«Ma chère petite sœur,
Si tu as trouvé cette lettre cela veut dire que je suis déjà bien loin. J'espère que tu ne m'en voudras pas d'être partie si tôt après le décès de maman, mais je le devais. Je comprends si tu m'en veux et je ne t'en blâme pas. Tu as toutes les raisons pour me haïr. J'ai fait ceci afin de te protéger et de trouver les coupables de cette horreur. Probablement que tu te poses tout un tas de question, mais je ne puis te répondre dans cette lettre. Quelqu'un pourrait tomber dessus avec de mauvaises intentions. On va se revoir bientôt petite Gisèle, je te le promets. Je te demande une seule faveur, soit prudente. N'accorde pas ta confiance si facilement à n'importe qui et évite les étrangers. Je t'en supplie soit prudente!
Je me suis engagée au sein du Royal 22e régiment et je vais aller combattre de l'autre côté de l'océan. Ne fais rien de stupide. Je t'aime.
Marie-Noémie Victory»
Gisèle glissa le contenu de la lettre dans son enveloppe respective avant de la déposer dans un tiroir de sa commode. C'était la millième fois qu'elle relisait cette lettre en seulement huit mois. Huit mois que sa sœur l'avait abandonnée. La jeune fille soupira de tristesse. Elle sortit de sa chambre et se rendit à la cuisine. Au passage elle alluma la radio et aussitôt une douce mélodie envahit la pièce. Gisèle prit quelques légumes qu'elle commença à éplucher. Elle versa de l'eau dans un chaudron qu'elle mit sur le feu. En quelques minutes seulement l'eau s'était mise à bouillir.
-Merde! s'exclama-t-elle en lâchant le couteau et en portant son majeur à sa bouche.
Elle venait de se couper et un goût de sang commençait à envahir sa bouche. Tout en maudissant entre ses dents, Gisèle se rendit dans la salle de bain afin de désinfecter son doigt et de l'enrouler dans un bout de tissus. Ce petit incident vint toute la chambouler. Elle se mit à pleurer à chaudes larmes. Ce n'était pas son doigt qui était le responsable, mais bien tous les évènements qui s'étaient déroulés à l'intérieur de huit mois. La jeune fille revoyait les funérailles de sa mère. Cette dernière était morte assassinée alors qu'elle se promenait avec ses deux filles en ville. Il y avait eu des coups de feu et puis plus rien. Gisèle en tremblait encore. Probablement que c'était la raison qui avait poussé sa sœur aînée à s'engager dans l'armée. Mais comment celle-ci espérait-elle trouver les coupables? Cela pouvait être n'importe qui. Cette tragédie avait parcourue le monde entier. Son nom était partout. Bien sûr elle avait été un héros de guerre. Pendant plusieurs semaines, la maison avait été envahie de bouquets de fleur et de cartes de condoléance. Une chance que Gisèle n'était pas allergique aux fleurs. La jeune femme a continué d'aller à l'école, mais l'intérêt se perdait bien vite. Elle ne voyait plus ses amis. À quoi cela pouvait-il bien lui servir? Ils s'étaient tous engagés dans cette maudite guerre. Le moral de la jeune fille était à son plus bas. Elle avait fêté ses dix-huit seule, à la maison alors qu'il pleuvait des cornes à l'extérieur. Pour l'occasion, elle avait reçu quelques lettres de sa sœur qui tenait à l'informer de ce qu'elle faisait. La dernière mentionnait que son entraînement était terminé et qu'elle partait au front. Évidement en tant que femme, cela n'avait pas été facile. Elle attendait de pouvoir faire ses preuves sur le terrain.
Gisèle se rendit dans la chambre de sa défunte mère. Elle y allait quand elle se sentait triste. Étrangement cela la réconfortait être dans cette pièce, probablement à cause de l'odeur qui flottait dans l'air. La jeune fille regardait les photos qui ornaient les murs : mariage de ses parents, naissance de Marie-Noémie, sa mise au monde, les deux sœurs quand elles étaient jeunes, elle et son père avant que celui-ci ne décède d'un accident de voiture, etc. Son regard se porta sur le coffre qui était dans un coin de la chambre. Gisèle ne l'avait jamais ouvert auparavant, mais sans trop savoir pourquoi, aujourd'hui elle allait briser la glace. Ce qu'elle découvrit la laissa bouche bée. Elle traina ledit coffre sur le lit avant d'y prendre place. À l'intérieur, il avait les souvenirs de la Grande guerre. Jamais Meggie n'avait évoqué ses souvenirs de cette période-là en supposant le fait qu'on ne devait pas déterrer le passé. Gisèle sortit une montagne de lettres. Il s'agissait de la correspondance de sa mère avec des anciens de son bataillon. Elle dénicha des photos qui étaient assez vieilles. Elle y vit sa mère en uniforme alors qu'elle avait dix-neuf ans, des photos avec ses frères d'armes, etc. Gisèle reconnut même son père sur l'une d'elles. Il avait fait lui aussi la guerre. Elle trouva un Luger qui était dans son étui. Probablement que sa mère l'avait rapporté comme trésor de guerre. Une liasse de journaux jaunis par le temps. Gisèle ne parcourut que les grands titres : LES CANADIENS FRANÇAIS S'ILLUSTRENT À COURCELETTE, LE 22E BATAILLON DE CANADIENS FRANÇAIS TERRASSE LES BOCHES, LA PREMIÈRE FEMME EN TANT QUE SOLDAT SUR LE FRONT, etc. Un élan de fierté lui traversa le cœur. Elle prit une petite boîte qui était dans le fond et l'ouvrit, il s'agissait de la Croix victoria ainsi que d'autres médailles de guerre. Elle referma le couvercle avec le plus grand soin. La jeune fille trouva aussi un képi et un habit de cérémonie militaire. Au fond complètement, il y avait un cahier qui semblait en avoir vu de toutes les couleurs. Curieuse, Gisèle le prit et s'installa confortablement afin de le lire. C'était un journal intime, celui de sa mère alors qu'elle commençait l'entraînement jusqu'à la fin de la guerre. Sans voir l'heure passer, elle lue l'histoire de sa mère de 1914 à 1918. Il faisait déjà noir lorsqu'elle termina sa lecture. Et maintenant, elle avait en tête qui l'avait assassinée de sang-froid. Il était évident que Marie-Noémie l'avait lue avant elle. Alors elle irait à son tour.
