Note d'auteur : Ce chapitre répond au prompt #12 : Brûlures
Traduction du titre du chapitre : Dent et griffe
Toujours un grand merci à Eve et lilimordefaim pour toujours être au rendez-vous ! :D
Bonne lecture !
Lavande ne posa plus aucune question au Docteur à propos de la Dernière Guerre du Temps, même si elle aurait voulu en apprendre infiniment plus. Elle avait du mal à croire qu'une telle guerre s'était déroulée, à plusieurs centaines de millions d'années-lumière de la Terre… Elle croyait qu'on ne voyait ça que dans les films de science-fiction ! Elle aurait été absolument émerveillée d'apprendre ce genre d'évènement si elle n'avait pas eu avec elle une des victimes de cette guerre incroyablement destructrice. Le Docteur avait subi un réel traumatisme, elle comprenait mieux maintenant ses humeurs changeantes et cet air sombre sur son visage quand il croyait qu'elle ne le regardait pas…
Bien des choses s'expliquaient à présent. Le fait qu'il ne semble pas lui tenir rigueur de la mort de Brenna, sa réticence à tuer le Zellem et le peu de satisfaction qu'il avait tiré de sa victoire… Elle se souvenait encore de ce qu'il lui avait dit lorsqu'elle lui avait demandé si ça le choquait qu'elle ait tué quelqu'un. On fait tous des erreurs. Elle ne s'était pas interrogée sur ce que cette phrase pouvait sous-entendre, mais maintenant c'était clair comme de l'eau de roche.
Le Docteur s'était vite repris après ce moment de faiblesse, il lui avait adressé un de ses habituels sourires, bien que celui-ci fût teinté de tristesse. Puis il lui avait parlé des étoiles filantes, des créatures qu'ils voyaient surgir du brouillard, comme s'il ne s'était rien passé. Lavande était restée silencieuse, se contentant d'acquiescer pour lui montrer qu'elle écoutait. Elle s'en voulait tellement d'avoir fait remonter ces douloureux souvenirs… La curiosité avait été la plus forte, et elle s'en serait tapé la tête contre un mur s'il y en avait eu un près d'elle !
— Allez ! fit le Docteur en se relevant. On retourne au TARDIS !
Il guetta son approbation d'un regard et quand elle eut hoché la tête, il amorça la descente avec la même agilité qu'à l'aller. Pourtant, en le regardant, Lavande eut la désagréable impression qu'il y avait plus de lourdeur dans ses gestes, comme s'il était encore investi par le chagrin. Quelle idiote, évidemment qu'il était triste et il le serait longtemps ! Sa planète et tout son peuple avaient été détruits moins d'un an auparavant… Pouvait-on guérir d'une telle épreuve ? Non, il pourrait afficher toute la bonne humeur qu'il voulait, elle savait désormais à quel point la culpabilité et la mélancolie le minaient.
Et curieusement, elle se sentait ainsi beaucoup plus proche de lui. Certes, comparés à ce qu'il avait vécu, son accident et ses cicatrices lui paraissaient bien dérisoires, mais il avait comme elle un passé récent qui l'avait changé à jamais et qui avait laissé des traces indélébiles, des brûlures dans son cœur. Et puis, elle aussi avait un mort sur la conscience. Par rapport à toute une planète, c'était dérisoire, mais elle savait ce que c'était que culpabiliser d'avoir pris une vie pour le bien de toutes les autres.
Perdue dans ses pensées, elle ne remarqua pas que le Docteur s'était arrêté et le percuta de plein fouet. Elle se rattrapa à lui, agrippant sa veste de cuir, avant de remarquer son air perplexe.
— Un problème ? demanda-t-elle.
— J'ai dû rater un embranchement quelque part, marmonna-t-il, je crois que nous avons changé d'arbre.
Lavande blêmit. Changé d'arbre ? Ils se trouvaient donc peut-être sur un de ceux qui projetaient de l'acide pour se défendre ou dont les feuilles devenaient incandescentes si on les touchait ? Rassurant…
— On pourrait retourner sur nos pas, suggéra-t-elle en essayant de rester détachée. Nous verrons bien…
— Je ne suis pas perdu ! rétorqua le Docteur. Non, nous allons continuer, ce n'est pas compliqué de se repérer dans ce genre de milieu, nous serons au TARDIS en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire !
— Ben voyons… grommela Lavande.
Le Docteur fit comme s'il ne l'avait pas entendue – elle était certaine d'avoir parlé assez fort – et se remit à marcher.
— Ah, évite de toucher les feuilles, on ne sait jamais ! ajouta-t-il.
Lavande ramena aussitôt ses mains contre elle et lui jeta un regard noir. Par Merlin, il pouvait être tellement agaçant ! Elle avait beau éprouver toute la compassion du monde à son égard, elle mourait parfois d'envie de lui jeter un maléfice de Chauve-Furie qui lui ferait ravaler ses sarcasmes et son air moqueur !
Elle le rattrapa cependant bien vite, peu encline à rester seule derrière dans cet environnement inconnu et hostile. Caligo était sans doute une planète charmante mais en cet instant, Lavande n'avait qu'une envie : être de retour sur sa bonne vieille Terre ! Au moins là-bas il n'y avait pas d'arbres mortellement dangereux… Enfin, si l'on exceptait le Saule Cogneur bien entendu. Le parc de Poudlard était sans doute à lui seul bien plus mauvais pour la santé que toutes les planètes connues du Docteur ! Mais mis à part ce lieu précis, la Terre était quand même plus accueillante que cette planète recouverte d'un gaz mortel et peuplée de créatures étranges et d'arbres menaçants…
— Vous savez, si vous êtes perdu vous pouvez me le dire ! siffla-t-elle. Ça m'évitera d'espérer voir le TARDIS à chaque branche que vous écartez…
— C'est facile de critiquer ! répliqua le Docteur. Tu pourrais me donner un coup de main, ta baguette magique ne sait pas que faire des feux d'artifices, si ?
Lavande faillit se taper le front du plat de la main. Quelle idiote ! Evidemment qu'elle avait de quoi les aider, pourquoi n'y avait-elle pas pensé plus tôt ? Bien sûr, il restait à espérer que la magie fonctionnait sur cette planète… La magie était en elle, pas dans l'atmosphère, mais de la même façon que les appareils moldus ne pouvaient pas fonctionner à Poudlard à cause de la trop grande présence de flux magiques, ses propres pouvoirs seraient peut-être diminués sur Caligo par la puissance d'autres phénomènes.
Elle posa sa baguette sur sa paume ouverte et clama :
— Pointe au Nord !
Le cœur battant, elle crut un instant que ça n'avait aucun effet. Mais la baguette se mit à tourner sur elle-même de plus en plus vite, comme si elle cherchait le nord sans y parvenir, avant de s'arrêter brusquement, pointant la gauche de Lavande.
— Le nord est là, dit-elle. Ça peut vous aider ?
Le Docteur la rejoignit en deux grandes enjambées, un grand sourire aux lèvres.
— Fantastique ! s'exclama-t-il en prenant sa baguette pour l'observer sous tous les angles. Il m'en faut vraiment une, où est-ce qu'on en trouve ?
— Il faut être sorcier pour avoir une baguette, rétorqua Lavande. Enfin, en théorie vous pourriez me voler la mienne mais pour la faire fonctionner, je vous souhaite bien du courage ! D'autant que j'ai l'impression que tous ces voyages dans le temps et l'espace, ça ne lui réussit pas trop…
Le Docteur la lui rendit avec beaucoup de précaution, comme si elle avait été en cristal, avant de scruter l'obscurité. Lavande crut bon d'invoquer un Lumos – comment n'y avait-elle pas pensé avant ? – pour les aider à y voir plus clair. Autour d'eux, les arbres se dressaient en ombres menaçantes et elle frissonna.
— J'ai fait atterrir le TARDIS au sud de cette partie émergée de la forêt, marmonna le Docteur comme pour lui-même. Donc en toute logique, si nous poursuivons vers la droite, nous devrions le retrouver sans problème, nous ne devons pas être bien loin !
Sans attendre de réponse, il s'élança et s'enfonça à nouveau dans les branchages. Lavande le suivit avec beaucoup plus de réserve, sa baguette pointée devant elle pour voir où elle mettait les pieds. Le Docteur s'arrêtait parfois pour l'attendre et repartait aussi vite dès qu'elle le rejoignait.
Mais au bout de quelques minutes, la lumière du sortilège s'affaiblit, elle vacillait comme la flamme d'une bougie. Lavande tapa sa baguette sur sa main, comme elle l'aurait fait d'une lampe de poche, mais rien n'y fit. La lumière disparut et elle se retrouva plongée dans le noir. Heureusement le feuillage n'était pas trop dense au-dessus d'eux et ses yeux s'habituèrent bien vite à l'obscurité. Mais alors qu'elle allait prudemment se remettre en route, un frôlement tout près d'elle la fit sursauter. Elle se figea, le souffle court. Quel genre de bête pouvait se cacher dans ces arbres ? Elle en avait aperçu quelques-unes mais sans réussir à les détailler…
— Docteur ? souffla-t-elle.
— Je suis juste devant, répondit-il.
— Non, Docteur… Il y a quelque chose tout près…
Il revint sur ses pas et elle fut infiniment soulagée de le savoir près d'elle. Lui au moins saurait quoi faire, la faune extraterrestre c'était son rayon, elle se contentait des films et des livres…
— Tu n'as pas passé l'âge d'avoir peur du noir ? fit-il remarquer après un instant de silence témoignant que rien ne les suivait.
Toujours aux aguets, Lavande ne releva même pas sa moquerie. Elle fixait le feuillage, immobile. Elle avait vu quelque chose bouger…
— Docteur ! souffla-t-elle en lui désignant un point droit devant eux.
Il se pencha par-dessus son épaule, visiblement perplexe.
— Et moi qui pensais que seuls les enfants voyaient des monstres dans le noir, marmonna-t-il en scrutant l'obscurité.
— J'ai vu quelque chose briller, je suis sûre qu'il y a quelque chose de caché…
Le Docteur braqua son tournevis sonique devant lui, provoquant le bourdonnement caractéristique de l'analyse. Il fronça les sourcils et recula d'un pas. Manifestement, ils n'étaient pas aussi seuls qu'il le croyait.
— En effet, il vaut mieux ne pas nous attarder, murmura-t-il. Viens, retournons au TARDIS.
Mais alors qu'ils rebroussaient chemin, Lavande entendit très distinctement les feuillages craquer. Soudain le Docteur appuya brutalement sur sa tête.
— Baisse-toi ! s'exclama-t-il.
Lavande se jeta au sol, complètement paniquée. Elle eut juste le temps d'apercevoir une grande silhouette semblable à une chauve-souris géante passer à quelques centimètres de sa tête et se poser sur leur chemin. Le Docteur l'aida à se relever et elle put voir à quoi ressemblait la créature. Elle l'aurait prise pour un Sombral si son corps n'avait pas été celui d'un dragon. Sa tête reptilienne était des plus menaçantes et des crochets d'une quinzaine de centimètres dépassaient de sa mâchoire à la manière des tigres aux dents de sabre.
— Docteur, qu'est-ce que c'est ? gémit Lavande.
— A vrai dire je n'en ai aucune idée, la faune de cette planète n'est que très peu connue, mais là le nom qui me vient ce serait… Pterosaurax, ça te parle ?
— C'est bien le moment d'amuser la galerie ! Trouvez un moyen de nous sortir de là par Merlin !
— Là tout de suite, j'en ai bien un…
L'animal poussa un cri qui leur vrilla les oreilles.
— Cours !
Il lui prit la main et s'élança dos à la créature, Lavande derrière lui. Le Docteur enjambait les branches avec agilité, sautait de l'une à l'autre, sans lâcher Lavande qui suivait sans problème cette fois. L'adrénaline suscitée par la peur semblait lui donner des ailes, la seule chose qu'elle avait à l'esprit était « survivre ». Les branches qui lui écorchaient les mains et le visage, ses poumons qui la brûlaient sous l'effort, peu lui importaient.
Soudain, alors que le Docteur écartait une branche, la bête atterrit devant eux et ouvrit une gueule gigantesque pourvue de crocs d'une longueur démesurée. Lavande recula vivement, terrifiée. La dernière fois qu'elle avait vu une mâchoire de ce type… Oh non, elle ne voulait pas y penser ! Elle pointa sa baguette sur le prédateur.
— Stupéfix !
Mais le sortilège ricocha sur ce qui semblait être une carapace très solide, en tout cas résistante à la magie.
— Lui aussi il résiste à la magie ! s'écria-t-elle. Il y en a beaucoup des créatures infernales de ce genre dans l'univers ou j'ai rencontré les deux seules ?
— Tu es la première sorcière que je rencontre, comment veux-tu que je le sache ? s'exclama le Docteur en évitant de justesse le claquement de mâchoire de la créature.
Lavande recula et se plaqua contre un arbre, le sang lui battant les tempes. Par les quatre Fondateurs, elle allait finir dévorée par cette créature tout droit sortie d'un film de science-fiction… Sa main tâtonna sur le tronc de l'arbre, dans l'espoir de trouver n'importe quoi qui puisse les aider. Le Docteur usait de son tournevis sonique mais cela n'avait pas d'autre effet que d'énerver encore plus l'animal.
Lavande sentit soudain une douleur lancinante lui traverser la main, comme si elle s'était brûlée.
— Ne touchez pas les feuilles Docteur ! gémit-elle en serrant contre elle sa main meurtrie.
— Les feuilles ? Excellente idée ! répliqua-t-il avec un sourire qu'elle distingua dans l'obscurité.
Sous ses yeux sidérés, elle le vit aussitôt casser une branche et en menacer leur prédateur. Elle crut que cela n'avait aucun effet puisqu'il continuait de faire claquer ses mâchoires avec férocité, mais quand les feuilles le touchèrent, il se recroquevilla sur lui-même en poussant des geignements plaintifs.
Lavande lâcha un soupir de soulagement, et se détendit un peu. Avec quelques petits coups, il déguerpirait et les laisserait tranquille. Le Docteur leva à nouveau la branche et l'abattit juste à côté de la créature qui geignit à nouveau en courbant l'échine. Lavande fronça les sourcils en le voyant brandir son arme une troisième fois et toucher cette fois le museau de leur adversaire. Tout sourire s'était évanoui sur le visage du Docteur, ses traits s'étaient durcis, exactement comme lorsqu'il avait affronté le Zellem.
La créature gémissait, plus offensive pour un sou, accusant les attaques en se recroquevillant davantage sur elle-même. Voyant le Docteur lever la branche pour la sixième fois, Lavande réagit au quart de tour et se précipita vers lui.
— Non Docteur ! Arrêtez !
Elle saisit la branche pour la lui arracher des mains et poussa un cri de douleur lorsque les feuilles la brûlèrent plus gravement encore que la première fois. La créature profita de l'inattention de son assaillant pour détaler dans l'obscurité avec un grondement plaintif. Tenant ses mains meurtries contre sa poitrine, Lavande articula :
— Vous êtes allé trop loin, il n'était plus menaçant, ça ne servait à rien de vous acharner.
— Il aurait pu nous tuer !
— Il ne l'a pas fait ! Vous l'avez effrayé, suffisamment pour qu'il nous laisse tranquille, vous n'auriez pas dû continuer, vous l'avez blessé ! Si je ne vous avais pas arrêté, vous l'auriez tué ? Je croyais que vous détestiez en arriver à cette extrémité !
Le Docteur ne répondit pas, la tête légèrement baissée. Dans le noir, elle ne distinguait pas son regard, mais elle le devinait sombre, dénué de toute malice.
— Vous avez besoin qu'on vous arrête Docteur, murmura-t-elle. Vous êtes trop… en colère, je ne sais pas, mais vous avez parfois des accès de violence qui sont assez inquiétants.
Il tourna son regard vers elle, toujours sans répondre. Mais elle savait qu'elle avait vu juste, sinon il se serait empressé de la démentir.
— Finalement on se ressemble pas mal tous les deux, dit-elle avec un petit sourire. Ce genre de crise, ça me connaît aussi vous savez. Moi aussi j'ai besoin qu'on m'arrête, qu'on m'empêche d'aller trop loin parfois.
Elle songea à son combat contre Brenna, lorsque la fureur l'avait aveuglée et qu'elle l'avait laissée prendre le contrôle sur sa raison. C'était une maladie en ce qui la concernait, un reste de l'attaque de Greyback. Mais chez le Docteur, c'était la tristesse qui lui provoquait ces crises, la culpabilité. C'était peut-être bien pire à subir, car Lavande au moins savait que ça ne venait pas totalement d'elle, qu'elle n'était pas responsable.
Ses mains brûlées se rappelèrent soudain à son souvenir et elle gémit de douleur, les serrant contre elle. Le Docteur se précipita vers elle et les prit pour les examiner. La chair était à vif et entourée de cloques.
— J'ai ce qu'il faut dans le TARDIS, viens, lui dit le Docteur d'un ton étrangement léger.
Il prit son poignet et l'entraîna dans les feuillages. Lavande eut beaucoup plus de mal à passer d'une branche à une autre, ses blessures la lançaient et le contrecoup de la peur éprouvée l'avait épuisée. Heureusement le Docteur l'aidait à avancer, ne la lâchant jamais et la portant presque quand c'était trop difficile.
Ils reprirent le chemin de tantôt, et marchèrent pendant de longues minutes. Lavande commençait à désespérer. Comment trouver le TARDIS dans une telle obscurité ? Elle trébucha sur une branche et se rattrapa à un tronc, sa main effleurant une feuille. Elle recula aussitôt, terrifiée à l'idée de se brûler encore ou de recevoir un jet d'acide. Mais rien de tel ne se passa. Elle osa s'approcher un peu de la feuille et se rendit compte qu'elle s'était enroulée sur elle-même.
— Docteur ! s'exclama-t-elle. Nous sommes sur le bon arbre, le TARDIS ne devrait pas être loin maintenant !
Il lui sourit et murmura :
— TARDIS… TARDIS, montre-toi…
A cet instant, une lumière aveuglante jaillit d'entre les branches à leur gauche. Lavande se protégea les yeux, éblouie. Elle sentit que le Docteur lâchait sa main et l'entendit courir.
— Ha ha ! s'exclama-t-il. Te voilà ma vieille !
Lavande cligna des yeux pour s'habituer à la luminosité et vit que derrière les feuillages qu'avait écartés le Docteur trônait la cabine de police. La lanterne sur son toit illuminait les alentours comme un phare. C'était incroyable… Avait-elle répondu à l'appel du Docteur ? Lavande commençait à sérieusement se demander si le vaisseau n'avait pas une conscience… En tout cas, lui et le Docteur avaient un lien spécial, c'était évident.
Elle entra dans la salle de contrôle et s'assit par terre, serrant ses mains contre elle. Le Docteur revint avec une trousse de premiers secours et en sortit un étrange bandage bariolé de couleurs. Il prit délicatement ses mains et les pansa soigneusement. Lavande considéra le tissu d'un air perplexe. La prenait-il vraiment pour une enfant, après l'avoir vue effrayée par l'obscurité ?
— Les couleurs sont des médications qui vont entrer dans la plaie, expliqua-t-il. Quand le bandage sera blanc, c'est que la blessure sera guérie.
Lavande sentit la douleur refluer petit à petit. Près d'elle, le Docteur l'observait d'un air soucieux. Enfin la bande de tissu se trouva dépourvue de couleur. Il l'ôta précautionneusement et elle eut la stupéfaction de voir ses paumes complètement cicatrisées. Mrs Pomfresh ne serait pas allée si vite… La magie avait de quoi apprendre de la technologie des Seigneurs du Temps !
— Je comprends mieux pourquoi vous vivez si longtemps, souffla Lavande. Avec de tels moyens, impossible de tomber malade et à la moindre blessure vous guérissez en un rien de temps !
Le Docteur eut un sourire et retourna au tableau de commande.
— C'est un peu plus compliqué que cela, dit-il.
— Eh bien expliquez-moi ! Enfin… sauf si c'est trop… difficile bien sûr.
Elle ne voulait pas risquer de faire à nouveau remonter des souvenirs douloureux. Mais il croisa les bras d'un air détendu et répondit :
— Ce que tu vois ici est mon neuvième visage.
— Je ne comprends pas…
— Quand un Seigneur du Temps est sur le point de mourir, il a la possibilité de se régénérer. Toutes ses cellules se renouvellent et éliminent les anciennes trop faibles. Il change totalement d'apparence. Je me suis régénéré huit fois en 900 ans. La dernière date d'il y a moins d'un an, juste à la fin de la Guerre du Temps. Créer ce verrou temporel dans lequel j'ai enfermé la guerre m'a demandé une énergie considérable et j'ai été obligé de me régénérer pour ne pas mourir.
Lavande craignait que cette évocation ne lui cause une trop grande tristesse mais il ajouta avec un sourire :
— Et j'ai gagné cette tête d'idiot ! J'espère au moins que la prochaine me rendra roux, j'ai toujours rêvé d'être roux !
Lavande éclata de rire. C'était certes plus nerveux que joyeux mais incroyablement libérateur. Le cœur plus léger, elle rejoignit le Docteur devant le tableau de contrôle.
— Où veux-tu aller ? lui demanda-t-il. Venise à la Renaissance ? La Chine au début de la dynastie Ming ? Oh non j'ai mieux, tu veux faire du patin à glace ? Winter Wonderland est une planète entièrement dédiée aux sports d'hiver, et ils ont des pistes de luge fantastiques !
Il s'interrompit et la considéra d'un air plus grave.
— A moins que… tu ne veuilles rentrer ?
Cette fois, Lavande n'eut pas à réfléchir une seconde, sa décision était toute prise.
— Vous ne vous débarrasserez pas de moi comme ça ! s'exclama-t-elle avec un grand sourire. Alors un conseil Docteur : surprenez-moi !
Il lui adressa un clin d'œil complice, tapa des coordonnées sur le clavier de commandes et abaissa un levier. Lavande contempla la tour s'illuminer, émerveillée. Rentrer et abandonner tout ça ? Jamais ! De toute façon elle avait encore une chose à accomplir qui nécessitait la participation du Docteur…
Note de fin : J'espère que ce chapitre vous a plu :) Le 9e Docteur est mon préféré pour ce mélange de malice, de tristesse et de folie qui l'habite, ces changements d'humeur, comme dans l'épisode Dalek où il ordonne à un Dalek de se suicider, et montre à quel point il va mal. Bref, il est trop génial comme Docteur
Merci d'avoir lu et à vendredi pour la suite !
