Note d'auteur : Ce chapitre répond au prompt : "Au revoir"

Traduction : Pour sauver le Docteur

Et je vous conseille d'écouter The Doctor's Theme, celle de la 1re saison, parce que c'est la musique de Nine, et que voilà, et que Murray Gold est trop un génie, et que cette musique est trop belle :cœur:

Pour la jenesaispascombientième fois, un énorme merci à Eve et lilimordefaim qui ont bêtaté une grande partie de cette fic, qui m'ont motivée à la continuer par leurs commentaires encourageants, que j'ai assommée avec mes chapitres 3 fois plus longs que ce qui était prévu, bref les filles... vous êtes FANTASTIC ! :calin:


Le Chaudron Baveur bruissait de monde, Lavande ne pouvait s'empêcher de se sentir oppressée par cette foule et ces bruits qui l'assaillaient. Elle n'était pas revenue ici depuis si longtemps… Elle croyait que tous les voyages avec le Docteur l'auraient habituée à fréquenter ce genre d'endroit, à se retrouver entourée de gens inconnus. Mais le monde sorcier, c'était bien différent de Shan Shen, Winter Wonderland ou la cour d'Elizabeth Ire d'Angleterre…

La porte du pub s'ouvrit enfin sur un visage familier. Bien que les mois écoulés depuis la guerre l'aient changée, Hermione Granger avait gardé la même chevelure indomptable, le même mauvais goût vestimentaire et la même habitude de se balader armée de trois ou quatre grimoires. Etrangement, si cette attitude énervait Lavande au plus haut point à Poudlard, elle était maintenant rassurée de se retrouver en terrain connu.

Hermione s'assit en face d'elle avec un sourire sincère qui mit Lavande un peu mal à l'aise. Elles n'avaient jamais été à proprement parler des amies, plutôt le contraire même… Mais elle savait qu'elle pouvait lui faire confiance et que leurs rivalités d'adolescentes n'avaient plus de raisons d'être.

— Comment vas-tu ? lui demanda Hermione.

— Bien… Bien. Enfin comme tu vois, la guerre a laissé des traces, marmonna-t-elle en soulevant brièvement sa mèche de cheveux avec un air faussement désabusé.

Hermione n'eut même pas un mouvement de recul et Lavande lui en fut reconnaissante. Elle n'avait aucune envie d'être prise en pitié par son ancienne camarade d'école, dont la vie et la carrière semblaient suivre une courbe ascendante depuis la fin de la guerre, alors que la sienne… Il valait mieux ne pas y penser.

— Je suppose que tu avais une bonne raison de me donner rendez-vous ici ? reprit Hermione après un léger silence.

Elle commanda deux Bièraubeurres à Tom avant de reporter son attention sur Lavande, l'air intriguée.

— Eh bien… commença-t-elle. J'aurais besoin de ton aide. Pour un sortilège en fait, c'est pour ça que je voulais que tu viennes avec quelques manuels, je n'en ai plus chez moi. Enfin je ne sais pas, si ça se trouve c'est une potion… Bref, quand je suis sortie du coma, Parvati m'a pas mal raconté ce que vous aviez fait après la guerre, et elle m'a dit que tu étais partie en Australie pour rendre la mémoire à tes parents. Tu les aurais… ensorcelés pour effacer ton existence de leur esprit, et modifier leurs souvenirs.

— C'est exact, ça n'a pas été simple mais c'était nécessaire, je ne pouvais pas courir le risque que les Mangemorts s'en prennent à eux.

— Eh bien voilà, j'ai besoin de… faire la même chose pour quelqu'un que je connais. Oui enfin, ce n'est pas vraiment pour moi, c'est pour une amie, qui veut rompre avec son copain, mais ne veut pas le blesser, tu vois l'histoire.

Elle ne pouvait pas lui dire que c'était pour elle. C'était trop… personnel. Et elle ne pouvait pas parler du Docteur, son existence ne devait pas être connue de trop de gens, surtout pas des sorciers qui le prendraient pour une menace avec ses capacités à voyager dans le temps.

— Oui, je vois… répondit Hermione avec un froncement de sourcil qui laissait penser qu'elle ne croyait pas un mot de tout cela. Ce n'est pas un peu… extrême comme solution ? Lui ôter le moindre souvenir de leur relation, et à son insu je suppose ? Elle ne sait pas forcément ce qui est bon pour lui, et tu imagines pour ceux qui entoureront son copain ? Soit elle modifie leurs souvenirs à eux aussi, soit le garçon devra supporter d'entendre parler d'une personne dont il ne se souvient même pas…

Lavande se mordit la lèvre. En faisant appel aux compétences d'Hermione, elle ne s'attendait pas à se retrouver face à une réplique de Jiminy Cricket, une conscience qui la mettrait face à ses fautes…

— Le garçon n'a personne, maugréa-t-elle. Pas de famille, pas d'amis… Personne pour lui rappeler sa petite-amie. Alors, tu vas m'aider ? Enfin, l'aider ?

Hermione se redressa sur sa chaise et croisa les bras, le regard sévère.

— Tu es en train de me dire que tu veux enlever à quelqu'un le souvenir de la seule personne qui a pu être là pour lui ? Désolée, Lavande, mais je ne peux vraiment pas cautionner ça.

Lavande tapa du poing sur la table, prise d'un accès de colère. Sa Bièraubeurre se renversa mais elle ne s'en aperçut même pas, s'appliquant à ne pas écraser sa main sur le visage d'Hermione. Elle détestait quand sa malédiction prenait le pas sur toutes ses autres émotions, mais en cet instant, elle n'avait qu'une envie : faire ravaler à Hermione son insupportable air supérieur et professoral ! Elle avait reculé brusquement lorsque Lavande avait tapé sur la table, et la considérait maintenant avec inquiétude.

— Du calme, dit-elle d'une voix posée, inutile de te mettre dans des états pareils…

— C'est pour son bien ! siffla Lavande entre ses dents, les mains tremblantes. Je le fais pour son bien, je ne veux pas le faire mais j'y suis forcée !

— Forcée ? Il y a forcément une autre solution, voyons.

— Non, il n'y en a pas ! s'exclama Lavande avec colère. Tu crois que ça me fait plaisir de m'effacer totalement des souvenirs de quelqu'un avec qui j'ai vécu des choses incroyables ? La seule personne qui ne m'ait pas considérée comme une bête curieuse, qui m'ait sortie de ma solitude, et m'ait fait voir des choses que tu ne pourrais même pas imaginer !

Envolé le mensonge du petit-ami, seule la vérité, aussi cruelle fût-elle, pourrait désormais faire plier un esprit comme celui d'Hermione Granger. Elle avait décroisé les bras et d'un geste un peu hésitant, posa une main sur le poing serré de Lavande.

— Tu peux comprendre que j'aie des réserves… murmura-t-elle d'une voix apaisante. Mais je serais mal placée pour te donner des leçons, c'est pour sauver mes parents que j'ai modifié leurs souvenirs à leur insu.

Lavande desserra le poing et Hermione étreignit sa main avec sourire sincère.

— Je ne peux rien te garantir, tu devras faire le plus gros du travail, mais je te promets de t'aider.

~o~O~o~

— Abaisse le levier à ta droite ! ordonna le Docteur en courant de l'autre côté de la tour de contrôle pour vérifier un écran.

— Il est déjà abaissé !

— Quoi ? Mais non, pas du tout, sinon on serait sortis de cette zone de turbulences temporelles !

— Je te dis qu'il est abaissé !

— Tu ne vois aucun levier relevé à ta droite ? demanda-t-il avec suspicion.

— Non ! s'exclama Lavande exaspérée.

Après une seconde d'hésitation et une secousse supplémentaire qui faillit les projeter contre la porte, il ajouta :

— C'est normal, c'est à gauche que tu devais regarder !

— Ah parce que ça va être de ma faute maintenant ?! s'étrangla Lavande. Comment j'aurais pu deviner ?

— Je ne peux pas être partout !

Elle poussa un soupir excédé et abaissa le levier. Mais aussitôt, des étincelles surgirent du tableau de bord et un liquide noir et visqueux se mit à jaillir à la base du levier. La secousse suivante fut si violente que Lavande dut choisir entre se raccrocher au levier ou aller s'écraser contre la barrière de la passerelle. Sa répulsion pour le liquide noir l'emporta sur son instinct de survie et elle fit un roulé-boulé qui finit contre un poteau de métal. Avec un gémissement de douleur, elle tenta péniblement de se relever. Le Docteur se retrouva en deux souples enjambées à la place qu'elle tenait une seconde auparavant. Braquant son tournevis sonique sur le levier, il releva ce dernier, fit disparaître les étincelles et stoppa le liquide noir. Puis d'un geste énergique, il le rabaissa et aussitôt le TARDIS se stabilisa.

Lavande poussa un soupir de soulagement et prit la main que le Docteur lui tendait pour se relever.

— Eh voilà, ce n'était pas plus compliqué ! dit-il fièrement.

— J'ai des bleus partout, geignit Lavande en se frottant le bras.

— Il fallait t'accrocher au levier, tu ne serais pas tombée !

— Tu as vu cette horrible matière visqueuse ? Hors de question que je touche un truc pareil, je suis sûre que ça pourrait me faire muter, me faire pousser un troisième bras… Non, merci, je préfère encore me casser trois côtes !

Le Docteur éclata de rire.

— « Plutôt la mort que la souillure », c'est ça ? répliqua-t-il. Je t'accorde que l'hermine est une jolie bestiole, mais son instinct de survie n'est pas très élevé, quitte à prendre un animal comme modèle, choisis plutôt… le Sontarien !

Lavande rit avec lui, pour avoir rencontré un Sontarien elle devait avouer qu'on trouvait difficilement plus dur à cuir dans tout l'univers !

— Mais l'hermine te va mieux au teint, disons que je n'ai jamais vu un Sontarien porter des bandeaux roses et des nœuds dans ses cheveux, d'ailleurs c'est bien simple, ils sont aussi chauve que mes genoux, de vrais crânes d'œuf !

— Qu'est-ce qu'ils ont mes bandeaux ? protesta Lavande. Ils sont très jolis, je suis contente de les avoirs retrouvés d'ailleurs, j'adorais les porter à Poudlard !

— Loin de moi l'idée de les critiquer, considère ça comme de la jalousie, ce n'est pas avec mes cheveux que je pourrai me permettre de pareils accessoires !

Lavande fut prise d'un fou rire en imaginant le Docteur affublé de ses bandeaux et chouchous, et dut reprendre son souffle pendant une bonne minute en continuant à glousser.

Dans une ultime secousse, le TARDIS se posa et Lavande fut la première dehors, riant toujours. En retrouvant le paysage familier de son village du Gloucestershire, elle inspira profondément l'air de la campagne.

— Mmh, ça ne vaut pas le Crétacé supérieur, quand même, maugréa le Docteur.

— C'est un peu plus reposant, je trouve ! J'ai beaucoup aimé cette petite visite du monde des dinosaures by the sea, mais je te rappelle qu'on a failli se faire dévorer par une espèce de croisement entre une tortue et un tyrannosaure !

— C'était un mosasaure, et il te complimentait sur tes rubans !

— Crois ce que tu veux, mais des compliments sortant d'une gueule avec autant de dents, je n'y crois pas une seconde ! J'ai quand même un instinct de survie, aussi réduit soit-il… Brrr, il était absolument monstrueux, au moins dix mètres de long, je faisais la taille d'un de ses crocs !

— Il n'a pas dû te trouver à son goût non plus !

Lavande éclata de rire. Elle n'aurait su dire pourquoi, mais elle n'aimait jamais autant les réparties du Docteur que quand il lui lançait ce genre de pique. Peut-être parce qu'en ne prenant pas de gants avec elle, il montrait qu'il la considérait comme n'importe qui… Même Hermione Granger, certes pas réputée pour sa diplomatie – Lavande gardait en travers de la gorge la réaction si froide qu'elle avait eu à l'annonce de la mort de son bébé lapin Binky – avait gardé une certaine distance, soigneusement choisi ses mots. Elle n'avait pas fait montre d'une intense compassion, ce n'était pas son genre, et en cela Lavande lui était reconnaissante, mais son comportement lui avait donné l'impression d'être un patient gravement atteint face à son médecin.

— Qu'est-ce que tu devais t'ennuyer ici avant que j'arrive ! dit le Docteur. Il n'y a rien ! Comment les humains peuvent-ils se contenter de… ça ?

— Peut-être parce qu'on n'a pas les connaissances suffisantes pour voyager dans le temps et l'espace comme tu le fais, répondit Lavande. Les gens s'extasient devant les photos de l'espace qu'envoient les satellites parce qu'ils savent qu'ils ne pourront jamais y aller. Il faudra attendre un paquet d'années avant que cette technologie ne se développe…

— Tu veux voir quand précisément ? fit le Docteur avec un petit sourire malicieux.

Lavande eut un petit rire sans conviction. Elle ne cessait de repousser l'échéance, déjà une semaine qu'elle avait vu Hermione et jamais elle n'avait trouvé le courage de passer à l'action. Pouvait-on vraiment trouver l'instant parfait pour s'effacer à jamais de la mémoire de quelqu'un ? Hermione l'avait fait, mais la possibilité demeurait qu'elle puisse rendre leurs souvenirs à ses parents, si les Mangemorts perdaient la guerre… Pour Lavande, ce serait irréversible. Le Docteur repartirait, se demandant ce qu'il avait pu faire les deux mois précédents pour ne pas s'en souvenir…

Elle avait au moins commencé à remporter ses affaires hors du TARDIS. Chaque fois qu'ils repassaient chez elle, elle emportait discrètement une partie de ses bagages, pour n'avoir que le strict minimum à déménager le jour où…

Son souffle se bloqua dans sa gorge et elle se détourna pour que le Docteur ne voie pas les larmes lui piquer les yeux. S'il la surprenait, elle pourrait toujours mettre cela sur le dos de l'air froid de la campagne.

— Les humains n'ont peut-être pas une telle technologie, mais les sorciers le pourraient, dit-il. Vous avez l'air… de vous accrocher à une époque révolue. Ces vieux trains, ces vieux appareils photos, ces vieilles radios, sans parler des plumes, du parchemin, et des vêtements ! Ce que j'ai vu de ton monde laisse penser que vous êtes bloqués dans une époque, dans une faille temporelle, sans possibilité d'évoluer…

— Ca a son charme, je trouve. J'aime bien tout cet univers, on se croirait entre le Moyen Âge et le XIXe siècle, ce sont des traditions. Il ne nous viendrait jamais à l'idée de fabriquer des vaisseaux spatiaux, de la haute technologie… Tu ne risques pas de rencontrer l'un des nôtres dans tes voyages chez les extraterrestres !

Qui essayait-elle de convaincre ? Le Docteur, ou elle-même ? Si elle le persuadait que la magie ne ferait jamais partie des forces qu'il aurait à combattre, il ne serait jamais en proie au doute, il continuerait à croire en la science, elle n'aurait pas besoin de modifier ses souvenirs.

— Dans l'espace, j'en doute en effet, mais à travers le temps… Tu vois, je commence à me demander, à chaque fois que j'ai eu à combattre des extraterrestres venus envahir la Terre, que ce soit dans l'Antiquité, à la Renaissance, au temps des Mayas, si les sorciers n'y étaient pas mêlés d'une façon ou d'une autre…

— Non, non ! s'exclama Lavande. Tu ne t'en serais jamais sorti si ça avait été le cas, tu as bien vu quand on était au temps des Fondateurs, face à la magie tu n'as aucune chance… Je veux dire, ajouta-t-elle en voyant son froncement de sourcil, tu n'as pas les moyens de la combattre. Si des sorciers avaient croisé ta route, tu ne serais pas en face de moi !

Le Docteur s'appuya contre le TARDIS, les bras croisé et l'air perplexe.

— J'ai vu ce que faisait la magie, dit-il, elle peut être aussi dévastatrice que les technologies les plus performantes…

— Mais tu n'en avais jamais croisé auparavant ! C'est… Comment dire ? Tu te souviens, quand je t'ai dit que tu allais où on avait besoin de toi ? Eh bien les sorciers n'ont pas besoin de toi, nous nous débrouillons de notre côté, et nous n'avons même pas connaissance des extraterrestres, comment pourrions-nous faire affaire avec eux ?

Elle avait parlé d'une traite, sans reprendre son souffle. Et son dernier argument qui lui était venu une seconde plus tôt lui parut excellent ! Evidemment, comment n'y avait-elle pas pensé avant ? Extraterrestres et sorciers ne pourraient jamais être liés, aucun des deux partis n'ayant connaissance de l'existence de l'autre. Elle se retint de sourire de soulagement et de fierté. La voyante de Shan Shen avait été bien trop pessimiste, il y avait toujours une solution.

— Mais un évènement extraterrestre peut avoir d'étranges répercussions, reprit le Docteur de sa voix grave, comment être sûr maintenant que ce ne sera pas une manifestation magique ?

Lavande soupira, entortillant ses cheveux avec nervosité.

— Parce que tu l'as toujours su, tu n'as jamais eu de doutes ! dit-elle d'une voix tremblante.

— Parce que j'ignorais que la magie existait. C'est quelque chose de fantastique, mais ça bouleverse mes convictions, tu comprends ?

Lavande eut l'impression que son sang se glaçait dans ses veines.

— Où veux-tu en venir ? demanda-t-elle d'une toute petite voix sans oser le regarder dans les yeux.

— Tu le sais parfaitement Lavande. Tu crois sans doute que je n'ai pas remarqué ton manège, cette semaine ? Je ne suis pas idiot, contrairement à ce que ma tête laisse penser, je sais très bien ce que tu prépares.

— Non tu ne sais pas ! s'écria-t-elle, montant subitement dans les aigus. Tu ne sais pas, tu ne sais rien ! Tu ne te rends pas compte !

Le Docteur pencha la tête sur le côté, un sourcil levé en signe de curiosité.

— Qu'a bien pu te dire cette voyante sur Shan Shen ? demanda-t-il avant de faire quelques pas autour d'elle comme un chat jauge sa proie tétanisée.

Lavande se passa une main sur le visage, son esprit fonctionnant à toute allure. Il ne devait pas découvrir ce qu'elle comptait faire, il refuserait évidemment…

— Je ne vois pas le rapport, souffla-t-elle en se forçant à le regarder dans les yeux.

Elle sentait ses joues la brûler, s'il marchait c'était un miracle. Elle se contraignit à soutenir son regard, ces yeux bleus qui semblaient la sonder, lire en elle, connaître la moindre de ses pensées et l'étendue de sa culpabilité.

— J'avais espéré qu'après tout ce temps, tu aurais au moins appris à être honnête avec moi, dit-il, et la déception qui poignait dans sa voix brisa le cœur de Lavande.

L'air froid de la campagne environnante n'était rien comparé au blizzard qui soufflait dans ses entrailles en cet instant. Elle s'assit sur le muret à côté duquel s'était posé le TARDIS et serra ses bras autour d'elle. Elle pouvait lui jeter un sortilège d'Oubliettes et ôter de ses souvenirs les dernières minutes. Mais elle se refusait à en arriver à de telles extrémités, ce serait une véritable trahison. Et même si lui n'en gardait pas le souvenir, sa culpabilité à elle la rongerait indéfiniment.

— Lavande… commença le Docteur.

— Tu n'aurais jamais dû voir mon monde, murmura-t-elle. Toute cette… magie, toutes ces créatures. Cet univers, ce n'est pas le tien. Je sais que tu auras du mal à le concevoir, mais il est un pan de l'humanité que tu n'es pas en mesure de protéger. Oui, quand tu as sauvé la Terre de multiples fois, tu as également sauvé les sorciers, mais nous avons nos propres guerres, notre propre politique… Ce n'est pas ton monde.

Le Docteur semblait s'être radouci. Il s'assit à côté d'elle et joua avec son tournevis sonique, semblant chercher ses mots.

— Maintenant que je le connais, ça l'est un peu tu ne crois pas ?

Lavande inspira profondément et pencha la tête en arrière pour forcer les larmes à ne pas surgir.

— Non, ça ne l'est pas. Tu veux savoir ce qui s'est passé sur Shan Shen ? La voyante chez laquelle je suis allée m'a fait une espèce de prédiction…

Elle s'interrompit, la gorge serrée. Le Docteur prit sa main et la pressa, comme pour l'enjoindre à poursuivre.

— Elle m'a dit… que je te mettais en danger. Que te faire connaître la magie mettait en péril l'univers tout entier, parce que tu commencerais à douter. Pour toi, tout s'explique par la science, mais si la magie entre en ligne de compte, si tu ne peux plus compter sur ton savoir pour tous nous protéger…

Elle se releva brutalement pour lui faire face, lui parler alors qu'il était assis lui donnait l'illusion de contrôler la situation.

— Je n'aurais jamais cru que ça en arriverait là, comment je pouvais le savoir ? s'écria-t-elle. Je voulais voyager, je voulais voir des choses extraordinaires, je n'ai pas pensé une seconde à ce que ça entraînait pour toi !

Ses oreilles bourdonnaient, les chants des oiseaux et le vent dans les branches encore nues lui semblaient si lointains… Elle vit le Docteur se lever à son tour, l'air plus grave que jamais.

— Que comptais-tu faire ? Me jeter un sort ? J'imagine qu'il en existe pour effacer les souvenirs…

A ces mots, Lavande éclata en sanglots et enfouit sa tête dans ses mains, agitées de tremblements.

— Je ne voulais pas… balbutia-t-elle. Je ne veux pas… Je suis désolée !

— Eh, est-ce que je me mets dans des états pareils moi ? s'exclama-t-il, incrédule. Si j'avais su que ça te transformerais en tuyau d'arrosage je n'aurais jamais abordé le sujet…

Malgré elle, Lavande étouffa un rire dans ses pleurs. Il avait le don de dédramatiser les situations sans le vouloir, c'était une des choses qu'elle préférait chez lui. Elle essuya ses larmes dans sa manche et une fois la vue nette, elle s'aperçut qu'il souriait.

— Bien, maintenant que tu as fini de te lamenter, tu vas me dire ce que tu trafiquais ces derniers jours, avec tes bouquins et ton déménagement soi-disant discret ?

Il souriait, certes, mais son regard était des plus sérieux. Comment lui expliquer les choses sans qu'il se sente abominablement trahi ? Elle était convaincue qu'il lui en voulait encore de la façon dont elle l'avait manipulé pour son propre intérêt, jamais il ne lui pardonnerait ce qu'elle s'apprêtait à lui expliquer. Mais après tout, peut-être cela faciliterait-il leur séparation ? S'il en venait à la haïr, il souhaiterait peut-être de son plein gré l'effacer de ses souvenirs…

— Je comptais modifier ta mémoire, dit-elle dans un souffle. Il y a une semaine j'ai retrouvé une de mes anciennes camarades de classe qui a utilisé le même procédé sur ses parents avant la guerre, pour les protéger. Tu n'aurais plus eu aucun souvenir de moi, ni de la magie, rien du tout.

Le Docteur demeura silencieux, ce qui n'était pas ordinaire. Il la considérait avec gravité, les sourcils froncés. Elle qui s'attendait à ce qu'il s'insurge, lui dise qu'il ne l'aurait jamais laissée faire, qu'on ne trafiquait pas l'esprit d'un Seigneur du Temps comme on bidouillait dans le moteur du TARDIS…

— Dis quelque chose…

Il soupira. Incapable de rester en place, il faisait les cents pas devant elle, jouant avec son tournevis ou les clés du TARDIS.

— Ca me travaille depuis quelques jours, dit-il. Depuis que tu as commencé à devenir bizarre. Oh, tu n'as jamais été particulièrement normale, mais c'est de pire en pire depuis une semaine.

— Merci, marmonna Lavande avec un petit sourire faussement vexé.

— A ton service. Je disais donc que j'ai moi aussi réfléchi à toute cette affaire. Je me doutais que tu préparais quelque chose.

— C'est pour ça que tu m'as dit toutes ces choses sur tes doutes aujourd'hui ? Pour me pousser à t'avouer ce que je voulais faire ?

— Subtil n'est-ce pas ? dit-il avec un grand sourire. Tu n'es pas la seule à savoir manipuler les gens, quoique je n'en fasse pas un motif de fierté.

— Moi non plus !

Il eut un petit rire avant de reprendre :

— Il fallait bien que ça arrive un jour. Ça ne dure jamais longtemps, de toute façon. Je ne peux jamais voyager avec des gens qui vivent aussi longtemps que moi, étant donné que je suis le dernier Seigneur du Temps. Et puis un jour arrive où ceux qui m'accompagnent veulent reprendre leur vie d'avant. Ce en quoi ils ont tort évidemment, quoi de mieux que sillonner le temps et l'espace dans cette si superbe machine ? dit-il d'un ton enjoué en tapotant la cabine de police.

— Je ne veux pas…

— Lavande, la coupa-t-il. Je n'ai aucune envie de me retrouver seul à nouveau, mais au moins cette fois je n'aurai pas le souvenir d'adieux douloureux car il n'y en aura pas.

Lavande se figea, blanche comme un linge. La tête lui tournait. Non… elle ne pouvait pas faire ça alors qu'il en était conscient. Elle ne pouvait pas voir ses yeux se vider un instant avant de la regarder comme une étrangère, c'était au-dessus de ses forces.

— Pourquoi maintenant ? demanda-t-elle. Je ne comprends pas, tu ne veux vraiment plus de moi ?

— Lavande, comment peux-tu dire une chose pareille ? Ce n'est absolument pas la question. Il va de toute façon falloir le faire. Pourquoi pas maintenant ?

— Parce que je ne veux pas te quitter ! cria Lavande, sentant les larmes couler sur ses joues. Je ne veux pas te voir partir sans aucun souvenir de moi, je ne veux pas que tu me remplaces sans te dire « je préférais Lavande », parce que tu n'auras aucune idée de qui je suis !

Elle plaqua sa manche sur ses yeux pour éponger les larmes et sentit le Docteur prendre son autre main.

— Trouver quelqu'un d'aussi fantastique que toi sera difficile, dit-il, un sourire dans la voix.

Lavande eut un petit rire triste en reniflant et serra compulsivement sa main dans la sienne.

— Si je restais avec toi, tu n'aurais pas de problème avec la magie, je m'en chargerais… souffla-t-elle.

— Lavande, je te l'ai dit, ça ne pourra pas durer éternellement. Tu auras envie de faire autre chose, un jour…

— Mais non ! s'écria-t-elle. Je n'ai rien dans mon monde ! Je n'ai pas envie de vivre seule, coupée des autres, c'est horrible comme vie ! Je veux découvrir l'espace, l'histoire, j'avais encore plein d'idées de voyages…

Elle épongea encore ses yeux dans sa manche, les cheveux collés au visage par les larmes. Elle se détestait de réagir comme ça, elle essayait de le convaincre par des arguments qu'elle avait déjà décrétés non recevables. Rester avec lui… Oui, jusqu'à la fin de ses jours, et après ? Il serait seul, comme avant. Et il douterait, son regard aurait changé, et le monde qu'elle connaissait n'en courrait que davantage de risques.

Elle qui aimait tant la Divination, qui avait vérifié tant de réalisations de prophéties, elle ne pouvait ignorer celle qui lui avait été faite. Quoiqu'elle en pense, quoiqu'elle fasse, un jour ou l'autre ce savoir que le Docteur avait acquis se retournerait contre lui, et les conséquences en seraient désastreuses.

— Je n'ai pas le choix, pas vrai ? demanda-t-elle d'une toute petite voix.

— Pour avoir fait l'expérience de ce genre de dilemme, je comprends ce que tu ressens. Mais non, Lavande, tu n'as pas le choix.

Elle lâcha sa main et inspira un grand coup.

— J'aurais voulu me donner plus de temps… murmura-t-elle.

— Tu ne maîtrises pas le sortilège ? Ne va pas m'implanter des souvenirs de tournevis rose bonbon et de TARDIS à paillettes !

— Non, ne t'inquiète pas, dit-elle avec un petit rire triste. Je maîtrise le sortilège, là n'est pas le problème. Mais prendre cette décision maintenant, me dire que dans quelques minutes tu…

Il prit à nouveau sa main et la serra fermement avec un sourire.

— Toutes les bonnes choses ont une fin, Lavande Brown, je l'ai appris à mes dépens comme tu vas le faire. Et tu auras au moins la chance de garder un souvenir de ces fantastiques dernières semaines !

Elle hocha la tête en reniflant une dernière fois.

— Je vais aller chercher le reste de mes affaires dans le TARDIS et… il faudra que tu y sois quand je lancerai le sortilège. Je dois effacer sa mémoire à lui aussi.

Elle aussi, corrigea le Docteur, une lueur malicieuse dans le regard.

Lavande leva les yeux au ciel et retourna dans le vaisseau. Elle courut jusqu'à sa chambre, où elle fourra dans un sac tout ce qu'il restait de ses affaires. Elle eut une folle envie de s'enfermer à clef et de ne jamais quitter le vaisseau, mais elle prit sur elle et retourna vers la salle des commandes. Elle jeta un regard circulaire à la grande pièce qui l'avait tant fascinée à sa première visite. Les écrans, la grande tour lumineuse, et sous la passerelle, le cœur du TARDIS qui lui avait rendu un semblant de joie de vivre après la bataille de Poudlard…

Elle s'agenouilla et passa sa main sur le sol de métal, comme une caresse.

— Merci, murmura-t-elle.

Puis elle se redressa et se dirigea courageusement vers la porte, sans regarder en arrière. Lorsqu'elle mit le nez dehors, elle sentit un bref contact froid sur sa joue et sursauta, avant de voir les flocons qui voletaient devant ses yeux.

— J'en avais oublié qu'on était encore en janvier, dit-elle, j'ai l'impression qu'une année entière s'est écoulée depuis que je t'ai rencontré…

— Le savoir que tu as emmagasiné depuis que tu voyages avec moi est sans doute équivalent à tout ce que tu aurais appris dans ton école en une année entière ! dit le Docteur qui pointait son tournevis sonique vers le ciel.

— La neige n'a rien d'anormal tu sais, fit Lavande amusée. Ce n'est pas une invasion d'extraterrestres unicellulaires…

— Ah, je suis fier de voir que tu as au moins retenu quelques petites choses de nos escapades !

— Tu plaisantes, désormais je ne pourrai plus regarder un plat de riz sans me demander si ce ne sont pas des vers psychiques…

— Oh non, pas de danger, les vers psychiques sont verts, et à moins que ton riz n'ait dépassé sa date de péremption, impossible de les confondre ! Néanmoins méfie-toi, on ne sait jamais, c'est incurable…

Le ton nonchalant sur lequel il avait dit la dernière phrase fit rire Lavande. Ils restèrent un instant immobiles l'un face à l'autre avant qu'il ne vienne vers elle et ne la serre dans ses bras. Elle lui rendit son étreinte en agrippant sa veste en cuir, le visage contre son pull, refusant de voir le monde extérieur. Tant qu'il ne la lâchait pas, il n'était pas parti, il était avec elle et le resterait toujours.

— T'as pas le droit de me laisser, dit-elle d'une voix étouffée.

— J'ai tous les droits, tu as oublié ? répondit-il avec malice. Je sauve l'univers, ça me donne quand même quelques privilèges !

Lavande resserra son étreinte, se sentant comme une petite fille effrayée serrée dans des bras protecteurs.

— Oh, Lavande Brown, un jour tu apprendras à te focaliser sur les bons souvenirs et à ne pas ressasser le passé avec amertume, souffla-t-il.

— Tu le fais bien, toi.

— Alors, là c'est pareil, j'ai anéanti ma propre planète et mon propre peuple, j'ai de petites circonstances atténuantes !

Elle entendit le sourire dans sa voix, heureuse qu'il puisse aborder le sujet avec légèreté maintenant. Plus légèrement qu'avant, du moins. Elle espérait que son sortilège n'affecterait pas cela, qu'il ne serait plus miné par sa colère, sa haine et sa culpabilité par la suite.

Dans un effort qui lui parut surhumain elle se détacha de lui et lui adressa un petit sourire qu'elle voulait convaincant.

— Je t'aurais bien dit de ne pas m'oublier mais… marmonna-t-elle.

Le sourire du Docteur s'agrandit encore avant qu'il ne lui tapote l'épaule et se dirige vers le TARDIS. Lavande le suivit des yeux, s'obligeant à ne pas bondir vers lui pour l'empêcher de remonter dans son vaisseau. Il en ouvrit la porte et se retourna une dernière fois vers elle pour lui adresser un sourire qu'elle tenta de lui rendre bravement. Elle se demanda si elle avait déjà fait preuve d'autant de courage qu'en cet instant où elle luttait ferme avec elle-même pour ne pas le retenir. Il ferma la porte et elle sentit sa respiration se bloquer. Elle ignorait ce qu'il se passerait lorsqu'elle aurait lancé le sortilège. Le Docteur s'en irait-il aussitôt, ou ressortirait-il du TARDIS ? Elle ignorait si elle serait capable de faire semblant de ne pas le reconnaître si elle le voyait à nouveau sourire…

La porte du TARDIS se rouvrit soudainement, et son cœur rata un battement. Il changeait d'avis, il revenait vers elle ! Mais le Docteur se contenta de glisser sa tête dans l'entrebâillement et dit avec un sourire :

— N'oublie pas une chose Lavande Brown… Bon, d'abord moi, ça va sans dire, mais au moins encore une chose : tes cicatrices, n'en aie jamais honte, elles font partie de toi et de ce que tu es aujourd'hui. Et tu es quelqu'un de… fantastique !

Il lui adressa un clin d'œil et Lavande hocha frénétiquement la tête, se mordant la lèvre pour s'empêcher de pleurer.

— Toi aussi Docteur, dit-elle d'une voix tremblante. Allez, file, ou je ne vais jamais réussir à jeter ce sort…

Il acquiesça et referma la porte. Alors Lavande rassembla toute sa concentration et son courage pour exécuter le sortilège de Faux souvenirs. C'était un enchaînement de mouvements particulièrement compliqué, mais elle l'avait appris par cœur. De sa baguette, elle dessina un pentacle au centre duquel le TARDIS se trouvait. Puis au bout de chacune des branches de la figure, elle exécuta de savants mouvements du poignet, les yeux fermés, répétant à chaque fois la formule suivante :

Obliviate memoriam… Memento falsus… Inmemor « Lavande Brown »… Inmemor « magie »… Inmemor « sorciers »…

Elle n'avait pas besoin de citer tout ce qu'elle avait vu avec lui du monde magique, il suffisait qu'elle lui fasse oublier un élément précis comme elle, ou la magie pour que tout ce qui y était relié s'efface également de sa mémoire. Hermione aurait passé des mois à jeter ce sortilège, sinon, s'il avait fallu qu'elle efface de l'esprit de ses parents les moindres moments passés avec eux.

Lorsqu'elle arriva à la dernière branche du pentacle, elle crut que les mots ne sortiraient jamais de sa bouche. Mais au prix d'un effort surhumain, elle réussit à prononcer la formule. Elle eut l'impression que son cœur se brisait lorsqu'elle dit son nom, mais poursuivit, sentant les larmes rouler sur ses joues.

Les derniers mots formulés, le TARDIS fut entouré d'un bref halo doré qui s'évapora dans une légère brume, comme si les souvenirs du Docteur s'envolaient. La neige continuait à tomber, la recouvrant petit à petit, se mêlant à ses larmes et brûlant ses joues. Lorsque toute la poussière dorée se fut évaporée, elle sentit le froid la transir et s'éloigna de quelques pas, consciente qu'il valait mieux qu'elle ne se fasse pas remarquer du Docteur si elle ne voulait pas terriblement souffrir. A priori, en effaçant son existence, elle avait aussi effacé sa quête des Carrionites, puisqu'ils les avaient détruites ensemble, il n'avait donc aucune raison de rester dans les parages.

Ce fut plus fort qu'elle, Lavande se retourna au bout de quelques mètres, contemplant la cabine de police qu'elle ne reverrait sans doute jamais. Pour que leurs chemins se croisent à nouveau dans l'immensité spatio-temporelle, il faudrait un miracle, et elle ne croyait pas aux miracles.

Elle se figea en voyant la porte du TARDIS s'ouvrir brusquement et crut que son cœur allait s'arrêter en voyant le Docteur en sortir en courant. Elle eut soudainement l'espoir que son sortilège n'avait pas fonctionné, qu'il se souvenait d'elle et se précipitait à sa rencontre, refusant de la remplacer par qui que ce soit, lui proposant mille et une nouvelles aventures… Mais elle ne bougea pas, quelque peu dissimulée près d'un massif de fleurs.

Le Docteur s'arrêta brusquement et fronça les sourcils, visiblement perplexe.

— Ce n'est pas du tout là que je voulais aller, dit-il. Qu'est-ce que tu as encore fabriqué, toi ? ajouta-t-il en regardant sa cabine de police. Allez, on repart, Cléopâtre m'attend pour l'heure du vin perlé !

Lavande sortit un peu de sa cachette pour le regarder une dernière fois.

Tourne la tête, tourne la tête… S'il te plaît, je suis là, souviens-toi…

Mais il contempla un instant la campagne anglaise sans même regarder dans sa direction. Il adressa un sourire à son vaisseau, sourire que Lavande grava au fond de son cœur avec pour serment de ne jamais l'oublier, et referma la porte bleue derrière lui, disparaissant à l'intérieur du TARDIS. Lavande sortit alors tout à fait de sa cachette. Le son du TARDIS retentit, la lanterne sur son toit s'illumina, et sous ses yeux embués la cabine de police s'effaça progressivement jusqu'à totalement disparaître.

Lavande inspira un grand coup. Elle avait envie de se précipiter dans sa chambre, de se jeter sur son lit et de pleurer toutes les larmes de son corps. De l'appeler, en espérant que cet appel apparaisse sur son papier psychique, qu'il revienne vers elle et se souvienne…

Mais elle ferma les yeux un instant, et le visage du Docteur apparut derrière ses paupières closes. Son sourire, ses yeux bleus pétillants, ses oreilles dont elle s'était tellement moquée. Les siennes se souvenaient de son rire, de sa voix grave, du bruit de son tournevis sonique.

Alors Lavande eut envie de tenter quelque chose. Elle sortit sa baguette, la leva devant elle et prononça distinctement :

Spero Patronum.

Une simple fumée blanche apparut au début. Mais elle se concentra sur ses souvenirs, sur le Docteur, sur les derniers mots qu'il lui avait adressés… Un sourire se dessina sur son visage et ce fut d'une voix affirmée qu'elle clama :

Spero Patronum !

La fumée blanche se fit plus brillante. Allez, allez… songea-t-elle, serrant les poings. Alors, sous ses yeux émerveillés, dans un tourbillon argenté la fumée prit une forme, d'abord imprécise puis de plus en plus nette. Et comme s'il naissait de ces volutes, le Patronus corporel de Lavande apparut. Rayonnante, elle écarta sa mèche pour contempler le ravissant animal qui gambadait autour d'elle avec grâce et élégance.

Et elle sut que jamais elle ne pourrait oublier le Docteur. Pas avec une hermine comme Patronus, pas avec un animal qui lui rappelait sa dernière aventure à bord du TARDIS.

Lavande se mit à rire, de joie ou d'hystérie elle l'ignorait mais elle s'en fichait. Elle écarta les bras et se mit à tourbillonner sous la neige en riant, riant. Son hermine l'accompagnait dans ses mouvements, et elle pleurait, elle riait. Si c'était ça la folie, elle voulait bien la laisser s'emparer d'elle toute entière.

— J'ai réussi ! J'ai réussi ! Docteur, j'ai réussi ! cria-t-elle, les yeux plongés dans le ciel enneigé.

Elle éclata à nouveau de rire. Quel mot le Docteur aurait-il employé pour décrire cet instant ? Oh, elle ne le savait que trop bien.

Fantastique !


Note de fin : Et voilà, c'est la fin... Cette fic m'a occupée un an et demi, elle a remporté la Sélection du Mois "Crossover" sur Harry Potter Fanfiction, bref c'est mon bébé et j'en suis trop fière :cœur:

J'ai pensé à une chose très bête en écrivant ce dernier chapitre, c'est à la ressemblance des noms entre Lavande et Rose, bref ça me plaît d'imaginer qu'il lui est resté un très vague souvenir de Lavande, enfoui dans son subconscient, et qu'en rencontrant Rose, il se soit souvenu que les filles qui ont un prénom de fleur, elles sont cools comme compagnes de voyage xD

N'hésitez pas à laisser un petit avis sur cette fic, ça me fait toujours très plaisir d'en recevoir, positifs ou négatifs :D

Merci d'avoir lu, et, attendez...

Before I go, I just want to tell you: you were fantastic. Absolutely fantastic. And you know what? So was I!