Note d'auteur : Ce chapitre répond au prompt "Chasse aux sorcières"

Traduction du titre du chapitre : "C'est là que ça se complique"

Merci à Lucette et Annbonny pour la correction de ce chapitre, et bonne lecture !


Lorsque le TARDIS se mit en marche, le sol trembla et Lavande perdit l'équilibre en poussant une exclamation de surprise. Elle se raccrocha à une barrière de la passerelle à laquelle elle s'agrippa pour ne pas aller heurter les murs de la salle de contrôle tandis que le vaisseau continuait de trembler dangereusement. Après plusieurs secousses violentes durant lesquelles Lavande eut l'impression qu'ils étaient pris dans une tornade, le TARDIS s'immobilisa. Elle se figea un instant, dans l'attente de nouveaux soubresauts, mais le Docteur quitta le poste de commande et se dirigea d'un pas vif vers la porte.

— Après vous, dit-il avec un sourire.

Lavande se leva prudemment. Plus dubitative que jamais, elle rejoignit le Docteur, les jambes en coton, et posa sa main sur la poignée. Elle l'abaissa et ouvrit brusquement la porte avant de pointer sa baguette devant elle, mais elle se détendit en voyant qu'il n'y avait devant eux qu'une étendue désertique de pierres enneigées. Les montagnes s'élevaient tout près, gardiennes inébranlables.

— Bienvenue au Xe siècle, Lavande Brown, dit le Docteur en ouvrant l'autre battant de la porte. Ah, les Highlands en automne, il y avait longtemps que je voulais voir ça, j'aurais dû venir plus tôt ! Vous venez ?

Il sortit du TARDIS et Lavande se lança à sa suite. Elle regarda autour d'elle, émerveillée. Les montagnes, le Loch Lomond, la neige…

— C'est magique ! s'exclama-t-elle, époustouflée. Rien n'a changé ! C'est comme dans mes souvenirs !

Le paysage était identique à celui qu'elle avait connu, et ce détail la ramena brutalement à la réalité. Elle fronça les sourcils, perplexe. Qu'est-ce qui lui prouvait qu'ils avaient réellement remonté le temps ? Ils étaient censés avoir reculé de dix siècles, et pourtant tout semblait identique. La neige avait existé à son époque comme au Moyen-âge, les montagnes n'avaient pas bougé, et c'était resté une région relativement peu habitée, alors quelles preuves avait-elle ? Suspicieuse, elle demanda sur un ton de défi :

— Comment puis-je être sûre que nous ne sommes plus au XXe siècle ?

— Toujours aussi sceptique ? fit le Docteur avec un sourire.

Lavande haussa les épaules. Elle ne voulait pas passer pour une idiote en le croyant sur parole, mais d'un autre côté elle n'arrivait pas à douter de lui. Elle voulait lui faire confiance et sentait qu'il ne chercherait pas à la tromper, c'était plus fort qu'elle.

— Cela dit, vous avez raison de vous méfier, reprit le Docteur, il m'est plusieurs fois arrivé de me retrouver à quinze, vingt ans de la date que je voulais !

Elle le regarda, sidérée.

— Et c'est maintenant que vous le dites ? s'étrangla-t-elle.

— Ce n'est pas systématique ! De toute façon, quand vous m'avez dit 980, vous auriez aussi bien pu me dire 950 ou 1000. C'était une date un peu au hasard, non ?

— Mais pas du tout ! protesta-t-elle. Si j'ai dit 980 ce n'est pas pour des prunes ! Je me fiche du paysage, c'est Poudlard que je veux voir !

— Ce n'est pas la peine d'en faire un drame ! s'exclama le Docteur. Vous pouviez me dire clairement ce que vous vouliez ! Non et puis, Poudlard, on n'a pas idée de donner un nom pareil à une école !

Lavande soupira, consciente qu'elle s'était un peu emportée. Elle passa sur le fait qu'elle le soupçonnait d'être de très mauvaise foi pour se justifier et tenter de changer de sujet. Elle répondit un peu plus calmement :

— Mon école de magie a été fondée aux alentours de cette date, et j'aimerais voir à quoi elle ressemble en ce moment. On ne restera pas longtemps, mais je veux voir au moins ça.

Elle se mit en route sans attendre la réponse du Docteur qui la rattrapa en quelques enjambées.

— Vous savez au moins où vous allez ? demanda-t-il non sans une nuance de moquerie dans la voix.

— Pour l'instant je repère les lieux… Et arrêtez de parler, vous me déconcentrez !

Elle ne savait pas si le château était déjà construit, déjà protégé par les enchantements qui le rendaient incartable… Elle n'avait lu l'Histoire de Poudlard qu'en diagonale et ne connaissait pas les détails de sa construction. Et s'il n'était pas encore construit, elle devait trouver un moyen de se rapprocher de son site – peut-être avait-on déjà rendu l'endroit incartable. Et si elle transplanait ? Pré-au-Lard existait déjà à cette époque, et à partir de là, elle pourrait avoir un aperçu de la situation ! Oui, c'était une bonne solution !

— Ça vous dirait de transplaner ? proposa-t-elle au Docteur avec un sourire.

— Transplaner ? C'est votre moyen de vous déplacer, c'est ça ? Je croyais que les sorciers volaient sur des balais…

— Oh, nous le faisons aussi, répondit-elle sans relever le ton moqueur. Mais c'est bien plus rapide ! Alors ?

Il réfléchit une seconde avant d'afficher un grand sourire de s'exclamer :

— Alors allons-y ! Nous reviendrons chercher le TARDIS après !

Lavande acquiesça et prit sa main. Elle pensa très fort à Pré-au-Lard, se concentra et aussitôt les sensations désagréables du transplanage se firent sentir. Elle eut l'impression d'être comprimée dans un étroit et violent tourbillon alors qu'ils se dématérialisaient.

~o~O~o~

Quelques secondes à peine après avoir commencé le déplacement, elle sut que quelque chose n'allait pas. Le voyage durait trop longtemps, ce n'était pas normal. Elle commença à paniquer et essaya bêtement de revenir sur le sol en s'agitant. Dans un mouvement brusque, elle lâcha la main du Docteur…

~o~O~o~

Lavande atterrit lourdement sur le sol gelé et ne put retenir un hurlement de douleur. Sa jambe droite lui faisait si mal qu'elle faillit s'évanouir. Tremblante, elle la regarda dans un sursaut de courage et vit que le sang imbibait déjà le tissu de son jean. Désartibulée !

— Non, non, ce n'est pas possible… gémit-elle, complètement paniquée.

Elle avait pourtant exécuté correctement le sort, et la distance n'avait pas été si grande ! Elle avait su que quelque chose clochait dès le début… Elle croyait que le transplanage ne serait pas affecté par son peu de pratique de la magie, mais elle s'était lourdement trompée. Lavande regarda autour d'elle, sentant des larmes de douleur rouler sur ses joues. Elle n'était pas à Pré-au-Lard, elle n'était même pas dans un village. Il n'y avait pas une maison alentour, rien de la neige et des rochers…

La panique la saisit, et associée à la souffrance, faillit la faire tourner de l'œil pour la seconde fois. Son cœur battait la chamade alors qu'elle essayait péniblement de se relever. Elle ne comprenait pas, tous ses transplanages s'étaient parfaitement déroulés depuis qu'elle avait le permis. Pourquoi cette fois cela avait-il si mal tourné ? Elle ne savait pas de quelle ampleur étaient les dégâts. Tout ce qu'elle voyait était son sang qui imbibait la neige.

— A l'aide ! hurla-t-elle. Docteur !

Et si elle se trouvait à plusieurs dizaines de kilomètres de Pré-au-Lard ? Et si personne ne lui venait en aide ? Et si… Ses idées se brouillaient, elle sentait son esprit s'embrumer. Lavande inspira profondément, tentant de se calmer. Le froid commençait à anesthésier la douleur mais le sang ne cessait pas de couler pour autant. Elle saisit sa baguette d'une main tremblante et balbutia :

Ep… Episkey

Le sort diffusa une douce chaleur sur sa jambe, et il lui sembla qu'elle devenait moins douloureuse. Lavande répéta l'enchantement, avec de nouveau un très léger progrès, mais pas assez pour lui permettre de marcher ou de transplaner. Elle allait réitérer le procédé quand des pas précipités se firent entendre. Des gens ? Le Docteur sans doute ! Elle avait lâché sa main peu de temps avant d'atterrir, il n'avait pas dû arriver loin, et elle espérait de toutes ses forces qu'il était en un seul morceau…

— Je suis là ! tenta-t-elle de crier, mais sa voix était trop faible.

Cependant, les pas se rapprochaient et elle sentit le soulagement la gagner. On allait la trouver, elle serait soignée… Peut-être n'était-elle pas loin de Pré-au-Lard ! Elle indiquerait au Docteur par où aller et elle recevrait des soins. Oui, il n'y avait pas lieu de s'en faire, elle devait se calmer…

— Sorcière ! Sorcière ! entendit-elle soudain, et l'angoisse l'envahit aussi vite qu'elle avait reflué.

Au détour d'un rocher, une dizaine de personnes surgirent. Ils étaient vêtus comme des paysans du Moyen Âge, armés de fourches et de lances. L'un d'eux la désigna du doigt et beugla :

— Là ! Attrapez-la avant qu'elle ne s'envole !

Lavande recula le plus vite possible à l'aide de sa jambe valide, ignorant la douleur. L'adrénaline que suscitait la panique lui donnait un regain d'énergie qu'il fallait qu'elle emploie à tout prix. Un Moldu l'avait vue surgir de nulle part, et on l'avait vue faire de la magie ! Et pourquoi Poudlard avait été construit à cette époque ? Justement à cause des persécutions des Moldus sur les sorciers ! Le cœur au bord des lèvres, elle s'appuya sur un rocher et tenta de se relever.

— Arrêtez-là, elle va s'enfuir !

Deux hommes sortirent du groupe et se ruèrent vers elle. Instinctivement, Lavande braqua sa baguette sur eux et cria :

Impedimenta !

Mais elle était si faible que le seul effet fut de faire un peu vaciller les deux hommes. Sentant l'épuisement la gagner, elle se concentra de toutes ses forces et rugit :

Stupéfix !

Cette fois, l'éclair rouge toucha un de ses agresseurs qui s'effondra au sol. Les jambes de Lavande se dérobèrent et elle tomba lourdement dans la neige. Il y eut des exclamations chez les paysans qui se tinrent à distance d'elle un moment, se concertant du regard. Soudain une voix de femme retentit :

— Elle a tué Cormag ! A mort la sorcière !

Il n'en fallut pas plus aux hommes. Ils se précipitèrent sur elle et Lavande sentit qu'on la soulevait brusquement par le bras. On lui tira les cheveux avec brutalité et elle hurla de douleur. Lorsqu'ils la remirent sur ses jambes, elles ne purent supporter son poids et elle retomba lourdement. On la souleva de nouveau par les cheveux et elle porta ses mains à sa nuque en sanglotant.

— Arrêtez ! hurla-t-elle. Je ne vous veux aucun mal !

— Démon ! tonna la voix de femme. Tu vas retourner en Enfer auprès de ton maître !

La vue troublée par les larmes, Lavande vit la femme s'approcher d'elle. Elle avait l'haleine fétide et il lui manquait plusieurs dents bien qu'elle parût n'avoir pas plus de trente ans.

— Les créatures de ton engeance ne sont que des abominations. Tu périras par les flammes ! cracha-t-elle.

Lavande pâlit encore plus si c'était possible, réalisant que dans son état, elle n'avait aucune chance de s'enfuir. Si elle s'aventurait à transplaner, elle risquait de faire bien plus de dégâts que la première fois. Elle songea avec amertume qu'au vu de cette situation, il n'y avait plus de doute, elle avait bien remonté le temps de plusieurs siècles… Enfin, pour ce qu'elle en savait, elle aurait aussi bien pu être fin XVIIe. Les sorcières étaient tout autant pourchassées et elle n'avait aucune connaissance historique lui permettant de déterminer cela en fonction de l'habit des paysans.

Sa baguette lui fut arrachée et la panique la saisit. Non, pas sa baguette… Sans elle, elle n'était plus rien, elle ne pouvait plus se défendre !

— Qu'est-ce donc cela ? grogna un homme rougeaud à côté d'elle.

— C'est avec ce bâton du diable qu'elle jette ses mauvais sorts, il faut le brûler !

— Non ! cria Lavande malgré elle. Rendez-la-moi ! Docteur !

Le seul espoir qu'elle avait était qu'il ne soit pas loin et l'entende crier. Une gifle monumentale lui fit perdre connaissance quelques secondes.

— Vous avez vu ses oripeaux ? railla un homme en désignant son jean et son sweat. D'où sort-elle ?

Lavande devina plus qu'elle n'entendit le « de l'Enfer » de la femme face à elle. Si elle avait été dans une position de force, elle aurait levé les yeux au ciel. Soudain une main brutale écarta sa mèche de cheveux et des exclamations d'effroi retentirent dans le groupe.

— Ces marques ! C'est un rituel chez elles, j'en suis sûre ! Elles s'entaillent le visage et boivent mutuellement leur sang !

— Taisez-vous ! hurla Lavande, hors d'elle.

Elle crut qu'elle allait exploser. Elle pouvait supporter toutes les remarques sur ses vêtements, son apparence… Mais elle n'en pouvait plus qu'on la compare à un monstre à chaque fois qu'on voyait ses cicatrices ! Elle fit un brusque mouvement d'épaule et une main la lâcha. Son premier réflexe fut de frapper un autre homme qui la tenait, mais à peine eut-elle asséné ce coup que ses forces lui firent défaut.

— Laissez-moi… marmonna-t-elle.

Soudain un éclair rouge illumina les pierres autour d'eux. Il y eut des hurlements et les villageois se dispersèrent instantanément. Plusieurs autres éclairs fusèrent, sans que Lavande sache d'où ils venaient. Elle vit des hommes s'effondrer. L'autre main qui la tenait la lâcha alors que son agresseur s'écroulait dans un grognement. Elle recula rapidement, se plaquant contre un rocher. Les derniers hommes encore debout fuirent, suivis par la femme qui lui jeta un dernier regard plein de répulsion.

Un lourd silence s'ensuivit uniquement brisé par les rafales de vent entre les rochers. Lavande vit qu'elle se trouvait à une haute altitude. Elle comprenait mieux pourquoi il y avait autant de neige à cette période de l'année – car assurément, s'ils avaient reculé de plus de mille ans, la date était restée la même, et on était à la mi-novembre. Peut-être avait-elle transplané non loin de l'endroit où ils étaient arrivés avec le TARDIS…

Elle se redressa difficilement, essayant d'apercevoir la silhouette de la personne qui l'avait sauvée. Si elle n'était pas loin de Pré-au-Lard, il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'un sorcier ait pu se trouver là, et c'était heureux pour elle ! Peut-être avait-il aussi vu le Docteur… Par Merlin, pourvu qu'il aille bien…

— Ohé ? appela-t-elle d'une voix tremblante.

Des pas se firent entendre. Des cailloux roulèrent. Elle n'était pas assez observatrice pour déterminer à quel type de personne appartenaient ces pas, aussi dut-elle attendre que l'inconnu daigne se montrer. Elle vit son ombre sur un rocher face à elle et son cœur s'accéléra. Et s'il ne lui voulait pas de bien ? Et s'il s'était juste débarrassé des villageois pour pouvoir lui-même lui régler son compte ? Elle n'eut pas le temps de réfléchir plus car il se révéla enfin à elle.

Le souffle de Lavande se coinça alors dans sa gorge et elle le fixa avec hébétude. Ce visage… C'était impossible, cela ne pouvait pas vraiment être… Ainsi vêtu de pourpre, avec sa chevelure et sa barbe rousses, il avait vraiment l'air d'un roi de jadis. Bêtement, Lavande s'inclina mais c'en fut trop pour sa jambe qui se déroba et la fit chuter. L'homme s'approcha d'elle et lui tendit son bras, qu'elle saisit avec timidité. Ses yeux verts brillaient d'intelligence et de sagesse. A cet instant, elle avait complètement oublié les villageois et les dégâts causés par son transplanage raté. Non, tous ces incidents étaient bien négligeables comparés au privilège de pouvoir rencontrer cet homme…

— Vous êtes… balbutia-t-elle, ne parvenant pas à formuler sa pensée de peur de dire une bêtise.

— Godric Gryffondor, pour vous servir gente damoiselle, dit-il en inclinant la tête. Puis-je savoir à qui j'ai l'honneur ?

— Heu je… Blavande… heu Labrande… Lavande ! Monsieur ! Enfin, messire… je crois ?

Elle poussa un gémissement de douleur lorsque sa jambe se rappela à son bon souvenir. Godric la soutenait toujours par le bras mais elle sentait que les sorts de cicatrisation qu'elle avait pratiqués ne feraient pas effet longtemps.

— Que vous est-il arrivé ? demanda Godric. Et quels sont ces vêtements ?

— Je me suis désartibulée en transplanant… Et mes vêtements…

Elle s'interrompit. Non, elle ne pouvait décemment pas lui dire qu'elle venait du futur, cela risquerait de bouleverser l'Histoire, le Docteur l'en avait avertie. Certes, il l'avait emmenée faire un tour dans le passé, mais juste pour lui permettre d'observer et non pour intervenir. Elle craignait déjà qu'en s'étant fait repérer par les villageois, elle n'ait altéré le cours de l'avenir…

— J'ai besoin d'un docteur…

Au moment où elle prononçait ces mots, elle tourna la tête et aperçut une silhouette familière debout au milieu des pierres enneigées. Hallucinait-elle ? Mais il se rapprochait, pas de doute il était réel. Elle aurait voulu courir à sa rencontre mais son regard se voila soudain. Elle perdit connaissance, sentant au dernier moment les mains puissantes du Fondateur la retenir avant qu'elle ne touche le sol.


Note de fin : L'univers d'HP prime pas mal sur celui de DW dans cette aventure, je préfère vous prévenir, vu qu'elle se déroule au temps des Fondateurs, ce sera le cas jusqu'à ce qu'ils en partent^^

N'hésitez pas à commenter, j'espère que ce chapitre vous a plu :) (Godriiiiic :cœur:) A vendredi pour le 5e chapitre et merci d'avoir lu !