Note d'auteur : Ce chapitre répond au prompt : "Etoile Filante"
Traduction du titre : L'homme triste avec une boîte
Encore un grand merci à Eve et Lilimordefaim pour leurs avis, leurs corrections et leurs remarques qui me font rire au cours des chapitres :D
Bonne lecture !
Un lourd silence s'installa. Face à cette révélation, Lavande ne savait pas comment réagir. Elle était sous le choc. Cet homme que somme toute elle connaissait bien peu, qui semblait déborder d'enthousiasme et de joie de vivre, était en réalité le rescapé d'une guerre qui avait détruit… sa planète ? Quel genre de guerre détruisait des planètes ? Des guerres nucléaires ? Il était le seul à s'en être sorti, il avait donc tout perdu. Absolument tout. Quand cela avait-il eu lieu ? On ne pouvait pas se remettre si vite d'une telle chose, il y avait donc probablement plusieurs années que cette guerre avait eu lieu.
Mais quel âge avait-il au juste ? Elle lui aurait donné une trentaine d'années, peut-être un peu plus. Mais c'était un extraterrestre, il y avait donc fort à parier que sa durée de vie était différente de celle des humains, d'autant plus qu'il avait deux cœurs. Aussi cette guerre pouvait-elle dater de plusieurs dizaines d'années…
Tant de questions se bousculaient dans sa tête mais aucune ne parvenait à franchir la barrière de ses lèvres. Lavande ne pouvait pas détacher son regard du Docteur. Elle s'attendait à ce qu'il s'effondre sur le sol, qu'il pleure même. On ne pouvait pas remuer de tels souvenirs sans éprouver la moindre tristesse. Elle-même avait le cœur serré à la simple idée de ce qu'il avait pu endurer. Une planète entière détruite… Quand elle songeait à l'horreur qu'avaient été les deux guerres mondiales que la Terre avait connues, le choc était d'autant plus grand.
Mais contre toute attente, le Docteur esquissa un triste sourire et se redressa. Il s'absorba dans la contemplation de l'écran face à lui, comme s'il ne s'était rien passé. Lavande ne comptait cependant pas en rester là. Elle avait vécu une terrible épreuve elle aussi, quoiqu'elle lui semblât bien dérisoire comparée à celle du Docteur, et refusait de le laisser s'enfermer dans ses souvenirs. Elle avait fait cette erreur et savait à quoi cela menait.
— Docteur… commença-t-elle.
— Je disais donc, la coupa-t-il, que je connais une planète incroyable où il n'y a que des créatures qui volent, je vais t'y emmener, je suis sûr que ça te plaira. Et la nuit, on peut voir des centaines d'étoiles filantes, tu n'en verras jamais autant sur Terre !
— Mais Docteur… insista-t-elle.
Il abaissa brutalement un levier et le sol du TARDIS trembla violemment. Lavande fut bien obligée de se taire et de se concentrer pour ne pas tomber. Le Docteur, accroché au poste de commande, fixait l'écran, comme s'il évitait sciemment son regard.
Le TARDIS s'immobilisa soudain, et ce fut si brusque que Lavande perdit l'équilibre et faillit heurter le tableau de bord avec sa tête. Elle avait la curieuse impression que le vaisseau réagissait aux humeurs de son propriétaire, et qu'en l'occurrence il était profondément bouleversé en cet instant. Ou en colère ? Elle n'aurait su le dire.
Le Docteur courut vers la porte et l'ouvrit en grand.
— Lavande, bienvenue sur la planète Caligo ! s'exclama-t-il en se tournant vers elle.
Elle se releva, un peu hésitante, prenant soudain conscience de ce qui se trouvait hors du TARDIS. Une autre planète. A cet instant, elle n'avait plus que cela à l'esprit. La Guerre du Temps, Gallifrey, tout cela était relégué au second plan. Avec un certain égoïsme, elle ne pouvait s'empêcher de penser que puisque le Docteur souriait tant, c'était qu'il s'était remis, et que donc elle pourrait lui demander des détails plus tard. Plus rien ne comptait que ce qu'il y avait dehors.
Lavande franchit la distance qui la séparait de la porte avec beaucoup d'appréhension. A quoi pouvait ressembler une planète sur laquelle tout volait ? Et les créatures qu'on y trouvait ? Etaient-elles hostiles ? Elle n'avait pas lu assez de science-fiction pour se forger des a priori. Peut-être étaient-ce des créatures semblables aux dinosaures ? Lasse de ces interrogations, elle inspira un grand coup et se pencha enfin à l'extérieur du TARDIS.
— Par Merlin ! s'émerveilla-t-elle.
Devant elle s'étendait une nappe de brouillard tellement dense qu'on l'aurait pu croire solide. Etait-ce seulement du brouillard d'ailleurs ? Après tout, il pouvait y avoir sur cette planète des substances totalement inconnues aux terriens… Elle se pencha davantage. Le TARDIS semblait posé sur cette brume étrange.
— Comment… murmura-t-elle.
— Le TARDIS n'est pas posé, il flotte juste au-dessus du brouillard, expliqua le Docteur. Ce n'est pas solide, si je le laissais faire il s'écraserait… en dessous.
— Qu'y a-t-il en dessous ? demanda Lavande.
— Je n'en ai aucune idée ! répondit le Docteur. Oh, regarde !
Lavande releva la tête et poussa une exclamation de stupeur. Une créature totalement surnaturelle venait de surgir de la brume. On aurait dit un croisement entre une baleine et un oiseau, c'était incroyable ! A présent, elle flottait tranquillement au-dessus, exactement comme l'aurait fait un poisson dans l'océan.
— C'est impossible… souffla-t-elle.
— Je pensais qu'après tout ce que tu viens de vivre tu aurais rayé ce mot de ton vocabulaire ! répliqua malicieusement le Docteur.
Lavande lui sourit, contente de voir qu'il avait retrouvé son sens de l'humour et que toute sa mélancolie semblait s'être évaporée. Elle scruta le brouillard et à mesure que ses yeux s'habituaient à cette blancheur, elle distinguait d'autres choses qui en sortaient. Elle voyait des formes mouvantes, mais également de grandes silhouettes immobiles, comme des arbres ou des pierres.
— On ne peut pas se balader ? demanda-t-elle, l'œil brillant. J'aimerais en voir plus ! Il y a des arbres là-bas… ou quelque chose d'approchant. Donc il y a forcément un sol sous ce brouillard !
Le Docteur sortit son tournevis sonique et s'agenouilla pour pouvoir scanner le brouillard sous le TARDIS. Puis il tendit le bras pour le toucher mais se redressa d'un bond après ce contact.
— C'est bien ce que je pensais ! dit-il. Ce brouillard contient du monoxyde de carbone, mortel pour l'homme. Et pour moi aussi, accessoirement, vu que j'ai les mêmes poumons que vous !
— Quoi ? Et nous le respirons depuis plusieurs minutes ! s'alarma Lavande.
— J'ai dit « le brouillard », la corrigea le Docteur. L'air au-dessus ne pose pas de problèmes. Les créatures que tu vois sortent du brouillard pour pouvoir respirer, exactement comme vos dauphins et requins sur Terre.
— Les requins sont des poissons, ils n'ont pas besoin de remonter à la surface.
— Ah bon ? répondit innocemment le Docteur. Oui, c'est vrai que chez vous ils ne sont pas très évolués.
Lavande leva les yeux au ciel. Cette manie de ne pas vouloir admettre son tort… Il avait peut-être beaucoup voyagé, mais il ne savait pas tout !
— Docteur, quel âge avez-vous ? demanda-t-elle de but en blanc.
— 900 ans ! Et des poussières. Mais à partir d'un certain âge, on compte par dizaines.
900 ans ?! Lavande le fixa avec des yeux ronds, se demandant s'il plaisantait. Il ne pouvait pas avoir 900 ans ! Même chez les sorciers, où la durée de vie était supérieure à celle des Moldus, les plus âgés portaient la barbe blanche et des rides, et ils avaient rarement plus de 120 ans… Elle avait certes admis l'hypothèse qu'il eût un métabolisme différent de celui des humains, mais elle imaginait qu'il avait peut-être quatre-vingts ans, voire une petite centaine maximum. Pas 900 ans…
— C'est impossible… souffla-t-elle.
Le Docteur eut un grand sourire plein d'amusement.
— Décidément, tu es têtue ! remarqua-t-il.
Lavande sourit à son tour. Elle avait tant de questions à lui poser… A présent qu'elle se trouvait sur cette planète, peut-être à des milliers d'années-lumière de la Terre, elle se rendait compte de tous les mystères qui entouraient le Docteur. Alors que les Terriens peinaient à envoyer quelques satellites sur les planètes les plus proches de la Terre, lui voyageait dans le temps, traversait l'espace en quelques secondes… Un Seigneur du Temps… Il ne couperait pas à ses questions, elle voulait savoir.
— Bien, déclara le Docteur. Je pense qu'il y a moyen de visiter un peu Caligo, il suffit de trouver des supports qui dépassent de ce brouillard.
— Comment peut-il y avoir de la vie dans du monoxyde de carbone ? demanda Lavande. Vous avez dit que c'était mortel !
— Mortel pour les humains oui, mais pas pour les créatures qui vivent ici. Elles ont évolué en s'adaptant à cet environnement. Et cette planète a la réputation d'être impénétrable, à cause justement de ce brouillard hautement toxique. Elle est complètement sauvage.
Lavande aperçut au loin une autre créature surgir de la brume.
— Je n'ai pas l'impression qu'elles volent quand elles sortent du brouillard, on dirait qu'elles flottent comme si elles nageaient, remarqua-t-elle. Si nous voulions, nous pourrions aussi nous promener en flottant non ?
— Non, nous coulerions à pic. Elles ont dans leur organisme des éléments chimiques qui leur permettent de flotter ainsi, elles sont plus légères que ce brouillard. Nous n'avons pas cette chance.
— Et si nous le pouvions, nous pourrions respirer ? Je veux dire, il y a de l'oxygène, dehors ? Le TARDIS nous protège avec sa bulle protectrice ou je ne sais quoi, mais si nous en sortons ?
— Nous pourrions respirer, oui. Mais c'est de l'oxygène pur qui nous entoure, sans azote. Ce n'est pas ce qu'il y a de meilleur pour les poumons, mais sur le court terme ça ne nous affecterait pas.
— Pourtant l'oxygène pur, c'est excellent ! Pas de pollution, pas de gaz toxiques…
— Et pas d'azote, or l'azote facilite les échanges une fois l'oxygène dans le corps. Cet air à long terme n'est pas bon pour les poumons.
Lavande acquiesça. Ses connaissances en sciences naturelles étaient assez limitées, elle lui faisait confiance. Le Docteur retourna au poste de commande et s'exclama :
— J'ai l'impression qu'il y a une forêt tout près, hors du brouillard. Les arbres qui en dépassent sont très solides, le TARDIS devrait pouvoir s'y poser sans difficulté, et nous pourrons sortir explorer !
Lavande ferma la porte et courut le rejoindre. Il lui montra une carte sur son écran. On voyait effectivement une grande étendue verte entourée d'une nappe blanche. Le Docteur abaissa un levier et commença l'habituelle lutte pour tenir debout en dépit des violentes secousses. Cependant cette fois-ci, ce fut bref, en raison de la courte distance. Mais alors que les tremblements avaient cessé et qu'ils s'étaient tous deux mis d'aplomb, un choc violent fit basculer le TARDIS. Lavande essaya de se retenir mais elle glissa et se cogna contre une barrière de la passerelle. Les à-coups cessèrent aussi vite qu'ils avaient commencés.
— Qu'est-ce qui s'est passé ? gémit Lavande en se relevant tant bien que mal.
Le sol était en pente, elle avait du mal à garder son équilibre, comme si le TARDIS ne s'était pas posé correctement.
— J'ai dû surestimer la solidité des arbres, nous avons cassé quelques branches en nous posant. Mais en principe, c'est bon maintenant…
Sur ces mots il se dirigea vers la porte, non sans manquer glisser plusieurs fois et l'ouvrit à la volée. Le cœur de Lavande battait à tout rompre. Et s'ils étaient tombés sous la nappe de brouillard ? Ils risquaient de respirer du monoxyde de carbone ! Mais elle vit avec soulagement qu'il faisait parfaitement clair dehors et distinguait les feuilles des arbres. Elle rejoignit le Docteur en se tenant aux rambardes de métal. Elle le trouva en train de réconforter son vaisseau en le caressant comme on consolerait un enfant qui pleure. Elle sourit tout en levant les yeux au ciel. Elle ne se ferait sans doute jamais à cette manie de voir le TARDIS comme un être vivant.
— Suis-moi ! s'exclama-t-il en la voyant.
Il lui tendit la main et elle la saisit tout naturellement. Autour d'eux s'étendaient les branches d'un arbre sans fin. Faisaient-elles tout le tour de la planète ou y avait-il d'autres arbres aussi gigantesques ?
A première vue, elles ne présentaient pas de difficultés majeures. Lavande suivit le Docteur qui passait de l'une à l'autre comme s'il avait fait cela toute sa vie. Plus maladroite, elle marchait davantage courbée en deux que debout, de façon à assurer son équilibre. Le feuillage était incroyablement dense, et ressemblait à ce qu'on trouvait sur Terre. Les feuilles étaient gigantesques mais semblaient de la même composition que celles qu'elle connaissait. Elle tendit la main pour en toucher une mais à peine l'eut-elle effleurée que la feuille s'enroula sur elle-même, si vite que Lavande recula de surprise.
— Ah oui, j'ai oublié de te dire que la végétation n'est pas particulièrement sympathique, ici, fit le Docteur avec une nonchalance déconcertante. Cet arbre ça va, mais je crois qu'il y en a dont les feuilles deviennent brûlantes quand on les touche, et d'autres dont la sève est acide. Mais nous tâcherons de les éviter !
Lavande le fusilla du regard. Comme d'habitude, il la prévenait des problèmes quand elle s'y trouvait confrontée ! Ils reprirent leur périple à travers les branches, grimpant toujours plus vers la cime. Lavande s'efforçait de ne pas regarder en bas, n'osant imaginer ce qui se passerait si elle glissait. Au bout de quelques minutes, il lui sembla que les feuilles se faisaient plus éparses. L'impatience de ce qu'elle allait découvrir la fit redoubler d'énergie et elle lâcha la main du Docteur pour grimper elle-même, plus vite.
— Lavande ! la rappela-t-il, mais elle l'ignora.
Elle se sentait agile comme un écureuil – contrecoup de l'Imperium lancé par Maugrey en quatrième année ? Après tout elle ne s'était jamais essayée à grimper aux arbres depuis ! Elle se hissait autant à la force de ses bras qu'à celle de ses jambes. Elle s'efforçait de ne pas toucher les feuilles, se contentant d'écarter les branches. Elle s'aida de sa baguette par quelques sortilèges inoffensifs qui lui permettaient de se dégager le passage sans rien toucher.
Enfin, elle écarta les ultimes frondaisons. La clarté l'éblouit et elle se protégea les yeux, ignorant si la lumière était plus violente sur Caligo que sur Terre. Cependant, en clignant des paupières, elle finit par s'y habituer. Alors elle se hissa sur la dernière fourche et poussa un cri de victoire en contemplant la vue qui s'offrait à elle.
Elle dominait le brouillard de plusieurs dizaines de mètres et voyait enfin nettement toutes les créatures dont elle avait deviné les silhouettes à travers la brume. Elle se serait crue au sommet d'une montagne, dominant toutes les autres dissimulées dans les nuages. Des hybrides entre poissons et oiseaux s'offraient à ses yeux, visions fabuleuse, flottant au-dessus de la brume et replongeant sans un bruit. Des craquements derrière elle lui indiquèrent que le Docteur l'avait rejointe. Elle l'aida à se hisser près d'elle pour qu'il puisse contempler à son tour le paysage.
— Fantastique ! souffla-t-il.
Il avait un immense sourire aux lèvres et semblait aussi fasciné qu'elle.
— Regarde ! fit-il en lui montrant l'horizon.
Lavande s'aperçut que le ciel s'assombrissait. Il ferait bientôt nuit, si cette planète était faite comme la Terre. Etait-ce le Soleil qui l'éclairait d'ailleurs ? C'était peu probable, si c'était le cas, cela voudrait dire qu'elle se trouvait dans le Système Solaire, or jamais les astronomes n'avaient répertorié une telle planète.
— Sommes-nous loin de la Terre ? demanda Lavande.
— A environ trois-cents millions d'années-lumière, répondit le Docteur. Pour te donner une idée, la galaxie d'Andromède où nous étions tout à l'heure n'était qu'à 2,5 millions d'années-lumière du Soleil. Donc oui, pour répondre à ta question, nous sommes relativement loin de la Terre !
Le ciel s'assombrissait de plus en plus, laissant apparaître les étoiles invisible tantôt. L'astre qui éclairait Caligo était probablement une étoile totalement inconnue des scientifiques terriens, Lavande se dispensa de demander comment elle se nommait, cela ne lui dirait rien.
Elle choisit de s'asseoir sur la branche sur laquelle le Docteur et elle se tenaient. Elle appuya sa tête contre l'autre partie de la fourche et un léger sourire se peignit sur ses lèvres. Elle avait du mal à croire ce qui lui arrivait. Elle se trouvait sur une planète inconnue des Terriens, au-dessus d'un brouillard mortel, à contempler la nuit qui tombait. C'était beaucoup plus rapide que sur Terre d'ailleurs, cette planète devait être plus petite et tourner plus vite.
— Docteur ?
Il ne répondit pas, peut-être sentait-il venu le moment des questions délicates. Mais Lavande n'abandonna pas pour autant.
— Parlez-moi de cette Guerre du Temps.
Il demeura silencieux. Alors elle lui prit la main, comme on le ferait pour un enfant inquiet, et la pressa doucement. Il soupira et la regarda. Ses yeux étaient à nouveau pleins de tristesse, mais cette fois-ci, ils étaient aussi embués. Elle regretta un peu de les avoir amenés sur ce terrain de conversation, mais elle était prête à parier qu'il n'avait jamais parlé de cette guerre à quiconque. Tant pis si les souvenirs étaient douloureux, elle voulait qu'il lui raconte.
— Cette guerre s'est achevée il y a onze mois, et a été la dernière confrontation entre les Seigneurs du Temps et les Daleks, répondit-il enfin.
— Les Daleks ?
— Des extraterrestres qui vivent dans une armure faite d'un métal presque indestructible. Ils ont fait l'objet d'une prophétie selon laquelle ils détruiraient toute forme de vie de l'univers sur au moins une trame temporelle. C'est un petit peu compliqué à expliquer. Les Seigneurs du Temps ont décidé de les exterminer, mais ils ont pris connaissance de ce stratagème. Alors ils nous ont déclaré la guerre.
Il fit une pause dans son récit et contempla l'horizon. Lavande suivit son regard et aperçut des dizaines d'étoiles filantes traversant le ciel nocturne comme s'il en pleuvait. Elle comprenait mieux pourquoi il lui avait tant vanté la beauté de ce spectacle. Mais elle l'enjoignit à poursuivre d'une pression sur sa main.
— J'ai vu un Dalek tuer un enfant, pendant cette guerre. Ce n'est qu'à cet instant que j'ai décidé d'y prendre part, quand j'ai compris quel genre de créature c'était. Pas d'âme, pas de conscience… J'ai beau savoir qu'il y a de la vie sous l'armure, pour moi ce ne sont que des machines à tuer.
Sans s'en rendre compte, il serrait de plus en plus la main de Lavande mais elle n'osait pas l'interrompre, consciente de la colère qu'il devait éprouver à cet instant.
— Le Président des Seigneur du Temps a décidé de mettre un terme à la guerre. Son but était de faire de nous des sortes de dieux, des êtres de pure conscience, et de détruire tout le reste des créatures vivantes dans l'univers. J'ai volé l'artefact qui aurait pu permettre cette catastrophe. Je l'ai modifié pour augmenter sa puissance, il ne devait permettre que la fermeture de la Cascade la Méduse, une faille dans l'espace et le temps, ce qui aurait mis un terme à la guerre.
Lavande sentait son cœur se serrer. Sans savoir pourquoi, elle commençait à deviner l'issue de ce récit. Les étoiles filantes continuaient de tomber en pluie silencieuse devant eux, se reflétant dans les yeux humides du Docteur. Elle s'en voulait terriblement de le mettre dans cet état, mais elle ne pouvait pas l'interrompre maintenant.
— C'était la solution de dernier recours. J'en ai choisi une autre, quand j'ai appris ce que voulait faire notre Président. Il n'y avait pas d'autre solution.
Lavande sentait qu'il cherchait à se justifier autant auprès d'elle qu'auprès de lui-même. Elle le regarda, espérant l'inciter à poursuivre. Ses lèvres tremblaient, il semblait en proie au plus grand désespoir. Le regard fixé sur l'horizon, il déclara de sa voix grave :
— J'ai détruit Gallifrey, les Daleks et tous les Seigneurs du Temps. Tous les combattants de la Dernière Guerre du Temps ont été anéantis en une seconde, et Gallifrey a disparu dans un grand flash silencieux. Je suis le seul à en avoir réchappé et à porter la responsabilité de ce désastre.
A ces mots, il se prit soudain la tête dans les mains, le dos courbé comme si le poids de toute cette culpabilité l'accablait. Lavande vit ses épaules agitées de tremblements. Alors sans hésiter, elle le prit dans ses bras et le serra fort contre elle, tâchant de retenir ses propres larmes pour qu'au moins un d'eux garde la tête froide. Le Docteur lui rendit son étreinte et elle eut l'étrange impression qu'il s'accrochait à elle plus qu'il ne la serrait. Comme il était étrange de penser que quelques jours auparavant, c'était elle qui lui tenait la main en s'y agrippant comme à une bouée de sauvetage. Elle était heureuse de lui être d'un certain réconfort et lui caressa les cheveux comme elle l'aurait fait à un enfant en pleurs.
Lavande contempla le ciel illuminé d'étoiles filantes, songeant qu'après ces aveux, rien ne serait plus pareil entre elle et le Docteur. Et cela lui rappela douloureusement qu'elle ne lui avait toujours rien révélé sur son accident. Mais elle ne pouvait pas. Pas pour l'instant. Non, elle avait une chose à accomplir auparavant qui nécessitait qu'elle garde le secret.
Note de fin : Voilà, pas très gai comme chapitre... Je n'ai rien inventé concernant la Guerre du Temps, toutes les infos appartiennent au Whoniverse :) Merci d'avoir lu et à lundi pour la suite de cette aventure !
