Note d'auteur : Ce chapitre répond au prompt : "Après la tempête"
Traduction : Pardonné•e
Encore un énorme merci à Eve et lilimordefaim, je ne le dirai jamais assez :cœur:
Bonne lecture !
Le TARDIS s'immobilisa mais Lavande resta accrochée à la barrière. Si elle ne se levait pas, si elle ne sortait pas, elle ne verrait pas ce qui les attendait dehors. Et tant qu'elle n'avait pas la preuve qu'ils s'étaient déplacés, elle voulait croire qu'ils n'avaient pas bougé, qu'ils étaient toujours à Poudlard. Peut-être le Docteur était-il revenu quelques minutes dans le passé, pour lui permettre de sauver son double malgré tout ?
— Viens, dit-il d'une voix douce en lui tendant la main.
Elle la prit à contrecœur et le suivit d'un pas lourd. Il ouvrit alors les deux battants de la porte du vaisseau. Lavande s'immobilisa et ouvrit de grands yeux. Devant elle s'étendaient une multitude de maisons, des tentes comme des étals de marché d'où s'élevait un bruit assourdissant, une musique résonnait, créant une ambiance qui contrastait brutalement avec l'évènement qu'ils venaient de quitter…
Lavande s'avança hors du vaisseau, la démarche hésitante, encore tremblante et sous le choc. Elle ne comprenait pas ce qu'ils faisaient ici, elle qui s'attendait bêtement à ce qu'il la ramène quelques minutes en arrière pour qu'elle puisse quand même accomplir ce qu'elle préparait depuis tant de semaines…
— Nous sommes… en Chine ? demanda-t-elle machinalement, sans réel intérêt.
— Pas vraiment, non, lui répondit-il avec un gentil sourire. Il s'agit de la planète Shan Shen, je ne crois pas t'en avoir jamais parlé… C'est une planète habitée par des humains et… des humanoïdes, dont la culture est proche de la culture chinoise. Quelque part, tu n'étais pas loin !
— Et tout ce bruit, là, c'est quoi ? marmonna Lavande.
— La place du marché ! C'est très animé, tu n'auras pas assez d'yeux pour tout voir, ça te changera les idées !
Lavande recula en secouant la tête.
— Je n'ai pas envie d'y aller. Ramène-moi à la maison.
— Hors de question ! Je me suis morfondu comme toi dans mon coin pendant des mois, regarde dans quel état je suis maintenant ! Non, crois-moi, tu n'as déjà pas ta tête des meilleurs jours, inutile d'aggraver ton cas.
— Trop aimable…
Le Docteur lui adressa un grand sourire auquel elle ne put s'empêcher de répondre par une petite grimace amusée. Il lui prit la main d'autorité et la força à ressortir du TARDIS. Lavande trébucha et se rattrapa à un poteau électrique couvert de petites affiches annonçant des spectacles, d'avis de cherches pour des chasseurs de prime ou des criminels… Son intérêt fut piqué malgré elle. Elle regarda la rue alentour, la plupart des gens qui y déambulaient semblaient humains, c'était rassurant quelque part… Elle était fascinée par les extraterrestres mais ne savait jamais comment se comporter face à eux.
— On croirait vraiment être sur Terre, dit-elle. Tu ne t'es pas trompé, tu es sûr ?
— Lève la tête au lieu de douter de mon génie !
Lavande obéit et fut stupéfaite d'apercevoir des corps célestes très semblables à des planètes, possédant des anneaux comme Saturne, et gravitant visiblement très près de la planète où ils se trouvaient… Oui, assurément ils n'étaient pas sur Terre, sinon il y aurait de quoi paniquer !
— Shan Shen est une toute petite planète, voisine de bien d'autres corps célestes, c'est un monde de commerce, de carnavals, d'étals combles…
Il prit sa main et l'entraîna dans la rue face à eux. Lavande ne savait pas où donner de la tête. Cette atmosphère était étourdissante, et elle sentait la bataille de Poudlard s'éloigner petit à petit de son esprit. L'idée lui vint que le Docteur avait peut-être trafiqué son mental pour effacer cet évènement de sa mémoire…
— Je ne vais pas oublier ce qui s'est passé, n'est-ce pas ? demanda-t-elle.
Il la regarda avec intensité et secoua la tête.
— Non, je te l'ai dit, le TARDIS a uniquement influé sur tes émotions pour rendre la tristesse plus ténue, il n'a pas altéré ta mémoire. Jamais je ne ferai cela, les souvenirs sont une des choses les plus précieuses…
Elle pressa sa main dans la sienne pour lui éviter de repartir vers ses propres démons, elle ne voulait pas le voir triste. Soudain il se précipita vers un étal, un grand sourire aux lèvres.
— Regarde ça ! Une veste en cuir de Ghoutie ! Fantastique, il m'en faut absolument une !
— Je ne te demanderai pas ce qu'est un Ghoutie, j'imagine que c'est encore une bestiole bizarre…
— Bizarre, non voyons ! Comment te dire… C'est une sorte de croisement entre un âne et un paresseux, ça reste assez classique, et ils font un très bon cuir !
Lavande hocha la tête, peu convaincue. Elle s'intéressa aux étoles, chez le marchand d'à côté, des étoffes magnifiques aux couleurs chatoyantes.
— En quoi sont-elles faites ? demanda-t-elle. C'est de la laine ?
— De la soie d'Acari, une espèce arachnide, répondit le vendeur. Ces sécrétions sont idéales pour faire de beaux tissus.
Lavande déglutit et reposa l'étole avec une grimace de dégoût. D'accord, une étole en toile d'araignée, très peu pour elle…
— Je vais voir autre chose, dit-elle au Docteur qui observait à présent d'étranges chaussures fluo avec grand intérêt.
Elle aperçut un autre étal, couvert d'objets brillants semblables à des bijoux, et s'en approcha plus prudemment que du précédent. Elle n'avait pas envie d'apprendre qu'elle essayait un collier en déjections d'elle ne savait quelle autre créature étrange…
Son regard se porta sur un bracelet ravissant en métal argenté, orné d'une pierre verte en amande qui occupait toute la largeur. Enfin un objet normal… Elle l'ouvrit et après avoir eu l'approbation de la marchande, le passa à son poignet. Mais aussitôt qu'il se fut refermé, elle sentit un étourdissement la prendre. C'était… comme si tout bruit devenait lointain autour d'elle, comme si elle était enfermée dans une bulle de coton.
Lavande se sentit devenir incroyablement légère, comme si toute sa tristesse et sa colère la quittaient brutalement. Elle se sentit à peine tomber, tout lui paraissait si lointain… Et c'était la plus agréable sensation qu'elle ait eue à éprouver depuis plusieurs jours. Sa vision se clarifia un peu, et un sourire se peignit sur ses lèvres. Elle avait l'impression de revivre, c'était comme le calme après la tempête. Libérée de toute émotion, se laissant guider par le bracelet qui lui disait de ne penser à rien… à rien d'autre qu'aimer, et se laisser aimer…
Oh, le Docteur arrivait. Elle lui fit un grand sourire affreusement mièvre, de ceux dont elle avait testé l'efficacité sur Ron Weasley en sixième année. Pourquoi avait-il ce regard dubitatif ? Elle était sûre de son effet, le bracelet lui disait quoi faire… Son esprit était si apaisé, elle n'avait plus besoin de réfléchir, le bijou le faisait pour elle. Juste suivre ses indications, sourire et minauder, et il tomberait sous le charme…
Il lui prenait le poignet, allait-il la demander en mariage ? Elle était irrésistible, elle le savait, un seul sourire et il tombait dans ses filets. Les cicatrices ? Quelles cicatrices, elles étaient insignifiantes…
Clic.
Lavande cligna des yeux, soudain assaillie par le bruit ambiant, comme si elle sortait d'un étrange sommeil.
— Que… que m'est-il arrivé ? balbutia-t-elle.
Le Docteur agita le bijou devant son nez.
— Bracelet en Cerulium, il influe sur le mental et contrôle l'esprit, t'ôtant tout libre-arbitre. C'est un bon moyen pour un gouvernement pour contrôler des rebelles. Les filles deviennent stupides, coquettes et enjôleuses, les garçons tombent sous leur charme et leurs esprits se trouvent bien loin de toute préoccupation politique…
Lavande se sentit rougir. Elle ramena bien vite la mèche de cheveux devant ses cicatrices. Elle gardait un vague souvenir de ce qui s'était passé lorsqu'elle était sous l'emprise du bracelet, c'étaient les mêmes sensations que sous le sortilège de l'Imperium. Oh par Merlin, elle avait essayé de le séduire, elle avait dû se rendre complètement ridicule.
— Arrête de cacher ton visage, lui dit-il avec un sourire, je suis bien plus à plaindre que toi avec ma tête d'idiot et je ne la dissimule pas derrière mes cheveux ! Enfin, pour les cheveux que j'ai… Ma quatrième incarnation aurait pu lui, d'ailleurs il avait une bonne tête d'idiot lui aussi, mais au moins il avait un chapeau et une écharpe pour cacher ça !
Lavande secoua la tête.
— Non, je ne veux pas montrer mes cicatrices. Tu sais d'où elles viennent maintenant, et dans mon monde ce genre de blessure est aussi fuie que la peste…
— Mais tu n'es pas dans ton monde, ici, et tu n'as pas à en avoir honte. J'ai vu ce qui s'est passé, je t'ai vue tomber de la balustrade et te faire attaquer. Tu te battais, tes cicatrices en sont la preuve, je ne veux pas que tu en aies honte, c'est compris ?
Son ton était si autoritaire que Lavande hocha vivement la tête. Le Docteur lui sourit.
— Bien ! Vous ne devriez pas mettre ce bracelet en vente, dit-il à la marchande, ou vous aurez des ennuis avec les autorités si ça se sait.
— Il m'a coûté cher, maugréa la vieille dame, ce serait de l'argent perdu !
— Les bracelets en Cerulium sont interdits, retirez-le de votre stock, c'est un conseil !
Il prit la main de Lavande et ils s'éloignèrent de l'étal tandis que la marchande grommelait dans son coin en examinant le bracelet.
— Désolée, marmonna Lavande, c'est ce fichu bracelet.
— Tu parles du sourire absolument mièvre et du papillonnement des paupières ?
— J'ai papillonné des paupières ?!
— Oui, c'est impressionnant d'ailleurs, tu devrais songer à développer ce talent !
Lavande s'enfouit la tête dans les mains, mortifiée. Le Docteur émit un petit rire et alla s'intéresser à un étal exposant des instruments de musique semblables à des harpes mais dont Lavande soupçonnait des propriétés aussi inattendues que celles du bracelet. Sans grande conviction, elle le suivit, évitant de toucher tout objet inconnu de peur de perdre encore le contrôle de son esprit.
Mais quelque part, elle regrettait un peu l'état dans lequel le bracelet l'avait plongée. Elle avait eu l'impression de retrouver son caractère d'adolescente, sa légèreté, son insouciance… Loin de la tempête qui régnait dans son esprit quand elle songeait à la bataille de Poudlard et à ce qu'elle aurait pu éviter. Bien sûr, le Docteur lui avait fait comprendre qu'elle n'en avait pas le droit, qu'elle risquait de grandement compromettre son propre futur, que les dommages collatéraux auraient pu être désastreux… Elle savait malheureusement que ces regrets et cette amertume ne la quitteraient désormais jamais.
Une enseigne attira son attention. On aurait dit un œil stylisé, comme une représentation du troisième œil dont elle avait tant entendu parler en cours de Divination. Enfin un domaine pour lequel elle avait conservé son intérêt… Elle regarda le Docteur, il était occupé à tester une cithare à ultrasons, elle avait bien le temps d'aller jeter un coup d'œil à cette boutique.
Lavande écarta un rideau de perles qui masquait l'entrée et pénétra dans la petite échoppe. La pièce était drapée de voiles rouges, qui conféraient au lieu une ambiance très tamisée. Des bâtons d'encens brûlaient sur une table basse et des bougies disséminées çà et là créaient une lumière vacillante. Lavande ne se sentit pas dérangée par cette atmosphère, elle lui rappelait la salle de cours du professeur Trelawney, au sommet de la tour Nord à Poudlard, elle s'était toujours sentie à l'aise dans cette pièce.
— Que cherches-tu, étrangère ? demanda une voix douce, presque un murmure, derrière elle.
Lavande sursauta avant de se retourner pour faire face à une femme drapée dans un hanfu noir, costume traditionnel chinois, orné de broderies dorées. Ses cheveux étaient attachés en un chignon parfait piqué de deux baguettes colorées. Elle avait un petit sourire énigmatique aux lèvres qui mit Lavande légèrement mal à l'aise.
— Je… je croyais que vous vendiez des articles de divination, mais je ne voulais pas vous déranger…
— Tu pratiques cet art ?
— Eh bien… autrefois, oui, j'aimais bien ça. Les boules de cristal, les feuilles de thé, c'était une matière dans laquelle j'étais plutôt douée d'ailleurs.
La femme continuait à la fixer, son regard semblant pénétrer l'âme de Lavande et lire en elle.
— Vous… prédisez l'avenir ?
— Je vois des choses, murmura la femme. Si je touche une personne, un objet, je peux connaître certaines choses sur eux… Donne-moi ta main.
— Je n'ai pas d'argent…
— Qui a parlé d'argent ? Donne-moi ta main.
Réticente, Lavande obéit néanmoins. Elle sentit les doigts de la voyante se refermer sur les siens, exerçant une forte pression, tandis que ses yeux se révulsaient et qu'elle se figeait, la bouche entrouverte. Lavande n'osait bouger, tétanisée. Etait-elle réellement en train d'avoir une vision, ou faisait-elle une attaque ?...
Elle tenta de retirer sa main, mais la voyante la tenait fermement malgré son état de semi-conscience. Lavande la sentait trembler, comme possédée par sa vision. Devait-elle appeler à l'aide, tout de même ?
Mais la femme inspira brusquement et ses yeux redevinrent normaux. Une fine pellicule de sueur recouvrait son visage, comme si elle avait fourni un effort très intense.
— Il vaudrait mieux vous asseoir… suggéra Lavande en la soutenant jusqu'à un fauteuil molletonné. Vous voulez que j'aille chercher quelqu'un ?
La voyante secoua la tête. Elle ouvrit un placard et en sortit un petit flacon. Elle le déboucha au-dessus d'une bougie et aussitôt une grande flamme se créa. Lavande poussa un cri en la voyant y plonger sa main mais elle l'en ressortit intacte. Son visage s'était incroyablement apaisé, comme si tous ses nerfs s'étaient détendus.
— Gaz Numismaton, murmura-t-elle. Chaque vision est épuisante, il me redonne une partie de mes forces perdues, c'est une de ses propriétés quand il est enflammé.
Lavande hocha la tête, encore sous le choc, et s'assit sur un fauteuil face à la voyante qui remettait en place le col de son hanfu.
— Et… qu'avez-vous vu, me concernant ? demanda Lavande. Est-ce que je vais réussir à me débarrasser de mes cicatrices ?
La voyante haussa un sourcil perplexe.
— Tes cicatrices ? Quelles cicatrices ?
— Celles de mon visage…
— Ce sont des cicatrices ? Je croyais que c'était une caractéristique de ton espèce, tu es donc humaine… Au vu des forces que tu mobilises dans la vision que j'ai eue, j'étais convaincue que tu venais d'une autre civilisation. Tu es de Shan Shen ?
— Non, de la Terre, vous en venez aussi, non ?
La voyante secoua la tête, étrangement le nom de Terre lui était inconnu. Lavande ne savait pas en quelle année ils étaient, mais cette planète avait été colonisée par la Chine visiblement très longtemps auparavant pour que ses habitants n'aient aucune connaissance de leurs origines.
La voyante prit délicatement les mains de Lavande et en examina les lignes.
— C'est… fascinant, murmura-t-elle. Je possède le don de double vue, mais toi tu peux commander à tant de choses, à l'aide de simples mots… Je t'ai vue éloigner tes ennemis d'un simple mouvement de la main, créer des choses étonnantes, comme cette étrange fumée argentée…
Lavande ne réagit pas. Tout ce qu'elle voyait était la magie qu'elle avait apprise à Poudlard, rien de bien extraordinaire. Pour elle, c'était stupéfiant, ce genre de manifestation n'existait que dans les légendes, mais pour Lavande c'était on ne peut plus ordinaire.
— C'est mon passé que vous citez… Avez-vous vu quelque chose sur mon avenir ? Mes cicatrices ont-elles disparu ? Est-ce que… j'ai des enfants, par exemple ?
— Ce n'est pas si simple. Ton avenir est flou, j'ai perçu des sensations, quelques images très brèves. Mais il y a une chose qui ressort…
— Quoi donc ? demanda Lavande en s'avançant vers elle.
Les yeux de la voyante se révulsèrent à nouveau dans une brusque inspiration et ses traits se crispèrent. Lavande se figea. Une autre vision ?... Soudain la femme se mit à parler, d'une voix si rauque qu'elle en était presque inaudible.
— Il est… perdu… un savoir qu'il n'aurait jamais dû avoir… des conséquences… désastreuses…
Sa respiration était si saccadée que Lavande craignit qu'elle s'étouffe. Mais elle poursuivit sa litanie, entrecoupée de râles inquiétants.
— … le sauver, il faut… le sauver… Jamais… ne doit douter… Jamais… jamais…
Ses mots moururent dans sa gorge alors qu'elle prenait une pénible respiration. Soudain elle eut un sursaut, se penchant brusquement vers l'avant et son visage se retrouva à quelques centimètres de celui de Lavande. Ses yeux n'étaient plus révulsés mais roulaient dans leurs orbites.
— SAUVE LE DOCTEUR ! cria-t-elle avant de s'écrouler sur le sol, la respiration sifflante et agitée de spasmes.
Lavande se précipita à ses côtés, complètement paniquée et essaya de la ranimer avec de petites tapes sur les joues, qui restèrent sans effet. Sauver le Docteur… Qu'avait-elle voulu dire ? Elle se leva et prit une bougie ainsi que le gaz Numismaton. Précautionneusement, elle l'enflamma et approcha la main de la voyante de la flamme. La femme se releva d'un bond, avec un hoquet de surprise. Ses yeux étaient à nouveau normaux mais son souffle toujours aussi erratique.
— Merci de m'avoir ramenée, murmura-t-elle.
— Vous… vous vous souvenez de ce qui s'est passé ?
— Par bribes… J'ai vu un homme, celui avec lequel tu voyages. Il est en danger, mais c'est si imprécis… C'est ce qui ressortait de ma première vision, ce que je voulais retrouver. C'est à toi de comprendre, tout est lié à toi, je ne peux pas en savoir plus.
Elle se laissa tomber contre le dossier de son fauteuil avec un soupir, visiblement épuisée. Lavande se leva, les jambes tremblantes. Le Docteur, en danger, par sa faute… Qu'avait-elle fait ?
— Je vais vous laisser… murmura-t-elle. Merci pour… la consultation.
— Au revoir, étrangère, tâche de comprendre…
Elle sembla s'endormir et Lavande quitta la boutique, les oreilles bourdonnantes. Le bruit de l'extérieur l'assaillit, comme lorsqu'elle était sortie de la torpeur créée par le bracelet.
— Ah, tu es là ! s'exclama une voix familière. Regarde ce que j'ai acheté !
Le Docteur brandit fièrement une paire de chaussures montantes en cuir noir à lacets.
— Tu as acheté… des Doc Martens ? pouffa Lavande.
— Mais non ! s'exclama-t-il offusqué. Ce sont des chaussures en cuir de Ghoutie !
— Ça ressemble à des Doc Martens…
— Ça n'en sont pas !
Lavande sourit devant son air offensé. Elle tâcha de ne pas montrer son trouble de le revoir après avoir entendu les paroles de la voyante. Elles tournaient dans sa tête… « un savoir qu'il n'aurait jamais dû avoir… le sauver… ». Elle ne comprenait pas ! Ou plutôt… elle ne voulait pas comprendre.
— Tu es songeuse… constata le Docteur alors qu'ils continuaient leur visite du marché. Qu'est-ce que tu as vu, dans cette boutique ?
— Rien d'intéressant, j'espérais trouver des articles de divination, mais ce n'est qu'une diseuse de bonne aventure.
— Je suis content de voir que la tempête semble passée… Tu es plus calme qu'à la sortie du TARDIS en tout cas, mais si tu as encore besoin de te défouler après avoir dévasté ta chambre, il y a une salle de boxe à côté du bar karaoké !
Lavande ne put s'empêcher de se sentir très embarrassée. Son accès de rage de tantôt lui avait fait dire et faire des choses horribles… Mais elle fut soulagée de voir le sourire sur son visage. Comme d'habitude il ne lui en voulait pas. Et pourtant… elle se sentait rongée par la culpabilité, au plus profond d'elle. Elle le mettait en danger, sans savoir de quelle façon, elle lui avait dit des choses affreuses, et puis elle gardait ces regrets et cette amertume de n'avoir rien pu faire à Poudlard.
— Comment as-tu fait pour surmonter la disparition de ton peuple et de ta planète ? souffla-t-elle soudainement. Ça s'est passé il y a moins d'un an et c'est comme… comme si tu avais eu le temps de faire ton deuil, de passer à autre chose… On peut vraiment se remettre d'une chose pareille ?
Le Docteur s'arrêta, et Lavande craignit de l'avoir une fois de plus blessé en lui rappelant cet évènement. Mais il semblait plus songeur que triste.
— Je ne m'en suis pas remis et je ne m'en remettrai jamais, répondit-il d'une voix plus grave que jamais. Mais j'ai une responsabilité, je suis le dernier Seigneur du Temps. Je n'ai pas le droit de m'apitoyer sur mon sort. Je ne cesserai jamais de me sentir coupable, mais je refuse de laisser cette culpabilité prendre le dessus sur moi. Si depuis 900 ans je m'étais laissé abattre dès qu'une tragédie avait lieu, je serais devenu complètement fou.
Il eut un petit sourire et Lavande répondit :
— Ne t'en déplaise, je crois que le mal est fait…
Le Docteur éclata de rire et elle l'imita, contente de le voir joyeux, chose rare lorsqu'il évoquait la Dernière Guerre du Temps. Un bruit retentit à côté d'eux, les faisant sursauter, et une fumée verte jaillit d'un masque de dragon. Les volutes prirent des formes animales et humaines avant de se dissiper et le marchand rit de les voir si surpris.
— Tu crois que c'est de la magie ? s'exclama le Docteur. Tu sais, comme ce que tu fais avec ta baguette, tu fais de la fumée comme ça, non ?
— Non, étranger, répondit le marchand, c'est un gaz protéiforme, ça a beaucoup de succès lors des fêtes !
Lavande se mordit la lèvre. Elle n'était pas habituée à voir le Docteur si peu rationnel, lui qui d'ordinaire avait réponse à tout phénomène étrange.
— Nous avons des choses un peu semblables, lui dit-elle, des pétards ensorcelés, et des farces et attrapes plus farfelues que tu ne pourrais l'imaginer !
— Vous avez des choses bizarres dans ton monde, fit le Docteur. C'est comme cet animal qui t'a attaquée… J'ai à peine vu ce que c'était, encore une créature bizarre ?
Lavande passa la main sur ses cicatrices, le relief sous ses doigts lui parut plus prononcé que jamais. C'était la première fois qu'ils évoquaient cet épisode.
— Un loup-garou, marmonna-t-elle. Mais pas transformé. Lui, c'est un cas à part, il a pris goût à cette… malédiction. Même sous sa forme humaine il peut faire des dégâts. Ces cicatrices ne partiront jamais, tu en as été témoin, toutes tes technologies n'ont rien pu faire.
— Je suis désolé.
Lavande entortilla une mèche de cheveux autour de ses doigts, tournant la tête pour refouler ses larmes sans qu'il ne les voie. Un marchand qui faisait une démonstration de ses chaînes de pétards la fit sourire et elle inspira fort avant de reprendre.
— Je ne t'en ai jamais parlé auparavant pour que tu ne te doutes de rien. Ça ne t'a pas empêché de me suivre à la trace, mais j'espérais que tu ne comprendrais pas assez vite ce que je m'apprêtais à faire.
Le Docteur sourit, à sa grande surprise. Elle venait de lui expliquer comment elle l'avait manipulé et il ne semblait même pas en colère…
— Je ne pourrai jamais te reprocher d'avoir voulu changer ton destin, dit-il comme s'il avait lu dans ses pensées. N'importe quel être dans l'univers aurait saisi cette opportunité. Les plus brillants comme les plus… simples.
— Pas toi.
Il secoua la tête, jouant avec les lacets de ses nouvelles chaussures.
— Pas moi. Je le paye tous les jours, mais je sais que c'est ce qu'il y avait de meilleur pour l'univers.
Lavande se mordit la lèvre, sentant son souffle se bloquer dans sa gorge. Il avait renoncé à ce qu'il y avait de plus précieux pour lui, pour sauver l'univers. Et si elle le mettait en danger, elle mettait en péril l'univers tout entier.
— Je n'ai pas le temps de me morfondre ! reprit-il sur un ton enjoué. Il y a tant de choses à voir, dans le temps et l'espace ! Rien que ce marché, c'est la troisième fois que j'y viens et j'y découvre toujours de nouvelles choses, c'est fantastique ! Tiens, j'ai très envie d'aller faire un tour dans les anneaux de Saturne, à chaque fois que j'y vais il s'y passe des choses intéressantes ! Peut-être que j'attire les problèmes…
Son air faussement perplexe fit rire Lavande.
— Je ne vois pas ça comme ça, dit-elle. C'est plutôt les problèmes qui t'attirent.
— Quelle différence cela fait-il ?
— Le TARDIS t'emmène là où on a besoin de toi. Ces erreurs de lieu, d'époque, ce n'est pas uniquement ton fait. C'est comme lorsque tu es venu me rejoindre à Poudlard. C'est le destin, toutes ces époques où tu es intervenu, tu devais y être. Je suis même sûre que doué comme tu es, tu es responsable d'évènements historiques majeurs, comme… la victoire de Waterloo ou l'éruption du Vésuve à Pompéi !
— Oh, j'aime beaucoup cette idée ! Mais c'est amusant que je n'aie jamais été confronté au monde sorcier avant de te rencontrer, il va falloir que je combatte sur deux fronts à la fois, maintenant que je connais tout ça !
Une nouvelle pétarade attira leur attention, des créatures étranges à tête de lézard étaient en train d'essayer des feux d'artifices et sifflaient, menaçants, face aux étincelles et fumées que ça produisait. Le Docteur se dirigea vers l'étal d'un pas bondissant, visiblement très intéressé, entraînant Lavande à sa suite.
Mais elle ne pouvait se défaire de l'horrible pressentiment qui l'envahissait. Elle commençait à comprendre et à ouvrir les yeux sur la situation.
« Un savoir qu'il n'aurait jamais dû avoir… »
Le Docteur n'avait jamais été confronté à la magie avant de la rencontrer, et pour cause il n'avait jamais eu à se battre contre elle. Les sorciers s'étaient toujours débrouillés entre eux, et la magie n'était présente que sur Terre.
Mais il avait connaissance de tout ce pan du monde humain, et lui qui avait toujours vécu en se fiant à la science et aux choses rationnelles voyait à présent ses certitudes voler en éclat. Comment pourrait-il désormais résoudre les problèmes auxquels il avait toujours été confronté si le spectre de la magie flottait dans son esprit ?
Une voix lui souffla qu'elle pourrait rester avec lui, et l'aider dans ces affaires, il se consacrerait au domaine scientifique, et elle à la magie.
Oui mais après ? Le Docteur était immortel – tout du moins, c'était ce qui paraissait, avec sa faculté de se régénérer –, elle ne pourrait rester éternellement à ses côtés… Les sorciers avaient une durée de vie plus longue que celle des simples Moldus, certes, elle pourrait profiter de cette longévité pour lui apprendre tout ce qu'il y avait à savoir sur le monde magique. Mais jamais il ne pourrait user d'une baguette magique, jeter des sortilèges, il était sans défense face à la puissance de la magie.
C'était très étrange de penser au Docteur comme à un être vulnérable, lui qui paraissait invincible, maître de l'espace et du temps, doté d'un savoir encyclopédique. Mais c'était un fait, la magie serait son point faible, jamais il ne pourrait la combattre. Et non seulement elle représentait un danger pour lui sur le plan physique, mais aussi sur le plan mental. C'était quelque chose que le Docteur ne parviendrait sans doute jamais à comprendre, mais il était nécessaire qu'un pan de l'univers lui reste inconnu – un pan infime – pour préserver tout le reste.
La réalité était plus dure à affronter que tous les regards qu'on avait portés sur ses cicatrices…
Elle devait sauver le Docteur. Pour cela, il devait oublier l'existence du monde magique.
Et par conséquent, l'oublier elle.
Note de fin : Boum, ambiance x)
J'espère que ce chapitre vous a plu en tout cas ! Pour ceux qui se poseraient la question, Shan Shen est aussi la planète sur laquelle va le Docteur avec Donna dans la saison 4. Et je ne me suis jamais autant documentée sur le Whoniverse que pour ce chapitre (hm, si, peut-être davantage pour celui où il lui raconte comment il a fait disparaître Gallifrey), pour tout ce qui tourne autour des bestioles, des objets, des phénomènes... Je n'ai d'ailleurs pratiquement rien inventé à part l'apparence du Ghoutie xD
Voilà, n'hésitez pas à commenter, ça me fait toujours plaisir de savoir ce que vous pensez de cette fic, et rendez-vous au dernier chapitre qui arrivera mardi ! :) Merci d'avoir lu !
