Note d'auteur : Ce chapitre répond au prompt "Je mens". (Le premier chapitre répondait au prompt "Partons vite")
Traduction du titre du chapitre : Dis-moi la vérité.
Bonne lecture ! Et merci à Lucette et Annbonny pour la bêtalecture du chapitre :)
Le Docteur s'arrêta soudainement de courir et Lavande faillit trébucher à cause de son élan. Elle se rétablit maladroitement et vérifia instinctivement que sa mèche était bien en place. Elle réalisa à cet instant que même en ayant vu ses cicatrices, le Docteur ne l'avait pas prise en pitié, n'avait pas eu peur, et surtout qu'il l'avait considérée comme une personne normale. Enfin… il l'avait aussi prise pour un monstre l'espace d'un instant, mais, bizarrement, elle lui pardonnait ses mots blessants. C'était la première personne à ne pas la traiter comme une infirme, à ne pas prendre de gants avec elle comme si elle était à l'article de la mort ni lui demander d'entrée de jeu les détails sordides de son accident. Peut-être qu'il y viendrait ensuite, mais elle avait le temps d'ici là d'inventer une histoire moins atroce que la réalité. Elle ne tenait pas à ce qu'il la voie comme une pestiférée parce qu'un loup-garou s'était attaqué à elle et qu'elle en avait gardé quelques séquelles.
Le Docteur avait lâché sa main et semblait à nouveau sonder l'air à l'aide de son petit appareil lumineux. Lavande essaya de voir de quoi il s'agissait – peut-être une baguette magique dernier cri ? Plus elle y pensait, plus elle était certaine que cet homme n'était pas un sorcier. Alors qui était-il vraiment ? L'idée que ce soit un fou ne la quittait pas, mais il ne semblait pas dangereux.
A Poudlard elle avait connu une fille un peu allumée. Enfin c'était ce que tout le monde croyait. On l'avait surnommée – Lavande n'avait pas fait exception – Loufoca Lovegood. Elle avait un perpétuel air rêveur, disait des choses dénuées de sens, agissait de la même façon, et les élèves s'étaient empressés de la cataloguer comme cinglée. Pourtant, Lavande l'avait par la suite côtoyée dans l'A.D, elle avait combattu à ses côtés durant la Bataille de Poudlard. Luna n'avait rien d'une folle, c'était une fille courageuse, loyale. Elle ne voyait simplement pas le monde comme les autres. Lavande regrettait un peu de l'avoir mal jugée, cependant elle restait persuadée qu'elles n'auraient pas pu être de véritables amies, elles étaient bien trop différentes !
Peut-être que cet homme était comme elle. Il était si étrange, et en même temps sa présence rassurait Lavande. Peut-être que ses Carrionites n'existaient pas du tout. Peut-être s'était-elle prise à un jeu dont elle ignorait les règles. Pourtant il semblait y croire dur comme fer, et continuait d'essayer de capter quelque chose, mais quoi ?
— Qu'est-ce que vous fabriquez au juste ? demanda Lavande, avec impatience.
— J'essaie de repérer la faille dans les Profondes Ténèbres, répondit-il en examinant son appareil lumineux comme s'il allait lui donner des informations.
— Les Profondes Ténèbres ? répéta-t-elle incrédule. C'est quoi ce…
Mais il l'interrompit d'un signe de la main. Agacée par tous ces mystères, Lavande prit cependant sa baguette magique et scruta les environs. Elle ne savait pas bien ce qu'elle attendait. Une preuve de l'existence de ces créatures ou au contraire de leur non-existence pour donner tort au Docteur ? Il avait sans doute réellement vu ce qu'il appelait « Carrionite » mais ce n'était qu'une créature magique bien connue. Un Epouvantard, ou un Détraqueur… Non, seuls les sorciers et les Cracmols pouvaient voir ces derniers, ou alors il n'était pas aussi moldu qu'il le laissait paraître.
Soudain un cri à glacer le sang retentit autour d'eux, semblable à un croassement. Impossible de savoir d'où venait le bruit, c'était comme s'il surgissait de partout. Lavande resserra sa prise sur sa baguette, tâchant de garder son sang-froid. Elle connaissait des sorts de combat efficaces et il y avait les Impardonnables… Elle n'en avait jamais jeté, mais si c'était son dernier recours, elle n'hésiterait pas. A quoi pouvait appartenir un tel cri ? Au Spectre de la Mort ? Le Docteur avait de la chance d'être encore en vie s'il avait croisé une telle créature…
Elle aperçut soudain deux silhouettes qui sortirent du petit bois. Squelettiques, vaguement humaines mais rappelant plus des Détraqueurs qu'autre chose, Lavande n'avait jamais rien vu de tel.
— Là ! souffla-t-elle.
Le Docteur se retourna et plissa les yeux. Il hocha la tête et Lavande fut surprise de voir qu'il lui adressait un sourire rassurant. Ces créatures se rapprochaient, elle distinguait à présent leur apparence. On aurait dit deux corbeaux repoussants, avec la peau sur les os. Elles n'avaient absolument rien d'humain.
— Woetears ! s'exclama le Docteur.
Une des Carrionites poussa un cri aigu et s'évapora dans les airs. Interdite, Lavande mit quelques secondes à réaliser ce qu'il venait de se passer. Quel était ce sortilège ? Le Docteur venait-il d'utiliser la magie ?
L'autre Carrionite semblait furieuse. Elle se rapprocha d'eux à toute allure, visiblement décidée à les attaquer. Lavande pointa sa baguette magique sur elle et s'exclama :
— Impedimenta !
La créature fut projetée au loin, avec un cri qui ressemblait à de la douleur. Elle émit un croassement de rage avant regagner le couvert des arbres et de disparaître. Lavande inspira un grand coup et tenta d'apaiser son cœur. Par Merlin, pourquoi le Ministère laissait-il de tels êtres en liberté ? Que fichaient-ils au département de Contrôle et Régulation des Créatures magiques ?!
— Fantastique ! s'exclama soudain le Docteur. Absolument fantastique !
Lavande se tourna vers lui, soulagée de voir qu'elle ne l'avait pas effrayé comme c'était souvent le cas avec les Moldus. Il avait un immense sourire aux lèvres et semblait extatique. Oui, décidément, il était bizarre. Mais bizarre dans le bon sens. En tout cas elle commençait à le trouver franchement sympathique !
Il lui prit sa baguette des mains avant qu'elle ait pu la ranger et se mit à l'examiner sous toutes les coutures. Il passa son objet lumineux dessus comme des rayons X mais cela ne donna rien.
— Comment ça fonctionne ? demanda-t-il. Des infrasons ? Des ondes supersoniques ? Ou bien de l'air comprimé sous haute pression ? On dirait du bois, du véritable bois, c'est idéal comme camouflage !
Lavande lui reprit sa baguette, un peu gênée. Une part d'elle aurait voulu lui dire la vérité tout de suite, sans détour. Une autre part craignait qu'il s'enfuie en courant en apprenant qu'elle était une sorcière. Alors elle choisit de mentir, se félicitant d'avoir grandi dans le milieu moldu et d'en avoir acquis beaucoup de connaissances.
— C'est de l'air comprimé, souffla-t-elle, choisissant l'option qui lui parlait le plus. Et c'est à commande vocale, par un mot je déclenche le mécanisme qui projette un souffle puissant. Et heu… c'est du vrai bois, mais sur une armature de titane. C'est pour mieux camoufler.
— Mon tournevis sonique n'a rien détecté, ce doit être une technologie très avancée ! Ou bien il a besoin de quelques réglages ! répondit le Docteur. Ce genre d'armes n'a pas dû beaucoup marcher, je n'en ai jamais vu dans mes… voyages.
La dernière phrase du Docteur laissa Lavande perplexe mais elle n'insista pas, trop contente qu'il ait cru à son histoire. Elle ne voulait pas l'effrayer, cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas sympathisé avec quelqu'un. Elle se doutait que sa couverture ne durerait pas, il se rendrait compte tôt ou tard qu'elle lui avait caché bien des choses, mais pour l'instant c'était bien mieux comme cela. Et puis autre chose lui occupait l'esprit.
— Comment avez-vous pu me confondre avec ces trucs ? s'exclama-t-elle, atterrée. Vous avez vu leur tête ? Elles sont laides à faire rater une couvée d'hippogriffes !
— Je vous ai dit qu'elles peuvent prendre forme humaine ! se défendit le Docteur avec une mauvaise foi évidente. Tout le monde peut se tromper ! Et puis ça prêtait à confusion avec les…
Il fit un geste vague vers le côté droit de son visage et Lavande répliqua sèchement :
— Les cicatrices, je sais ! Enfin moi quand je rencontre quelqu'un avec de grandes oreilles, je ne le traite pas d'emblée d'Elfe de maison ! Vous par exemple, j'ai rien dit…
— De quoi ? s'exclama le Docteur avec un air de totale incompréhension sur le visage.
— Rien, je me comprends, marmonna Lavande.
— Vous êtes bien la seule…
Il y eut un petit silence durant lequel ils se regardèrent en chiens de faïence, avant que le Docteur ne cède à la curiosité, un trait de caractère que Lavande lui avait vite deviné.
— Les fleurs et les oiseaux, tout à l'heure, comment avez-vous fait ça ? demanda-t-il, retrouvant l'air suspicieux qu'il avait eu lorsqu'il l'avait prise pour une Carrionite.
Lavande réfléchit quelques secondes et puisa à nouveau dans ses connaissances du monde moldu pour répondre :
— De la prestidigitation. J'aime bien faire des tours de magie quand je suis toute seule. Je… je perfectionne mes techniques de dissimulation, je m'améliore…
Elle ne se savait pas si douée pour le mensonge, et cela la mettait mal à l'aise. Elle était déconcertée de pouvoir le tromper avec autant de facilité, et s'en voulait. D'un autre côté, lui non plus ne lui avait pas tout dit sur son compte, loin de là, alors elle pouvait bien se permettre ce genre de tricherie.
— A moi de vous poser des questions, dit-elle d'une voix autoritaire. Ces Carrionites, qu'est-ce que c'est au juste, vous le savez ?
— Croyez-vous qu'il y ait de la vie ailleurs que sur la Terre, Lavande ? lui demanda simplement le Docteur.
Elle fut un peu déstabilisée par cette question. Pourquoi ne pouvait-il jamais répondre clairement ? Elle haussa les épaules avec indifférence.
— Oui, pourquoi pas. Bon, et ces Carrionites ? C'est vous qui avez inventé ce nom, ou on vous l'a dit ?
— C'est leur nom. Ce sont des créatures extraterrestres, elles viennent des Quatorze étoiles, dans la configuration planétaire Rexel.
— Pardon ?! le coupa Lavande en levant les yeux au ciel. Oh non mais s'il vous plaît, ne me racontez pas n'importe quoi, ce ne sont pas des extraterrestres ça !
Le Docteur la jaugea du regard, avant de croiser les bras et de lui adresser un petit sourire moqueur.
— Ah oui ? demanda-t-il non sans sarcasme. Et d'après vous, qu'est-ce que c'est ?
— Eh bien… pas des extraterrestres en tout cas !
Comment pouvait-elle décemment lui dire que pour elle, ces Carrionites avaient tout de créatures magiques non recensées par le Ministère, puisqu'elle venait à l'instant de le convaincre que tout ce qu'il l'avait vue faire n'avait rien de magique ? Le Docteur eut un petit rire qu'elle trouva très vexant.
— Si des extraterrestres étaient venus sur Terre, vous pensez bien que quelqu'un s'en serait aperçu, reprit-elle avec aplomb.
— C'est le cas, je m'en suis aperçu. Mais j'imagine qu'en habitant dans la campagne anglaise, vous devez être habituée aux mythes et légendes de votre pays. Vous pensez sans doute que les Carrionites ne sont rien d'autres que des esprits de votre folklore, je me trompe ?
— Oui, totalement ! répliqua Lavande vertement. Je ne m'intéresse pas à ces légendes, et j'en connais un rayon sur les créatures heu… légendaires si vous voulez, mais qui existent !
Le Docteur la regarda avec un intérêt soudain et elle se mordit la langue. Par Merlin, il fallait qu'elle rattrape cette bêtise sinon il allait vraiment avoir des soupçons !
— Enfin, je m'y intéresse de près, disons. J'essaie… de prouver leur existence. Et vos Carrionites, on dirait bien des banshees, ce qui n'a rien d'extraterrestre !
A sa grande surprise, le Docteur sourit. Elle sentit sa colère refluer devant cet étrange sourire, dénué de mépris, un simple sourire amusé et gentil. Il fallait vraiment qu'elle arrête d'accumuler les mensonges, sinon sa conscience allait exploser.
— Les Carrionites utilisent une science qu'ici vous appelez « magie », reprit le Docteur. Par le simple pouvoir d'un mot, elles peuvent prendre l'ascendant sur une chose. En prononçant un nom, elles peuvent maîtriser la personne à qui il appartient. C'est pour le danger qu'elles représentent qu'elles ont été bannies dans les Profondes Ténèbres il y a des millions d'années. Cependant deux d'entre elles sont parvenues à s'échapper et ont débarqué sur Terre. Je suis à leurs trousses depuis trois jours. Ce sont des créatures très puissantes, et leur seule ambition est de pouvoir manipuler l'univers entier pour le dominer.
Lavande demeura abasourdie. Il semblait tellement croire à son histoire… Cette sincérité commençait à la convaincre, après tout elle n'était pas d'une rationalité à toute épreuve. Dès l'instant qu'elle avait appris l'existence du monde sorcier, elle s'était préparée à croire n'importe quoi ou presque. Si la magie était bien réelle… pourquoi pas les extraterrestres ? Mais alors, si le Docteur pourchassait des créatures utilisant le pouvoir des mots, à l'instar de la magie des sorciers, elle devrait redoubler de prudence.
— C'est à cause des oiseaux et des fleurs que vous m'avez prise pour une Carrionite, tout à l'heure ? demanda-t-elle.
— Oui, vous avouerez que ça prêtait à confusion, dit-il avec un sourire.
Vous n'imaginez pas à quel point… pensa-t-elle.
— Le pouvoir des Carrionites peut se retourner contre elles, reprit-il. C'est pour cette raison que je vous ai appelée de cette façon, je pensais que ça aurait un effet.
— A part celui de me faire peur, vous voulez dire ? railla Lavande non sans un sourire.
— Ca aurait dû avoir le même que sur la Carrionite que j'ai appelée Woetears. C'est la seule dont je connaisse le nom. Cela ne les tue pas, mais les mets hors d'état de nuire un moment.
Lavande était plus tranquille. Il faudrait qu'il soit vraiment stupide pour croire encore qu'elle était une Carrionite, non seulement sa première tentative n'avait pas fonctionné mais il l'avait depuis appelée plus d'une fois par son prénom et cela ne l'avait pas atteinte non plus. Cependant elle ne comptait pas lui dévoiler la vérité de sitôt. Il pourrait continuer à se méfier, et elle ne l'en blâmerait pas. Elle avait appris au cours des deux dernières années à se montrer prudente et à ne pas accorder sa confiance à n'importe qui. Lors de sa septième année, elle avait continué à œuvrer pour l'AD et avait dû faire preuve d'une vigilance constante pour ne pas risquer d'être dénoncée aux Carrow.
— Ces cicatrices, d'où viennent-elles ? demanda soudain le Docteur.
Lavande porta instinctivement sa main à son visage pour vérifier que sa mèche était bien en place. Pourquoi fallait-il qu'il lui pose cette question ? Elle n'avait pas encore eu le temps d'imaginer une histoire à lui raconter…
— Un accident, murmura-t-elle la gorge serrée.
— Je comprends.
Il n'insista pas et se détourna d'elle pour sonder l'air à l'aide de son tournevis sonique, comme il l'avait appelé tantôt. Elle ne put s'empêcher de hausser un sourcil, sceptique. Ça, un tournevis ? Pour un peu, elle l'aurait à nouveau pris pour un sorcier ayant une connaissance relativement réduite du monde moldu.
— L'autre Carrionite ne doit pas être allée loin, dit-il. Vous avez dû l'affaiblir, elle n'aura pas la force de se dématérialiser. Se volatiliser et réapparaître à un autre endroit quelques secondes plus tard, si vous préférez, expliqua-t-il en voyant son air perplexe. Venez !
Il partit devant sans un regard en arrière. Il semblait convaincu qu'elle le suivrait. Cependant Lavande resta immobile. Après quelques mètres, il fit cependant volte-face et la fixa, un air sérieux sur le visage.
— Non ? dit-il simplement.
— Je crois que je vais rentrer chez moi. Ça vaut mieux.
Et sans un mot, elle tourna les talons. Elle refusa de se retourner, car elle savait que si elle croisait le regard du Docteur, elle choisirait de le suivre. Mais elle ne pouvait plus mentir, c'était trop pour elle. Elle avait certes développé une certaine misanthropie, elle avait aussi renoncé à se lier avec quiconque, préférant s'isoler dans son amertume. Il n'en restait pas moins qu'elle avait une conscience, qu'elle était quelqu'un d'honnête et que tricher à ce point ne lui ressemblait pas. Alors pour son bien et celui du Docteur, elle ne devait pas se retourner.
Il ne la rappela pas d'ailleurs. Il avait sans doute compris qu'elle n'était pas de bonne compagnie, et puis il n'avait pas besoin d'elle, il n'y avait plus qu'une Carrionite à vaincre, il s'en sortirait très bien tout seul.
Elle ne savait toujours pas qui il était, d'où il venait, mais lui non plus ne savait finalement rien d'elle hormis son nom. C'était sans doute mieux comme ça. Oui, c'était bien mieux.
Elle s'arrêta de marcher, le sang battant ses tempes. Nom d'un hippogriffe, mais était-elle devenue folle ? Elle tourna la tête et vit le Docteur, toujours debout dans la lande. Elle secoua la tête et fit demi-tour à pas rapides. Il lui adressa un grand sourire et lorsqu'elle fut à sa hauteur, il lui tendit une main qu'elle prit cette fois sans aucune hésitation.
~o~O~o~
Leur course les mena vers le village. Lavande se demanda si le Docteur savait où il allait ou s'il y avait une part de jeu dans son attitude. Il avait le regard brillant, comme celui d'un enfant pendant une chasse au trésor. Il semblait déborder d'une formidable énergie inépuisable ! Lavande était loin de posséder la même, elle n'avait pas fait de sport depuis longtemps et commençait à fatiguer après toutes ces cavalcades dans la lande.
Le Docteur s'arrêta enfin, non loin de la maison de Lavande. Elle n'en laissa rien paraître. Si jamais la Carrionite s'y trouvait, il recommencerait à douter d'elle et elle ne voulait pas courir ce risque. Il y avait bien longtemps qu'elle ne s'était pas sentie aussi bien, et c'était grâce à lui. Pour rien au monde elle n'aurait voulu qu'il lui retire sa confiance.
Bien qu'essoufflée, Lavande se sentait gagnée par l'enthousiasme du Docteur. De toute façon elle avait sa baguette, en cas de danger elle pourrait donc intervenir. Si la Carrionite était réellement une espèce extraterrestre, ce dont elle doutait encore, alors elle ignorait probablement l'existence de la magie, ce qui donnait à Lavande une longueur d'avance sur la créature.
— Qu'est-ce qu'on attend ? chuchota Lavande.
Il était encore tôt, certes, mais ici les gens se levaient de bonne heure. Beaucoup étaient sans doute déjà debout. Si on les surprenait dans cette situation, ils paraîtraient très vite suspects. Le Docteur lui fit signe de se baisser et Lavande sourit, elle avait l'impression de jouer aux agents secrets. Il y avait longtemps qu'elle n'avait pas ressenti la joie du jeu et c'était agréable de redevenir une enfant quelques instants. Si la situation était sérieuse, elle n'en était pas moins grisante !
— La Carrionite n'est pas loin, souffla le Docteur.
Il tenait son tournevis comme un agent secret aurait tenu son révolver, mais Lavande ne pensa pas à en rire tant son air était sérieux. Il se leva soudain et longea le mur, se rapprochant de la maison de Lavande qui commença à paniquer. Mais elle réfléchit : rien ne pouvait la trahir s'il rentrait chez elle. Rien de ce qu'il trouverait ne pourrait la confondre puisqu'il ne savait rien d'elle. Elle n'avait même pas mis son nom sur la sonnette. De toute façon, elle ne recevait son courrier que par hibou et personne ne lui rendait visite. Non, il n'y avait aucun risque.
Ça ne loupa pas, il s'arrêta devant son petit portail en bois et, après un petit clin d'œil à Lavande, le franchit lestement avec un grand sourire. Une fois de l'autre côté, devant son air interloqué, il expliqua :
— Mon tournevis n'ouvre pas les portes en bois, et puis c'est plus amusant comme ça !
— Mais j'avais les….
Elle s'interrompit avant de dire le mot « clefs ». Quelle idiote elle faisait parfois ! Heureusement, il ne releva pas et se dirigea vers la maison. Lavande enjamba le portillon plus maladroitement, se retenant au muret pour ne pas tomber. Elle le vit pointer son tournevis sur la serrure de sa porte qui s'ouvrit comme par enchantement. Lavande fronça les sourcils. Ce n'était pas possible, il y avait forcément de la magie là-dessous. Mais qui était-il, par Merlin ? Un sorcier qui avait appris tout seul, sans aller dans une école, qui avait lui-même bricolé cette baguette magique aux allures moldues ? Peut-être était-ce pour cela qu'il n'avait pas reconnu le sort qu'elle avait jeté à la Carrionite.
— Vous entrez souvent chez les gens sans même sonner ? souffla Lavande avec une nuance de reproche dans la voix.
— Je n'ai même pas abîmé la serrure, personne ne s'en apercevra. Et s'il y a quelqu'un, j'espère qu'il a fait du thé, ça nous réchauffera ! répliqua-t-il avec un sérieux déstabilisant.
Il entra silencieusement dans la maison. Lavande le suivit, tout à fait confiante. Elle était au moins sûre qu'il n'y avait personne. Enfin, sauf si la Carrionite les avait devancés, évidemment.
— Ne la laissez pas découvrir votre identité, lui murmura le Docteur. Si elle connaît votre nom, elle peut prendre le contrôle sur votre esprit. Ces créatures utilisent une science qui ressemble au vaudou, elles créent une poupée à votre effigie et ce qu'elles lui font subir vous arrive également.
Lavande déglutit avec difficulté, ça devenait vraiment sérieux. Elle croyait volontiers à ce genre de maléfice, l'Imperium fonctionnait un peu de cette manière. La seule fois où elle avait été confrontée à cet Impardonnable, le professeur Maugrey l'avait fait imiter un écureuil. Elle n'en gardait pas un excellent souvenir… Elle se crispa sur sa baguette, passant en revue les sorts les plus efficaces qu'elle connaissait. Le Docteur avança dans le couloir ; il faisait sombre, aucune fenêtre à part la petite lucarne de la porte d'entrée, ne diffusait de lumière.
Soudain un frémissement brisa le silence de la maison. Le Docteur se plaça devant elle, comme pour la protéger. Mais Lavande savait qu'ils n'avaient rien à craindre, elle connaissait très bien ce bruit. Abigail, sa chouette, s'engouffra dans le couloir et par réflexe, Lavande leva son avant-bras de sorte qu'elle puisse s'y poser. L'oiseau lui mordilla un doigt avant de toiser le Docteur avec défiance.
— Elle a l'air de vous connaitre, constata-t-il.
Il pointait désormais son tournevis sur elles. Lavande caressa le plumage de sa chouette et choisit de ne pas répondre : si elle lui avouait qu'ils étaient chez elle, c'en était fini de la confiance du Docteur. Elle marmonna :
— La Carrionite doit être là-haut, elle a dû avoir peur.
Elle évita soigneusement de croiser son regard et avança de nouveau dans le couloir. Il n'ajouta rien, heureusement, mais elle savait qu'il commençait à douter d'elle. Il était temps qu'ils éliminent cette Carrionite pour qu'il oublie ses soupçons. Elle grimpa silencieusement l'escalier qui menait à sa chambre, priant à chaque marche pour qu'elle ne grince pas. Son cœur battait très vite, elle souhaitait plus que tout pouvoir frapper la première, sans laisser à la Carrionite la possibilité de lui jeter un Imperium – elle ne voyait pas d'autre moyen de posséder l'esprit de quelqu'un. Cette créature pratiquait la magie, elle n'avait rien d'un extraterrestre !
Lavande avait un désagréable pressentiment, celui qu'ils touchaient au but. Si la Carrionite voulait savoir des choses sur elle, sa chambre était l'endroit idéal pour trouver ces renseignements… Arrivée en haut, elle inspira un grand coup et ouvrit la porte de la chambre à toute volée, le cœur battant à l'idée de ce qu'elle y trouverait. Elle eut un mouvement de recul en voyant une grande silhouette noire devant son lit. Lorsque la créature se retourna, Lavande put voir son visage émacié, ses yeux noirs comme ceux d'un corbeau, son nez aussi crochu qu'un bec… Elle avait beau réfléchir, elle n'avait jamais rien rencontré de tel dans ses livres de cours.
Elle vit une sorte de petite poupée entre les doigts griffus de la Carrionite, avec quelques cheveux blonds. Lavande aperçut sa brosse à cheveux par terre et comprit d'où elle les tenait.
— Lavande Brown… siffla la créature en la désignant de son doit grêle.
— Attention ! s'exclama le Docteur en braquant aussitôt son tournevis sonique sur elle.
Mais Lavande fut plus rapide. Sans réfléchir elle brandit sa baguette magique et hurla :
— Protego !
Elle eut l'impression d'être frappée par une onde de choc et entendit un cri strident. En rouvrant les yeux, elle vit la Carrionite à terre. Mais, alors que Lavande reprenait ses esprits, les carreaux des fenêtres volèrent en éclats. Le Docteur se précipita sur elle et l'obligea à rester au sol, alors qu'elle protégeait son visage de ses bras. Abigail, quant à elle, s'était précipitée en haut de l'armoire en hululant à tue-tête. A dernier morceau de verre à terre, Lavande releva la tête et s'écria :
— Docteur ! Tout va bien ?
Il se releva et épousseta sa veste en cuir en la rassurant d'un hochement de tête. Il semblait réfléchir à toute vitesse, son regard voyageant entre les créatures et Lavande.
La deuxième Carrionite avait rejoint la première. Elles tenaient la petite poupée entre leurs mains. Lorsque l'une d'elles approcha un ongle crochu de son cou, le sang de Lavande ne fit qu'un tour. Elle braqua sa baguette sur les deux Carrionites et cria :
— Stupéfix ! Stupéfix !
Les éclairs rouges fusèrent et les frappèrent de plein fouet. Elles furent projetées contre le mur et retombèrent inertes sur le sol. Lavande ne ressentait plus que de la rage, ses mains en tremblaient. Elle se rappela les constatations des Médicomages quant aux séquelles de son accident : des accès de colère violents, perte de sang-froid, une propension à l'agressivité. Mais étrangement, elle se sentait grisée par sa fureur. Elle mourait d'envie de leur jeter des dizaines de sorts pour leur faire regretter de s'être introduites chez elle, de lui avoir fait peur, d'avoir manqué manipuler son esprit… Elle leva sa baguette mais une main lui saisit le poignet fermement et la força à le baisser.
— Lavande, murmura le Docteur.
Sa voix grave l'apaisa un peu et elle inspira à fond pour se reprendre.
— Un simple mot, Lavande, et elles disparaitront.
Elle acquiesça. Elle pensa très fort aux Profondes Ténèbres, pointa sa baguette sur les créatures et souffla :
— Evanesco.
Les Carrionites s'évaporèrent dans un léger panache de fumée, sans bruit, sans explosion. Elles disparurent, tout simplement. Lavande ferma les yeux et respira par saccades, tâchant de se calmer. Elle sentit le Docteur poser sa main sur son épaule et elle apprécia ce contact rassurant.
— Je crois que vous ne m'avez pas tout dit sur les pouvoirs de cette baguette, dit-il calmement.
Elle secoua la tête et se dirigea vers son lit sur lequel elle se laissa tomber.
— Je vais vous laisser, je pense, murmura-t-il.
— Ça vaut mieux, en effet, répondit-elle.
Le Docteur acquiesça puis, sans un mot de plus, il sortit de la chambre. D'un pas lourd, elle se dirigea vers une de ses fenêtres aux carreaux brisés pour regarder dans la rue : elle vit le Docteur sortir du jardinet et s'éloigner d'un pas vif. Il s'arrêta devant une cabine de police que Lavande avait remarquée le matin et à sa grande surprise, il en ouvrit la porte et s'y engouffra. Il… il n'allait tout de même pas appeler pour la dénoncer ?! Elle s'apprêtait à se ruer dehors pour l'en empêcher quand la lanterne sur le toit de la cabine s'illumina. Un bruit étrange retentit et Lavande écarquilla les yeux en voyant la cabine disparaître purement et simplement.
Complètement abasourdie, elle se laissa retomber sur son lit, incapable de croire à ce qu'elle venait de voir et de vivre. Cet homme… qui était-il réellement ? D'où venait-il ? Etait-ce un génie scientifique, maîtrisant de toutes nouvelles technologies ? Un sorcier ? Un extraterrestre ?
Tant de questions qui ne trouveraient jamais de réponse. Lavande regarda tristement par la fenêtre, songeant que par sa faute, parce qu'elle avait fait de la magie devant lui, il ne reviendrait pas. Sans qu'elle sache pourquoi, cette seule pensée lui serrait le cœur et une unique larme roula sur sa joue, comme un adieu.
Note de fin : Ce chapitre était un des plus longs de la fic, à la base je devais couper au moment où elle hésite à le suivre et au moment de rentrer chez elle revient sur sa décision, mais une de mes bêtas m'a fait remarquer que la fin de ce chapitre allait aussi avec ce prompt, alors ça fait un gros morceau mais c'est plus logique^^ J'espère que vous n'avez pas décroché en route !
Voilà, et j'espère que ça vous plaît et que je reste fidèle à la série ! Merci d'avoir lu et à jeudi pour la suite !
NB : le nom de la Carrionite, Woetears, signifie "Larmes de malheur", oui elles ont des noms avenants ces bêtes-là x)
