Chapitre 12_Explosion
FLASH-BACK
Harry avait eu un mal fou à retrouver Luna. Celle-ci était, comme à son habitude, à l'endroit où on était le moins susceptible de trouver quelqu'un ; c'est-à-dire, cette fois, sur une corniche vertigineuse au sommet de la Volière.
Elle laissait pendre ses jambes dans le vide, les balançant au rythme de son chantonnement, tout en lançant des cadavres de souriceaux en l'air, les hiboux et les chouettes s'empressant de voler pour les gober en vol.
« Salut Harry ! Oh... bonjour Malefoy.
- Salut Luna ! Désolé de te déranger encore mais... pour les Tutrilions, tu penses que- »
La jeune fille éclata de rire avant même qu'il ait pu finir sa phrase, se balançant dangereusement d'avant en arrière, les mains sur le ventre.
« Oh, excuse-moi, Harry..., fit-elle en passant un doigt fin sous ses yeux, séchant ses larmes d'hilarité, mais si tu veux les voir, ce n'est pas ici qu'il faut chercher ! Ils sont absolument terrifiés par les oiseaux.
- Ah. En fait, je venais pour te demander si tu pensais que Malefoy pourrait les voir.
- Bien sûr ! répondit-elle gentiment avec un sourire pour l'autre garçon qui restait sur la défensive, un peu derrière le Gryffondor, puis elle se retourna vers ce dernier : Si tu veux les voir, ils sont tout le temps dans les couloirs du 5ème étage... tu sauras les reconnaître ?
- Eh bien... ce sont des papillons multicolores avec seulement deux ailes... non ?
- C'est ça ! elle fouilla dans la sacoche mauve couverte de badges de différentes associations et de pins colorés et en sortit un épais morceau de gruyère. Tiens.
- Merci Luna ! s'enthousiasma le jeune homme. Tu viens au banquet, n'est-ce pas ? Et à la fête ?
- Oh oui, je viendrai sans doute. Il faut juste que je trouve le mot de passe des Gryffondors... et que je ne l'oublie pas.
- C'est Pousse de Salsepareille, le mot de passe (Harry avait été soulagé quand celui-ci avait enfin été changé par la détestable Grosse Dame) ! A ce soir ! »
Puis, il se tourna vers Drago qui patientait, visiblement mal à l'aise et ennuyé, et lui fit signe de le suivre.
« On ne va tout de même pas aller essayer de voir des papillons invisibles, Potter ? grinça-t-il, une fois qu'ils furent sortis de la Volière.
- Si, c'est précisément ce qu'on va faire.
- J'ai d'autres choses à faire, figure-toi ! Comme réviser pour le test de décembre ! »
Harry, tout en continuant d'accélérer, agita la main :
« Au diable, ce test ! On croirait entendre Hermione... Tu sais que tu vas le réussir avec tout le temps que tu as pour réviser. »
L'autre ne répondit pas, ce que Harry prit comme acquiescement.
Une fois arrivés au 5ème étage, il se tourna vers Malefoy qui semblait curieusement abattu.
Triste. Il est triste.
« Qu'y a-t-il ?
- Rien, Potter..., il marmonna, puis, à contrecœur : tu penses qu'il y aura des tests manuels ? »
Oh. Merde... Il n'a plus sa baguette... qui est au Terrier ! Il faut vraiment que je me débrouille pour aller la chercher avant ce test. Mais peut-être que McGonagall m'interdira de lui rendre... Il faut que j'aille la voir d'abord.
« Je n'en sais rien, Malefoy. Mais tu peux être certain que McGonagall prendra ta situation en compte, de toute façon... Tu n'as pas à t'inquiéter. »
Le blond hocha la tête, songeant amèrement qu'il était en train de se faire consoler par Potter.
Ridicule, Drago. Vas-y, lâche une larme, il viendra te faire un câlin...
Après avoir tourné le dos à son ancien ennemi, il leva les yeux au ciel, exaspéré. Son regard bloqua alors sur un étrange reflet lumineux...
Des dizaines d'éclats multicolores venaient illuminer le couloir pendant que les papillons battaient des ailes, leur ballet couleur d'arc-en-ciel tapissant le plafond.
« Potter ? murmura-t-il. Tu les vois ?
- De quoi ? Tu vois les Tutrilions ? Eh, c'est injuste ! commença à babiller l'autre. Pourq-
- Chuuut. Ils s'agitent quand tu parles trop fort... »
Drago apprécia le silence que Potter consentit à laisser planer dans le couloir à l'aura magique et indescriptible. Il sursauta quand une chose fraîche et molle fut déposée dans sa paume ; il put sentir un instant la chaleur de la main de Harry qui laissait le gruyère dans la sienne puis elle s'éloigna.
Il découpa tout doucement le fromage et le tendit devant lui, en petits morceaux au creux de ses paumes.
Non mais qu'est-ce que tu fous encore, Drago...
Pour une fois, il fit taire cette voix, le ridicule ne l'atteignait pas et les Tutrilions l'accueillaient dans leur douce lumière musicale de par les battements d'ailes et le mouvement de masse.
Tout était bien.
Les Tutrilions s'approchèrent finalement des mains de Drago et vinrent manger par tout petits bouts le fromage, sous les yeux éberlués du garçon.
« Merlin, le fromage dans tes mains... il... Oooh ! »
Cette dernière exclamation fit comprendre à l'ancien Serpentard que Harry avait enfin vu les magnifiques papillons.
Ce dernier fut finalement, lui aussi, approché par les insectes multicolores et il put leur donner à manger, la respiration coupée et un émerveillement qui ne l'avait plus gagné depuis longtemps s'installant sur ses traits.
Merci Luna... ils sont incroyables, ces Tutrilions. Et lui est si beau ainsi. Et ce n'est vraiment pas normal de penser ainsi, Harry...
FIN DU FLASH-BACK
Drago était tout à fait partagé entre le soulagement de redécouvrir la Grande Salle et ses plats délicieux, son ambiance bruyante, ses quatre tables remplies... et la mortification de, malgré tout (le fait qu'il ait fait attention à mettre une robe noire, qu'il se fasse aussi discret qu'il le puisse et que Harry soit à sa droite), sentir des dizaines de paires d'yeux peser sur lui, des dizaines de mots lui écorcher les oreilles, des dizaines de silences accusateurs vrombissant dans sa direction...
Il avait été contraint de s'asseoir à la table des Gryffondors (merci Potter) et les discussions avaient bien du mal à être naturelles, malgré les efforts de Hermione et Harry pour les perpétuer.
Certains Gryffondors avaient même fui leur table, lui donnant une violente envie de disparaître.
Luna, elle, s'était paisiblement installée en face de lui et à côté de Thomas (Dean, il s'appelle Dean... il avait fui Poudlard l'année dernière parce que c'est un fils de moldus et Greyback – ce monstre... – l'avait raflé avec Potter, Granger et Weasley). La Serdaigle sortit alors l'étrange journal que tenait son père, le Chicaneur, et se mit à lire posément.
Seamus Finnigan se tenait de l'autre côté de Dean, en face de Granger, qui était entre son petit ami (Ah... Weasley, tu ne m'avais pas manqué) et Harry.
L'Irlandais était un brin surexcité et ne cessait de s'amuser avec le décor soit-disant macabre qui recouvrait les tables, envoyant des fausses araignées (qui bougeaient comme des vraies) sur Parvati Patil et Lavande Brown qui poussaient des hurlements suraigus insupportables.
Il plaisantait également avec Dean sans interruption qui avait le sourire radieux de quelqu'un qui est là où il est le mieux. Drago l'aurait jalousé s'il ne se sentait pas aussi mal à l'aise et s'il n'était pas obligé de fixer son assiette pour ne croiser le regard de personne.
Oh, Potter, je vais te tuer très lentement après...
Cependant, ne plus voir l'air malheureux de Kreattur quand il lui apportait à manger (Drago se forçait difficilement à avaler ses repas) était un soulagement. De courte durée, mais un soulagement.
Au moins, ici, personne ne le forcerait à manger du porridge à la cannelle comme il devait le faire chaque matin...
Ceci dit, il était mauvaise langue car il ne serait sûrement pas en aussi bon état sans le brave elfe qui, bien que refroidi par l'attitude hostile et sinistre de Drago, avait perpétué ses efforts pour toujours s'occuper avec attention du jeune homme, le gardant en vie et le nourrissant – de force.
Et puis il y a Potter.
Ah, Potter... le courageux, le têtu, le binocl – ah non, ça, il ne l'est plus –, l'ébouriffé Potter. Qui lui avait sauvé la vie, une nouvelle fois.
Drago soupira. Cela lui importait peu, désormais, que Potter lui sauve la vie ou non. C'était lui qui le décidait après tout... il ne lui avait rien demandé. Et il était fatigué de haïr une des seules personnes qui lui parlaient – aimablement de surcroît.
« Ah ces révisions ! Ron n'arrête pas de se plaindre quand on va à la bibliothèque... Il me ralentit ! »
C'était Granger qui venait de proférer ses paroles – visiblement en réponse à une remarque moqueuse de Harry –, un agacement mêlé d'un attendrissement sous-jacent, ce qui lui attira aussitôt le regard indigné de son petit ami (Weasley... évidemment que vous êtes ensemble, tous les deux... il n'y avait qu'à entendre tes beuglements quand elle... hurlait).
Drago ferma aussitôt les yeux, son corps entier se crispant. Pourquoi ne se contrôlait-il pas ce soir ? Ce n'est pas dur... tu l'as fait toute ta vie, allez... Ce n'est vraiment pas le moment de réagir à ce point !
Mais les souvenirs revenaient si facilement en voyant tous ces visages...
« Malefoy ? »
C'était juste un murmure pressé et inquiet ; Potter le regardait, les yeux écarquillés (comme s'il venait de découvrir que je n'étais pas mort de honte à cette table... surprise !), un silence oppressant entourant le groupe de ses amis Gryffondor autour. Tous posaient leurs yeux impitoyables sur lui et il ne pouvait rien faire... rien faire du tout...
« Continuez à parler, soupira-t-il enfin, rebaissant son visage vers son assiette qui avait été à peine remplie pour à peine se vider. Ne vous dérangez pas.
- Tu nous déranges, Malefoy, siffla Weasley. »
Oh, Weasley, si seulement tu étais à ma place... Moi aussi, j'aurais été un connard avec toi.
La remarque de Weasley venait d'écraser encore plus férocement sur les épaules de Drago ce sentiment d'être une proie... l'ennemi à abattre (comme une souris dans un repère de chats). La petite amie du rouquin lança un regard réprobateur à ce dernier et lui serra le bras, attirant son attention sur elle. Ils se mirent alors à converser fébrilement entre eux, Weasley acceptant visiblement de mauvaise grâce de laisser Drago tranquille.
C'en est assez. Je dois partir... Rien que pour ma dignité.
Il ouvrit la bouche mais avant même qu'il n'ait pu dire un mot, le Survivant se mit à chuchoter d'un ton alarmé et nerveux :
« On va s'en aller, Malefoy, d'accord ? Pas de panique, s'il te plaît... Ron est..., il sembla hésiter avant de souffler, résigné : Il est Ron, tout simplement et-
- Et il me hait. Je peux comprendre cela. »
Drago releva un instant les yeux pour croiser le regard préoccupé et... irrité ? Ce ne sont que des faits, Potter, enfin... Je hais ton stupide ami aussi.
« Oui, effectivement. Mais ce n'est pas le plus important, d'accord ?
- Ah ? Il est vrai que Weasley n'est qu'une personne parmi les centaines qui me détestent ici.
- Oui mais tu- »
Harry s'interrompit brusquement, le regard fuyant, une rougeur coupable lui montant aux joues.
Est-ce que j'ai bien failli dire qu'il y avait aussi des personnes pour aimer Drago Malefoy ici ? Non mais sérieusement ? Qui donc ?
Il ne pouvait pas concevoir qu'il ait pu vouloir essayer de convaincre le blond qu'il n'était pas seulement haï.
Est-ce que j'apprécie Malefoy ? Bon, je ne le déteste plus, c'est un fait. Mais est-ce que je l'aime ? Est-ce mon ami ?
Décontenancé par ses soudaines interrogations, Harry eut un sourire hésitant pour Drago qui le fixait toujours, un sourcil haussé, l'air interrogateur et perdu.
« Tu peux tenir jusqu'au dessert... ou pas ? »
-o-o-o-o-o-o-o-o-
Harry se sentait bien.
L'alcool l'avait toujours rendu heureux et aimant toute personne s'affichant dans son champ de vision – champ de vision absolument flou et hasardeux.
Cependant, il y avait une personne – Malefoy, c'est Malefoy, la personne... – qu'il n'avait plus vue depuis un moment... Ce qui l'inquiétait parce qu'il savait qu'il devait la surveiller.
Il se butait aux corps brûlants des Gryffondor qui dansaient, buvaient et jouaient, riant et chantant fort comme si tout avait disparu, les morts, les mauvais rêves, les cours, les haines... tout, tout, tout, et il se sentait si bien et si mal en même temps...
Où es-tu ? Malefoy ?
« Harry ! Viens danser ! »
C'était Hermione qui le tirait par le bras, un sourire inhabituellement exalté étirant son fin visage et le rouge lui peignant les joues.
« Non... non, attends, rigola Harry, je dois trouver... Malefoy... tu sais où il est ?
- Oh, je..., commença sa meilleure amie prenant une expression difficilement songeuse, je crois l'avoir vu près... de la porte. Là où tu l'avais laissé, non ?
- Non, non... je lui avais dit de venir... Mais je l'ai perdu de vue... »
Hermione, l'air un peu embêté, se mit à tourner sur elle-même pour apercevoir le Serpentard – visiblement, rester bien plantée sur ses pieds et simplement pivoter sa tête ne semblait pas lui avoir effleuré l'esprit.
Harry, inquiet, vit les effets de l'alcool l'abandonner un peu.
Il doit être sorti... Oh, je vais sortir aussi et regarder sur la carte des Maraudeurs... Je ne me souviens même plus ce qu'il m'a dit quand mes amis m'ont entraîné. Est-ce qu'il m'a dit quelque chose d'ailleurs ? Et si on avait profité du fait que je ne sois pas là pour lui faire du mal ? Merlin, mais quel gros naze ! Comment j'ai pu le laisser comme ça ?
Il souffla un dernier « ne t'inquiète pas, amuse-toi » à Hermione puis fila dehors, le pas empressé et hésitant.
Une fois ayant quitté la chaleur étouffante et l'ambiance dépravée de la salle commune, il respira un grand coup l'air frais et piquant du couloir plongé dans l'ombre, à peine éclairé par un rayon de lune transperçant une fenêtre.
Il sortit tout de même rapidement sa carte, sentant qu'il redevenait aussi alerte qu'il avait pu l'être lors de son long combat de sept années contre Voldemort. Il tapota le parchemin vierge en marmonnant un « Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises » et, après un Lumos et quelques jurons dus au fait qu'il avait bien du mal à déplier la carte d'une main (et qu'il finit par coincer sa baguette entre ses dents et utiliser ses deux mains pour ouvrir le parchemin), il constata que Malefoy se trouvait au 2ème étage, dans les toilettes des filles.
Avec Mimi... comme la dernière fois...
Brusquement pris de frissons, Harry hésita un instant avant de se mettre à courir vers l'endroit où il avait blessé presque à mort l'autre garçon il y a des milliers d'années.
Pourquoi y va-t-il ? À l'endroit où il pleurait... et quelques minutes après, il saignait. Tellement... tellement de sang.
Il allongea sa foulée, ses pas battant les pavés, le son étant décuplé par l'absence totale d'autres bruits alentours.
Quand il arriva devant la porte, il douta, ses yeux fixés sur sa main qui tremblait légèrement sur la poignée de cuivre de la lourde porte en bois de chêne. Il n'aimait pas tous les souvenirs qui revenaient s'échouer de plus en plus violemment contre son bouclier d'espoir d'un avenir meilleur qu'il avait construit lentement et sûrement durant l'été...
Sectumsempra. Et le sang. Le choc. Assassin. Rogue. L'eau partout. Et le sang... le sang.
Il appuya comme dans un spasme sur la poignée et entra à pas lents. Il se sentait flotter mais sa vision était claire, presque cruellement.
La pièce carrelée était baignée par la lumière bleutée de l'astre lunaire et Harry fut soulagé qu'il n'entende pas de sanglots ni les paroles consolatrices aux accents chantants de Mimi. Il l'aperçut pourtant, flottant comme un voile près des lavabos, et son cœur fut parcourut d'échos saccadés quand il vit Drago Malefoy, tête penchée vers l'arrière, visage serein, assis en tailleur à même le sol. L'étrange couple murmurait, de légers sourires sur leurs visages, et Harry regretta encore une fois d'avoir été là pour les voir.
Il voulait partir désormais, il était rassuré que Drago aille bien, et ne voulais pas encore les interrompre.
« Potter... »
Harry qui s'était retourné pour s'éloigner, sentit son cœur subir les prémices d'une explosion et son souffle être aspiré au plus profond de sa personne et ne plus jamais pouvoir ressortir.
« Pas déçu que je ne pleure pas ? continua Drago avec un calme mordant avant d'ajouter à mi-voix : Cette fois ?
- Je... Je ne savais pas où tu étais. Je ne voulais pas... pas te-vous déranger..., réussit-il à balbutier assez misérablement, les pensées brouillonnes et fuyantes.
- Alors pourquoi es-tu là ? intervint Mimi d'une voix geignarde en s'approchant de lui. Harry ? Toi qui devais venir me voir ?
- Ne l'embête pas, Mimi... Il ne l'a pas fait exprès, après tout, dit Malefoy avec un sourire lassé. »
Malefoy qui prend ma défense... d'accord. C'est un rêve, c'est tout. Réveille-toi, abruti.
Harry se pinça discrètement et fut éberlué d'avoir mal.
« Tu as raison, mon doux prince... Et puis, peu m'importe qu'il vienne si tu es là ! chantonna Mimi en effectuant un tour autour de Drago, toujours assis, qui regardait avec fatigue et un brin de tristesse l'autre garçon présent.
- Je suis exténué, Potter... On peut rentrer maintenant ?
- Oui... d'accord, Malefoy, fit Harry tout en réalisant qu'il était effectivement excessivement tard et que le blond n'avait pas du s'amuser comme lui l'avait pu. »
Malefoy se leva, épousseta sa robe (c'est à ce moment que Harry remarqua que les toilettes n'étaient pas inondées comme elles l'étaient d'habitude), et, se tournant vers Mimi, la gratifia d'un doux sourire mélancolique (il sourit... il sourit... comme s'il ne savait plus comment faire) :
« Au revoir, à la prochaine fois, quand on me libérera...
- Oh, vous allez tant me manquer, Drago, sanglota-t-elle. Je suis si seule sans vous !Les autres personnes, ici, sont si méchantes et haineuses ! Elles se moquent de moi ! Comme ce Potter, là...
- Je reviendrai, ne t'en fais pas. »
Sur ces dernières paroles, il se tourna vers Harry qui continuait à les lorgner, yeux ronds et bouche entrouverte.
« Fou ce que tu as l'air débile, Potter. Bon, allons-y. »
Et le garçon passa devant l'autre avant de sortir, le pas déjà empressé et étant, malgré tout, incroyablement silencieux. Harry, abandonnant du regard Mimi qui commençait à lui faire des grimaces pour qu'il s'enfuit, se dépêcha de poursuivre Drago, fermant avec brutalité et maladresse la porte derrière lui.
« Tu devrais la claquer encore plus fort, je suis sûr qu'il reste deux ou trois personnes qui ne l'ont pas entendue dans tout le château, grommela Malefoy, patientant difficilement, les sourcils froncés, se balançant d'un pied sur l'autre, avant de se remettre vivement en route.
- Attends, Malefoy ! Je-je suis dé-
- Non, tu ne l'es pas, Potter, d'accord ? siffla le blond sans lui obéir. »
Harry le rattrapa enfin après une course hasardeuse et qu'il eut l'impression d'avoir effectuée durant des heures. Il se saisit du bras de l'autre qui lui lança un regard outragé :
« Si ! Je suis désolé ! Ne pense pas que je ne le suis pas, ok ? Je suis désolé de t'avoir balancé dans ce piège, désolé de ne pas m'être rendu compte, désolé de t'avoir interrompu avec Mimi, je...
- Tais-toi. »
Contre toute attente, Harry se tut, ne sachant plus que faire et que dire de toute façon, le cerveau embrumé et sachant juste qu'obéir était la bonne solution en cet instant.
Drago, choqué qu'il se soit accomplit, releva la tête, le regard incertain et brusqué. Puis, poussant un long soupir, il chuchota sans se rendre compte du ton qu'il avait pris :
« Écoute. Ç'aurait pu être bien pire. Je savais qu'ils me haïraient et que je subirais... tout ça. Mais ça s'est bien passé. Ils ont décidé de ne pas se soucier de moi et...
- Et à la soirée ? Chez les Gryffondor ?
- Je me suis éclipsé dès que tu m'as quitté (il était trop fier et pas assez stupide pour avouer à Potter avoir eu peur et pris la fuite). J'ai eu envie de revoir Mimi d'un coup... C'est tout.
- Pourquoi ? Harry était véritablement étonné de l'affection qu'avait pu développer Malefoy pour le fantôme pleureur et geignard.
- Elle m'a soutenue quand j'allais mal. C'est tout. J'ai une dette envers elle. »
Harry respecta le souhait du garçon de ne pas plus révéler le réel attachement sous l'excuse bancale qu'il venait d'utiliser.
Un silence bienfaiteur tomba sur les deux jeunes hommes, perdus dans leurs pensées, leur marche se faisant plus lente.
Harry poussa brusquement un lourd soupir, intégrant un problème qu'il avait oublié. Malefoy haussa un sourcil interrogateur sans même lui lancer un regard, mais cela suffit pour qu'il révèle sa réflexion :
« Nous allons devoir rentrer par voie des airs. Aller jusqu'à... ta tour en passant par les couloirs est impossible et je ne saurais comment ouvrir la porte. McGonagall fait des mystères là-dessus.
- Oh... j'avais oublié, souffla à son tour Drago, le visage las, avant de cacher un bâillement d'un geste gracieux et nonchalant de la main. Bien... Allons à ton dortoir. »
Harry fut brusquement assailli par un fou rire montant à la simple pensée qu'il puisse y avoir un double-sens à cette dernière phrase. Le blond remarqua vite le sourire tordu et contenu du Gryffondor et l'interrogea d'un regard horripilé.
« Rien, Malefoy... Allons donc à mon dortoir, fit-il en le fixant de façon insistante et... intimidante ? En quoi Potter est intimidant ? Arrête de psychoter, Drago ! »
Il suivit donc le garçon brun tout en se remémorant cette soirée passée dans un profond malaise en compagnie des Gryffondor puis le doux soulagement avec Mimi. Ô comble du bonheur que découvrir avoir finalement une alliée dans ce monde...
Incroyable que ma seule véritable amie puisse être un fantôme dépressif, laid et dont la passion première est d'inonder des toilettes !
Il dissimula le léger étirement de lèvres qui apaisait son visage constamment tendu et mélancolique à Potter.
Le grand Drago Malefoy est tombé bien bas... Comme d'habitude.
Il ne se rendit même pas compte de la tournure incroyablement sombre que prenaient ses pensées, l'amusement cynique laissant place à une habituelle fatigue déprimée. Cette fatigue qui le faisait se sentir seul, perdu, inutile... mort.
Toujours en dessous de quelqu'un. N'importe où. En dessous de Granger pour les notes, en dessous de Potter pour cette célébrité, ce courage, cette capacité à se faire aimer... cette popularité innée et... totalement méritée. Qu'il ne demandait même pas. En dessous de Weasley, même en dessous de Londubat ! En dessous de Père...
Il se sentait de moins en moins bien. Cette soirée était pire que les autres, finalement. Bien pire. Son existence lui revenait brutalement, comme une gifle. Trop de souvenirs avaient été agités.
Surtout en dessous de Père... Tant qu'il a fui sans dire un mot. Pas un mot.
Après son vague sourire, il tentait maintenant d'étouffer sa respiration qui se précipitait et ses yeux qui floutaient l'obscurité autour de lui... Mais pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi alors même que son instinct lui dictait de ne pas faiblir devant Potter ? Se serait-il endormi désormais ? Pourquoi ?
Parce que c'est Potter ? Et qu'il n'est pas si insupportable qu'il le pensait ?
Qu'il finirait même par l'apprécier ? Comme Mimi ?
Comme un ami ?
Pourquoi est-il là, lui ? Ne devrais-je pas être loin de lui ? Loin de Poudlard, de ces gens qui me haïssent, de Lovegood et son... optimisme débile ! Je devrais être en train de pourrir à dix pieds sous terre. Je devrais être mort. Mort. Mort ! MORT !
Ce mot résonnait dans sa tête comme une partie de son être qu'il comprenait enfin...
« Malefoy ? Merlin, qu'est-ce qui se passe ? »
Pourquoi tu paniques, toi ? Qu'est-ce que ça peut te faire ? Hais-moi, bordel. Hais-moi ! Ce serait une bonne chose... Pourquoi tu ne le fais pas, Harry Potter... Tu es trop stupide. Tu ne sais pas à quel point je suis mort à l'intérieur, je suis une pourriture contagieuse... Merlin, mais quel stupide Gryffondor !
« S'il te plaît... éloigne-toi.
- Quoi ? Qu'est-ce que tu as dit ? Malefoy... qu'est-ce qu'il y a ? »
Mort. Mort. Mort. MORT.
Et d'un coup, il se sentit dans la plus brute des protections. La chaleur se collait à son corps, partout, elle chassait les épines du froid, elle chassait le mort en lui, elle chassait tout, elle se battait pour lui.
Harry Potter le serrait dans ses bras.
Un spasme le parcourut, comme un réflexe, un instinct de protection, ses mains se relevèrent, voulurent se tordre, son visage s'écarta d'une épaule couverte de coton, ses genoux tremblèrent, se plièrent...
Puis, il comprit.
Il n'y a rien qui puisse faire plus de bien que cette chaleur... C'est comme... comme trouver enfin un moyen de s'en sortir.
« Calme-toi, Malefoy... Je ne sais pas ce qui se passe mais je suis là, d'accord ? Aussi peu réconfortant que ça puisse être pour toi – Drago sentit le jeune homme laisser éclater un rire raté –, je suis là... »
Alors le jeune homme, malgré son ego meurtri et ses foutues envies de solitude et de mort, se laissa aller contre Potter et pleura en silence.
Une grande main passait dans son dos, un souffle chaud lui balayait le crâne et l'oreille, et tout semblait si solide... Potter semblait si solide. Si droit.
Alors que son esprit s'écroulait et qu'il savait que parler et s'expliquer après seraient de durs moments, il agrippa le pull du brun et le trempa de ses larmes, et sanglota à ses oreilles et les salit de son désespoir.
Voilà qui est fait :v ehehe... J'attends vos avis ! o/ Le chapitre 13 arrivera sans doute l'année prochaine pour le coup x) à la prochaaaine (il est un peu tôt pour se souhaiter de bonnes fêtes mais comme je suis du genre à tout le temps tout souhaiter en retard, je vais me brusquer un peu et vous souhaiter UN JOYEEEEEUX NOUWEEEEEL ! En espérant que vous ayez plein de cadeaux, plein d'amour et plein de lamas pour peupler vos vies de folles aventures) ! Poutous partout !