Note d'auteur : Ce chapitre répond au prompt "Jardin secret"
Traduction du titre : Une décision solitaire
Encore un grand merci à Lilimordefaim et Eve pour leurs corrections, leurs avis et leurs commentaires encourageants, les filles vous êtes géniales :)
Bonne lecture !
La nuit tombait sur le Paris des années 1930. Confortablement installée dans une des bibliothèques du TARDIS, Lavande repensait à la journée qu'elle et le Docteur avaient vécue, courant dans les catacombes à la poursuite d'extraterrestres à moitié rats, appelés les Tokalts, qui menaçaient de faire s'écrouler la ville en fragilisant son sous-sol.
Cela faisait près d'un mois qu'elle était à bord du TARDIS. Elle était retournée chez elle quatre fois, pour s'assurer que sa chouette allait bien, mais était repartie aussitôt avec le Docteur en quête de nouvelles aventures. Depuis l'épisode sur Caligo, ils avaient visité trois autres planètes dont la fameuse Winter Wonderland entièrement dédiée aux sports d'hiver. Ils n'avaient pas réitéré d'aventure dans le futur, Lavande avait beau être une passionnée de divination et donc de suppositions sur l'avenir, voir réellement ce qu'il adviendrait de ce qu'elle connaissait l'effrayait un peu.
Le Docteur l'avait emmenée à Rome rendre visite à Jules César, à Versailles dîner avec Louis XIV, à New-York voir le président Kennedy – ils étaient malheureusement arrivés le jour de son assassinat et n'avaient bien sûr rien pu faire, cet épisode étant un point fixe dans l'Histoire et ne pouvant être modifié au risque d'un bouleversement de l'avenir que connaissait Lavande.
Ce qui l'avait le plus stupéfiée, c'était la présence d'extraterrestres dans presque tous les lieux et époques où l'emmenait le Docteur ! Ils avaient dû affronter une armée de cyborgs venus remplacer les légionnaires de César et voulant prendre le pouvoir sur Rome, anéantir un Ogron – mercenaire à la physionomie proche du gorille – commandé par la Montespan pour la débarrasser de Françoise de Maintenon, empêcher l'invasion de la planète Winter Wonderland par des extraterrestres reptiliens buveurs de sang…
En entrant à Poudlard, Lavande s'était préparée à ne plus s'étonner de rien, avec la magie tout était possible après tout. Mais c'était avant de vivre toutes ces incroyables aventures… Jamais avec une simple baguette magique elle n'aurait pu remonter le temps, parcourir des milliers d'années-lumière en quelques secondes, voir autant de merveilles…
Lavande passa une main sur ses cicatrices. Suite à la cicatrisation si rapide après l'épisode sur Caligo, elle lui avait évidemment demandé s'il avait de quoi soigner son visage. Mais force était de constater que la magie demeurait plus puissante que la science dans certains cas. Il lui avait administré de nombreux remèdes qu'il conservait dans le TARDIS, sans succès. Il lui avait même fait consulter les Chula, un peuple utilisant des techniques médicales très avancées permettant de guérir n'importe quelle blessure. Mais leur science avait des limites visiblement…
Le Docteur et toutes les technologies extraterrestres ne pouvaient rien pour elle. On lui avait bien proposé de la transformer en plante verte, de ne conserver que son cerveau afin qu'elle n'ait plus les désagréments de la condition humaine et puisse passer le reste de son existence à penser, curieusement elle ne s'était pas laissé tenter.
Elle avait un tout autre plan en tête, qui lui était venu dès que le Docteur avait prouvé qu'il pouvait remonter le temps. Il pouvait faire un bond de dix siècles dans le passé, alors un an et demi… ce serait d'une simplicité enfantine pour lui. Elle avait élaboré sa stratégie dès le début, noté dans les moindres détails ce qu'elle se rappelait de la soirée. Elle savait quand et où faire atterrir le TARDIS, comment ne pas se faire voir – ou du moins reconnaître – et avait révisé tous les sortilèges qu'elle connaissait, à l'abri du regard du Docteur. Elle était prête.
La porte de la bibliothèque s'ouvrit et elle se redressa aussitôt, comme une enfant prise la main dans le sac. Elle essayait d'oublier qu'elle s'apprêtait à manipuler le Docteur pour son bien personnel…
— Je t'ai cherchée dans les trois cuisines, dans le cloître, dans deux salles de bain, sur les huit terrains de squash, et toi tu étais cachée ici ! La prochaine fois laisse-moi un mot, que je n'aille pas me perdre dans les couloirs du TARDIS ! s'exclama le Docteur.
— Tu cherches dans les salles de bain, au risque que j'y sois ? répondit Lavande avec un regard perplexe. En 900 ans tu n'as toujours pas appris les bonnes manières à ce que je vois…
Il haussa un sourcil, n'ayant pas l'air de comprendre ce qu'elle lui reprochait et Lavande leva les yeux au ciel. Elle ne comptait pas refaire son éducation mais parfois, il était vraiment désespérant ! Il s'assit sur le bras de son fauteuil alors qu'elle cachait discrètement son petit carnet de notes.
— Alors, prête à repartir ?
Lavande hésita. Devait-elle laisser passer encore une occasion ? Puis les remarques qu'elle avait subies durant leurs voyages lui revinrent. A Versailles, à Rome, à New-York… Les regards des gens sur la partie cachée de son visage, qu'il lui avait parfois fallu découvrir pour ne pas paraître suspecte, les grimaces des enfants qui la croisaient… Sortir de la solitude impliquait le regard des autres, et elle ne pouvait plus le supporter. Etre prise en pitié ou fixée avec horreur, c'était trop pour elle. Même deux mille ans dans le passé elle avait suscité des exclamations de saisissement et que dire de l'époque du Roi Soleil où on avait assimilé ses cicatrices à de la petite vérole ? Elle n'en pouvait plus.
— Oui, prête. Mais… je choisis la destination cette fois !
— Tu les as choisies tout le temps !
— Oui, mais sur ta suggestion, tu me disais « tiens, allons rendre visite à ce cher Wolfgang ! » et moi j'acceptais. Attention, ça me plaisait beaucoup, je t'assure ! Mais cette fois, je choisis la destination et la date.
Le Docteur acquiesça sans sourciller. Lavande s'en voulait de le manipuler de la sorte… Mais elle ne lui mentait pas ! Non, elle omettait juste quelques détails. Chacun avait droit à un jardin secret non ?... Elle se contentait de lui cacher deux trois petites choses, ce n'était pas des mensonges.
Elle le suivit dans la salle de contrôle et réfléchit une dernière fois aux coordonnées spatiales et temporelles qu'elle devrait lui donner. Il fallait être la plus précise possible, une heure de différence et tout pouvait être fichu ! Elle inspira un grand coup et déclara :
— Le 1er mai 1998, à onze heures du soir, impasse des Jobarbilles à Pré-au-Lard.
Le Docteur tapa ces coordonnées sur son clavier et abaissa un levier. Lavande entendit à peine le bruit familier du TARDIS se mettant en marche tant son cœur battait fort.
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Lorsque la cabine de police se matérialisa dans Pré-au-Lard, ils furent anormalement secoués, comme si elle avait du mal à se stabiliser et essayait de repartir.
— Qu'est-ce qu'elle me fait ? s'étonna le Docteur en courant autour de la tour de contrôle pour abaisser plusieurs leviers.
— Ce doit être la magie, il y en a énormément et ça crée des interférences ! A Poudlard il est impossible de faire fonctionner un appareil électrique, et à Pré-au-Lard ça ne doit pas être beaucoup plus facile…
Enfin, après quelques soubresauts supplémentaires, le TARDIS s'immobilisa enfin. Lavande se précipita vers la porte sans attendre l'injonction habituelle du Docteur qui passait toujours avant elle. Lorsqu'elle sortit, elle s'aperçut qu'un véritable chantier régnait dans la ruelle. Des barrières réduites en copeaux, des pots de fleurs brisés sur le sol, des tuiles probablement tombées d'un toit voisin…
Lavande blêmit tout à coup. Peut-être restait-il des Mangemorts dans Pré-au-Lard ! Le charme du Cridurut ne s'était pas déclenché puisqu'ils n'avaient pas fait de magie pour arriver, en revanche le bruit du TARDIS pouvait les avoir alertés… Si le Docteur et elle étaient repérés, elle ne donnait pas cher de leur peau. D'un violent coup d'épaule elle fit reculer le Docteur dans le TARDIS et ferma aussitôt la porte.
— Mais qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il visiblement mécontent.
— Heu… il y a visiblement eu de l'agitation dehors… On va attendre un peu, pour être sûrs que ça s'est calmé.
Il la regarda avec réprobation, les sourcils froncés. Elle n'aimait pas quand il était comme ça, elle avait l'impression de le revoir le jour de leur rencontre, quand il la prenait pour une Carrionite. Il força alors le passage et rouvrit la porte à toute volée.
— Non, Docteur, arrête ! souffla Lavande en le tirant par le bras.
Un froid très étrange s'insinua alors dans le TARDIS. Pour un début mai, ça n'avait rien de normal, et elle ne savait que trop bien ce qu'il annonçait.
— Rentre, Docteur ! supplia-t-elle.
Il dut sentir la détresse dans sa voix car il obéit instantanément. Il referma la porte et Lavande inspira profondément. Elle n'avait été que très peu confrontée aux Détraqueurs dans sa vie et ces rares fois lui avaient laissé un souvenir affreux. Mais surtout, elle était incapable de produire un Patronus corporel, donc si le Docteur et elle s'y trouvaient confrontés, elle serait incapable de les défendre. Elle savait qu'ils se dirigeaient vers le château, attendant l'ordre d'attaquer lorsque minuit sonnerait.
— Lavande bon sang, dis-moi ce qu'il y a ! s'énerva le Docteur. Tu m'as demandé cette destination précise, je ne me suis même pas planté pour une fois, et maintenant il faudrait qu'on reste dans le TARDIS ?
— Ecoute, tu es dans mon monde, ici, comme quand on était en Ecosse au Moyen-âge il y a un mois. Et dehors, il y a des choses… que tu ne peux pas affronter avec ton tournevis sonique ! Les Détraqueurs, les Mangemorts, tu ne connais rien de ça, et tu n'es pas immunisé contre la magie, donc aussi vulnérable qu'un simple…
Elle hésita, mais il finit sa phrase avec colère :
— Qu'un simple humain ? Sauf que je ne suis pas un humain, Lavande Brown, je suis un Seigneur du Temps, et je ne me laisse pas impressionner par des bouts de bois qui font de la lumière !
Qu'il était dur de garder secret ce qu'elle voulait faire ! Mais si elle le mettait au courant, il l'en empêcherait, elle le savait. Alors que quoi ? Changer un détail de sa vie à elle ne mettrait pas en péril le futur ! Elle ne comptait pas devenir Ministre de la Magie ou Directrice de Poudlard, elle mènerait une vie discrète, et personne ne remarquerait la différence. Sauf que le Docteur ne verrait pas les choses ainsi, bien sûr. Donc elle ne pouvait pas le mettre dans la confidence. Et Merlin savait combien il lui était douloureux de lui cacher des choses ; le Docteur était devenu pour elle un véritable ami au cours des quatre semaines écoulées et le tromper de la sorte lui coûtait terriblement. Mais elle n'avait pas le choix.
— S'il te plaît, attendons… une demi-heure !
Ce devrait être suffisant. Si ses souvenirs étaient bons, et si elle y ajoutait tout ce que lui avait raconté Parvati après son coma, à onze heures trente le Seigneur des Ténèbres – elle était encore incapable de prononcer son nom – aurait posé son ultimatum et tous les élèves n'ayant pas l'âge de combattre évacueraient le château par la Tête de Sanglier. Ce serait le moment idéal pour se glisser dans le château par le passage secret. Avec le flot d'élèves, elle réussirait à passer inaperçue dans la Salle sur Demande. Elle avait bien pensé changer son apparence pour être sûre de ne pas être reconnue, mais elle s'était révélée incapable de maîtriser les sortilèges de déguisement.
Le Docteur retourna au poste de commande, visiblement furieux. Il devait sentir qu'elle lui cachait des choses. Ils restèrent silencieux un long moment durant lequel Lavande tritura ses cheveux nerveusement, repassant dans sa tête tout le chemin qu'elle devrait faire pour arriver à temps sur les lieux du crime. Cela avait eu lieu dans le Grand Hall, juste devant les sabliers des quatre maisons. Ce ne serait pas dur d'y accéder, elle devrait réussir à se cacher pour ne pas être vue. Les règles du voyage dans le temps étaient très strictes et elle ne voulait pas risquer de créer un paradoxe en étant vue au même endroit en deux exemplaires…
Lavande s'était déjà posé la question de mettre le Docteur en lieu sûr pendant son opération. Evidemment, il refuserait tout net si elle le lui demandait, donc elle devait recourir à la force. Il était hors de question qu'elle use sur lui de l'Imperium, d'autant qu'elle n'était pas sûre de pouvoir maîtriser un tel sortilège. Elle s'était entrainée aux maléfices d'Entrave, de Ligature, de Pétrification, voire même de Sommeil enchanté et s'il résistait elle n'hésiterait pas à user de la Stupéfixion. Elle ne le laisserait pas prendre de risques. Cette mission était la sienne, il ne devait pas y être mêlé, c'était beaucoup trop dangereux. Lavande ne se le pardonnerait pas s'il lui arrivait quelque chose par sa faute.
Etait-ce cela qu'avaient ressenti Harry, Ron et Hermione lorsqu'ils avaient dû faire face à des situations plus dangereuses les unes que les autres ? Etrangement, en cet instant, elle avait beaucoup plus peur de retourner à Poudlard qui était pourtant un lieu familier que de visiter une planète dans une galaxie lointaine. Elle prit peu à peu conscience qu'elle risquait d'y rester. Elle était loin d'être une grande sorcière, ses compétences en sortilèges étaient assez limitées, elle avait toujours été plus douée pour les arts divinatoires ou la botanique…
— Pourquoi as-tu tenu à revenir ici ? demanda le Docteur, brisant le lourd silence. Autant je comprends que tu aies voulu voir cet endroit mille ans plus tôt, mais là nous ne sommes retournés qu'un an et demi en arrière.
Ne pas lui mentir, ne pas lui mentir.
— C'est important pour moi, souffla-t-elle.
— Tu pourrais y retourner n'importe quand, pourquoi avoir choisi le passé et surtout cette date ?
— Je te l'ai dit, elle compte beaucoup. C'est… c'est celle de la fin de la Deuxième Guerre des sorciers.
Le Seigneur des Ténèbres serait officiellement détruit le 2 mai, mais c'était un détail. Cette bataille était vraiment celle qui clorait la guerre. Le Docteur n'avait pas à savoir que la dernière bataille avait lieu à Poudlard. Il ne s'en apercevrait même pas, les affrontements ne se verraient pas tout de suite depuis Pré-au-Lard.
— Docteur, tu devrais rester dans le TARDIS, je n'en aurai pas pour longtemps.
Il ne répondit pas. C'était bizarre, elle s'attendait à ce qu'il refuse avec véhémence, mais là, pas un mot plus haut que l'autre. Lavande s'était préparée à essuyer un flot d'arguments visant à lui prouver qu'elle avait tort, mais rien.
— Tu connais les règles du voyage dans le temps, n'est-ce pas ? dit-il enfin.
— Heu, oui…
— Tu te trouvais ici, il y a un an et demi ?
Lavande hocha la tête, la gorge serrée. S'il savait… Elle aurait tellement aimé tout lui raconter, lui dire la vérité, mais c'était impossible. Elle avait trop travaillé pour tout abandonner maintenant. Elle irait jusqu'au bout de la tâche qu'elle s'était dévolue.
— Il ne faut surtout pas que tu te croises, ajouta le Docteur. Ça aurait des conséquences sur ton avenir. Il ne faut en aucun cas le changer.
Les mains de Lavande se mirent à trembler et elle les cacha dans les poches de son jean. Quand arrêterait-il de tout dramatiser ? Elle ne changerait pas grand-chose, juste un détail qui rendrait sa vie meilleure par la suite. On pouvait difficilement la blâmer pour cela. Elle voulait que son acte ait des conséquences sur son avenir. Elle n'était pas stupide, ça n'aurait pas de répercussions sur le monde, elle avait bien réfléchi à ça.
— Je sais tout ça, souffla-t-elle. Figure-toi que dans mon monde aussi nous étudions les voyages temporels. Je te promets que je n'aurai pas d'ennuis !
Il lui adressa un petit sourire, mais son regard demeurait soucieux. Enfin, au moins il avait accepté de rester là sans sourciller. Elle ne serait pas longue, si elle se souvenait bien, cela se passerait à minuit et demie. Elle tomberait d'un balcon et…
Lavande chassa ces pensées de son esprit. Ce n'était pas le moment, elle devait garder la tête froide et ne surtout pas se laisser gagner par les sentiments. Elle regarda sa montre. Onze heures vingt. Sa main se crispa sur sa baguette, son cœur battait à toute allure. Le Docteur ne bougeait pas mais son regard la brûlait. Devinait-il ce qu'elle s'apprêtait à faire ? Elle ne lui avait jamais parlé de son accident, il ne pouvait pas se douter de quoique ce soit… Il était intelligent mais pas extralucide ! Et puis, s'il avait vraiment soupçonné quelque chose, il ne l'aurait pas laissée aller vagabonder toute seule, il aurait insisté pour l'accompagner. Non, il n'y avait aucun risque.
Les minutes semblaient s'écouler incroyablement lentement. Lavande ne cessait de regarder sa montre, sans avoir l'impression que les aiguilles avançaient.
— Tu es sûre qu'il n'y a aucun danger ? insista le Docteur. Tout ce chantier dans la rue, c'était quoi ?
— Oh tu sais, les sorciers ne sont pas toujours sages et disciplinés, ce genre de spectacle est fréquent ! répondit-elle en feignant la plaisanterie. Une petite dispute sans doute…
En soi ce n'était pas un mensonge. Quand Harry, Ron et Hermione avaient débarqué ici, ils n'avaient pas été particulièrement bien accueillis, on ne pouvait pas considérer cela comme une entente harmonieuse. C'était certes tiré par les cheveux, mais ce n'était pas un mensonge.
Lavande regarda sa montre. Onze heures trente. Le moment était venu. Elle fit mine d'avoir l'air détaché et s'enveloppa dans sa cape avec un calme feint.
— A tout à l'heure Docteur, dit-elle avec un petit sourire.
— Sois prudente, répondit-il simplement. Et reviens vite.
Elle eut l'impression qu'il essayait de lire en elle, jamais le bleu de ses yeux n'avait semblé aussi perçant. Finalement elle hocha la tête, ouvrit la porte du TARDIS et sortit dans la ruelle.
Cette nuit, elle changerait son destin.
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Lavande attendit de s'être suffisamment éloignée du TARDIS pour mettre son capuchon. Elle ajusta sa mèche de sorte qu'il soit impossible de la reconnaître à moins d'y regarder précisément. Elle avait l'avantage de connaître le mot de passe qu'Abelforth demanderait aux membres de l'Ordre du Phénix lorsqu'ils entreraient dans son auberge pour prendre le passage secret. Il ne fallait pas qu'elle traîne, les élèves allaient être évacués d'un moment à l'autre et c'était le moment idéal pour rentrer dans la Salle sur Demande. Les membres de l'AD n'y seraient pas, elle ne risquait pas de rencontrer son double.
Elle espérait ne pas avoir l'air suspect avec son capuchon dissimulant son visage, mais après tout nombre de sorciers avaient cette habitude vestimentaire. Et puis elle pourrait prétendre avoir attrapé l'Eclabouille et en avoir gardé des cicatrices indélébiles. Ce qui malheureusement n'était pas très éloigné de la vérité.
Lavande jeta un regard en arrière. La rue était complètement déserte. Forcément, les Mangemorts s'étaient tous rassemblés autour de leur maître, pour le combat qui commencerait dans une demi-heure. Elle ne devait pas y penser. Elle n'y prendrait pas part, elle se cacherait quelque part et attendrait son heure. Elle savait déjà où : dans la petite salle où les première année étaient tenus d'attendre le jour de la rentrée, avant d'entrer dans la Grande Salle. Elle pourrait agir directement sans être vue, elle se souvenait que le sablier des Serpentard s'était brisé quand elle était tombée du balcon de marbre, ce qui créerait une diversion.
Bien sûr, il s'agirait de régler son compte à Greyback avant qu'il ne l'atteigne, mais elle en faisait son affaire. Contrairement à son double, elle serait en pleine possession de ses moyens, et pourrait l'anéantir sans problème. A cette pensée, elle sentit son sang bouillir dans ses veines. Elle éprouvait une telle haine à l'égard de cette ignoble créature…
Lavande chassa ces pensées, elle devait garder la tête froide. Ne pas se laisser envahir par la colère, par le chagrin. Elle avait l'opportunité de changer son destin, jamais plus elle n'aurait cette occasion. Chaque seconde devait être judicieusement employée.
Elle se glissa dans la ruelle où se trouvait la Tête de Sanglier. L'enseigne grinçait dans la légère brise de cette soirée de mai. Et dire que ce calme serait bientôt brisé par des sorts, des cris, des pleurs, des morts… Elle se morigéna. Encore une fois elle se laissait aller à ses émotions ! Elle comprenait mieux pourquoi le Choixpeau l'avait envoyée à Gryffondor. Ce n'était pas pour son courage, pour sa force, c'était pour sa fâcheuse manie de se laisser influencer par ses émotions au moment d'agir et d'être incapable de garder la tête froide. Cela n'avait rien de très glorieux, malheureusement.
Dissimulée dans un angle de mur, Lavande attendit le moment propice. Elle n'eut pas à patienter longtemps, un concert de voix et de cris résonna bientôt dans l'auberge. Lavande n'attendit pas. Elle toqua cinq fois avec force. Le judas s'ouvrit brusquement, laissant apparaître le regard bleu d'Abelforth.
— Mot de passe ? grogna-t-il.
— Qu'un verre de xérès vous apporte allégresse, récita Lavande.
La porte s'ouvrit et elle s'engouffra dans l'établissement. Elle se figea devant le spectacle qui s'offrait à elle. Des dizaines d'enfants se trouvaient dans la pièce, certains pleuraient, se serraient contre leurs amis ou frères et sœurs, elle fut bouleversée par le regard plein de détresse d'une gamine qui semblait désespérément chercher quelqu'un dans la foule. Elle s'aperçut que plusieurs d'entre eux avaient seize ou dix-sept ans et restaient groupés, comme par peur de se mêler aux autres élèves. Elle reconnut Pansy Parkinson qui avait totalement perdu son air revêche et semblait tout aussi paniquée que ses camarades.
— Bon ben prenez le passage ! grogna Abelforth. J'en attends d'autres, il faut libérer la place !
Lavande acquiesça et se dépêcha d'entrer dans le souterrain qu'elle avait maintes fois emprunté pour aller chercher de la nourriture. Lorsque tout devint sombre, elle invoqua un Lumos et marcha d'un pas rapide, veillant à ne pas se cogner lorsque le tunnel devenait bas de plafond. Elle arriva à la Salle sur Demande et entrouvrit discrètement la porte. La grande pièce était déserte, mais cela ne durerait pas. Sa montre indiquait minuit moins dix. Elle devait faire très vite.
Elle ne put s'empêcher d'avoir un petit pincement au cœur en revoyant la pièce où elle avait passé plusieurs semaines, près de deux ans auparavant. Les grandes tentures aux couleurs des maisons, la surface couverte de coussins où ils s'entrainaient au duel, tous les lits de camp…
Lavande détacha son regard de ces souvenirs et s'empressa de sortir de la pièce. Toujours enveloppée dans sa cape, son visage dissimulé sous ses cheveux, il y avait peu de risques qu'on la reconnaisse. Et si elle se débrouillait bien, elle ne croiserait personne en descendant. Ou du moins, pas son double, elle se souvenait parfaitement de ce qu'elle était allée faire avec Parvati, après l'ultimatum du Seigneur des Ténèbres. Elles étaient allées aider Neville et Seamus à combattre les Rafleurs qui attaquaient par le pont. Elles ne seraient pas de retour avant au moins minuit et demi.
Le château était curieusement silencieux. Sans doute les êtres vivants qui le peuplaient s'étaient-ils rassemblés dehors. Les tableaux étaient presque tous déserts et Lavande en ressentit un léger malaise. Elle s'était habituée à cette présence quand elle déambulait dans le château. Elle avait la désagréable impression d'être totalement seule. Instinctivement, elle serra sa baguette contre elle. L'affrontement n'avait pas commencé, certes, mais elle n'était guère rassurée pour autant.
Elle descendit les escaliers d'un pas rapide. Elle avait un bout de chemin à faire avant d'arriver dans le hall d'entrée. Si elle avait su, elle aurait dit aux Fondateurs de la faire un peu moins grande leur école ! L'escalier qu'elle dévalait se mit à trembler, aussi sauta-t-elle les cinq dernières marches, atterrissant lourdement sur le palier. Elle n'avait vraiment pas le temps de subir leurs caprices !
Alors qu'elle allait en prendre un autre, des voix lui parvinrent. Paniquée, elle ouvrit la première porte sur sa gauche et s'engouffra dans la salle de classe déserte. Le cœur battant, elle se laissa glisser au sol en priant pour que personne ne vienne dans cette pièce. On la trouverait plus que suspecte, et elle ne voulait surtout pas attirer l'attention sur elle. Son sentiment de solitude l'emplit toute entière. Pour la première fois depuis son départ du TARDIS, elle regretta que le Docteur ne soit pas avec elle. Même s'il n'aurait pas pu la protéger comme il l'avait fait durant plusieurs de leurs aventures, sa présence aurait suffi à la rassurer.
— J'ai réussi à échapper à la vigilance de McGonagall, souffla une des voix que Lavande crut reconnaître. Je ne pouvais pas manquer ça, je connais trop de tactiques de combat ! Membre de l'AD un jour, membre de l'AD toujours !
— Promets-moi de rester à l'écart des combats, Colin, répondit l'autre voix. Je ne te dénoncerai pas, mais je ne veux pas que tu prennes de risque.
La gorge de Lavande se serra. Colin… Il était mort pendant la bataille, Parvati le lui avait dit. Elle pourrait sortir de cette salle et l'avertir de ce qui allait se produire, elle en avait le pouvoir, elle pouvait éviter cette tragédie… Mais non elle n'en avait pas le droit. La mort dans l'âme, elle écouta les voix s'évanouir dans les étages et laissa couler ses larmes. Comment le Docteur pouvait-il supporter cela ? Comment pouvait-il laisser les gens mourir parce qu'ils étaient des points fixes dans l'Histoire et qu'il n'avait pas le droit de la changer ? C'était si dur…
Lorsqu'elle fut sûre que le couloir était désormais désert, Lavande sortit de sa cachette et reprit sa course dans les escaliers en s'efforçant de ne plus penser à Colin. Elle l'avait côtoyé pendant des semaines, ils étaient même devenus bons amis. Elle se souvenait de son enthousiasme, de sa loyauté sans faille à Harry, de son appareil photo qui capturait tous leurs bons moments dans la Salle sur Demande… Non, il ne fallait pas qu'elle y pense.
Dans ces moments, Lavande en voulait presque au Docteur d'être venue la chercher dans son petit village, de l'avoir sortie de son amertume, de lui avoir fait reprendre goût à la vie. Durant son isolement, elle s'était créé une carapace et avait fermé son cœur à la compassion, à l'amour, à l'amitié. Eprouver ces sentiments de nouveau était si douloureux, elle aurait parfois souhaité n'être qu'une coquille vide incapable d'aimer.
Elle était enfin arrivée au grand escalier de marbre menant au hall d'entrée. Sur sa gauche, les pierres des quatre sabliers étincelaient sous la lumière des torches et des bougies. Cela lui rappela un peu le château de Versailles dans lequel elle avait séjourné quelques jours auparavant. Et à nouveau, le manque du Docteur se fit sentir. Elle aurait tant voulu qu'il soit à ses côtés… Mais c'était elle qui avait insisté pour qu'il ne vienne pas, elle devait en supporter les conséquences. Elle devait accomplir cette tâche seule.
Soudain, le carillon de l'horloge de Poudlard retentit. Le bruit résonna dans le château, comme le glas que l'on sonne. Lavande compta les coups. Au onzième, elle retint sa respiration. Douze… Quelques secondes s'écoulèrent, le silence était d'une lourdeur insoutenable. Et enfin…
— Aux abris ! hurla une voix. Rentrez tous !
Des coups et des cris retentissaient dehors, Lavande visualisait Seamus en train d'ensorceler le pont pour qu'il explose au passage des Rafleurs. L'agitation ne tarderait pas à gagner le hall, elle devait faire vite. Elle dévala le grand escalier, sa cape flottant derrière elle. Une fois en bas, elle se rua vers une petite porte à côté du sablier des Serpentard. Elle en abaissa la poignée. Fermée ! Tâchant de ne pas perdre son sang-froid, elle sortit sa baguette et bégaya :
— A… Alohomora !
Evidemment, elle demeura close. A Poudlard, si une porte était fermée, c'était bien pour ne pas être ouverte par n'importe quel novice ! Elle inspira profondément pour se calmer et se concentra. Elle allait tenter autre chose.
— Bombarda ! s'exclama-t-elle en visant la serrure.
Un bruit d'explosion retentit et Lavande retint un cri de joie. Elle avait réussi ! Aussitôt, elle s'engouffra dans la petite pièce et en refermant la porte, elle invoqua un « Reparo » pour reconstituer la serrure.
Le silence se fit alors. Lavande murmura un « Lumos » qui éclaira faiblement la petite salle. A présent, elle n'avait plus qu'à attendre…
Note de fin : Et voilà, le Docteur est moins présent dans ce chapitre, forcément... Lorsque j'ai eu l'idée de ce crossover, c'est cet épisode qui m'a motivée à écrire tout le reste, je n'arrêtais pas d'y penser et j'avais tellement envie d'y arriver ! C'est chose faite, et j'espère que cette première partie de l'aventure vous a plu :)
Merci d'avoir lu, n'hésitez pas à me laisser vos avis et à mardi pour la suite !
