36 mois plus tard

10 juillet 1943, Sicile, Italie

-RELÈVE-TOI! hurla-t-elle à l'un des soldats de sa compagnie qui venait de perdre pied dans l'eau.

Elle avait froid. Son uniforme était gorgée d'eau et le vent lui sifflait aux oreilles de même que les tirs ennemis. Ses bottes étaient lourdes, remplies d'eau et de sable et son sac lui semblait peser une tonne. Son cœur battait furieusement contre sa cage thoracique alors qu'elle tirait hors de l'eau ledit soldat.

-Merci sergent, balbutia-t-il en relevant son casque.

-Tu me remercias quand on sera sortis de ce merdier, répliqua la jeune femme avant de suivre les ordres de leur lieutenant qui leur faisait signe d'avancer.

Le bruit était assourdissant, probablement qu'elle finirait sourde à la fin de l'opération. Ils remontèrent la plage le plus vite possible afin de ne pas rester à découvert. Plusieurs hommes se firent abattre comme des chiens.

-SERGENT VICTORY! ordonna le lieutenant Tremblay. VANIER, BOUCHARD, BEAULIEU! OCCUPEZ-VOUS DU CANON D'ARTILLERIE SUR LE FLANC DROIT!

Gisèle fit un signe positif de la tête avant de se lancer à l'attaque avec les trois autres.

-Faites attention, déclara-t-elle à ses hommes qui s'étaient mis à couvert derrière des rochers afin d'observer avec le plus grand soin leur objectif. Environ une quinzaine dans le poste. Ne faites rien tant que je ne l'ai pas ordonné. Beaulieu, tu vois celui qui est derrière l'arbre? Occupe-toi de lui. Je ne veux aucun survivant. Compris?

Tous hochèrent vivement de la tête. Le sergent Victory prit l'une des grenades qui était attachée à sa ceinture avant d'enlever le piston de sécurité et de la lancer de toutes ses forces dans le repère ennemi. En quelques secondes à peine il y eut une forte détonation.

-MAINTENANT!

Ils firent feu en sortant de leur cachette. Comme promis le soldat Beaulieu s'occupa du soldat ennemi qui était isolé derrière l'arbre en lui logeant une balle entre les deux yeux. Le sergent Victory et les soldats Vanier et Bouchard franchirent les sacs de sable en tuant tout ce qui se trouvait sur leur passage. Bien vite il n'en resta aucun qui était debout sur leurs deux jambes.

-No! Per favor! supplia un survivant qui était déjà mal en point. Sono tuo prigioniero! Per favor!

Le sergent Victory le fit taire d'une balle en pleine tête. D'un coup de pied elle le tassa afin de prendre son sac de munition qu'elle glissa dans l'une des poches de son uniforme.

-Ils sont tous morts, dit le soldat Vanier en crachant sur le sol.

Le soldat Bouchard ricana en regardant les corps qui jonchaient le sol.

-Nous devons le faire sauter, déclara Gisèle en regardant le canon d'artillerie.

Le soldat Beaulieu s'approcha de l'arme avec le matériel nécessaire lorsque des coups de feu furent tirés dans leur direction. Tous s'empressèrent de se cacher derrière les sacs de sable qui leur offraient une mince protection.

-Oh non, murmura le soldat Bouchard.

Le sergent Victory se retourna et vit le soldat Bouchard qui se tenait au côté du soldat Vanier. Ce dernier avait les yeux grands ouverts et un flot de sang s'écoulait de sa gorge.

-Il est mort, déclara le soldat Bouchard en prenant son pouls à sa carotide.

Le sergent Victory laissa échapper un flot de jurons. Elle n'aimait pas perdre des hommes. Doucement, l'arme bien en main, elle jeta un coup d'œil par-dessus les sacs de sable. Elle apercevait une forme qui se mouvait dans sa direction. Sans plus attendre elle fit feu dans la direction dont il était question et le soldat italien s'écroula sur le sol.

-GEORGES! FAIS-LE SAUTER! s'écria le sergent Victory à l'intention du soldat Beaulieu afin qu'il reprenne là où il avait été interrompu.

L'ennemi se rapprochait en faisant feu sur eux. Sans plus attendre, Gisèle et le soldat Bouchard pesèrent sur la détente.

-DÉPÊCHE-TOI!

Ils se faisaient de plus en plus nombreux. Le sergent Victory rechargea son arme avant de se remettre à tirer.

-ÇA VA EXPLOSER! les avertit le soldat Beaulieu.

Tous les trois s'empressèrent de s'éloigner le plus vite qu'il pouvait lorsqu'il y eut une forte explosion. Le sergent Victory se retrouva sur le sol, légèrement sonnée. Sa vision était trouble. L'ennemi se rapprochait.

-PARTEZ! hurla-t-elle aux deux autres en leur faisant de grands signes.

Ils ne se le firent pas dire deux fois. Gisèle essayait de viser juste avec son arme, mais ce n'était pas chose facile. Elle avait l'impression qu'un marteau lui martelait le crâne et ses jambes avaient de la difficulté à la soutenir. Un soldat ennemi lui sauta dessus et la jeune femme lui administra un coup de baïonnette en plein abdomen. Là elle commençait vraiment à avoir peur. Soudain, un bruit assourdissant l'obligea à se boucher les oreilles. Elle leva les yeux au ciel et y vit des avions alliés qui survolaient la zone à basse altitude.

«Que font-ils, pensa-t-elle en les observant.»

Il y eut une forte explosion. Et puis plus rien. Le trou noir.

Le sergent Gisèle Victory du 1er Corps canadien du Royal 22e bataillon fut transporté dans un hôpital anglais suite au bombardement allié qui manqua de peu de lui coûter la vie. Sa jambe droite avait été cassée de même que son bras gauche. L'un de ses poumons avait été perforé et son front fendu.

Sept mois plus tard

La jeune femme revenait de sa promenade quotidienne dans le jardin qui était axé à l'hôpital. Elle se remettait lentement de ses blessures de guerre en se comptant chanceuse d'avoir encore tous ses membres. Seulement sa respiration lui causait du tort. Le médecin lui avait dit que son pneumothorax serait lent à guérir. Il lui avait assuré qu'elle en garderait probablement des séquelles.

-Lieutenant Victory, l'appela l'une des infirmières.

En raison de son acte de courage, la jeune femme avait été nommée lieutenant et s'était vu décorée de la croix militaire.

-Oui.

-Je vous présente le major-général Winston.

-Monsieur, déclara la jeune femme en se mettant au garde à vous.

-Repos lieutenant, dit l'homme âgé d'une cinquantaine au ventre proéminent. J'ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer. Votre bataillon a été dissous et vous serez affecté au 506e régiment parachutiste de la 101e division aéroportée américaine.

-Monsieur, murmura Gisèle qui était devenue soudainement pâle. Je ne suis même pas parachutiste.

-C'est votre seule option lieutenant Victory, l'avertit le major-général Winston. Sinon vous faites vos bagages et vous rentrez chez vous.

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J'espère que ce chapitre vous à plus! Le prochain chapitre va être avec la Easy company comme vous devez vous en attendre. Laissez-moi des reviews (constructives je vous prie) bonne semaine.