Note d'auteur : Ce chapitre répond au prompt : "Champ de bataille"

Traduction : Mon temps est compté

Encore un énorme merci à Eve et Lilimordefaim pour leurs avis et leurs corrections, et surtout leurs remarques positives, parce que là comme ça on imagine que le plus utile c'est quand même quand une bêta pointe du doigt ce qui ne va pas, mais c'est aussi tellement agréable et encourageant quand elle montre ce qu'elle aime et trouve bien ! Vous êtes supers les filles :hug:


Les cris… Les coups sourds… Lavande n'imaginait que trop bien ce qui se passait derrière la porte, et les souvenirs de la bataille la transperçaient comme des coups de couteau. Colin était-il déjà mort ? Et le frère de Ron ? Et tous les autres, dont les cadavres seraient étendus plus tard dans la Grande Salle ? Elle ne pouvait pas effacer leurs visages de son esprit, imaginant les éclairs de lumière verte qui fusaient, les corps qui tombaient, les pleurs et les hurlements…

Les minutes s'écoulaient, elle savait que son heure approchait. Mais quelle était l'heure précise ? Le seul repère qu'elle aurait, ce serait le sablier des Serpentard se brisant, mais si elle réagissait à ce moment, aurait-elle suffisamment de temps pour intervenir ? Tout s'était passé si vite… Elle se souvenait de ces dernières secondes comme si c'était la veille. Elle combattait un Mangemort avec Anthony Goldstein, il les avait acculés contre la rambarde du grand escalier. Et d'un sortilège bien placé, il avait fait exploser les piliers de marbre. Lavande et Anthony avaient perdu l'équilibre et fait une chute de trois mètres. Anthony s'était cassé une jambe et avait été assommé par un morceau de pierre. Lavande avait à peine eu le temps de reprendre ses esprits qu'elle voyait Greyback se ruer sur elle…

— Assez, assez ! cria-t-elle en se prenant la tête dans les mains.

Dehors le combat faisait rage. Des noms étaient criés, des sorts jetés… Elle aurait pu hurler toute sa rage que personne ne l'aurait entendue. Pourquoi le Docteur n'était-il pas là, pourquoi avait-elle tenu à venir seule, pourquoi ?!

Il fallait qu'elle voie ce qui se passait, pour pouvoir sortir au bon moment. Mais si elle ouvrait la porte, elle serait repérée, elle risquait de se faire tuer, ou pire – oui, c'était pire – de changer gravement le cours de l'avenir. Elle connaissait un sort permettant de voir à travers une paroi, mais il était difficile à maîtriser, et surtout n'avait qu'un effet limité. Cependant elle devait essayer. Se concentrant du plus qu'elle pouvait, elle articula :

Perspicio.

Elle crut au début avoir échoué. Et puis, progressivement, la porte s'effaça. De l'extérieur, personne ne verrait la différence, mais elle avait à présent la possibilité d'observer le hall d'entrée pendant quelques secondes. Elle s'efforça de ne pas regarder les visages, de ne pas prêter attentions aux sorts qui fusaient, elle rendait d'ailleurs grâce au ciel qu'aucun n'ait touché la porte de sa cachette.

Lorsqu'elle fut sûre de la durée du sortilège, elle détourna les yeux, laissant les larmes inonder ses joues. Une envie de vomir l'habitait. Savoir que ses amis combattaient, que plusieurs d'entre eux allaient mourir ou être gravement blessés, c'était la pire des tortures. Elle se dégoûtait de rester cachée là, dans le seul but d'agir dans son intérêt, mais elle n'avait pas le choix.

Le sortilège se dissipa et sa cellule – elle ne voyait pas d'autre nom – retrouva son obscurité. La seule source de lumière était une fenêtre sur le mur face à la porte et parfois les éclairs des sorts dans le parc illuminaient la pièce une fraction de seconde.

Soudain un bruit terrible retentit dans la petite salle et Lavande poussa un cri en se recroquevillant dans un coin. On l'avait trouvée, on allait la tuer, la torturer, tout le monde saurait que Lavande Brown s'était cachée pendant la bataille, laissant ses amis combattre à sa place… Elle se cacha les yeux, dans l'espoir imbécile qu'on ne la verrait pas. Mais avec la lumière aveuglante que produisaient les nouveaux arrivants, elle ne passerait évidemment pas inaperçue.

Elle se figea. Ce bruit, cette lumière… Elle se redressa et fixa, ahurie, la cabine de police qui venait d'apparaître dans la petite salle. Comment… ? La porte s'ouvrit et le Docteur sortit en vitesse, entouré de fumée et toussant en essayant de la dissiper avec de larges mouvements de bras.

— Docteur ! s'exclama Lavande en se relevant. Mais comment…

— Je crois que j'ai brûlé le mini-golf et une des salles de bains pour arriver ici ! s'exclama-t-il entre deux quintes de toux.

— Brûlé ?

— Quand je demande trop d'efforts au TARDIS, elle est obligée de supprimer des salles pour gagner de l'énergie et… Mais ce n'est pas la question ! s'interrompit-il brusquement. Tu peux m'expliquer ce que tu fabriques dans un placard à balai ? C'est comme ça que tu visites ton école ?

Son regard plein de colère cloua Lavande sur place. Et elle réalisa qu'avec la présence du Docteur, sa mission se trouvait gravement compromise. Il fallait absolument qu'il reparte, peu importe la raison pour laquelle il était venu !

— Tu ne peux pas rester ! s'exclama-t-elle. C'est un vrai champ de bataille derrière cette porte !

— Je te remercie, j'ai remarqué ! On voyait les explosions depuis la ruelle où le TARDIS était garé ! Tu avais sans doute oublié de me le préciser ?

— Tu ne comprends pas ! Tu dois repartir !

Il s'adossa au TARDIS, les bras croisés, visiblement peu décidé à bouger. Le cœur de Lavande se mit à battre à toute allure sous la panique. Non non non, il ne devait pas rester, tout était fichu sinon !

— Dis-moi, si tu ne veux pas de moi, pourquoi ai-je reçu ce message sur mon papier psychique ? demanda-t-il en lui tendant le petit étui.

Lavande l'ouvrit et lut : « J'ai peur, j'ai peur, ne me laisse pas seule Docteur, j'ai besoin de toi ». Abasourdie, elle ne chercha pas à comprendre comment c'était possible. Mais pas de doute, c'était bien ses mots à elle, elle se souvenait très bien de les avoir pensés.

— Mais comment as-tu pu me trouver ? souffla-t-elle.

Elle jeta un coup d'œil à sa montre. Minuit vingt-cinq. Il ne lui restait que très peu de temps.

— Le TARDIS a localisé l'endroit d'où venait le message et m'y a conduit, mais avec toute la magie qu'il y a ici, j'ai cru qu'on ne se poserait jamais !

Lavande l'écoutait à peine, toute son attention était portée sur ce qui se passait derrière la porte. A tout moment elle allait entendre une explosion… Il fallait qu'elle sache. Le sort de Clairvoyance ne fonctionnait que pour celui qui le jetait, le Docteur n'aurait pas le temps de réagir. Elle murmura un « Perspicio » et la porte s'effaça. Elle leva les yeux, à la recherche du balcon sur lequel elle s'était battue aux côtés d'Anthony. Il était à peine dans son champ de vision, mais avant que le sortilège ne se dissipe, elle eut juste le temps d'entrevoir des cheveux blonds virevolter. Les siens.

— Docteur, repars ! cria-t-elle alors qu'une explosion assourdissante retentissait.

Il plissa les yeux et murmura :

— Oh mais bien sûr, comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ?

Le cri de son double du passé qui atteignait le sol transperça le cœur de Lavande. Un bruit de verre brisé retentit. Le sablier. Alors elle ouvrit la porte à toute volée, baguette en main et se rua en avant. Elle vit son corps étendu au sol, et la silhouette de Fenrir Greyback surgir de la Grande Salle. Mais alors qu'elle s'apprêtait à lui jeter un sortilège de Stupéfixion, un bras l'entoura et la tira violemment en arrière.

— NOOOON ! hurla-t-elle. PITIE LAISSE-MOI !

— Arrête ! cria le Docteur. Tu n'as pas le droit, tu ne peux pas !

— Lâche-moi ! Lâche-moi !

Elle poussa un cri de désespoir en voyant le loup-garou fondre sur son double.

— Non non non non… répéta-t-elle en pleurant et en se débattant. NON !

Elle vit les ongles de la créature déchirer la peau de son visage, le sang jaillir et maculer ses cheveux. Son double se débattait faiblement, encore étourdie par la chute. Lavande ne pouvait plus bouger, tétanisée par le spectacle. Mais quelque secondes après que Greyback se fut rué sur elle, une détonation assourdissante retentit et un éclair sorti de nulle-part frappa le loup-garou de plein fouet, le projetant en arrière contre la rampe de l'escalier qu'il heurta violemment. Le voyant se débattre pour se relever, Lavande essaya à nouveau de se dégager des bras du Docteur qui l'enserraient fortement. Mais à cet instant, une boule de cristal s'écrasa sur la tête de Greyback et il s'écroula au milieu des bouts de verre, inerte.

— J'en ai d'autres ! claironna le professeur Trelawney qui se tenait sur le balcon duquel son double et Anthony étaient tombés. Il suffit de demander ! Tenez…

Lavande regarda sans la voir la boule de cristal traverser le hall et pulvériser une des fenêtres. Ses jambes ne la portaient plus, elle avait l'impression de sombrer dans un gouffre froid, sans vie ni lumière. Sa respiration s'était faite erratique, les battements de son cœur désordonnés résonnaient dans son crâne. Elle avait perdu sa seule chance de changer la donne, d'empêcher Greyback de ruiner sa vie… Elle sentit à peine le Docteur la tirer en arrière, la portant presque, lorsque les araignées géantes démolirent la grande porte et envahirent le hall.

Des jets de lumières jaillirent de partout, à la fois des élèves, des professeurs mais aussi des Mangemorts. Les Acromentules détruisaient tout sur leur chemin, c'était la débandade. Le hall était un véritable champ de bataille, des débris jonchaient le sol, des corps étaient évacués. Voyant une araignée marcher vers son double, Lavande rassembla le peu d'énergie qu'il lui restait et donna un violent coup de coude au Docteur, parvenant à se dégager de son étreinte. Elle se précipita en avant et tira le corps de la Lavande du passé près de celui d'Anthony. Surmontant le désespoir qui l'envahissait peu à peu en voyant le sang de son double couler sur le sol, elle s'exclama :

Protego !

Le charme du Bouclier fut si puissant, peut-être mu par la force de sa souffrance, qu'il fit reculer l'Acromentule. La bête fit claquer ses mandibules et ses pinces, cherchant à franchir la barrière, mais peine perdue. Elle finit par renoncer et rejoignit ses congénères qui se dirigeaient vers le parc. Lavande leva le sort et se laissa tomber au sol, vidée de toute énergie, les joues inondées de larmes. Elle se recroquevilla sur le sol, pleurant à gros sanglots, le corps agité de spasmes. Une main se posa sur son épaule et elle entendit une voix qu'elle ne connaissait pas lui dire doucement :

— On va s'occuper d'eux, ne vous en faites pas, ils seront soignés.

Elle releva la tête, sa mèche trempée collant à sa joue. Le jeune homme avait des cheveux roux flamboyants et elle reconnut un des frères de Ron. Elle aurait été bien incapable de dire son nom, mais elle remarqua que son visage était barré de cicatrices. Il lui adressa un gentil sourire et l'aida à se relever. Le hall était presque déserté par les combattants qui s'étaient pour la plupart dirigés vers le parc et dans les étages.

— Vous lui ressemblez, dit-il en désignant le double de Lavande. C'est votre sœur ?

Elle secoua la tête, incapable du moindre mot. Le jeune homme lui adressa un dernier sourire encourageant et fit léviter les deux corps. Il traversa le hall et disparut dans la Grande Salle.

— Lavande…

Le Docteur s'agenouilla près d'elle. Elle secoua la tête, les yeux fermés. Non, elle ne voulait pas l'entendre, ni le voir. Il avait tout gâché. Jamais elle ne pourrait le lui pardonner. Elle se laissa tomber sur le sol et se remit à pleurer. Elle voulait être seule, laisser libre cours à son désespoir au milieu de ce champ de bataille.

~o~O~o~

Lavande sentit à peine le sol trembler à l'arrivée des géants, les battements sourds de son cœur dans sa tête étouffaient tous les autres bruits. Les grognements, les cris, les coups, elle ne les percevait plus que très éloignés, comme si une barrière s'était constituée autour d'elle, la coupant du reste du monde. Elle demeurait étendue sur le sol, le corps engourdi et agité de spasmes sous ses sanglots.

Lorsque le Docteur la prit dans ses bras, elle ne réagit même pas. Elle avait l'étrange impression d'être sortie de son corps, de flotter au-dessus de la scène sans en faire partie. Tout était fini, elle avait échoué… C'était la seule chose qui la maintenait consciente, elle se répétait cela comme une litanie. Fini… Fini. Ces dernières semaines, elle avait pensé sans relâche à ce jour, au moment où elle pourrait enfin changer son destin, avoir une vie meilleure. Mais elle n'avait pas le droit au bonheur, elle était condamnée à rester défigurée à vie, à affronter le regard plein de pitié ou d'horreur des gens.

Le Docteur la déposa sur le sol de la petite salle et referma la porte. La lanterne du TARDIS projetait une clarté blafarde sur les murs. Lavande se replia sur elle-même en position fœtale, hantée par l'image de son double au visage ensanglanté qu'elle ne parvenait pas à se sortir de l'esprit. Elle ne cherchait même pas à savoir d'où était venu le sort qui avait éloigné Greyback et lui avait ainsi sauvé la vie. A quoi bon ? Le mal était fait, peut-être aurait-il mieux fallu laisser le loup-garou finir le travail.

Elle entendit la porte du TARDIS claquer dans le lointain. Tant mieux, le Docteur partait sans elle, qu'il la laisse ici, elle ne voulait plus jamais le voir. Il l'avait trahie, il était venu alors qu'elle lui avait expressément demandé de ne pas l'accompagner. Son histoire de papier psychique était l'excuse la plus minable qu'on puisse inventer. Oui, elle avait eu peur, elle avait souhaité qu'il la retrouve, mais… ce n'était pas un véritable vœu, juste une petite prière pour se donner du courage.

Le TARDIS ne partait pas, qu'attendait le Docteur ? Espérait-il qu'elle se lèverait pour venir toquer à la porte et le supplier de la laisser entrer ? Même si elle l'avait voulu, elle était incapable de bouger, toutes ses forces l'avaient abandonnée. Etait-ce cela qu'on ressentait après avoir subi le Baiser du Détraqueur ? Cette sensation de n'être qu'une enveloppe vide, de ne plus jamais pouvoir rire ou même sourire…

La porte s'ouvrit finalement et le Docteur s'approcha d'elle. Elle l'entendit la scanner avec son tournevis. Puis il la prit à nouveau dans ses bras et l'emmena dans le TARDIS. Il la déposa délicatement sur le sol de la passerelle et s'agenouilla près d'elle.

— Je ne peux pas soigner ta blessure, personne ne le peut, murmura-t-il. Mais le cœur du TARDIS peut l'atténuer. Tu n'oublieras rien, je n'altérerai pas ta mémoire, je veux seulement que tu surmontes ta tristesse, comme je l'ai fait.

Lavande tourna un peu la tête pour protester. Elle ne voulait pas qu'il fasse des expériences sur elle, elle ne voulait pas qu'on joue avec son esprit ! Mais il prit fermement son visage entre ses mains et la regardant dans les yeux, il ajouta :

— Fais-moi confiance. Je suis le Docteur.

Pourquoi cette phrase suffit à la convaincre ? Elle l'ignorait. Mais elle abandonna le combat, sentant toute volonté la déserter. Qu'il fasse ce qu'il voulait après tout. Il venait de ruiner sa vie, alors un dégât de plus ou de moins…

— Je te déteste… murmura Lavande

Elle sentit qu'il pressait sa main dans la sienne sans répondre, mais elle savait qu'il avait entendu. Il s'éloigna d'elle et à cet instant, une douce chaleur émana du sol. Une fumée dorée l'entoura, dérobant à ses yeux le reste du vaisseau. Rien n'existait plus pour elle à part cette poussière d'or tout autour d'elle. Elle la sentit pénétrer ses poumons, ses veines, comme un flux réparateur. Sans qu'elle sache pourquoi, elle eut l'impression que son chagrin refluait. Ses forces semblaient lui revenir, comme si elle se remettait d'un choc. Elle ressentait la même chose qu'au sortir de son coma, l'impression de refaire surface après avoir passé un long moment au plus profond des gouffres. Elle aurait voulu rester ainsi toute sa vie, bercée par cette douce chaleur. Mais la fumée dorée se dissipa peu à peu et l'intérieur du TARDIS réapparut. Elle sentit aussitôt l'envie de pleurer revenir, mais contrairement à tantôt, elle n'était plus figée dans son désespoir. Une autre émotion commençait à poindre : la colère.

Elle se releva lentement, tournant le dos au Docteur. Il ne fallait surtout pas qu'elle croise son regard, sinon elle ne pourrait pas s'empêcher de se déchainer contre lui. Les larmes brouillant sa vue, elle se mit à courir, n'ayant qu'une envie : s'enfermer dans sa chambre jusqu'à ce qu'il la ramène chez elle, et ne jamais plus le revoir. Son sang bouillait dans ses veines, elle sentait monter la fureur et l'envie de violence, comme lorsqu'elle avait dû faire face à Brenna au temps des Fondateurs.

Elle claqua la porte derrière elle et s'appuya contre le battant, tâchant de se calmer. Mais la rage la submergea, elle se rua sur son lit et déchira violemment les oreillers en hurlant.

— JE TE DETESTE ! TU AS TOUT GÂCHE ! POURQUOI ?!

Elle s'attaqua au miroir, sur lequel elle abattit son poing, démolit la porte de l'armoire à coups de pieds. Les pleurs se mêlaient aux cris de colère désormais.

— Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?!

Elle envoya valser tout ce qui se trouvait sur sa table de nuit, la lampe de porcelaine se brisa en mille morceaux. Elle déchira les pages de tous les livres qu'elle put trouver, jetant ce qu'il restait contre les murs.

— Je te déteste, je te hais !

Si le Docteur pensait que la tempête était passée lorsqu'ils avaient quitté la bataille de Poudlard, il se trompait lourdement, cela ne faisait que commencer !

Mue par une force qu'elle n'aurait jamais cru posséder, elle dévasta sa chambre à grands renforts de cris de rage, avant de s'effondrer d'épuisement sur son lit couvert de plumes.

— Pourquoi, pourquoi… murmura-t-elle en sanglotant.

Elle remit machinalement sa mèche en place et sa gorge se serra à nouveau lorsqu'elle songea que si le Docteur n'était pas intervenu, elle n'aurait plus à faire ce geste.

La porte de la chambre s'ouvrit doucement. Lavande se redressa aussitôt et braqua sa baguette magique sur le Docteur.

— N'approche pas ! gronda-t-elle. Je ne veux plus te voir, jamais ! Ramène-moi chez moi et sors de ma vie !

Le Docteur demeura stoïque mais elle vit bien qu'elle l'avait blessé, et elle en tira un plaisir malsain. Ah, il allait savoir ce que c'était que souffrir, lui aussi !

— Lavande, tu n'aurais jamais dû essayer de changer ton passé… commença-t-il.

— Oh, parce que maintenant tu vas essayer de me faire culpabiliser ? s'exclama-t-elle. Pour qui tu te prends ? Tu crois que le fait de voyager dans ton stupide vaisseau spatial pour aller soi-disant sauver l'univers te rend irréprochable ? Tu n'as jamais fait d'écarts peut-être ?

Elle sortit de la pièce sans attendre sa réponse et retourna dans la salle de contrôle, fermement décidée à ne pas en rester là. Si le Docteur ne voulait pas l'aider, elle se débrouillerait seule !

— Tu aurais pu bouleverser le cours de l'avenir, est-ce que tu te rends compte des conséquences que ton geste aurait pu avoir ? reprit le Docteur d'une voix forte en la rejoignant.

Il était vraiment furieux, elle le voyait, mais elle s'en fichait complètement. Ce n'était qu'un égoïste ! Lui il pouvait s'amuser à aller sauver le monde quand il voulait et elle n'avait même pas le droit de changer un minuscule détail dans le passé pour rendre sa vie meilleure ?

— Qu'est-ce que tu fais ? s'exclama-t-il alors qu'elle commençait à pianoter sur un clavier un peu au hasard.

— Ça fait trop longtemps que je rêve de ce moment, je ne te laisserai pas tout détruire à cause de tes fichues lois temporelles ! Je retourne dans le passé, et je recommencerai aussi longtemps que tu t'obstineras à m'en empêcher !

— Non !

Il lui saisit le bras et l'éloigna du tableau de commande d'un geste brusque. Elle se débattit à grand renfort de cris et de coups de pieds mais il l'obligea à lui faire face, la tenant fermement par les épaules.

— Lavande, écoute-moi ! tonna-t-il.

Sa voix grave et sans appel la paralysa, à tel point qu'elle lâcha sa baguette. Elle se figea, ayant l'étrange impression d'être une poupée de chiffon entre ses mains. Il soupira, visiblement soulagé qu'elle ait cessé de vouloir le réduire en charpie, mais elle savait qu'il était toujours furieux contre elle. Il y avait de quoi, mais elle n'avait pas l'intention de s'excuser. Il n'avait aucune idée de ce qu'elle ressentait !

— J'étais obligé de t'empêcher de faire ça, reprit-il d'une voix plus calme et apaisante par son timbre profond. Crois-moi, si j'avais eu le choix, je t'aurais permis d'éviter cette tragédie, mais je n'en avais pas le droit !

Elle avait l'étrange impression de l'avoir déjà entendu proférer ces paroles, pourtant elle ne se souvenait pas avoir tenté de changer le cours de l'avenir durant leurs précédentes aventures.

— Ca n'aurait rien changé pour le futur… murmura-t-elle, tremblante.

— Evidemment que si, et tu le sais ! Tu peux penser ce que tu veux des lois temporelles, tu peux te moquer de ce à quoi je consacre mon existence, mais même pour toi je ne peux pas cesser de jouer mon rôle ! Je suis le dernier Seigneur du Temps, le dernier à pouvoir veiller à la bonne marche de l'univers, à éviter les paradoxes temporels comme celui que tu t'apprêtais à créer !

Elle fronça les sourcils, sans comprendre. Un paradoxe ?

— Qui sait ce qui se serait produit si tu n'avais pas été blessée, pendant cette bataille ? Tu te serais relevée, tu aurais peut-être sauvé des vies qui n'auraient pas dû l'être, ou tu aurais tout aussi bien pu te faire tuer à un autre moment !

— J'aurais aussi pu m'en sortir ! tempêta Lavande en essayant à nouveau de s'éloigner de lui, mais il la tenait fermement. Je n'avais rien, je me serais relevée, j'aurais pu aller combattre… Et qu'est-ce que tu entends par « des vies qui n'auraient pas dû être sauvées » ? Selon toi, il y a des gens qui méritent de mourir et d'autres non, peu importe leur camp ?

Il soupira et elle eut l'impression qu'il relâchait sa prise sur ses épaules. Mais elle ne bougea pas, désireuse d'entendre ses explications. Se prenait-il pour un dieu, pour juger ainsi de qui devait vivre ou mourir ?

— Il y a des points fixes dans l'Histoire, je te l'ai déjà expliqué. Je ne sais rien de la bataille qui se déroule en ce moment dans ton école, mais si tu m'as dit la vérité et qu'elle marque la fin d'une guerre, alors nécessairement, ceux qui auront combattu le plus bravement et auront survécu obtiendront une notoriété exceptionnelle dans votre monde.

— J'ai combattu… commença Lavande, sentant poindre les larmes.

Il lâcha ses épaules et prit son visage entre ses mains, l'obligeant à le regarder dans les yeux. Pour la première fois, elle eut l'impression de se trouver face à un vieil homme. Elle percevait le poids des siècles dans son regard, tout ce qu'il avait vu durant son existence…

— Je sais que tu as combattu, murmura-t-il, je l'ai vu. Mais tu as été blessée, et tu t'es retranchée de ton monde, tu n'es pas devenue une personnalité influente, et tout ça à cause de ces blessures.

— Je n'aurais jamais été quelqu'un de célèbre, je voulais simplement… une vie meilleure ! Est-ce que c'est un crime ?

Elle éclata en sanglots et le Docteur la prit aussitôt dans ses bras, la serrant contre lui et caressant ses cheveux comme elle-même l'avait fait lorsqu'il s'était effondré après lui avoir raconté la destruction de sa planète.

— Lavande, murmura-t-il, je ne compte plus les fois où j'ai rêvé de pouvoir retourner dans le passé et sauver mon peuple au lieu de l'anéantir. J'aurais pu le faire, je pourrais toujours le faire, mais je n'en ai pas le droit. J'ai placé un verrou temporel sur la Dernière Guerre du Temps que je n'ôterai pas.

— Ca fait tellement mal !

Le Docteur la serra plus fort contre lui et elle sentit qu'il embrassait ses cheveux, comme s'il consolait un enfant après un cauchemar.

— Je sais, murmura-t-il. Je sais.

Un long silence s'installa, uniquement brisé par les sanglots de Lavande qui se tarissaient peu à peu. Au bout d'un moment, il n'y eut plus un seul bruit dans la salle de contrôle du TARDIS. Lavande n'osait pas parler. Elle se sentait abominablement mal vis-à-vis du Docteur. Elle lui avait dit tellement d'horreurs… Et pourtant, il avait raison, il était sans doute le plus à même de comprendre ce qu'elle éprouvait à cet instant. Comment avait-elle pu oublier à quel point il avait souffert de la perte de son peuple ? C'était elle l'égoïste, l'individualiste. Elle l'avait manipulé pour son profit et l'avait ensuite accusé de l'avoir trahie. Quel genre de Gryffondor était-elle pour traiter un ami de la sorte ? Elle se dégoûtait…

Il continuait à lui caresser les cheveux et la respiration de Lavande se faisait plus calme. Elle sentait son chagrin refluer, comme lorsque le cœur du TARDIS l'avait soignée tantôt. Le Docteur dut le sentir car il finit par s'éloigner d'elle. Il lui adressa un sourire bienveillant avant de se diriger vers le tableau de commande et de se concentrer sur un des nombreux écrans qui en faisaient le tour.

— Je suis désolée pour ce que je t'ai dit, murmura-t-elle. Je ne te déteste pas. Et je ne doute pas que tu passes ton temps à sauver l'univers.

— En réalité, je sauve des mondes assez régulièrement, mais l'univers tout entier, c'est rare, répondit-il non sans malice. Cela dit, ça n'enlève rien à mon mérite !

Lavande eut un petit rire. Elle le rejoignit et s'appuya contre le poste de commande, cherchant à capter son regard. Mais il restait obstinément fixé sur son écran. Elle l'avait à nouveau obligé à remuer ses horribles souvenirs, il avait sans doute besoin d'un peu de solitude, aussi n'insista-t-elle pas. Elle s'éloigna et s'assit contre une barrière de la passerelle, récupérant sa baguette qu'elle fit tourner entre ses doigts.

Après quelques instants, elle leva les yeux vers lui. Il lui tournait toujours le dos mais l'attention de Lavande avait été captée par le bruit des touches du clavier.

— Où va-t-on ? demanda-t-elle.

— Tu ne cesseras donc jamais de poser des questions ? dit-il avec un sourire.

Elle n'eut pas le temps de répondre que déjà il abaissait un levier. Elle s'accrocha à la barrière avant de faire un roulé-boulé et regarda la colonne centrale s'illuminer dans un grand bruit. Elle eut une folle envie de courir vers la porte, de sortir et retourner à Poudlard pour se battre, mais elle se força à rester assise et crispa ses mains sur la barrière, essayant d'ignorer la sensation de brûlure près de son cœur.


Note de fin : J'espère que vous avez aimé ce chapitre ! Je crois que c'est celui que j'ai préféré écrire (quoique le tout dernier m'a bien plu aussi^^), parce que c'est l'aventure que j'avais en tête quand j'ai eu l'idée de ce crossover... Lavande est un peu insupportable, entre son égoïsme, son inconstance, son immaturité, mais il lui faut bien des défauts :)

Merci d'avoir lu et à samedi pour le pénultième chapitre !