Note d'auteur : Ce chapitre répond au prompt : Jouet cassé.

Traduction du titre : Tout dans l'esprit

Merci beaucoup à Eve et lilimordefaim pour leurs corrections et avis :)

Bonne lecture !


Le TARDIS se matérialisa à l'écart du village de Snowshill. Lorsqu'elle sortit du vaisseau spatial, Lavande eut un petit sourire. Devant eux s'étendaient des champs de lavande, sans fleurs à cause de la saison mais dont l'odeur embaumait l'air. Le village semblait relativement petit ce qui rassura Lavande. Elle n'avait jamais eu un excellent sens de l'orientation – trouver si facilement l'entrée du ministère l'avait surprise –, elle aurait peu de risques de se perdre.

Le Docteur sortit à sa suite, jetant des regards soupçonneux autour du vaisseau, l'air peu tranquille.

— Quoi encore ? soupira Lavande. Vous voyez bien qu'il n'y a rien ici, à part des champs de fleurs et des petits cottages !

— Je persiste à dire qu'il y a quelque chose de bizarre, marmonna-t-il en humant l'air. Oh, ça sent la lavande ! Dites-moi, cette destination, c'est un caprice narcissique ?

Lavande leva les yeux au ciel avec un petit sourire.

— Non, c'est ici qu'habite ma… meilleure amie. Enfin, avec dix ans de plus, maintenant. Venez, sa maison ne devrait pas être difficile à trouver.

Elle prit la main du Docteur et l'entraîna avec elle. L'air frais chargé du parfum des fleurs lui donna une bouffée d'entrain. La campagne anglaise lui avait manqué durant son petit séjour chez les Fondateurs. Oh, pour être coupée du monde, elle avait été servie, mais ce paysage de cottages tranquilles entourés de champs lui était particulièrement cher. Sans doute parce qu'elle avait passé son enfance, une enfance très heureuse, dans un petit village semblable à celui-ci. Elle reconnaissait bien là Parvati, qui partageait son goût pour les lieux paisibles, cet endroit lui correspondait tout à fait.

Finalement son œil se posa sur une plaque indiquant la rue qu'elle cherchait – bien que « rue » fut un bien grand mot pour ce chemin qui desservait quatre maisons. Lavande en repéra une un peu à l'écart et sut immédiatement que c'était celle de Parvati. Elle s'engagea dans le chemin, un étau lui enserrant l'estomac. Etait-ce vraiment une bonne idée de venir voir son amie ? Elle risquait d'apprendre des choses qu'elle ne devrait pas savoir… Et si la Lavande du futur était… morte ? C'étaient des choses qui arrivaient, peut-être était-elle morte durant ces dix ans… Voudrait-elle vraiment l'apprendre ? A vrai dire, elle n'aurait même pas dû sortir du TARDIS à Londres, car elle avait vu des choses dont personne n'avait connaissance en 2000.

Elle sentit qu'elle traversait une barrière, à peine perceptible, celle du sortilège Repousse-Moldu. Le Docteur n'avait pas réagi, visiblement insensible à ce charme.

— Vous n'êtes vraiment pas ordinaire, lui dit Lavande, amusée.

— Je sais, répondit-il avec un grand sourire, sans même paraître surpris qu'elle lui fasse cette remarque.

Ils avancèrent vers la barrière qui entourait la jolie maison de Parvati. A nouveau, Lavande eut une bouffée d'angoisse. Comment serait-elle reçue ? Parvati et elle étaient-elles toujours amies à cette époque ? En dix ans, il pouvait se passer bien des choses…

Elle avisa une clochette montée sur deux sortes de pattes métalliques, comme un échassier. L'objet enchanté sautilla sur place dès que Lavande posa sa main sur le muret de pierre. Instinctivement, elle accentua la pression sur la main du Docteur, le sang battant ses oreilles. La porte allait s'ouvrir et ce serait le moment fatidique…

Elle entendit le cliquetis familier d'une poignée qu'on tourne et eut envie de partir en courant. Elle ne voulait pas savoir ! Mais dès qu'elle amorça un mouvement de recul, le Docteur la retint et elle se contenta de fixer le seuil de la maison, avec l'impression que tout se déroulait au ralenti.

Enfin la porte s'ouvrit complètement et Parvati parut. Lavande demeura figée, incapable du moindre geste. Elle regardait son amie qui s'avançait dans la lumière. Les rayons du soleil firent briller ses longs cheveux noirs et scintiller les multiples bracelets à ses poignets. Lorsqu'elle descendit la petite marche du perron, ils tintèrent, comme du cristal. Plus elle avançait, plus son sourire s'agrandissait, mais Lavande ne parvenait toujours pas à bouger. Enfin elle ne fut plus qu'à un mètre d'elle et eut un petit rire.

— Si ça peut te rassurer, tu n'as pas beaucoup changé ! dit-elle d'une voix espiègle.

Lavande eut l'impression qu'on lui ôtait un poids immense. Elle savait déjà quelle Lavande elle avait face à elle, et ne semblait pas effrayée. De même, sa phrase laissait entendre que la Lavande du futur était encore tout à fait vivante et peut-être même en bonne santé, ce qui était rassurant. Bon, même si visiblement, les cicatrices n'avaient pas disparu, sinon Parvati en aurait peut-être fait état…

— Tu comptes prendre racine ? reprit-elle. Il ne fait pas très froid, mais si ça vous intéresse, j'ai fait du thé, il est juste chaud, et il y a du gâteau à la citrouille ! Oh, mais je manque à tous mes devoirs, vous êtes sûrement le Docteur ? ajouta-t-elle en tendant une main par-dessus la petite barrière pour le saluer. Je suis Parvati Patil, ravie de faire enfin votre connaissance !

Elle eut un nouveau rire et, regardant Lavande, elle murmura avec un sourire :

— Formidables ses oreilles, tu n'avais pas menti !

— Comment ça, qu'est-ce qu'elles ont mes oreilles ? s'indigna le Docteur.

Parvati eut un sourire espiègle et ouvrit enfin la petite barrière. A peine Lavande eut-elle fait un pas dans le jardin que son amie la serra dans ses bras. Toutes ses angoisses la quittèrent enfin et elle lui rendit son étreinte, heureuse de la retrouver. Elle avait beau avoir dix ans de plus, elle semblait être restée la même.

~o~O~o~

— Tu es mariée ? demanda innocemment Lavande.

Cela faisait une demi-heure qu'ils étaient installés dans le salon de Parvati et qu'elle glissait de temps à autres une question dont la réponse aurait pu l'éclairer sur son avenir à elle. Mais Parvati se contentait toujours d'un haussement d'épaule énigmatique. La Lavande du futur avait bien fait son œuvre en lui recommandant d'en dire le moins possible.

— Trahie par mon propre double, marmonna Lavande. Elle a pourtant traversé la même épreuve que moi ! Pourquoi t'a-t-elle dit de ne rien me révéler ? A quoi ça sert que je reste ici, alors ?

Parvati sembla soudain pensive. Elle se leva dans un doux bruissement d'étoffe et se dirigea vers un vieux buffet. Elle sortit d'un tiroir un paquet de photos qu'elle tria avant d'en rapporter une, un sourire aux lèvres. Elle la tendit à Lavande.

— Tiens. C'est bien tout ce que je peux te montrer.

Lavande eut un léger sourire en se reconnaissant sur la photo. Oh, elle devait avoir vingt-cinq ans dessus, guère plus. Il y avait Parvati aussi, et Dean et Seamus. Elle ne put s'empêcher de penser que Seamus était plutôt mignon avec une légère barbe et les cheveux plus longs. Mais son regard s'attarda sur elle. La Lavande de la photo riait aux éclats. Ses yeux brillaient de larmes et malgré les cicatrices toujours présentes que ses cheveux ne cachaient pas, elle avait un visage juvénile, bien plus semblable à l'étudiante qu'elle était à Poudlard qu'elle ne l'était avec cinq ans de moins.

— Un jour tu te décideras peut-être à sortir de ta tanière et à revenir nous voir, souffla Parvati avec un clin d'œil.

Le Docteur prit la photo et remarqua :

— Tiens, vous riez là-dessus, ça vous va bien. Ça change de d'habitude, quoi !

Lavande lui jeta un regard noir.

— Oh, vous…

Mais un grand fracas l'interrompit, les faisant sursauter. Le Docteur fut debout en une fraction de seconde, son tournevis sonique en main, aux aguets. Lavande avait sorti sa baguette, comme Parvati.

— Il y en a d'autres comme vous ici ? demanda le Docteur.

— Non, nous… je suis la seule sorcière dans ce village, répondit Parvati. C'est peut-être quelqu'un qui a raté son transplanage, je vais voir.

Elle les laissa au salon et Lavande remarqua que le Docteur paraissait particulièrement peu tranquille.

— Détendez-vous un peu, ça arrive souvent dans notre monde ce genre de chose. Ou alors c'est peut-être un agriculteur qui a fait surchauffer son tracteur…

— Des tracteurs en hiver ? répliqua le Docteur avec une grimace sceptique.

Lavande haussa les épaules.

— Je ne sais pas, je propose, c'est tout !

Elle sentait qu'il allait lui jeter une réplique cinglante quand un cri et une détonation les interrompit.

— Parvati ! s'exclama Lavande en se ruant dehors.

Le cœur battant, elle chercha son amie des yeux une fois à l'extérieur. Un nouveau cri la guida vers l'arrière de la maison. Sa baguette en main, le sang battant dans ses oreilles, elle courut dans la direction des cris, suivie du Docteur.

Elle trouva Parvati qui brandissait sa baguette vers la maison. Elle était livide, les yeux écarquillés, et Lavande comprit pourquoi lorsqu'elle découvrit ce contre quoi elle se défendait.

— Oh par Merlin ! souffla-t-elle en se figeant.

Elle n'avait jamais rien vu de semblable à la créature qui se dressait face à eux. On aurait dit un croisement entre une mante religieuse et un dragon, pourvu d'un crâne hypertrophié et mesurant bien dans les trois mètres de haut.

— Qu'est-ce que c'est que ce truc ? s'exclama Lavande. Encore un de vos copains ?

— C'est un Zellem ! répondit le Docteur. Ne le laissez pas vous regarder dans les yeux !

Lavande acquiesça sans demander de détail supplémentaire, l'heure n'était pas aux explications scientifiques. Elle courut vers Parvati qui fixait la créature, l'air terrifié.

— Lavande, qu'est-ce que c'est que ça ?

— Un Zellem, je t'expliquerai, il faut s'éloigner, et ne le regarde pas dans les yeux !

La créature poussa un cri strident qui leur vrilla les tympans. Lavande tomba à genoux, les mains plaquées sur les oreilles. Elle vit le Docteur braquer son tournevis sonique sur l'extraterrestre qui cessa immédiatement de crier et se courba, comme s'il résistait à une violente rafale. Lavande se releva aussitôt et pointa sa baguette magique sur le Zellem.

Stupéfix !

L'éclair rouge heurta la créature en plein thorax mais n'eut aucun effet. C'était comme si la carapace de ce monstre était trop épaisse pour que la magie puisse la traverser.

— Il résiste à la magie ! souffla-t-elle, effarée. Docteur !

— Je m'en charge ! Retournez dans la maison ! cria-t-il, une expression d'intense concentration sur le visage.

Lavande aida Parvati à se relever, peu encline à désobéir. Mais alors qu'elles s'éloignaient, le Zellem sembla se libérer de l'attaque du Docteur et fonça sur elles. Parvati fit volte-face, sa baguette à la main et cria :

Expulso !

Mais le sort ricocha et vint frapper de plein fouet le mur derrière elles. Lavande la tira à elle juste avant qu'une partie des pierres ne vienne s'écraser à l'endroit où elles se tenaient.

— Quand je… enfin, mon double du futur t'a prévenue de mon arrivée, elle t'a parlé de ce truc ? cria Lavande pour couvrir le bruit du tournevis sonique mêlé aux grondements du Zellem.

— Non ! Mais Lavande, elle ne pouvait pas me révéler ce qui allait se passer, ça aurait pu changer des choses !

— Il y a un monde entre respecter à la lettre la consigne « ne révélez rien sur le futur » et donner quelques indices pour éviter une catastrophe comme celle-là ! s'énerva Lavande. Je te signale que si je meurs ici, tout le futur est chamboulé !

L'extraterrestre échappa à nouveau à l'emprise du Docteur et tenta à nouveau de s'en prendre à elles. Une de ses pattes munies de pinces fendit l'air et Lavande sentit une douleur cuisante à l'épaule.

— Faites ce que je vous dis ! cria le Docteur. Est-ce que vous pourriez m'écouter, au moins une fois ?

Lavande hocha la tête, ignorant son épaule, et prit la main de Parvati. Celle-ci poussa alors un hurlement. Lavande se retourna et vit avec effroi que le Zellem la tenait par la jambe et s'en approchait dangereusement. Parvati se retourna sur le dos et pointa sa baguette sur la créature.

Stupé

Elle s'interrompit brusquement. Lavande eut l'impression que son regard devenait vague, comme si elle perdait connaissance. Le Docteur se précipita alors sur elle et posa sa main sur ses yeux alors qu'elle s'effondrait.

— Elle l'a regardé… gémit Lavande, catastrophée. Docteur, qu'est-ce que ça veut dire ?

Elle croisa son regard bleu et sentit la panique la quitter un peu. Il lui adressa un hochement de tête pour lui intimer de se calmer puis il pointa son tournevis sonique sur le Zellem. Un bruit strident en sortit, comme des ultrasons à pleine puissance. L'extraterrestre recula aussitôt avec un cri bestial. Lavande ne perdit pas de temps.

Locomotor Mortis, invoqua-t-elle d'une voix tremblante.

Le corps de Parvati s'éleva dans les airs, inerte. Sans attendre, elle s'empressa de faire le tour de la maison, suivie du Docteur, et se précipita à l'abri, veillant à ce que Parvati ne heurte rien. Elle déposa le corps de son amie sur le sofa et retourna à la porte, baguette toujours en main.

— Collaporta… Salveo Maleficia… Protego Horribilis…

Chacun des sortilèges touchait la porte qui s'illuminait d'une brève lumière dorée. Quand Lavande eut épuisé son stock de charmes protecteurs, elle courut au salon. Le Docteur était assis près de Parvati, son tournevis pointé sur sa tête.

— Comment va-t-elle ?

— Je ne sais pas, elle n'est pas très bavarde.

Lavande n'était pas d'humeur à rire.

— Qu'est-ce que c'est que ce Zellem ? Qu'est-ce qu'il fait ? Comment il vous a trouvé ?

— Il nous suivait depuis Londres, je vous avais dit que je sentais quelque chose de bizarre ! Il a dû entendre où vous vouliez vous rendre.

Lavande sentait ses mains trembler et son cœur tambouriner dans sa poitrine.

— Il l'a tuée ? murmura-t-elle.

— Non, il a simplement fermé son esprit et l'a plongée dans le coma.

Simplement ? Comment a-t-il fait ça ? En la regardant dans les yeux ? Tous vos copains extraterrestres ont ce genre de pouvoir psychique ?

— Ce ne sont pas mes copains ! Enfin, ceux-là en tout cas, pas du tout, c'est une civilisation qui a périclité il y a quelques centaines d'années, ils se sont dispersés dans l'univers et certains d'entre eux essaient de reprendre du pouvoir en contrôlant des corps. Ils investissent l'esprit de leurs victimes, ferment toute capacité de réflexion et prennent la place.

— Ils veulent créer des morts-vivants ? s'étrangla Lavande.

Le Docteur eut un léger sourire avant de secouer la tête.

— Non, leurs marionnettes sont bien vivantes, mais ils tirent les ficelles. Il y a quelques années, ils avaient presque réussi à créer une armée de Sontariens à leur solde de cette manière, mais les Sontariens ont la tête trop dure, ils se sont réveillés avant de lancer une attaque contre les Haths.

— Les…

— Des espèces de poissons à corps humain, expliqua le Docteur, visiblement compatissant.

Lavande se prit la tête dans les mains.

— Mais comment pouvez-vous vivre dans ce monde ? gémit-elle. Vous êtes le seul à avoir un semblant de conscience ou quoi ? Pourquoi tous les extraterrestres qu'on a rencontrés et dont vous me parlez en veulent au pouvoir et à la vie des autres ?

— Parce que sur Terre c'est différent ?

Lavande songea à Voldemort, aux Mangemorts. Aux guerres dans le monde moldu. Non ce n'était pas différent, il y en avait toujours pour essayer de s'emparer du pouvoir et anéantir les autres. Mais la Terre, comparée au reste de l'univers, c'était tout de même une autre échelle !

— Les cinglés de chez nous ne mettent pas en péril l'univers entier ! s'exclama-t-elle. Et… et il n'y a pas que des fous sur Terre, alors que pour l'instant, je n'ai rencontré aucun extraterrestre sain d'esprit !

— J'en ai vu quelques-uns quand même, depuis que je vous ai rencontrée ! Cette Brenna par exemple…

Il s'interrompit soudain alors que Lavande blêmissait. Cet épisode était encore si frais dans son esprit…

— Vous n'avez rien à vous reprocher, reprit-il d'une voix grave. C'était de la légitime défense.

— Ca vous est égal de savoir que j'ai tué quelqu'un ? Ça ne vous fait rien ?

Il haussa les épaules avec un petit sourire rassurant.

— On fait tous des erreurs, dit-il simplement.

Un coup sourd les sortit de leurs pensées et Lavande se figea.

— J'ai enchanté la porte, mais je ne sais pas combien de temps ça peut tenir ! Comment est-ce qu'on s'en débarrasse de ce truc ? Il y a moyen de le renvoyer d'où il vient, comme les Carrionites ?

Le Docteur secoua la tête. Il avait soudain l'air très grave.

— Cette espèce a des pouvoirs psychiques extrêmement puissants, c'est sur ce terrain qu'il faut le combattre.

— Je n'ai pas de compétences…

— Moi si, la coupa-t-il.

Il eut un de ses étranges sourires qui lui donnaient une tête d'illuminé.

— Comme vous l'avez si bien dit, je ne suis pas sain d'esprit, il n'y a pas grand-chose à endommager ! s'exclama-t-il gaiement.

Lavande se figea, réalisant ce qu'il proposait.

— Vous… vous n'allez pas y aller seul ! s'exclama-t-elle. Vous avez vu la taille du machin ? Et ses crocs ? Ses griffes ? C'est une espèce de dinosaure mutant !

— Non, c'est un extraterrestre.

— Peu importe ! Je vous interdis d'y aller, on va trouver un moyen ici, avec la magie parce que jusqu'ici, c'est comme ça qu'on s'en est sortis. Et on va continuer, à ma manière !

Le Docteur eut un petit sourire malicieux.

— Est-ce que vous vous inquiéteriez pour moi, Lavande Brown ?

Lavande leva les yeux au ciel en haussant les épaules, exaspérée. Mais après quelques secondes de silence elle soupira et siffla :

— Oui, bon, d'accord, je m'inquiète pour vous ! Mais j'ai des raisons de le faire non ? Si vous… si ça finit mal, vous ne pourrez plus me ramener dans mon époque et je ne vous raconte pas les problèmes que ça peut créer !

— Je vous remercie, je crois que je suis un petit peu plus au courant que vous à ce sujet, répliqua-t-il avec un certain sarcasme.

Mais ses yeux pétillaient toujours et elle ne put s'empêcher de sourire à son tour. Ils regardèrent par la fenêtre de concert, et Lavande frémit en voyant le Zellem s'acharner sur les murs de la maison, la faisant trembler toute entière. Le Docteur lui adressa un petit clin d'œil avant d'ajouter :

— Surveillez votre amie, je reviens tout de suite !

Lavande acquiesça, la gorge nouée. Il sortit de la maison et elle se précipita à la fenêtre pour suivre ce qui allait se dérouler. Le Zellem poussa un cri qui lui glaça le sang, elle joignit les mains pour les empêcher de trembler. Le Docteur s'avançait d'un pas décidé vers la créature, brandissant son tournevis, les traits durcis comme elle l'avait rarement vu.

— A nous deux, Zellem, dit-il de sa voix de stentor. Il est temps d'en finir.

Lavande jeta un coup d'œil rapide à Parvati. La jeune femme semblait dormir, son état ne paraissait pas s'aggraver, elle pouvait donc se concentrer sur le combat et se préparer à sortir si le Docteur avait besoin d'aide.

Le Zellem fondit sur son adversaire qui pointa son tournevis vers lui, produisant un son strident. L'extraterrestre recula, comme un fauve face à une torche. Le Docteur marchait vers lui, le pas conquérant, son tournevis agissant comme un Patronus à l'approche d'un Détraqueur. Lavande sentit le soulagement l'envahir. Tout allait bien, le Docteur gagnait, il les sortirait de là comme toujours, tout allait bien…

La créature se redressa tout à coup, poussant un vagissement et se rua sur le Docteur. Ce dernier l'évita de justesse, faisant un bond de côté.

— Docteur ! hurla Lavande.

Il se retourna vers la maison et alors qu'elle s'apprêtait à ouvrir la fenêtre pour courir l'aider, il lui fit signe de ne pas bouger. Son regard était sans appel, si bien que Lavande se fit violence pour rester à sa place. Fébrile, elle sortit néanmoins sa baguette de sa poche et crispa ses doigts dessus.

— Ca va aller, ça va aller… murmura-t-elle pour se rassurer.

Le Docteur se releva avec agilité et fit face à la créature. Soudain contre toute attente, il rangea son tournevis dans sa veste et, campé sur ses deux jambes, il soutint le regard du Zellem. L'extraterrestre parut un instant déconcerté, sa démarche se fit hésitante. Il poussa alors un rugissement et fonça vers le Docteur. Lavande sentit son cœur s'affoler et saisit la poignée de la fenêtre, bien décidée à désobéir pour sauver le Docteur d'une mort certaine.

Mais le Zellem s'arrêta brusquement, comme s'il se heurtait à un mur. Lavande écarquilla les yeux, stupéfaite. On aurait dit que le Docteur avait créé un bouclier par la simple force de son esprit ! Les sorciers avaient besoin d'une baguette, et lui… Cela tenait du prodige !

— Allez, Docteur, allez… souffla-t-elle tremblante.

L'extraterrestre rugit et le Docteur fut projeté en arrière. Lavande retint son souffle. Il se rétablit aussitôt et reprit le contact visuel avec son adversaire. Si le Zellem ne poussait pas de tels cris, le combat aurait été d'un silence oppressant. Tout se passait dans leurs esprits, c'était un combat mental. Le Zellem tentait certes parfois d'atteindre le Docteur à l'aide de ses griffes acérées ou de ses crocs démesurés mais ses attaques étaient sans effet.

Ils restèrent de longues secondes immobiles, tels deux félins cherchant à intimider l'autre avant d'attaquer. Le Docteur ferma les yeux, les narines frémissantes, signe de son intense concentration. Lavande ne le quittait pas des yeux, espérant presque unir son esprit au sien pour lui venir en aide. Le Zellem vagit et recula, comme brûlé. Mais il réattaqua, et le Docteur manqua perdit l'équilibre. L'extraterrestre profita de sa perte d'attention pour fendre l'air de ses griffes. Le Docteur roula sur le côté juste à temps pour éviter de se retrouver coupé en deux, et n'eut qu'une éraflure sur le front. Lavande poussa un cri, couvrant sa bouche de ses mains, le cœur battant.

Le Docteur tourna imperceptiblement la tête vers elle et Lavande se maudit de le distraire. Il se releva d'un bond et, le regard plus dur que jamais, s'avança vers le Zellem qui grondait, menaçant. Le contact visuel entre eux était si intense que Lavande avait presque l'impression de voir le lien qui les unissait. Soudain le Docteur porta ses mains à ses tempes et ferma les yeux. Lavande se figea, horrifiée à l'idée que le Zellem soit en train de prendre le dessus.

Mais l'extraterrestre se recroquevilla brutalement sur lui-même. Le Docteur avançait et plus il se rapprochait, plus le Zellem se plaquait au sol. Il poussa un cri aigu, comme une plainte. Le son s'éteignit brusquement et un bruit sourd retentit, tandis qu'au même moment une lumière blanche aveuglante surgissait de nulle part. Lavande détourna la tête, éblouie. Dès qu'elle recouvra une vue à peu près nette, elle se tourna aussitôt vers le théâtre des évènements.

Le Docteur se tenait debout, dos à elle, contemplant l'endroit où se tenait le Zellem quelques secondes auparavant. L'extraterrestre s'était volatilisé. Seule trace de sa présence passée : un mince filet de fumée sortant du sol où l'herbe était couchée en cercles concentriques, comme si une violente déflagration avait eu lieu.

Figée, Lavande regarda le Docteur revenir vers la maison, la mine sombre. Lorsqu'il pénétra dans le salon, elle souffla :

— C'était extraordinaire, je n'aurais jamais pensé que vous étiez capable de telles choses… Est-ce que le Zellem est…

— Mort ? coupa-t-il. Oui.

Il s'assit sur le canapé auprès de Parvati. Lavande balbutia :

— C'est… c'est plutôt une bonne chose non ? Il avait l'air… plutôt agressif…

Le Docteur releva la tête et elle fut glacée par la dureté de son regard.

— Pour vous Lavande, c'est une bonne chose. Je sais que vous avez encore du mal à accepter l'existence des extraterrestres, alors quand vous en voyez un comme ce Zellem, vous avez l'impression de vous retrouver dans un film de science-fiction, vous le voyez comme… une sorte de test, ou de jouet. Pas comme un être réel, appartenant à un peuple ayant une histoire.

Il s'interrompit, baissant son regard vers Parvati.

— On pourrait penser qu'après tout ce temps à courir et à pourchasser les extraterrestres, on s'habitue, et que les anéantir n'a plus vraiment d'importance. On pourrait penser que ce ne sont que des jouets cassés que je remplace à chaque nouvelle poursuite. Si seulement c'était si simple…

Lavande s'en voulut aussitôt d'avoir été si maladroite. Il n'avait absolument pas l'air satisfait d'avoir gagné ce combat. Du moins, pas de cette manière. Elle se racla la gorge avant de demander :

— Et… pour Parvati ? Elle va s'en sortir ?

— Il suffit que j'inverse le processus, répondit le Docteur d'un ton plus léger. Laissez-moi quelques minutes.

Il posa ses mains sur les tempes de Parvati et ferma les yeux. Seuls ses sourcils froncés trahissaient l'effort qu'il produisait, le reste de son expression demeurait impassible. Fascinée, Lavande ne le quittait pas du regard. Elle vit ses sourcils se froncer davantage un instant, comme s'il voyait quelque chose de vraiment étrange… ou horrible ? Et s'il la voyait se faire attaquer par Greyback ? Non, Parvati n'avait pas assisté à cet épisode, il ne pouvait pas tomber dessus… Mais il y aurait d'autres choses, son futur par exemple, il verrait sûrement des choses la concernant.

Elle secoua la tête, outrée de son égoïsme. Son amie était plongée dans un coma profond et elle ne pensait qu'à sa petite personne, et au profit qu'elle pourrait tirer de cet accident. Elle méritait des gifles.

Le Docteur enleva finalement ses mains et Parvati ouvrit brusquement les yeux en aspirant l'air à grandes goulées, comme si elle était restée en apnée tout le temps de son coma.

— Du calme, tout va bien ! souffla Lavande en la prenant par les épaules. Le Docteur s'est débarrassé du Zellem, il n'y a plus aucun danger.

Parvati paraissait complètement perdue et continuait à respirer de façon saccadée. Lavande la serra dans ses bras, folle de soulagement.

— C'était… c'était horrible… souffla Parvati. J'avais l'impression d'être enfermée dans un minuscule espace clos, de ne pas… pas pouvoir réfléchir, penser, rien ! Je n'avais plus de consistance, comme un fantôme… murmura-t-elle en portant les mains à son visage, comme pour s'assurer de sa matérialité.

— C'est fini, murmura Lavande en resserrant son étreinte.

Elle la libéra et Parvati adressa un regard empli de reconnaissance au Docteur.

— Merci… Merci, je… si vous n'aviez pas été là…

— Rien de tout cela ne serait arrivé, la coupa-t-il avec un petit sourire.

— Vous êtes le plus grand aimant à problèmes que j'aie vu ! s'exclama Lavande d'un ton léger. Mais au moins on ne s'ennuie pas !

Elle lui fit un petit clin d'œil et fut heureuse de voir son sourire s'élargir. Mais elle s'assombrit un peu en voyant la pâleur de Parvati et la fine pellicule de sueur qui couvrait son visage. Lavande n'en revenait pas d'avoir failli la perdre. Elle se jura de ne pas faire comme son double du futur lorsque ce serait son tour de prévenir Parvati de son arrivée, elle lui donnerait toutes les indications possibles pour pouvoir se défendre contre l'extraterrestre.

— C'est tout de même invraisemblable que mon double ne t'ait prévenue de rien, elle est totalement inconsciente ! fulmina Lavande.

— Je te signale qu'elle est toi, fit remarquer Parvati avec un faible sourire. Et à vrai dire, elle m'a expliqué très clairement la raison pour laquelle elle ne pouvait rien me dire. C'est ce que j'ai évoqué tout à l'heure avant que… bref, avant l'accident. Lavande, si elle m'avait donné une quelconque indication sur ce qui allait se passer, cela aurait tout changé.

— Vous auriez été au courant des évènements à venir, ce que votre double n'était pas, poursuivit le Docteur. Vous auriez changé votre propre passé, et par conséquent l'époque où nous nous trouvons. Certes, pas un grand changement, mais les dommages collatéraux peuvent être importants.

Lavande comprenait où ils voulaient en venir.

— Mais vous, dit-elle à l'attention du Docteur, vous passez votre temps à vous balader dans le passé, le futur, ne me dites pas que vous n'avez jamais gaffé !

— Je suis un professionnel, ça n'a rien à voir ! protesta-t-il. Enfin… il y a peut-être eu quelques soucis de temps à autre, j'ai failli annuler la Seconde Guerre Mondiale – ce qui n'aurait pas été un moindre mal, mais vous ne seriez jamais née par exemple – mais je me suis toujours rattrapé !

Lavande acquiesça. Oui, elle avait bien compris le problème.

— Bien ! s'exclama le Docteur. Je crois que vous avez eu votre compte d'aventures pour un moment Parvati, nous allons y aller !

Lavande ne protesta pas. Elle ne voulait pas faire courir de nouveau risque à son amie et éprouvait le besoin de rentrer chez elle. Le discours fataliste du Docteur lui restait en travers de la gorge. Si les voyages dans le temps n'avaient pas d'autre but que celui de la faire assister impuissante à des choses qu'elle aurait pu annuler, elle n'en voulait plus.

— Je compte sur vous pour ne pas lui raconter tout ce que vous avez vu dans ma tête, dit Parvati au Docteur avec un petit sourire.

— Bien sûr, faites-moi confiance ! Lavande, qui était ce rouquin collé à vous il y a quelques années, avec qui vous tentiez une espèce de fusion corporelle ?

Lavande rougit jusqu'aux oreilles, mais le rire franc du Docteur la détendit un peu. Ce n'était pas de la méchanceté, juste… de la taquinerie.

— Je vous en pose des questions, moi ? marmonna-t-elle ironiquement.

Parvati les raccompagna jusqu'au portillon de son jardin, enveloppé dans un châle aux couleurs chatoyantes. Lavande la prit dans ses bras, profitant de cette dernière étreinte. Elle ne retrouverait cette Parvati que dix ans plus tard après tout. Elle songea à la photo, et au message d'espoir qu'elle véhiculait. Elle n'avait qu'un mot à dire à son amie.

« Merci ».


Note de fin : Voilà, j'espère que ça vous a plu ! Ce chapitre a été énormément remanié depuis sa version originale, à la base c'était uniquement une discussion entre Lavande et Parvati, sur pourquoi Lavande était déprimée, un truc vaguement moraliste avec une révélation qui fait que Lavande décide de se reprendre en main, enfin bref, c'était pas mal chiant, y avait aucune action xD Donc voilà, je suis contente de l'avoir retravaillé dans cette direction !

N'hésitez pas à commenter, et à dimanche pour la suite !