice, commença l'aigle après un silence de quelques minutes, veut bien vous recevoir mais vous devez faire vite. »
Et elle coulissa, laissant apparaître l'escalier en colimaçon, et Harry ne se fit pas prier pour s'y engouffrer en courant, sans un remerciement pour cette sale gargouille récalcitrante.
Quand il arrive en haut, il ne prit même pas le temps de toquer, il ouvrit brutalement la porte du bureau et entra à l'intérieur, prêt à protester.
Mais il fut vite coupé par un Stupéfix qui le fit s'écraser contre la porte qui s'était refermée par un sortilège automatique. Il n'eut même pas le temps de pousser un cri qu'il était déjà à terre et que McGonagall hurlait, l'air véritablement furieux :
« Je ne sais pas à quoi vous jouez, Potter, mais c'est inadmissible ! Je suppose qu'aucune vie n'est menacée mais que vous n'avez eu que cette raison pour venir m'empoisonner la vie de vos petits problèmes mineurs ! Figurez-vous que j'ai du travail et que...
La vie de Malefoy est en danger ! coupa Harry, furibond et sentant la douleur se répandre dans tout son dos (il ne pensait pas qu'un professeur ait droit de faire du mal à un élève – mais on ne pouvait pas dire qu'il était un élève normal ; et les conditions étaient vraiment exceptionnelles).
Pardon ? souffla la directrice, incrédule et se tenant toujours debout derrière son bureau (l'ancien trône de Dumbledore qui observait la scène avec une curiosité stupéfaite, dans son tableau derrière ledit bureau), la baguette en l'air et son chignon strict légèrement défait.
Malefoy – Harry toussa en se redressant, adossé à la porte –, il ne mangeait plus quand je l'ai vu.
Comment... ?
A balai, bien sûr ! s'exaspéra le brun, vrillant les yeux de chatte de McGonagall de ses yeux verts brillants de rage. Suis-je le seul qui ait pris le temps de voler jusqu'à son balcon pour me rendre compte que je pouvais y rentrer ?
Mais... Ce n'est pas possible...
Si et d'ailleurs, heureusement que je suis venu ! Il était en train de se laisser mourir !
Quiconque voudrait du mal à Drago Malefoy ne pourrait pas rentrer, marmonna McGonagall pour elle, brisant le contact visuel avec Harry. Mais il serait donc possible aux personnes qui veulent l'aider de... Oh, j'ai été négligente...
Mais, enfin, professeur ! Vous ne m'écoutez pas ?! cria le Gryffondor, excédé et voyant déjà des étincelles s'échapper du bout de sa baguette. Malefoy était en train de crever sur son balcon quand je suis arrivé !
Écoutez, Potter, dit McGonagall d'une voix qu'elle essayait de rendre calme mais qui vibrait d'impatience, un Elfe s'occupe de Malefoy et...
Ça ne suffit pas ! L'Elfe ne doit pas insister ou alors Malefoy a trouvé un moyen pour ne pas se nourrir, je n'en sais rien, je sais juste que ça fait deux jours que j'y suis allé et je lui ai fait promettre de s'alimenter correctement maintenant. Mais il faut absolument que vous acceptiez ce que je vais vous demander...
C'est plutôt mal parti, Potter, répliqua McGonagall, lèvres pincées et l'air las.
Il faut que vous acceptiez de laisser sortir Malefoy – d'ailleurs je ne comprends pas pourquoi vous l'enfermez ainsi ; ce n'est pas un monstre et vous savez pertinemment que, bien surveillé, il ne ferait pas de mal à une mouche. Il y a bien un Auror pour accomplir ce boulot, non ? Et puis, vous auriez vu sa tête quand je lui ai dit que j'allais essayer de lui permettre de voler... »
Il se tut, l'image des yeux de Malefoy s'éclairant d'espoir fou emplissant son esprit. C'était vraiment quelque chose de beau à voir.
Il avait eu l'impression l'espace de quelques instants de revoir cette expression sur le visage de son parrain quand il lui avait dit qu'il adorerait venir vivre chez lui...
Sirius me manque tant...
Un raclement de chaise lui fit relever la tête ; la directrice venait de se rasseoir et l'invitait visiblement à faire de même en face du bureau – ce qu'il fit pendant qu'elle se massait les tempes. Il eut une drôle de sensation en faisant face à McGonagall là où normalement se tenait Dumbledore.
Dumbledore qui, de son tableau, avait les yeux qui pétillaient étrangement derrière ses lunettes en demi-lune et semblaient sonder Harry – comme ils en avaient l'habitude de le faire, cela dit.
« Minerva, je pense que Harry a raison, dit-il enfin, un sourire confiant apparaissant sous sa longue barbe blanche qui disparaissait dans le bas du tableau.
Albus, je suis un peu perdue. Nous avions dit que le jeune Malefoy serait bien plus en sécurité dans cette tour que n'importe où ailleurs et je ne sais pas si il serait raisonnable de...
Ce qui ne serait pas raisonnable, ce serait de l'oublier dans cette tour, murmura le vieil homme avec douceur (Harry se sentit instantanément mieux à ces mots).
Oh oui... Vous avez raison, Albus, soupira McGonagall en lui lançant un regard aigu, puis se retournant vers Harry : Bon, Potter, je vais voir ce qui pourrait se faire. Retournez donc voir Malefoy et dites-lui qu'il ira sans doute bientôt voler avec vous.
Avec moi ?
Bien sûr. C'est vous qui êtes à l'origine de cette idée alors vous allez me faire le plaisir d'assumer un peu vos actes et vos paroles. De plus, il faudra quelqu'un pour surveiller ce jeune homme si j'accepte véritablement votre demande. Revenez donc ce soir à 21h, après le dîner, nous irons voir Malefoy ensemble. »
Le jeune homme lui répondit par une grimace souriante (NdA : oui, oui, ça existe) et se leva, adressant un dernier « Au revoir professeurs » aux deux seules personnes éveillées dans le bureau rempli d'anciens directeurs et directrices endormis. Mais McGonagall ne loupa pas le regard complice et respectueux qui se transmit de Harry à Dumbledore qui lui répondit par un clin d'œil.
Une fois dehors, Harry se sentit soulagé et resta donc 5 minutes contre le mur de pierre à côté de la gargouille, respirant doucement et essayant d'imaginer comment Malefoy allait le recevoir.
Bon, il faut y aller.
Il arriva au dortoir sans croiser personne mis à part dans la salle commune où visiblement, l'ambiance était à l'effervescence – les sélections pour l'équipe de Quidditch de Gryffondor étaient pour demain après-midi et tout le monde piaffait littéralement à l'idée de postuler. Il aperçut également Dean et Luna qui lisait un livre – ou s'embrassait goulûment, cela dépendait d'où Luna dirigeait sa tête –, et Ginny qui fit comme s'il n'existait pas.
C'était l'heure du déjeuner et les élèves avaient depuis bien longtemps fini de manger – Harry également, il avait décidé d'aller voir McGonagall juste après avoir engloutit en un temps record sa purée-saucisse. Il avait prévenu ses amis entre deux bouchées et eux l'avaient prévenu qu'ils iraient se poser dans le parc afin que Ron et Seamus s'amusent à embêter Hermione qui tenterait coûte que coûte de réviser. Il avait supposé que Neville les rejoindrait plus tard – pour l'instant, il était occupé à courir dans les couloirs afin de fuir une véritable armée de 3èmes années folles de lui.
Les 8èmes années de Gryffondor avaient commencé à faire des paris là-dessus et Ron avait tout de suite affirmé que « l'idole des jeunes filles bourrées aux hormones » – comme il disait – ne mangerait pas plus de 3 fois à la Grande Salle durant la semaine. Pour l'instant, son pari semblait tenir le coup vu qu'on avait pas vu le garçon ni le lundi ni le mardi.
Harry pénétra dans le dortoir et tomba justement sur Neville, plongé dans un nouveau livre de Botanique que lui avait envoyé sa grand-mère et mâchouillant sans s'en rendre compte une saucisse qui glissait le long de sa fourchette (il avait eu le bon sens de passer aux cuisines en sortant du cours de Sortilèges avant de venir se terrer dans le dortoir).
« Tiens, salut Harry ! dit le jeune homme en relevant la tête. Tu as pu voir McGonagall ?
Oui, enfin ! répondit l'interpellé tout en se saisissant de son balai. Et toi, toujours pas dans la Grande Salle ?
Oh, ne m'en parle pas... Elles sont de plus en plus folles, marmonna Neville, maussade. Tu penses que je pourrais demander de l'aide à McGonagall ?
Je ne pense pas... Elle est débordée et a accepté de m'écouter seulement quand je lui ai dit que c'était une question de vie ou de mort !
Dans mon cas, c'est tout à fait cela ! gémit la star de la jeune gente féminine de Poudlard. »
A ces mots, Harry n'éclata que d'un rire moqueur et ouvrit la fenêtre.
« Harry ? Qu'est-ce que tu... »
Le Survivant avait déjà disparu, sautant sur son Éclair de Feu et volant vers la tour voisine et Neville, la bouche ouverte, ne vit pas sa saucisse tomber sur son livre ouvert.
« Je vais vraiment pouvoir sortir ? »
Malefoy avait l'expression d'un gamin surexcitée qui tentait tant bien que mal de cacher sa joie.
« Oui, oui, vraiment. On viendra te voir ce soir, avec McGonagall. Je suppose qu'elle voudra mettre des conditions ; bien qu'il y en ait déjà.
Je ne pensais pas pouvoir dire ça un jour mais peu m'importe d'être avec toi ou quelqu'un d'autre si je peux voler ! s'exclama le blond, assis sagement sur son canapé, les yeux brillants et les joues rougies. »
Harry ne sut que répondre et ne préféra rien dire, esquissant juste un léger sourire et fixant le feu en face de lui.
Finalement, ce n'était pas si dur de faire tomber le masque des Malefoy... Quoique son père doit être plus dur à convaincre.
Il repensa soudain au moment où il avait trouvé Malefoy suspendu en l'air, à côté de son balcon. Ça l'avait paniqué : comment un jeune homme n'ayant pas une puissance magique formidable pouvait voler tel Lord Voldemort et tout cela en dormant ?
Il s'était approché et avait attrapé le blond par le bras – ce qui l'avait réveillé – et avait essayé de le soulever jusqu'au balcon. Malefoy s'était alors dégagé avec un regard embué de sommeil et plein de colère et lui avait tourné le dos, comme dans le but de se rendormir. Harry lui avait alors crié de ne pas bouger, qu'il flottait en l'air et que ce n'était pas normal.
Et Malefoy avait éclaté de rire – un vrai rire, brûlant, spontané, irréfléchi.
Vraiment bizarre, avait été sa seconde pensée en entendant ce son.
Puis le Serpentard s'était relevé faiblement et avait appuyé ses mains sur ce qui semblait être une paroi invisible ; et Harry s'était souvenu alors que Malefoy avait parlé d'une bulle qu'il ne pouvait traverser pour sortir.
Ainsi il s'en est servi ! C'est plutôt intelligent même si ça ne lui sert qu'à dormir à la belle étoile sur une surface un peu moins dure que le balcon.
Harry avait atterri et posé son balai plus loin pour aider Malefoy qui avait visiblement encore un peu de mal à ordonner ce qu'il fallait à ses muscles.
Le brun avait alors constaté que le garçon avait reprit un peu de couleurs – même si il était pâle de nature – et que ses cernes étaient encore plus marquées qu'avant.
Il se nourrit mais ne dort pas assez... Je suppose qu'il a une bonne raison (il avait frémi en songeant à ses propres cauchemars).
« Tu n'as pas de cours, Potter ? »
La voix traînante le fit quitter brutalement ses pensées et il soupira intérieurement en remarquant que Malefoy avait profité de sa réflexion pour se recomposer un air indifférent et blasé.
Malgré tout, il avait raison ; Harry devait sûrement être déjà en retard – il s'était promis de ne rester que quelques minutes.
« Si, j'y vais. A ce soir, Malefoy. »
Le blond le fixa étrangement, comme hésitant, puis répondit tout de même :
« A ce soir, Potter. »
« Ah, vous voilà, Potter... Dépêchez-vous, j'ai d'autres choses à faire ensuite. »
Harry accéléra donc la cadence, ayant, malgré ses grandes jambes, du mal à suivre McGonagall qui, n'étant ni naine, ni molle, marchait toujours de son pas nerveux, rapide et inconditionnellement majestueux.
La fatigue ne l'empêche pas d'être active, dis donc...
Le brun avait tout d'abord tenté de se repérer mais le chemin jusqu'à la porte d'entrée de l'appartement de Malefoy était si long et aléatoire qu'il avait fini par laisser tomber et réfléchissait désormais à cette drôle de situation dans laquelle il s'était embarqué.
Il aidait Malefoy. Il était même en train de le sauver – et volontairement ; pas seulement sur le coup de l'adrénaline comme dans la Salle sur Demande en feu (tiens, il fallait que j'y aille au fait... Hum, plus tard, pas le temps pour le moment). C'était improbable. Harry avait encore énormément de mal à se faire à l'idée mais il supposait que la guerre avait changé sa façon de voir les choses ou le monde – ou plutôt que la guerre avait changé les gens car il ne se souvenait pas avoir jamais vu cette expression sur le visage pâle et pointu de Malefoy.
Bon, le Serpentard semblait manifester une reconnaissance limitée envers lui mais c'était suffisant : après tout, il ne souhaitait rien en échange – et puis, de la part de Malefoy, c'était la première fois qu'il recevait autre chose que du mépris ou de la haine.
Il voulait simplement que les victimes de la guerre cessent de souffrir.
Et c'était sûrement pour ça qu'il ne supportait plus de voir ces mines défaites, bouleversées, tristes à pleurer dès le matin, quand les élèves arrivaient peu à peu, n'ayant pu dormir davantage... Et c'était sûrement pour ça qu'il ne voulait plus voir les cernes de Seamus ou de Malefoy – et c'était sûrement pour ça qu'il ne se regardait plus dans un miroir depuis le début de l'année.
Et c'était sûrement pour ça qu'il avait quitté si tôt Ginny – ils auraient fini par se détruire, elle par sa jalousie, lui par son indélicatesse.
Voilà que je recommence à chercher des excuses à notre séparation... pensa-t-il, désabusé. Bordel, que je suis lâche. Un vrai serpent !
Évidemment, Malefoy emplit sa tête à ce moment-là – comme s'il ne le faisait déjà pas assez depuis deux jours ! Harry avait l'impression d'être retourné en 6ème année où il avait un mal fou à ne pas chercher le blond du regard pour épier chacun de ses faits et gestes. Sauf que là, il ne pouvait pas l'espionner et chercher à savoir ce que l'autre manigançait ; il n'avait plus qu'à occuper ses heures d'Histoire de la Magie à réfléchir aux vraies raisons qui avaient poussé McGonagall à emprisonner Malefoy pour « le protéger ».
Qui donc menaçait l'héritier Malefoy ?
Peut-être que, voyant Lucius Malefoy en fuite on-ne-sait-où, certains anciens Mangemorts ont souhaité se venger sur le fils... Pour quelle raison ? Ah oui ! Ils ont trahi Voldemort au dernier moment. Je me demande bien où peut être Malefoy senior en ce moment... A-t-il songé à sa famille en partant ? Hum... sûrement. Mais, de toute façon, qu'il parte ou non, Narcissa et Drago Malefoy doivent tout de même être en danger. Ce serait donc pour ça que McGonagall protège Malefoy... Et Narcissa se cacherait au manoir ? Ce n'est pas prudent ! J'espère que le Ministère s'en occupe... Elle m'a quand même sauvé la vie en annonçant ma mort lors de cette fameuse journée...
Harry secoua la tête, un peu décontenancé. Il avait envie de se contenter de cette explication qu'il venait de trouver et qu'il ne pensait pas fausse, mais quelque chose le gênait encore.
Pourquoi donc isoler Malefoy ? Serait-ce vraiment pour protéger les autres élèves ? Ou le contraire ? Sûrement cela... Eh bien, je n'imaginais pas McGonagall défendre avec tant de volonté le fils Malefoy !
Ladite directrice s'arrêta brusquement devant une grande porte de bois et Harry, s'il n'avait eu ses excellents réflexes d'Attrapeur, lui aurait sûrement foncé dedans. Il se stoppa heureusement à quelques centimètres de McGonagall et observa la porte qu'il voyait pour la première fois – oui, la voie des airs était vraiment plus commune, pensa-t-il, amusé. Il ne put voir ce qui ouvra la porte qui n'avait ni poignée, ni serrure car le professeur prenait un malin plaisir à pencher son grand chapeau vert émeraude devant lui.
McGonagall s'engouffra rapidement à l'intérieur sans attendre de savoir si Harry était prêt ou non – et il ne l'était assurément pas. Rencontrer Malefoy alors que leur relation avait chuté de « rivalité haineuse » à... justement, il n'en savait rien ! Comment pouvait-il la considérer ? Il croyait pendant une seconde avoir trouver puis ça lui échappait de nouveau...
Le prisonnier – car même s'il était protégé, c'en est tout de même un – était assis avec beaucoup de classe – quel sale aristocrate ! – dans un fauteuil rouge vieilli et leva la tête d'un livre qui paraissait ennuyant à mourir – je parie qu'il n'en a pas lu une page – et les salua :
« Professeur – un temps d'hésitation (cette maudite hésitation !) avant que Malefoy ne tourne la tête vers le brun – Potter.
Malefoy, répondit vivement McGonagall avant de s'asseoir sur l'autre fauteuil sans y avoir été invitée. »
Harry eut envie de rester debout rien que pour pouvoir marcher un peu pendant qu'ils parlaient et soulager la tension qui s'était installée dans ses jambes (il ne savait pourquoi mais ce rendez-vous le stressait...).
Puis il remarqua les regards froids, interrogateurs et vaguement irrités des deux autres personnes présentes et il comprit vite pourquoi il n'avait décidément pas envie d'être dans cette salle.
Merlin, on dirait qu'ils ont un balai là où il ne faut pas, ces deux-là...
Il songea soudain qu'ils devaient penser la même chose de lui qui s'était figé dans l'entrée alors il décida de s'asseoir au plus vite sur le canapé pour qu'ils puissent enfin parler de ce qui les amenaient, la directrice et lui.
« Bon, commença McGonagall, passant de Malefoy à lui, puis retournant sur le blond qui n'avait pas esquissé le moindre geste trahissant l'intérêt qui bouillonnait en lui. Potter vous a déjà mis au courant, étant donné que c'est lui qui a eu cette brillante idée – Harry se sentit vexé devant le sarcasme qui dégoulinait de la voix de McGonagall – et je tenais à mettre certains point au clair.
Faites, professeur, dit Malefoy avec un petit sourire faussement respectueux (c'est à ce moment que Harry remarqua que ses cernes s'étaient atténuées et que ses yeux étaient un peu gonflés ; il avait du dormir durant l'après-midi).
Bien. Je permettrais au sort de protection qui entoure votre balcon de s'effacer l'espace de quelques minutes, les mercredi, samedi et dimanche de chaque semaine. Si Potter est là, vous irez voler tous les deux et si Potter n'est pas là, vous ne pourrez pas passer le sort de protection : il ne se désactive qu'en sa présence. »
Cette condition fit ouvrir de grands yeux à Harry et Drago – était-ce vraiment possible de créer des sorts si ridiculement compliqués ? Ce dernier adressa d'ailleurs un regard scrutateur au jeune homme brun qui se sentit brusquement sous pression.
Il savait clairement à quel point Malefoy l'incendierait si il loupait ne serait-ce qu'un rendez-vous.
« Quelles seront les horaires ? demanda-t-il pour éviter les deux yeux gris déjà accusateurs.
15h puisque ce sont trois jours de repos – non, ne râlez pas, Potter. De toute façon, c'est vous qui choisirez quand ramener Malefoy alors vous ne manquerez sûrement pas de temps pour voir vos amis ou travailler. »
Harry sentit un malaise l'envahir quand il vit l'expression brusquement fermée et les yeux baissés du blond.
Depuis combien de temps, lui, n'a pas vu ses amis ? En a-t-il de vrais, d'ailleurs ?
« Vous pouvez vous mettre d'accord dès maintenant... Ah ! la directrice sembla se rappeler une information utile : Malefoy, vous avez la permission d'aller où vous voulez dans le château ou sur le terrain de Quidditch si vous êtes accompagné de Potter. Je ne veux pas vous voir ailleurs que dans ces lieux. Et certainement pas seul. Potter – elle se tourna vers lui avec un air sévère –, vous êtes responsable de tout ce qui pourrait arriver à Malefoy en dehors de cet appartement.
Bien, professeur, acquiesça Harry avec un hochement de tête.
Bon, pendant que vous en discutez, je vais lancer les sorts nécessaires sur la barrière. »
Et elle se leva pour disparaître derrière les épais rideaux pourpres tirés et cachant efficacement le balcon. Un silence inconfortable s'abattit sur les deux anciens – mais pouvait-on le dire ? – ennemis.
Harry soupira, se sentant moins Gryffondor de seconde en seconde : où était donc le caractéristique courage de sa maison quand on en avait besoin ?!
Il toussota, ce qui attira l'attention de Malefoy qui gardait avec obstination un masque lisse et tout à fait désintéressé et qui n'avait pas lâché le feu des yeux depuis le départ de McGonagall.
Bon, au moins, il m'écoute...
« Je – et il sut qu'il prenait une bonne décision – ne souhaite pas te priver du temps que tu voudras passer dehors. Après tout, tu es tout le temps enfermé et... enfin, hum, tout ça pour dire qu'il serait plus logique que ce soit toi qui décides quand rentrer quand nous serons dehors. Peut-être as-tu envie de reprendre un dîner dans la Grande Salle ?
Non – Harry vit avec un semblant de satisfaction que Malefoy paraissait troublé et qu'il semblait se retenir de sourire –, pas vraiment. »
Il inspira vivement, puis, fusillant le brun du regard – ce qui stupéfia ce dernier ; juste avant que Drago ne crache :
« Merci, Potter. »
Le brun en resta bouche bée et il fut tenté d'éclater d'un rire de dérision. Ou de sourire – ce qu'il se refusa catégoriquement : il ne manquerait plus que ça !
« Rah, ça me tue de te dire ça ! siffla soudain Malefoy en pressant les paumes de ses mains contre ses yeux. Et arrête immédiatement de prendre cette expression débile ; sinon je vais vraiment le regretter... – il écarta ses mains et jeta un coup d'œil à Harry (tiens, le binoclard n'en est plus un... Je n'avais pas remarqué qu'il n'avait plus ses foutus culs de bouteilles) avant de gémir : – Je le regrette déjà ! »
Cette fois, Harry rit vraiment de l'air catastrophé et dépité de Malefoy. Puis il se rendit compte qu'il était en train de rire de quelque chose que venait de dire le Serpentard et il cessa aussitôt, interloqué.
Mais où va le monde... ? Qu'est-ce que... ?
Et avant qu'il n'ait réfléchi, il s'entendit dire :
« Mais de rien, Malefoy. T'entendre me remercier est sûrement une des choses les plus jouissives que je n'ai jamais entendues... Et si ça peut t'emmerder, c'est parfait. »
Merlin. Mais que venait-il de dire ?! Cherchait-il vraiment à relancer leur ancienne haine stupide basée sur la rivalité et les joutes verbales ?
Visiblement, ce n'est pas du tout ce à quoi pensait Malefoy car celui-ci lui répondit par un sourire très arrogant avant de dire d'une voix hautaine :
« Eh bien, profite, Potter, parce que c'est la dernière fois que tu m'entends dire ça. Et c'est sûrement la dernière fois que tu n'entendras jamais parole plus jouissive – comme tu dis – vu que tu n'as jamais séduit quelque chose de plus évolué et de plus raffiné que des poules gloussantes et plus bêtes les unes que les autres ! »
Harry faillit laisser la colère l'envahir en se revoyant dans des situations semblables où Malefoy l'insultait, lui et les personnes qui l'entouraient. Mais là, c'était différent.
C'est bon enfant. Presque comme des vannes échangées entre deux amis.
« Mais moi, au moins, je séduis contrairement à certains qui restent étrangement seuls et n'ont pas de talents particuliers dans ce domaine à ce que l'on peut voir...
Tu veux qu'on parle de séduction et de sexe, Potter ? rit Malefoy, les joues vaguement échauffées à cause des piques échangées (ça faisait si longtemps... si longtemps. Et voilà que Potter a du répondant maintenant ! Hum. S'il pouvait juste éviter de me charrier sur ça...).
Non, il en est hors de question, dit calmement McGonagall, les faisant violemment sursauter. Je pense que vous en aurez bien assez le temps demain et là, il est tard, Potter, vous avez cours tôt, le mercredi matin. Nous allons y aller. A bientôt peut-être, Malefoy. Venez Potter. »
Le blond balbutia un au revoir, jetant à peine un coup d'œil à Harry qui se leva comme un ressort avant de se précipiter vers la porte qui s'était ouverte. Il lança un rapide « A demain, Malefoy » avant de disparaître, suivi de McGonagall.
Drago resta un instant immobile, perturbé par cette dernière conversation. Puis il décida d'aller se coucher – il était décidément trop fatigué et dormir l'après-midi n'avait pas arrangé son problème ; ça lui avait juste donné encore plus envie de sombrer dans le sommeil.
Donc, c'est ce qu'il fit, dans son lit douillet cette fois, sans prendre le temps de repenser aux paroles de Potter.
Fini ! ^u^ Merci d'avoir lu et review ? (ça ne prend que quelques minutes et c'est tout bonnement génial d'en recevoir)