Note d'auteur : Ce chapitre répond au prompt #2 "A genoux"
Traduction du titre du chapitre : "La bête en-dessous" (c'est dans l'idée d'exprimer le fait qu'une bête est cachée, réelle ou non d'ailleurs)
Un grand merci à Eve et lilimordefaim pour avoir corrigé ce chapitre !
Bonne lecture !
Lavande soupira discrètement mais sut qu'il l'avait entendue, même s'il n'en laissa rien paraître. Les quatre Fondateurs qui s'étaient réunis à l'extérieur pénétrèrent dans l'auberge et Rowena se dirigea vers Lavande. Elle ôta sa cape bordée de fourrure et parut tout de suite moins intimidante en laissant apparaître ses fines épaules et son cou délicat.
— Damoiselle Lavande, Godric m'a informée qu'une horde de villageois s'en était prise à vous lorsqu'il vous a trouvée. J'aurais souhaité savoir… une femme se trouvait-elle parmi eux ?
— Oui, répondit Lavande. Il y en avait une, plutôt acharnée d'ailleurs.
Le visage de Rowena se rembrunit et elle s'assit à son tour, l'air préoccupé.
— Vous la connaissez ? demanda Lavande.
Elle savait que Rowena avait eu une fille, qui était par la suite devenue le fantôme de la maison Serdaigle, mais cette femme ne pouvait pas être Helena Serdaigle, elle ne lui ressemblait absolument pas…
— Guère personnellement, répondit la Fondatrice. Connaissez-vous la Reine Maeva, damoiselle ?
Lavande réfléchit. Ce nom ne lui était pas inconnu, elle était presque sûre de l'avoir vu sur une carte de Chocogrenouille, mais elle n'aurait rien su en dire. Son silence dut être éloquent car Rowena reprit :
— Maeva est une très grande sorcière d'Irlande. Elle est aussi connue par les Moldus que par les sorciers, en outre. Tout ce qu'il faut savoir sur elle est qu'elle a formé de nombreux sorciers et en forme encore le jour d'hui. C'est grâce à elle que nous est venue l'idée de fonder une école de sorcellerie, pour que la plupart des jeunes sorciers puissent bénéficier d'un enseignement, afin de maîtriser la magie.
Elle s'interrompit comme s'il lui était difficile de continuer. Mais elle reprit enfin :
— Il y a dix ans, une de ses anciennes élèves s'est brutalement retournée contre la magie. Elle s'appelait Brenna. Elle a rejeté l'enseignement de Maeva, a fui l'Irlande et a choisi de pourchasser et brûler les sorciers. Je crois qu'elle utilise encore la magie, cependant, c'est de cette façon qu'elle est devenu si influente auprès des hommes de son village. Nous avons toléré son fanatisme tant qu'elle ne devenait pas réellement dangereuse pour les nôtres, mais ces derniers temps, cela s'est aggravé. Il nous faut y mettre un terme.
~o~O~o~
Les quatre sorciers choisirent d'attaquer à la nuit tombée. Ils ne souhaitaient pas blesser les villageois, juste mettre Brenna hors d'état de nuire. Lavande ne leur laissa pas le choix, elle les accompagnerait. Elle avait un compte personnel à régler avec cette femme, et si elle avait reçu l'enseignement de la puissante Maeva, ils ne seraient pas trop de cinq pour la contrer – bien que Lavande n'eût pas la prétention de penser qu'elle pouvait réellement les aider. Mais elle n'était pas lâche, et elle voulait se prouver à elle-même qu'elle était capable de combattre, même après un an et demi à ne pratiquement plus faire de magie.
Godric s'avança vers le Docteur qui les observait avec un grand intérêt. Il posa une main solennelle sur son épaule et lui dit d'une voix grave :
— Vous l'ami, vous restez ici. Nous ne pouvons prendre le risque d'avoir un Moldu à nos côtés, c'est bien trop périlleux pour vous.
Le Docteur eut un sourire bref plein d'ironie et répondit :
— Ben voyons.
— Vous risqueriez de nous ralentir, renchérit Salazar avec agacement. Si nous devons veiller sur vous de surcroît…
— Il n'y a pas à discuter, l'interrompit fermement le Docteur. Il est hors de question que je reste derrière.
Lavande vit ses yeux pétiller, elle se demanda s'il mesurait l'étendue du danger ou agissait comme un enfant qui voyait tout cela comme une formidable aventure. Une partie d'elle voulait qu'il les accompagne, mais elle avait également peur de lui faire courir un danger, il n'aurait aucun moyen de se défendre… Il la regarda et elle sut que c'était sans appel.
— Il vient, dit-elle en essayant de paraître assurée.
Les Fondateurs se consultèrent du regard.
— Soit, répondit Helga. Nous utiliserons le transplanage d'escorte, vous irez avec Godric et damoiselle Lavande avec Rowena.
— Un instant ! coupa le Docteur. Le transplanage d'escorte ?
— Vous et damoiselle Lavande n'aurez rien à faire, la personne qui vous accompagnera transplanera pour deux, expliqua Helga.
— Hors de question, la dernière fois j'ai détesté cette expérience, on m'a éjecté en plein milieu du voyage ! Je prends mon TARDIS.
— Votre boîte bleue ? Avec le raffut du diable qu'elle fait ? railla Salazar. Nous serons repérés en moins de temps qu'il n'en faut pour dire « serpent » !
Lavande risqua :
— Je peux transplaner seule, je l'emmènerai avec moi…
— Non, trancha Rowena. Vous n'êtes point encore rétablie, et je crains que vous ne vous désartibuliez derechef. Sans compter que cette fois, il pourrait ne pas être épargné.
— La dernière fois, c'était parce que j'ai voulu me rendre à un endroit qui n'existait pas ! protesta Lavande. Il n'y aucun risque aujourd'hui !
Rowena lui jeta un regard qui lui rappela tellement le professeur McGonagall que Lavande se tut aussitôt. Elle fit comprendre au Docteur qu'il n'avait pas le choix et il se dirigea vers Godric à contrecœur.
Helga s'approcha d'elle et lui tendit une cape d'un beau jaune d'or, doublée de fourrure.
— Les nuits sont froides, mettez cela, dit-elle de sa voix douce avec un sourire. C'est une des miennes.
Lavande s'enveloppa dans le vêtement, n'en revenant pas de porter quelque chose appartenant à l'un des Fondateurs. Elle croisa le regard de Salazar qui pour une fois ne lui manifesta aucune hostilité. Peut-être avait-elle un peu gagné son estime en insistant pour les accompagner. Godric lui adressa un léger sourire encourageant et Rowena prit sa main. Quelques secondes plus tard, ils transplanaient.
~o~O~o~
Ils arrivèrent aux abords d'un village bien plus important que le hameau d'où ils venaient, bien qu'il ne comptât pas plus d'une trentaine de maisons de bois. Rowena et Godric prirent les devants de la troupe, les quatre autres suivirent. Le Docteur avait son tournevis sonique à la main tandis que Lavande gardait sa main crispée sur sa baguette. Sa jambe ne lui faisait pas mal, elle s'était bien reposée, mais elle essaya de forcer le moins possible dessus.
— C'est là, murmura Rowena en désignant une maison un peu à l'écart du village. Elle vit seule céans.
Ils s'en approchèrent silencieusement, mais à peine Godric avait-il posé sa main sur le verrou que la porte s'ouvrit à toute volée. Lavande entendit distinctement : « Impedimenta ! » et Godric fut projeté un mètre en arrière dans un vol plané, avant d'atterrir lourdement sur le sol. Lavande voulut aller l'aider mais Salazar la retint par le bras en lui intimant de rester à sa place.
Brenna sortit de sa maison, échevelée et le visage déformé par la colère. Elle braquait sa baguette sur le groupe et lorsque son regard croisa celui de Lavande, elle s'écria :
— Démon ! Retourne en Enfer avec tes sbires ! Dévoile ton visage scarifié à la lune et ose me dire que tu n'es pas un serviteur du Diable !
Lavande recula instinctivement, comme si les paroles de Brenna étaient du venin. Elle sentait son sang bouillir dans ses veines mais s'efforça de rester de marbre. Le Docteur l'incita à reculer et le contact de sa main sur son bras l'apaisa quelque peu. Soudain, Brenna se jeta sur Helga, ses ongles griffus plantés dans sa gorge. Rowena et Lavande se précipitèrent pour l'aider et propulsèrent la furie loin d'Helga.
— A moi ! hurla Brenna à pleins poumons. Des démons !
Mais Salazar lui jeta un « Silencio » avec un calme inquiétant. Il se dirigea vers elle et la saisit par les cheveux pour la relever, ses yeux lançant des éclairs. Brenna se libéra de son emprise en vociférant sans produire un seul son. Lavande la fixait, pétrifiée devant la haine et la folie qui se dégageaient de cette femme. Elle savait à quel point une telle colère pouvait être dévastatrice…
Brenna croisa soudain ses poignets devant son visage, comme s'ils étaient liés. Elle fut alors prise de tremblements et avant qu'un des Fondateurs puisse faire quoique ce soit, elle écarta violemment les bras et se libéra du sort en poussant un cri de furie.
— ARRIERE ! hurla-t-elle en fouettant l'air de sa baguette. Je vais vous mettre à genoux, maudits !
Une onde de choc frappa les quatre Fondateurs, mais le Docteur qui tenait toujours le bras de Lavande la fit reculer brutalement, de sorte que le sort l'épargna. Voyant ses quatre compagnons à terre, elle voulut aller les aider, mais un sort d'Entrave la fit trébucher et elle heurta violemment le sol, sonnée. Elle vit le Docteur s'approcher d'elle et s'exclama :
— Reculez !
Pour une fois, il obéit, peut-être grâce au ton qu'elle avait employé et qui n'appelait à aucune protestation. Il avait peut-être enfin compris que c'était bien plus dangereux que ce qu'il imaginait…
— Meurs, suppôt du Diable ! siffla Brenna en se dirigeant vers elle.
Le sang de Lavande ne fit qu'un tour. Elle se retourna sur le dos et, visant la furie, elle hurla :
— Stupéfix !
— Protego ! répliqua Brenna presque en même temps.
Cela atténua le sort sans l'annuler, aussi fut-elle jetée au sol, étourdie. Lavande se releva d'un bond mais Brenna s'était déjà rétablie. Les deux femmes se menaçaient mutuellement de leurs baguettes. Lavande fendit l'air de sa baguette et cria :
— Diffindo !
Elle n'avait pas assez de puissance pour blesser sérieusement son adversaire mais elle entailla l'épaule de Brenna. Celle-ci rugit de fureur et hurla un « Impedimenta » que Lavande parvint à éviter de justesse. La douleur rendait Brenna imprécise, mais sa colère était toujours vivace. Seulement elle avait face à elle quelqu'un d'au moins aussi haineux qu'elle, et qui sentait monter en elle le feu de la violence.
— Abomination, gronda Brenna en tournant autour d'elle comme un chat autour de sa proie. Ta laideur n'a d'égal que le mal qui t'habite !
Les mots frappaient Lavande comme autant de poignards acérés. Sa main tremblait de fureur tandis qu'elle essayait de se contenir.
— Vas-y ! Laisse ta folie t'envahir ! s'exclama Brenna avec un rire de démente. Ton âme est aussi corrompue que celles de tes complices !
Lavande jeta un œil du côté des quatre Fondateurs et les vit tous quatre debout, leurs baguettes bien en main, mais ils demeuraient à l'écart, la fixant elle. Elle tourna la tête et vit le Docteur, alerte mais immobile, il avait rangé son tournevis. Lavande comprit alors que c'était son combat et qu'ils la laissaient agir. Alors elle sentit la rage brûler en elle, irradiant dans tous ses membres. Elle se concentra pour la canaliser un maximum et elle hurla :
— EXPULSO !
Le jet de lumière frappa Brenna en pleine poitrine. Elle fut projetée dans les airs, à plusieurs mètres du sol, avant de retomber lourdement, sa tête heurtant une pierre, quelques mètres plus loin. Lavande demeura figée devant ce qu'elle avait fait. Sa respiration se fit heurtée, elle avait l'impression qu'elle allait s'étouffer d'horreur. Elle lâcha sa baguette et enfouit son visage dans ses mains en hoquetant. Elle sentit que quelqu'un l'étreignait, et elle agrippa la veste en cuir du Docteur comme un enfant s'accroche à sa mère pour se rassurer. Il se contenta de la serrer contre lui et elle parvint à se calmer un peu.
Ils furent rejoints par les quatre grands sorciers qui avaient observé le combat de loin, prêts à intervenir s'il tournait mal. Godric fut le premier à courir vers Brenna, suivi des autres, ainsi que du Docteur et de Lavande, cette dernière tremblant à l'idée de ce qu'elle allait voir. Du sang s'écoulait de la bouche de la furie anéantie, ses yeux étaient vitreux. Lorsqu'elle aperçut Lavande, elle souffla :
— C'est le Mal en personne qui t'habite, démone. Tu le sais comme moi.
Elle eut un spasme et ses yeux se voilèrent pour toujours alors que sa tête retombait en arrière. Godric soupira et lui ferma les yeux. Lavande eut l'impression qu'un froid glacial se répandait en elle. Horrifiée, elle tomba à genoux, et fondit en larmes. Elle sentit presque aussitôt quelqu'un la prendre dans ses bras et l'étreindre. Elle agrippa la veste du Docteur, pour s'empêcher de sombrer et se laissa aller à pleurer alors qu'il la serrait contre lui. Elle avait tué quelqu'un, elle avait tué… Elle sentait les paroles de Brenna la brûler au plus profond de son cœur. Elle savait qu'elle était maudite, qu'elle avait quelque chose de bestial en elle et que son sang était souillé. Mais son âme l'était aussi désormais.
Le silence fut rompu au bout d'un temps que Lavande n'aurait su définir – une minute ? une heure ? – lorsque la voix douce d'Helga souffla :
— Tu avais raison Rowena, ce n'est pas du sang mais le feu d'un dragon qui coule dans ses veines !
Lavande n'eut pas de réaction, jusqu'à ce qu'elle entende Godric ajouter :
— Et tout le monde sait qu'il ne faut jamais déranger le dragon qui dort…
Rowena s'exclama :
— Oh, comme c'est joliment tourné !
Malgré elle, Lavande sentit un petit sourire fendre ses lèvres. Elle connaissait cette maxime par cœur, mais elle n'aurait jamais pensé l'avoir inspirée aux Fondateurs… Elle aurait préféré leur en donner l'idée dans d'autres circonstances cependant.
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Les Fondateurs avaient installé Brenna dans sa maison, de sorte que les villageois la trouvent le lendemain matin. Ils avaient cicatrisé ses plaies pour qu'ils pensent à une mort… naturelle.
Ils furent de retour alors que l'aube se levait et allèrent s'installer dans l'auberge d'Athelstan autour d'un verre d'hydromel pour se réchauffer. Lavande but le sien d'une traite, espérant apaiser le froid glacial qui l'envahissait au souvenir de ce qu'elle avait fait. Elle avait tué quelqu'un, c'était la première fois. C'était de la légitime défense, certes, mais Brenna était morte par sa faute. C'était sans doute très égoïste, mais elle aurait de beaucoup préféré qu'un des Fondateurs en soit responsable.
Elle avait reçu des félicitations sur ses talents de duellistes, surtout de la part de Godric qu'elle savait être un des plus grands, sinon le plus grand duelliste de son temps. Ses compliments la touchèrent mais elle n'arrivait pas à les apprécier pleinement. Une seule chose lui occupait l'esprit : elle verrait les Sombrals désormais, chose dont elle était auparavant incapable, même après la bataille de Poudlard où elle avait été mise hors d'état de nuire trop tôt pour assister à la mort de quelqu'un, ami ou ennemi.
Le Docteur lui adressa un sourire bienveillant qu'elle lui rendit, bien que teinté d'une certaine amertume.
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Le jour était haut lorsque Lavande fit ses adieux aux Fondateurs. Evidemment, il n'était pas question de se serrer dans les bras ou de s'embrasser. Ce fut très solennel, et le seul contact fut celui de la main de Rowena sur son épaule, comme à son habitude. Lavande essaya d'ignorer les larmes qui montaient, songeant qu'elle ne les reverrait jamais. Godric s'avança vers elle et lui demanda :
—Damoiselle, vous savez sans doute déjà que dans l'école que nous fonderons, les élèves seront répartis dans quatre maisons qui porteront nos noms. Alors permettez-moi de vous demander : à laquelle de ces maisons appartenez-vous ?
Lavande se sentit encore plus intimidée et répondit d'une petite voix :
— A votre maison, messire, la maison Gryffondor.
Godric sourit, ses yeux verts scintillèrent. A la grande surprise de Lavande, il se baissa et mit un genou en terre en la regardant dans les yeux. Puis il courba brièvement la tête et dit :
— Permettez-moi alors de m'incliner devant une digne représentante de ma maison damoiselle, je suis fier qu'elle compte des élèves possédant un tel courage et dotés d'une droiture d'esprit comme la vôtre.
Lavande baissa la tête, se sentant indigne de la dernière qualité qu'il lui avait conférée. Mais la voix de Salazar murmura alors :
— Quoique vous en pensiez.
Ses yeux clairs semblaient la sonder, comme lorsqu'il avait tenté de lire dans l'esprit du Docteur. Allait-il révéler son secret ? Mais il se contenta d'esquisser un sourire et d'incliner brièvement sa tête en signe de salut.
Lavande sentit alors le Docteur prendre sa main. Elle adressa un dernier signe de la main aux quatre sorciers les plus célèbres de l'Histoire de la magie puis elle monta dans le TARDIS, le cœur serré mais le sourire aux lèvres.
Note de fin : Un chapitre beaucoup plus court que le précédent qui clôt cette première aventure ! Vos impressions sont les bienvenues :)
Merci d'avoir lu et à samedi pour le chapitre 7 !
