Note d'auteur : Ce chapitre répond au prompt #10 : "De là-haut"

Traduction : La vie parmi les étoiles lointaines

Un grand merci à Eve et Lilimordefaim pour leurs corrections et suggestions ! :D

Bonne lecture !


Lavande caressa distraitement le plumage d'Abigail. Assise sur son lit, enfin de retour dans sa chambre, elle repensait à ce qui venait de se passer en quelques jours. Elle avait l'étrange impression que tout cela n'avait été qu'un long rêve, ou un cauchemar selon les passages qu'elle se remémorait. Le Docteur l'avait ramenée chez elle la veille – au bon endroit et à la bonne date pour une fois. Encore un peu sous le choc d'avoir failli perdre Parvati, vu le Docteur combattre le redoutable Zellem et traversé le temps et l'espace un nombre de fois incroyable en si peu de jours, elle éprouvait le besoin de se retrouver seule.

Sa chouette lui avait beaucoup manqué, elle était sa seule amie dans ce village où elle s'était retirée loin du monde sorcier et de ses proches. Elle n'avait eu aucun mal à se nourrir, à en juger par toutes les pelotes de régurgitation qui jonchaient le plancher. Lavande les avait fait disparaître d'un simple « Récurvite ».

Elle regarda par la fenêtre. Le soleil se couchait, marbrant le ciel de rose et de violet. Lavande se perdit entre ses pensées et cette contemplation.

Lorsqu'elle était rentrée chez elle, elle avait tout d'abord eu envie de s'enfermer et de ne voir personne pendant plusieurs jours. Ces voyages avaient été merveilleux, malgré le fait qu'elle ait risqué sa vie et celle des autres un bon nombre de fois, mais ils avaient éveillé en elle de trop douloureux sentiments pour qu'elle continue. Tous ces gens qui l'avaient regardée comme un monstre… L'impression que même dix ans plus tard elle n'avait toujours pas réussi à s'épanouir… Oh oui, il y avait bien cette photo où elle riait avec Parvati. Et alors ? L'amitié, cela ne lui suffisait pas. Elle voulait plus, beaucoup plus.

Elle avait bien eu un petit ami en septième année mais cela n'avait pas duré. Il l'avait traitée comme une idiote au bout de quelques jours, et l'avait quittée quand il avait compris qu'elle ne ferait pas ses quatre volontés pour un sourire charmeur. Depuis, plus personne évidemment. L'A.D, son coma, sa retraite loin de tout… Mais elle avait beau avoir les idées noires la plupart du temps, elle restait une éternelle romantique, et continuait bêtement d'espérer qu'un jour on s'intéresserait à elle et que ses cicatrices ne seraient pas un motif de rejet.

Abigail lui mordilla le doigt, la sortant de ses pensées. A cet instant, un son familier brisa le silence de ce début de soirée et Lavande bondit de son lit pour aller à la fenêtre. Le TARDIS apparut dans l'allée juste devant sa maison, dans un effroyable vacarme. Lavande ne put s'empêcher de sourire. Il faudrait vraiment que le Docteur desserre le frein de cet appareil !

Il sortit de la cabine de police et alla s'asseoir sur un muret pour contempler les champs. Mais cela ne dura qu'un temps. Il se leva brusquement, franchit le muret de son jardin d'un mouvement leste avant d'aller toquer fermement à sa porte. Il agita la petite cloche, se servit du cogne-porte et se remit à tambouriner. Lavande ne bougea pas. Elle savait bien que si elle descendait, il l'entrainerait avec lui sans autre forme de procès. Elle ne savait pas si elle en avait envie.

Elle fut cependant bien obligée de descendre quand il se mit à agiter la cloche comme un forcené, elle n'avait pas envie d'attirer l'attention des voisins. Quand elle ouvrit la porte, il lui adressa un grand sourire et entra dans la maison sans y avoir été invité. Lavande leva les yeux au ciel, essayant de cacher son amusement devant le manque de manières du Docteur.

— Bon, tu es prête ? demanda-t-il comme s'ils avaient convenu de repartir.

Lavande mit quelques secondes à réaliser qu'il l'avait tutoyée. Visiblement, il n'avait pas du tout l'intention de couper les ponts avec elle, bien au contraire. Elle ne savait pas quoi en penser. Une part d'elle voulait le mettre à la porte aussi sec pour qu'il lui fiche la paix et une autre part mourait d'envie de repartir à la conquête du temps et de l'espace. Elle ne pensait pas qu'il reviendrait la voir en réalité, elle avait commencé à se faire à l'idée qu'il était parti pour de bon, las de son sale caractère et son esprit peu aventurier. Elle n'avait pas caché son désarroi après la mort de Brenna et le coma de Parvati, elle croyait qu'il désapprouverait cette sensibilité, même si lui-même était loin d'être dépourvu d'émotions. Elle en avait eu la preuve au long de leurs voyages.

— Je ne… commença-t-elle.

— J'ai réfléchi à plein d'endroits où t'emmener, je suis sûr que tu ne trouveras rien à redire ! Il y a une planète fantastique couverte de glace mais où il fait plus de vingt degrés – rapport à une différence de température très forte entre le sous-sol et l'air ambiant.

— Docteur je…

— Je connais aussi une planète couverte de diamants ! Bon, la lumière du soleil y est mortelle, mais avec un bon double-vitrage tout va bien…

— Docteur !

Il s'interrompit et la regarda comme s'il découvrait son existence. Lavande soupira :

— Je ne sais pas si j'ai envie d'y retourner, tout ce qui s'est passé ces derniers jours… je crois que c'était trop pour moi. Il y a quelques années, je vous aurais suivi sans hésiter, mais il y a eu quelques bouleversements dans ma vie dernièrement…

— Quel genre ? demanda le Docteur en s'intéressant au Lunascope accroché au mur.

— Peu importe ! s'indigna Lavande face à tant d'indiscrétion. Je vous dis simplement que je ne me sens pas d'y retourner…

Le Docteur haussa les épaules et prit le Lunascope entre ses mains pour le regarder de plus près. Il se dirigea vers une fenêtre et s'en servit comme d'une lunette astronomique. L'hiver, la lune n'était pas visible en plein jour, elle supposa donc qu'il observait les nuages.

— Fantastique ! s'exclama-t-il. Tu dois gagner un temps fou avec ça, quand tu fais de l'astronomie !

— Je n'en fais plus… marmonna Lavande.

— Ah oui ? Tu as tort, c'est une science passionnante. On ne se lasse jamais d'observer les étoiles.

Lavande eut une moue indifférente. Autant elle aimait beaucoup regarder le ciel pour faire de la divination et essayer de prédire l'avenir en fonction de l'alignement des étoiles, autant s'intéresser à leur fonctionnement scientifique, beaucoup moins. L'Astronomie était une discipline trop moldue pour vraiment lui plaire, elle avait l'impression d'être retournée à l'école élémentaire pour faire des maths.

— Tu ne me crois pas ? demanda le Docteur avec un air de défi. Très bien, je te donne trois minutes pour me rejoindre dehors, sinon je pars sans toi.

Il sortit de la maison sans un mot de plus, laissant Lavande pantoise. Il avait vraiment l'air convaincu qu'elle le suivrait. Et si elle ne le faisait pas ? Il partirait de toute façon, elle ne semblait pas indispensable. Elle allait encore se retrouver confrontée à des bestioles pas possibles, à des gens qui la dévisageraient, elle aurait encore des accidents, elle verrait des choses incroyables, elle vivrait des aventures fantastiques…

Ce fut le déclic. Lavande se précipita dans sa chambre, sortit une valise de sous son lit et s'exclama :

Failamalle !

Ses vêtements jaillirent de son armoire, ses affaires de toilette traversèrent la pièce, quelques livres s'ajoutèrent au fatras et la valise se referma brutalement. Bon, tout était mis n'importe comment, mais elle avait emporté le nécessaire. Au moment où elle allait sortir, un hululement la rappela à l'ordre. Sa chouette la considérait avec sévérité du haut de son armoire. Lavande leva le bras et l'oiseau vint s'y poser.

— Je ne peux pas t'emmener, murmura Lavande. Le Docteur est un véritable aimant à problèmes, Merlin sait ce que nous devrons encore affronter… Mais je te promets de revenir très vite.

Elle l'embrassa sur le haut du bec avant que la chouette ne s'envole par la fenêtre dans un dernier hululement. Lavande fit léviter sa valise d'un « Locomotor Barda » et descendit les escaliers en courant. Une fois dehors, elle veilla à prendre sa valise à deux mains pour que personne ne la voie voler et sortit du jardin. Le Docteur l'attendait, adossé au TARDIS. Il lui adressa un grand sourire.

— J'ai failli attendre ! la taquina-t-il.

Lavande leva les yeux au ciel non sans amusement et lui donna sa valise.

— Tenez, rendez-vous utile ! s'exclama-t-elle. Et j'espère qu'il y a assez de place pour entreposer mes affaires, j'ai emporté quasiment toute mon armoire.

Elle monta dans le TARDIS sans attendre de réponse et courut au poste de commande, le regard brillant. Le Docteur la rejoignit en traînant sa valise à grands renforts de protestations.

— Comment peux-tu transporter autant de choses dans une si petite valise ? Elle aussi elle est plus grande à l'intérieur ? grommela-t-il en traînant la valise jusqu'à une porte après la passerelle.

— Je vous signale que lors de notre dernière escapade, je n'ai pas pris de douche durant près de quatre jours, et je ne me suis pas changée, il est hors de question que ça se reproduise !

Elle eut la curieuse impression de revivre une scène en disant ces mots : c'était de cette manière qu'elle et les autres filles de l'A.D avaient obtenu de la Salle sur Demande qu'elle ajoute une salle de bain à leur quartier général. Elle dissimula un sourire. Peut-être n'avait-elle pas tant changé que cela, finalement…

— Allez, en route ! s'exclama le Docteur. Et cette fois, je choisis la destination, tu vas redécouvrir les étoiles, Lavande ! Ce sera… fantastique !

Elle sourit et le regarda manipuler les leviers et pianoter sur les claviers. La tour s'illumina et le bruit familier retentit. Le sol se mit à trembler, Lavande et le Docteur se raccrochèrent au tableau de bord en échangeant un grand sourire. Puis le voyage commença.

~o~O~o~

Le vaisseau se stabilisa et Lavande fut si surprise qu'elle perdit l'équilibre et s'effondra sur la passerelle en riant. Curieusement, le Docteur ne bougea pas pour lui ouvrir. Elle se releva maladroitement et se dirigea vers la porte avec hésitation. Elle se retourna et vit qu'il affichait un sourire énigmatique. Elle abaissa timidement la poignée. La porte s'ouvrit toute seule en grinçant. Lavande glissa un regard dans l'interstice.

— Oh par Merlin ! s'écria-t-elle en refermant le battant aussitôt. Docteur ! Nous sommes…

Elle déglutit avant de reprendre d'une voix tremblante d'excitation :

— C'est l'espace ! Nous sommes au milieu de l'espace !

Elle rouvrit aussitôt la porte mais la referma une seconde après.

— Pourquoi tu fais ça ? demanda le Docteur perplexe.

— Pour ne pas perdre d'oxygène, répondit Lavande. On ne peut pas respirer dans l'espace, je vous signale.

— Oh ça c'est un détail, le TARDIS crée lui-même un champ de protection pour maintenir l'atmosphère interne dans ce genre de situation. Tu peux laisser la porte ouverte autant que tu veux, il n'y a aucun risque !

« Aucun risque »… Ce genre de phrase venant du Docteur la laissait dubitative. Malgré tout elle fit ce qu'il lui disait et rouvrit la porte en grand. Elle poussa une exclamation d'émerveillement face au spectacle qui s'offrait à elle. C'était comme un rêve… Ces milliards d'étoiles face à elle, comme des diamants constellant ce ciel noir de nuit. Elle ne se rappelait pas avoir déjà vu quelque chose d'aussi beau. Elle choisit d'écarter sa mèche de cheveux pour admirer le firmament de ses deux yeux. Peu importaient ses cicatrices, pour la première fois elle s'en moquait totalement.

Elle sentit la présence du Docteur derrière elle et lui adressa un immense sourire.

— C'est magique ! s'exclama-t-elle. C'est complètement magique !

Elle retourna à sa contemplation, essayant de trouver des constellations qu'elle connaissait, mais d'ici tout était si différent. D'ailleurs qu'est-ce qui lui disait qu'il ne l'avait pas emmenée dans une galaxie totalement inconnue des astronomes terriens ?

— Où sommes-nous ? demanda-t-elle.

Le Docteur se pencha et scruta le ciel étoilé d'un air pensif.

— Hm… Si mes calculs sont exacts, nous sommes dans la galaxie d'Andromède. Les milliards d'étoiles que tu vois sont invisibles depuis la terre, cette galaxie est trop éloignée. Ce que nous voyons depuis la terre, c'est la constellation d'Andromède, et la galaxie dans laquelle nous nous trouvons est la nébuleuse très lumineuse, près de la constellation.

— On peut voir des étoiles connues d'ici ?

Le Docteur se pencha un peu plus et lui désigna une étoile très brillante à l'ouest.

— C'est Mirphak, de la constellation de Persée. Elle est 60 fois plus grosse que le Soleil. Et là-bas, dit-il en lui montrant un point lumineux totalement à l'est, c'est Enif, dans la constellation de Pégase. Elle est 175 fois plus grosse que le Soleil. Elle est en train de mourir. Dans quelques millions d'années, elle aura disparu.

Sans qu'elle sache pourquoi, Lavande sentit les larmes lui monter aux yeux. C'était si étrange… De là-haut, loin de la Terre, tout semblait si différent. C'était insensé mais elle avait l'impression que ces étoiles n'étaient pas inanimées. Etait-ce pour cela que le Docteur l'avait emmenée ici ? Pour lui faire prendre conscience de la beauté de l'univers ? Pour lui faire comprendre que ces étoiles n'étaient pas éternelles, qu'un jour elles disparaîtraient et qu'il ne fallait pas tarder pour les étudier, ou même les explorer ?

— Et la galaxie dans laquelle nous nous trouvons, elle va mourir aussi ? demanda Lavande sans se préoccuper du côté infantile de sa question.

— Pas exactement. En réalité, dans sept milliards d'années, elle va fusionner avec la Voie Lactée, bien après la destruction de la Terre.

— Vous avez… déjà vu ça ? murmura Lavande. Je veux dire… la disparition de la Terre…

— Non, mais ça ne saurait tarder, c'est un évènement qui ne se manque pas !

Elle avait l'impression qu'il parlait d'un festival, d'un concert. Mais c'était de la Terre qu'il parlait, de sa Terre à elle ! Lavande savait qu'elle disparaîtrait un jour, elle avait au moins retenu cela de ses cours d'Astronomie, mais elle ne s'en était pas préoccupée, sachant qu'elle ne serait plus là pour le voir. La capacité du Docteur à voyager dans le temps remettait tout cela en cause ! Si elle le voulait, elle pouvait lui demander de l'emmener voir… la fin du monde.

Elle secoua la tête. Non, ce serait trop pour elle, elle refusait de voir cela. Qui pouvait avoir envie d'assister à la destruction de la Terre d'ailleurs ? Ca signifiait… la fin de tout. Tout disparaîtrait. Même Poudlard, toute la magie que contenait le château ne le préserverait pas. La magie disparaîtrait peut-être à tout jamais. Si Lavande avait eu la preuve que la vie existait au-delà des barrières terrestres, la magie en revanche…

— On… on peut voir la Terre d'ici ? demanda-t-elle en essayant de dissimuler des larmes dans sa voix.

— Oh non ! s'exclama le Docteur avec un sourire. Tout ce que tu peux voir, c'est la Voie Lactée, droit devant.

— Cet amas blanc ?

— Exact, c'est la Voie Lactée. Elle contient le Système Solaire qui lui-même contient la Terre, alors imagine ! La Terre n'est qu'un grain de poussière dans cette immensité…

Lavande acquiesça.

— Mais j'aime bien cette planète ! s'exclama le Docteur. On y fait des rencontres intéressantes. Et puis vous avez des bananes !

— Des bananes ? répéta Lavande, incrédule.

— Oui, c'est une excellente source de potassium, il faut toujours en avoir sur soi !

Il lui adressa un grand sourire et Lavande n'eut d'autre choix que de le lui rendre, amusée par son enthousiasme et son insouciance. Elle se sentait le cœur plus léger à présent. Elle jeta un dernier regard à l'univers et rentra dans le TARDIS, encore un peu secouée. Le Docteur referma la porte.

—Alors ? demanda-t-il.

— C'était… extraordinaire, souffla-t-elle. Je ne pensais pas voir une telle chose un jour.

Elle le regarda. Ses yeux s'étaient assombris, comme s'il était en proie à de noires pensées. Elle lui avait déjà vu cette expression. Mettant de côté la diplomatie, elle lui demanda de but en blanc :

— Et votre planète, dans tout ça, où est-elle ?

Il releva la tête et elle fut déstabilisée par la dureté de ses traits. Il se dirigea vers le poste de commande d'un pas rapide, sans plus aucun entrain. Evitant son regard, il se concentra sur un écran et un clavier, comme s'il n'avait pas entendu sa question.

— Je vais t'emmener sur une planète, marmonna-t-il, je suis sûr qu'elle va te plaire. Il n'y a quasiment que des animaux volants, c'est très intéressant, et la nuit…

— Docteur, je vous ai posé une question, le coupa Lavande.

Il s'appuya sur le tableau de bord, comme si soudain toute la misère du monde s'abattait sur ses épaules. Lavande regretta un peu sa question. Elle ne pensait pas qu'elle produirait cet effet-là… Quel était le problème ? En gardait-il de si mauvais souvenirs qu'il ne voulait pas en parler ? Elle ne pouvait pas vraiment le blâmer, après tout elle-même ne lui avait rien dévoilé sur l'attaque de Greyback.

Il la regarda enfin, les yeux pleins d'une infinie tristesse. Jamais elle ne l'avait vu ainsi… Enfin il déclara d'une voix plus grave que d'habitude :

— Gallifrey a disparu. Elle a été détruite pendant la dernière Guerre du Temps. Je suis le seul rescapé.


Note de fin : J'espère que ça vous a plu, la fin ne présente pas un grand suspense pour ceux qui connaissent la série mais j'ai écrit ce chapitre en pensant qu'il y aurait des gens qui liraient cette fic sans connaître DW, donc dans le doute, j'ai laissé tel quel :)

N'hésitez pas à commenter, et merci d'avoir lu ! A jeudi pour la suite !