Note d'auteur : Ce chapitre répond au prompt #11 "L'automne"

Traduction du titre du chapitre : "Se tenir la main" (ou les mains, mais bon la 1ère version sonne mieux)

Merci à Lucette, Annbonny, Eve et lilimordefaim pour avoir corrigé ce chapitre !

Bonne lecture !


« Le village de Pré-au-Lard, situé au sud des Highlands en Ecosse, est le seul village de Grande-Bretagne à être peuplé de sorciers dans sa totalité. Il fut fondé aux alentours des années 1020 par le sorcier Hengist de Woodcroft, pour fuir les persécutions moldues. Woodcroft fut élève à Poudlard, dans la maison Poufsouffle. Il fonda Pré-au-Lard une vingtaine d'année après avoir terminé ses études et choisit de le situer cinq kilomètres au Nord du château de Poudlard. La gare de Pré-au-Lard fut construite huit siècles plus tard. Elle est toujours aujourd'hui le terminus du Poudlard Express. »

Bathilda Tourdesac, Histoire de la Magie

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Un fort vent d'automne fit claquer l'enseigne d'une auberge sur laquelle était représenté un cheval ailé décharné faisant une élégante pirouette. Elle portait le nom du Joyeux Sombral. Juste derrière se trouvait un pré où quelques vaches s'étaient protégées des bourrasques sous l'abri où l'on entreposait le foin. Le hameau était composé de sept maisons modestes. Cependant, si l'on regardait par une fenêtre à la propreté douteuse, on pouvait avoir la surprise de voir une pièce de la taille d'une salle de banquet, trois fois plus grande que la maison dans laquelle elle se trouvait.

S'il y avait bien des sortilèges que les sorciers s'étaient empressés d'inventer, c'étaient ceux qui leur permettaient d'améliorer leur confort. Le procédé par lequel ils cachaient une demeure cossue par une façade modeste leur donnait la possibilité de ne pas se faire remarquer par les Moldus. Ces derniers ne les portaient pas dans leur cœur et la chasse aux sorcières était devenue un sport assidûment pratiqué dans la région des Highlands.

Ainsi les sorciers se réunissaient en petits groupes afin de ne pas attirer l'attention, dans des vallées difficilement accessibles, qui leur assuraient néanmoins de quoi nourrir des troupeaux et cultiver des céréales et des légumes. L'art de la cuisine était un domaine de la magie qu'il était difficile de s'approprier, mais pour peu qu'on eût un bon coup de baguette, il était aisé de préparer d'excellents repas avec des ingrédients médiocres.

Les sorciers tenaient à leur tranquillité, appréciant peu d'être importunés par des Moldus pris par une frénésie de feux de joie. Et lorsqu'un inconnu venait leur rendre visite par un moyen original comme à dos d'hippogriffe ou sur une Acromentule apprivoisée, il était tantôt regardé avec suspicion quant à sa monture jugée trop voyante, tantôt avec un intérêt modéré.

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Aussi lorsqu'un un craquement sonore retentit au milieu du hameau, tous les habitants mirent la tête à la fenêtre, curieux de savoir ce qu'il se passait et prêts à fulminer contre ceux qui faisaient tant de raffut s'ils n'avaient pas une bonne explication à cela !

La porte de l'auberge du Joyeux Sombral s'ouvrit à toute volée et un homme en sortit, le visage rouge de colère.

— Par le troisième œil de Mopsus ! s'écria-t-il. Peste soit de ce pendard ! C'est bien le moment de faire un tel boucan, il y en a qui travaillent ici !

Mais il se figea face au spectacle qui s'offrait à lui. Un des plus grands sorciers de son temps se tenait debout dans la de la courette, sa longue cape rouge virevoltant dans le vent, et dans ses bras, une jeune fille pâle comme la mort, au visage tuméfié et visiblement gravement blessée. Un autre homme demeurait près de Godric Gryffondor, vêtu de la plus curieuse façon, et détaillant ce qui se trouvait autour de lui avec une curiosité évidente. Cependant il tenait la main de la jeune fille et lui jetait de fréquents regards inquiets.

— Messire Godric ! Que s'est-il passé ? s'exclama une femme replète qui courait vers eux en retroussant tant bien que mal sa robe et son tablier. Et qui est cet homme ?

— Emmenez cette demoiselle, procurez-lui votre meilleure chambre Athelstan, dit-il à l'intention de l'aubergiste, et apportez-lui les soins nécessaires, elle est à l'article de la mort.

Il confia la jeune fille à Athelstan qui l'emmena dans son établissement suivi de deux autres femmes. Les villageois se tournèrent très vite vers l'homme qui accompagnait Godric. Celui-ci s'apprêtait à suivre Athelstan mais Godric le retint.

— Un instant, étranger. Vous paraissez très lié à cette damoiselle, mais je veux savoir qui vous êtes. Elle est en de bonnes mains, vous pouvez me faire confiance.

L'homme fronça les sourcils mais sembla se résigner. Il répondit :

— Je suis le Docteur. Et cette jeune fille est sous ma responsabilité.

— Docteur ? s'exclama une femme. Cette damoiselle a besoin d'un docteur, laissez-le la rejoindre messire Godric !

Le sorcier leva la main pour exiger le silence. Il sondait le Docteur de ses yeux verts perçants. Le Docteur regarda autour de lui et demanda d'une voix détachée :

— C'est donc ça Pré-au-Lard ? Pas étonnant que Lavande se soit perdue, ce n'est pas très… grand.

— Pré-au-Lard ? répéta une femme dans le groupe de villageois. Je ne connais guère ce nom-là, vous n'y êtes pas, étranger. Etes-vous moldu ? De par chez nous, on ne connaît point de docteur, votre nom nous renseignerait plus.

— Juste le Docteur.

Sur ces mots il fit volte-face, marcha d'un pas vif vers l'auberge du Joyeux Sombral et s'engouffra dans l'établissement.

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Lavande eut l'impression d'émerger d'un long sommeil sans rêves, comme si elle remontait à la surface après être restée écrasée par la pression au fond de l'eau. Elle reprenait peu à peu ses esprits, mais se sentait dépourvue de toutes forces. Avec difficulté, elle entrouvrit un œil. Voyons, la dernière chose dont elle se rappelait… c'était tellement flou dans son esprit qu'elle se demandait même si elle n'avait pas rêvé. Si, ça lui revenait, elle se souvenait avoir perdu connaissance, au milieu de rochers, et face à un homme, un grand… guerrier ?

Elle cligna des paupières, essayant de saisir ses souvenirs qui lui échappaient comme du sable à mesure qu'elle tentait de se les remémorer. Elle ouvrit finalement les yeux. Son regard, au début flou et peu précis, s'habitua à la luminosité de la pièce. Elle était dans un lit plutôt confortable mais une étrange odeur flottait autour d'elle. Elle aurait pensé à l'odeur du foin si elle s'était trouvée à la campagne, mais ce n'était pourtant pas le cas…

— Vous vous éveillez enfin ! fit une voix féminine près d'elle.

Lavande eut le réflexe de tourner la tête vers l'endroit d'où venait la voix mais le regretta aussitôt lorsqu'elle sentit sa tête lui tourner.

— Vous nous avez fait une belle peur, poursuivit la voix. Nous vous avons crue perdue.

Elle s'efforça d'ouvrir les yeux et de clarifier sa vision. La silhouette face à elle était celle d'une femme de grande taille aux longs cheveux noirs. Elle portait une robe bleue, d'après ce que pouvait voir Lavande.

— J'ai utilisé toutes les curations que je connaissais, reprit la femme, mais vous avez une solide constitution damoiselle. Votre rétablissement, vous le devez à la force qui vous habite.

Lavande sourit faiblement et essaya de bouger. Elle grimaça lorsqu'une douleur lui traversa la jambe. Ah oui, le transplanage raté… Ses souvenirs lui revenaient peu à peu. Une main se posa sur son épaule, lui intimant de ne pas bouger. Elle soupira et se laissa retomber sur le matelas.

L'odeur de foin était toujours bien présente et Lavande comprit enfin pourquoi en entendant le meuglement d'une vache non loin d'elle. Où se trouvait-elle ? Dans une étable ? On l'avait soignée dans une étable ? Et les précautions hygiéniques, la propreté, alors ?

— Où… où suis-je ? murmura-t-elle d'une voix rauque.

— Vous êtes à l'auberge du Joyeux Sombral, n'ayez point d'inquiétude. Messire Godric a demandé sa meilleure chambre à Athelstan pour que vous y soyez le mieux possible. L'automne n'est guère clément dans cette région des Highlands, il y fait bien froid.

Quelque chose d'essentiel lui revint à l'esprit et Lavande eut un sursaut tant elle s'en voulait de ne pas y avoir pensé plus tôt.

— Le Docteur ! s'exclama-t-elle. Comment va-t-il ? Est-il à Pré-au-Lard aussi ?

— Pré-au-Lard ? répondit la femme. Quel est ce lieu ?

Lavande sentit la tête lui tourner. Pas de Pré-au-Lard… Et le Docteur ? Avait-elle rêvé quand elle avait cru l'apercevoir avant de s'évanouir ? C'était le dernier souvenir qu'elle avait. Mais elle était dans un tel état… Elle avait forcément halluciné. Elle n'était pas à Pré-au-Lard, le Docteur ne la retrouverait jamais… Ça n'aurait pas pu être pire.

— Mais en ce qui concerne votre ami qui se fait appeler le Docteur, reprit alors l'inconnue, il attend depuis plusieurs heures que vous vous éveilliez, je vais le faire appeler.

Elle eut l'impression que son cœur allait exploser de soulagement. Il était là, peut-être même avec le TARDIS, il pourrait la ramener chez elle où elle irait se faire soigner correctement à Ste-Mangouste… Et il allait bien. Elle se trouva très égoïste de penser à son bien-être avant le sien, mais la peur qu'elle avait eue lorsqu'elle s'était désartibulée, lorsque les villageois l'avaient attaquée lui faisait quelque peu regretter de s'être laissée embarquer dans une telle aventure. Elle en voulait un peu au Docteur de l'avoir emmenée ici avec tous les risques que cela représentait, elle avait quand même failli y passer à cause de son inconscience…

La femme se leva et Lavande la regarda se diriger vers la porte. Soudain son regard fut attiré par quelque chose de scintillant sur son front. Elle plissa les yeux et distingua comme une couronne. Ou plutôt… un diadème… Ses yeux s'agrandirent sous la stupéfaction. Non, ce ne pouvait pas être…

— Madame ! la rappela-t-elle. Votre nom…

— Je me nomme Rowena Serdaigle, répondit la jeune femme avec un beau sourire. Ne vous inquiétez point, je reviens bien vite avec votre ami.

Lavande demeura coite tandis que Rowena fermait la porte. Elle n'avait pas rêvé, elle était bien arrivée à l'époque des Fondateurs et venait de rencontrer deux d'entre eux. Sa tête retomba sur son oreiller et tout son regret de se retrouver là s'envola. C'était… magique. Elle regarda un peu autour d'elle et vit une fenêtre. A travers le carreau un peu sale, elle apercevait des arbres arborant de belles couleurs dorées et écarlates. Le fond de la vallée était bien plus épargné par le froid de novembre que les montagnes sur lesquelles la neige s'était d'ores et déjà imposée. La pièce était heureusement agréablement chauffée, sans doute par magie. Pour qu'une auberge se nomme « Au Joyeux Sombral », il fallait que le propriétaire soit un sorcier, et pas des plus ordinaires.

La porte s'ouvrit doucement et Rowena entra, suivie d'une silhouette que Lavande connaissait bien et qui lui tira à nouveau un faible sourire.

— Vous êtes en meilleur état qu'il y a quelques heures ! dit-il sur un ton joyeux.

— Ce n'est pas difficile, marmonna Lavande d'une voix rauque. Vous n'avez eu aucun problème, vous ?

— Mise à part un atterrissage un peu rude quand vous m'avez lâché, je suis en un seul morceau ! Mais la prochaine fois, je garderai mon TARDIS, on évitera de recommencer ce genre d'expérience !

Elle s'en voulut aussitôt de lui avoir reproché ses malheurs. Elle était la seule responsable, c'était elle qui l'avait enjoint à lui prouver qu'il pouvait voyager dans le temps, c'était elle qui avait voulu venir à cette époque. Lui n'y était pour rien, et en le plongeant dans le monde des sorciers auquel il était étranger, elle l'avait exposé à un grand danger, tout était de sa faute à elle. Lorsqu'il lui sourit largement, sans trace d'un quelconque reproche dans le regard, simplement la joie de la revoir, elle eut du mal à retenir des larmes de soulagement.

Le Docteur s'assit sur le lit et se contenta de la regarder avec un sourire. En le voyant, Lavande se demanda comment elle avait pu lui en vouloir un instant. Comment avait-elle pu, ne serait-ce qu'une seconde, lui reprocher ce qui lui était arrivé ? Il semblait ne pas avoir une once de méchanceté en lui, simplement de la gentillesse et de la générosité. Les personnes comme lui étaient tellement rares que Lavande se prit à penser qu'après les mois infernaux qu'elle avait passés après son coma, la chance commençait peut-être à lui sourire.

Elle fut surprise de le voir lever une main hésitante qu'il posa sur le côté abîmé de son visage. Il resta ainsi un instant, détaillant ses cicatrices du regard, alors qu'elle appréciait le contact chaud et rassurant de sa main sur la peau meurtrie qui n'avait jamais reçu que des regards pleins de pitié ou d'effroi. Sa stupeur fut à son comble lorsqu'il abandonna son visage et la serra soudainement dans ses bras. Lavande ne put retenir une protestation de douleur mais l'oublia bien vite quand elle se rendit compte du réconfort que lui procurait cette étreinte.

Elle l'entoura à son tour de ses bras encore un peu faibles et le serra contre elle. Elle avait l'impression que son cœur allait exploser de bonheur, c'était une sensation tellement étrange... A vrai dire, peu de temps auparavant, elle croyait fermement qu'elle ne connaîtrait plus jamais ce sentiment. Elle vit que la pièce était à présent baignée d'une douce lumière, le soleil avait percé les nuages et faisait flamboyer le feuillage des arbres au dehors. C'était comme si le ciel était au diapason de son humeur et Lavande sourit plus largement. Puis elle ferma les yeux pour s'empêcher de pleurer.

Le Docteur la lâcha finalement et elle se laissa retomber sur ses oreillers, grimaçant de douleur lorsque ses muscles se rappelèrent à elle. Il se leva et lui adressa un dernier sourire avant qu'elle ne sente le sommeil la gagner et que ses yeux se ferment d'eux-mêmes. Son attention fut cependant retenue lorsqu'elle entendit Rowena chuchoter :

— Je ne sais d'où vous venez, messire, mais je n'ai jamais vu une telle constitution chez une jouvencelle bâtie comme damoiselle Lavande. De par chez moi, un peu au Nord d'ici, des hommes bien plus robustes qu'elle ont succombé à des blessures moins graves. Avec tout le sang qu'elle a perdu, j'ai cru qu'elle ne passerait point la nuit.

Lavande se rendit compte qu'elle avait passé près de vingt-quatre heures sans connaissance, et qu'elle avait probablement été entre la vie et la mort pendant un long moment. Elle frissonna mais continua d'écouter la conversation en faisant mine de dormir.

— C'est comme si… reprit Rowena. Peut-être trouverez-vous cela risible, mais c'est comme si le feu d'un dragon ardait en elle. Me comprenez-vous ?

Il dut hocher la tête car Rowena ajouta :

— Je ne sais point ce qui a pu susciter cela, c'est fort étrange. J'en ferai part à messire Godric, peut-être a-t-il vu quelque chose que j'ignore.

Sur ces mots, Lavande les entendit sortir de la chambre et fermer la porte dans un grincement. Elle rouvrit un peu les yeux, les sourcils froncés. Oh, elle savait bien elle ce qui coulait réellement dans ses veines. Cela n'avait rien à voir avec du feu de dragon, c'était autrement moins réjouissant. A Ste-Mangouste, on lui avait expliqué que le fait que Greyback l'ait attaquée sous sa forme humaine ne ferait pas d'elle un loup-garou. Cependant elle en garderait quelques séquelles, comme les accès d'agressivité dont elle avait fait l'expérience trois jours plus tôt, mais aussi une capacité à guérir plus vite et une bien meilleure résistance physique.

Elle ne pensait pas devoir faire un jour l'expérience de cette séquelle, mais au lieu de se réjouir d'avoir échappé à une mort certaine grâce à elle, Lavande se sentait salie, corrompue. Greyback l'avait contaminée, elle avait des choses en commun avec cette immonde créature qu'elle haïssait de toutes ses forces. Non, jamais elle ne parviendrait à s'accommoder de tout ce qu'il lui avait transmis par cette attaque. Elle porta une main à sa joue balafrée, là où la main du Docteur se trouvait quelques minutes auparavant. Une larme brûlante coula sur sa pommette et l'amertume reprit ses droits dans son esprit, annihilant le bonheur qu'elle avait si intensément éprouvé un instant plus tôt.

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Grâce aux soins de Rowena Serdaigle, Lavande était sur pied le lendemain matin. Elle avait bu une potion de régénération sanguine préparée par les soins de la Fondatrice qui lui avait fait recouvrer ses forces. Un cataplasme à base de pulpe de citrouille, de solution de lys et de farine avait été appliqué sur sa blessure et elle était quasiment cicatrisée, grâce aux talents de guérisseuse de Rowena.

Elle ne parvenait pas à s'ôter de l'esprit que sa guérison si rapide, elle la devait en partie à Fenrir Greyback et c'était ce qui l'empêchait de se réjouir complètement d'être si vite rétablie. Elle sortit de son lit avec précaution, les jambes tremblantes, et dut s'appuyer contre les murs pour pouvoir marcher, mais force était de constater qu'elle était remise et qu'en se dégourdissant un peu les jambes, elle ne tarderait pas à pouvoir courir à nouveau.

Lavande se dirigea vers la fenêtre d'un pas hésitant et profita de la douce lumière du soleil, si rare en cette saison. Elle se pencha vers l'extérieur et put enfin observer l'endroit où on l'avait menée. Elle écarquilla des yeux stupéfaits : elle qui s'attendait à voir un petit village, elle n'apercevait que quelques maisons à l'aspect plus que banal. Et pourtant… ces montagnes qu'elle voyait au loin, ce petit vallon, elle les connaissait, elle les avait vues et arpenté des dizaines de fois. Pré-au-Lard aurait dû se trouver là. Elle se pencha davantage, grimaçant sous la douleur que cela lui causa et regarda vers le nord. On apercevait Poudlard depuis le village d'ordinaire, mais elle ne voyait qu'un grand espace vide, simplement des montagnes à perte de vue.

— Oh mais quelle idiote ! maugréa-t-elle, se tapant le front de la main.

Evidemment que si Poudlard n'était pas construit, Pré-au-Lard ne pouvait pas exister ! Lavande n'en revenait pas d'avoir été si négligente. Transplaner dans un endroit qui n'existait pas ! Elle avait de la chance qu'elle et le Docteur soient sains et saufs…

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Lavande reçut la visite de Rowena Serdaigle dans la matinée. La Fondatrice exécuta quelques sorts de guérison pour assurer une cicatrisation complète de la blessure et autorisa enfin Lavande à sortir de sa chambre. Elle s'était abondamment dégourdi les jambes avant l'arrivée de Rowena, aussi descendit-elle les escaliers menant à la salle principale de l'auberge sans trop de difficulté.

Lorsqu'elle pénétra dans la grande pièce, elle fut stupéfaite par sa taille. Elle était pourtant certaine que la maison était de taille modeste… Puis elle réfléchit : bien sûr, les sorts d'agrandissement existaient depuis bien longtemps, c'en était un exemple. Elle songea au TARDIS qui fonctionnait de la même façon – à la seule différence que selon son propriétaire, il n'y avait nulle magie là-dessous – et aussitôt son regard chercha le Docteur. Il était debout dans un coin de la pièce, et se dirigea vers elle avec un grand sourire qu'elle lui rendit.

— Content de vous voir sur pieds ! s'exclama-t-il. Pas trop fatiguée ?

— Non… Heureusement d'ailleurs, il va me falloir toute ma tête pour comprendre l'anglais médiéval, ce ne sera pas de la tarte… Enfin jusque-là, j'ai plus ou moins saisi ce que Rowena Serdaigle me racontait.

— Ca, c'est grâce au circuit traducteur du TARDIS, répondit le Docteur avec un clin d'œil. Sinon croyez-moi, vous ne comprendriez pas un traitre mot de ce qu'ils racontent !

Ah, ce circuit traducteur marchait donc réellement… Maintenant que Lavande y pensait, elle ne s'était pas demandé auparavant comment elle pouvait le comprendre, sachant qu'il venait d'une autre planète. Elle avait à nouveau la preuve qu'il lui avait dit la vérité. Il faudrait qu'elle apprenne à lui faire vraiment confiance, un de ces jours…

Lavande regarda l'assemblée et eut la désagréable impression que tout le hameau s'était rassemblé dans l'auberge pour venir l'observer tel un phénomène de foire. Du coin de l'œil, elle vit une silhouette imposante qui lui parut familière et lorsqu'elle se tourna vers elle, elle reconnut Godric Gryffondor non sans se sentir très intimidée.

Elle fut soudain assaillie par une femme replète au visage sympathique qui s'exclama :

— Vous devez être affamée, damoiselle ! Je vous ai préparé un bon brouet, de quoi vous rassasier !

Elle l'entraina par le bras et la fit asseoir à une table sans que Lavande ait pu dire quoique ce soit. Elle lui tendit une assiette de soupe fumante qui sentait délicieusement bon et Lavande ne se fit pas prier pour en engloutir le contenu tant elle mourait de faim. Lorsqu'elle eut terminé, Godric Gryffondor s'approcha, s'inclina et s'assit face à elle. Lavande n'osait pas le regarder dans les yeux, terriblement intimidée par la présence de ce grand sorcier, fondateur de la maison à laquelle elle avait appartenue.

— Damoiselle, j'ai quelques questions à vous poser, me permettez-vous ?

Lavande acquiesça sans répondre, les mots bloqués dans sa gorge. Elle entendit du bruit derrière elle et se retourna pour voir l'auberge se vider de tous ses occupants, la laissant seule avec Godric, le Docteur et Rowena assise non loin d'elle.

— Je vais être franc et droit avec vous, damoiselle, reprit Godric. Vous et votre compagnon êtes très intrigants, nous aimerions savoir d'où vous venez.

Lavande regarda le Docteur dont l'expression demeurait indéchiffrable. Il fixait le Fondateur avec un intérêt doublé de méfiance. Lavande choisit la voie de l'honnêteté, après tout elle n'avait pas été élève à Gryffondor pour rien, elle espéra seulement que cela ne changerait pas le cours de l'avenir.

— Nous venons du futur, répondit-elle. Plus précisément, de mille ans plus tard.

Godric la regarda avec des yeux ronds. Lavande reprit avec un peu plus d'assurance :

— Je m'appelle Lavande Brown comme je vous l'ai déjà dit, et le Docteur m'accompagne. Je… nous n'avons pas de but précis, à vrai dire je voulais venir à cette époque pour… pour vous voir et voir… mon école.

Cette fois, Godric échangea un étrange regard avec Rowena. Un bruit derrière Lavande la fit sursauter et elle ne s'était pas retournée que déjà une autre silhouette qu'elle n'avait pas aperçue rejoignait Godric, tandis que celle d'une femme s'approchait de Rowena.

— Votre école ? répéta l'homme près de Godric. Vous m'en direz tant…

— Salazar, coupa soudain Rowena avec sévérité. Cela suffit.

Lavande scruta l'homme appelé Salazar. Serpentard… Ainsi c'était lui, le Fondateur de la maison qu'elle estimait le moins. Un homme aux traits anguleux, aux yeux d'un gris clair déroutant et aux longs cheveux déjà gris bien qu'il ne semblât pas avoir plus de trente ans, tout comme ses compagnons. Elle tourna la tête et observa la femme près de Rowena. Elle avait de beaux cheveux roux, un visage rond aimable, un joli sourire et des yeux bleus très doux. Helga Poufsouffle, à n'en pas douter.

Elle eut du mal à reprendre une respiration normale. Face à elle, se trouvaient les quatre Fondateurs, les quatre sorciers légendaires qui avaient créé Poudlard, qui avaient marqué l'Histoire de la Magie par divers exploits et déterminé l'avenir des sorciers pour des siècles à venir… Lavande eut l'impression que son cœur allait exploser tant il battait vite. Elle s'était toujours trouvée si insignifiante comparée à ses camarades de maison qui s'étaient si bien illustrés pendant la guerre. Mais c'était elle et pas un autre qui se trouvait face à quatre des plus grands sorciers de l'Histoire. Pour une fois, elle faisait quelque chose que personne d'autre n'était parvenu à faire, et ne referait peut-être jamais.

— Ainsi vous avez traversé le temps, dit une voix douce que Lavande n'avait jamais entendue et qui s'avéra être celle d'Helga Poufsouffle. C'est tout à fait prodigieux… La magie a fait de grands progrès en mille ans !

— Etes-vous reconnue à votre époque, comme enchanteresse ? demanda Salazar d'une voix tranchante.

Lavande se sentit presque effrayée par la voix glaciale du Fondateur, dans laquelle elle décelait un léger sifflement qui lui fit froid dans le dos.

— Non, je ne suis qu'une simple sorcière, répondit-elle. Je… je connais de grands sorciers, mais je n'en fais pas partie.

— Ainsi, vous êtes parvenue à remonter le temps sur une durée considérable sans pouvoir particulier ? murmura Salazar en la sondant de ses yeux gris.

Elle acquiesça et sentit soudain une main chaude se poser sur son épaule. Elle crut tout d'abord qu'il s'agissait de Rowena puis la voix du Docteur retentit tout près d'elle – elle ne l'avait pas entendu approcher.

— Lavande est sous mon entière responsabilité, dit-il de sa voix grave. C'est moi qui lui ai permis de remonter le temps, elle vous a dit la vérité.

Salazar et le Docteur semblèrent se défier du regard un moment. Lavande observa le Fondateur, perplexe, espérant qu'il ne se vexerait pas du ton péremptoire du Docteur. Soudain, ce dernier eut un brusque mouvement de recul.

— Sortez de ma tête ! s'exclama-t-il avec véhémence.

Lavande tourna aussitôt la tête vers Salazar qui affichait un petit rictus.

— Vous êtes un excellent Occlumens, messire… siffla-t-il. Quelle force mentale ! Et vous n'êtes pas sorcier ?

— La magie n'est pas utile quand on a déjà des capacités mentales comme les miennes. N'essayez plus de vous introduire dans mon esprit, ça me met de travers.

Lavande était stupéfaite. Serpentard était connu comme un des plus grands Legilimens de tous les temps, et le Docteur avait réussi à le contrer… Il était un peu effrayant de penser que la magie se trouvait démunie face aux techniques extraterrestres, elle qui pensait que cela lui conférait une sorte d'invincibilité… Le Docteur sembla défier Salazar du regard, mais ce dernier se détourna et alla s'appuyer contre un mur derrière Godric. Rowena s'approcha alors.

— Damoiselle Lavande, vous avez parlé d'une école. En ce moment-même, vous vous trouvez en présence de quatre sorciers qui ont le projet d'en faire construire une, bien que son emplacement ne soit pas arrêté. Voudriez-vous convoyer avec moi ? Il me faut vous montrer une chose.

Lavande acquiesça et se leva. Lorsqu'elle suivit Rowena hors de l'auberge, elle entendit les pas des quatre autres personnes les suivre. Elle sentait le regard plus que suspicieux de Salazar sur elle, et cela la mettait mal à l'aise. Dire qu'elle avait participé à la défaite d'un de ses puissants descendants… Elle frissonna.

Rowena marcha sans un mot pendant un long moment. Lavande n'avait pas de montre, pourtant elle imaginait qu'ils avaient dû crapahuter pendant au moins une heure et demie. Par chance il n'avait pas plu récemment et le sol était relativement sec. Ils gravirent une petite montagne, raide et caillouteuse, montée durant laquelle Lavande faillit chuter plusieurs fois. Sa jambe recommençait à la faire souffrir et elle espérait qu'ils étaient bientôt arrivés.

Soudain, parvenu en haut de la petite montagne, Rowena s'arrêta. Lavande la rejoignit, mais lorsque son regard embrassa la vue, elle poussa une exclamation. Devant elle s'étendait un lac qui lui était très familier, surplombé d'une falaise sur laquelle aurait dû se tenir le château qu'elle connaissait si bien. Et au-delà s'étendait la forêt sombre qui deviendrait sous peu la Forêt Interdite.

Elle reconnaissait tout, elle voyait où se trouveraient dans plusieurs siècles la cabane d'Hagrid, le Saule Cogneur, le stade de Quidditch… Elle retint à grand peine des larmes d'émotion. La dernière fois qu'elle avait vu le château, la bataille faisait rage, des explosions retentissaient, les flammes dévoraient la charpente de plusieurs tours… Ici, à cette époque, il régnait un calme presque surnaturel. Seul le vent, ridant la surface du lac et agitant les arbres de la forêt, troublait le silence. Pourtant, c'était le même endroit, et bientôt se dresserait sur le piton rocheux le château de Poudlard, une des plus prestigieuses écoles de magie.

— J'ai eu une vision il y a de nombreuses nuitées, dit soudain Rowena. J'ai été guidée ici par un cochon couvert de verrues, il m'est apparu comme une évidence que l'école à laquelle nous rêvions tous quatre devait être construite sur la falaise qui surplombe le lac.

— Une hérésie ! s'exclama Salazar. Elle serait par trop aisément accessible aux Moldus, je maintiens qu'il nous faut la placer au sommet d'une montagne !

Rowena leva les yeux au ciel une fraction de seconde et Lavande réprima un sourire. Helga s'approcha et dit de sa voix douce :

— J'approuve Rowena, l'école doit être édifiée ici.

Après un autre regard sur le lac, Lavande demanda :

— Je ne comprends pas, pourquoi m'avez-vous amenée ici ?

— Vous avez dit arriver du devenir, répondit Godric. Pouvez-vous nous dire si l'école dans laquelle vous avez étudié se situait ici ?

— Oui ! s'exclama Lavande sans réfléchir. Sur la falaise là-bas, exactement !

Elle entendit comme un sifflement et vit Salazar qui la fusillait du regard. Elle se sentit très mal à l'aise mais concentra son attention sur les trois autres Fondateurs.

— Le destin est donc scellé, murmura Rowena. La première école de magie sera érigée sur ce piton rocheux.

Salazar poussa une sorte de sifflement et Godric s'approcha de lui.

— Calme-toi mon ami, il te faut reconnaître que tout désignait cet endroit.

De mauvaise grâce, Serpentard haussa les épaules, mais se détendit un peu. Lavande se souvint avoir lu que lui et Godric étaient très amis avant qu'il ne décide que seuls les Sang-Purs étaient dignes d'apprendre la magie. Elle se tourna vers Rowena et lui demanda d'une voix hésitante :

— Excusez-moi, mais vous avez choisi cet endroit… parce qu'un cochon plein de verrues vous y a emmenée en rêve ? C'est un peu… vague non ?

— Il ne faut pas négliger l'importance de la divination, répondit la Fondatrice. Je ne délaisse aucune forme de savoir. Tout homme s'enrichit quand abonde l'esprit, damoiselle Lavande.

Elle était soudain beaucoup plus impressionnante que tantôt quand elle rendait visite à Lavande dans sa chambre de convalescence. Debout au sommet de la montagne, ses cheveux noirs flottant dans l'air, son diadème bleu scintillant sur son front, elle avait l'étoffe d'une véritable reine, et Lavande comprenait mieux pourquoi on disait d'elle qu'elle était intimidante.

La petite troupe se remit en route, ils atteignirent le hameau près de deux heures plus tard. Lavande sentait sa jambe faiblir et elle se laissa tomber lourdement sur une chaise dans l'auberge. Le Docteur s'assit à côté d'elle et elle vit qu'il la considérait avec perplexité.

— Que se passe-t-il ? demanda-t-elle.

— Je pense que vous me cachez encore beaucoup de choses, dit-il en la sondant de ses yeux bleus. Vous savez d'où vous vient cette force dont parlait votre amie sorcière non ?

— Ce n'est pas mon amie, Docteur. Rowena Serdaigle est une des plus grandes sorcières de l'Histoire de la magie, c'est un emblème pour les élèves de Poudlard, au même titre que les trois autres Fondateurs.

Elle éluda volontairement la question sur sa force, elle ne voulait pas en parler. Elle ne lui révèlerait jamais la vérité sur ses cicatrices, elle avait d'autres desseins et cela risquerait de gravement les compromettre. Et puis, bien qu'il vienne de l'espace, il ne devait pas ignorer les légendes qui couraient sur les loups-garous. Elle ne voulait pas que son regard change, elle aimait qu'il ne la prenne pas en pitié, qu'il ne la traite pas en infirme. Elle refusait que cela change.

— Vous n'avez pas répondu à ma question.

Elle se mordit la lèvre. Elle ne pouvait pas le duper.

— Je ne sais pas d'où me vient cette soi-disant force, je pense simplement qu'au Moyen-âge, les gens étaient moins résistants, je suis en meilleure santé et je me remets donc plus vite que si j'avais réellement vécu à cette époque.

Le Docteur ne répondit pas mais la fixa encore un instant, une lueur étrange dans le regard qu'elle ne sut déchiffrer et qui la mit mal à l'aise. Ne s'était-elle pas promis de ne plus lui mentir ? Parfois, elle se demandait encore pourquoi le Choixpeau l'avait envoyée à Gryffondor, il lui semblait qu'elle n'était pas digne de la droiture et de l'honnêteté que l'on conférait à cette maison.


Note de fin : J'espère que ça vous a plu, le Docteur est encore pas mal en retrait, cette aventure est surtout pour Lavande. Je trouve que le prompt n'est pas très bien utilisé, il m'a peu inspirée et je n'ai fait que le mentionner sans que le chapitre tourne autour, mais certains prompts ont été plus des contraintes que des aides, enfin bon je les ai utilisés comme je pouvais !

Vos impressions sont les bienvenues comme d'habitude :) Merci d'avoir lu et à mardi pour la suite !