disclamer: exclusivement à JKR

Tout d'abord, je vous dois quand même une petite explication après ce long mois d'absence. J'ai traversé une période de deuil assez douloureuse et entre le déménagement et la gestion des paperasses...je vous laisse imaginer la gaieté de ces journées.
J'espère donc que vous comprendrez qu'en dépit de tout le plaisir que j'ai à écrire cette fic et à vous la faire partager, je l'ai beaucoup délaissée ces dernières semaines. Pardonnez moi également de ne pas avoir pris le temps de vous répondre personnellement, mais le coeur y est!
Merci à toutes celles qui m'ont laissé une review et/ou qui continuent de me lire, à savoir Mina008, khalya, Trukounette, Eileen19, Ste7851, Alatariel Melawen, Roonny, khalie, Snapinou, artémis, sapiwette et chiarina.


Chapitre 12 :

La main de Draco se crispa convulsivement, emprisonnant un peu d'air entre ses doigts moites, en vain.

Il tressaillit, sans doute surpris de ne pas sentir dans sa paume le contact rassurant de sa baguette d'aubépine, qui reposait dans l'épaisse doublure de sa cape de velours.

Face à lui, la silhouette de Snape dévorée par l'ombre, paraissait démesurément grande et cette constatation suffit à faire redoubler sa rage.

Dire qu'il avait été heureux quand Potter lui avait proposé de partir plus tôt –ayant aucune affaire urgente en perspective- afin de retrouver Hermione !

Il serra les dents jusqu'à sentir sa mâchoire s'engourdir, contenant difficilement sa fureur croissante ; mais hormis son artère temporale qui palpitait dangereusement, son expression demeura de marbre.

Pourquoi se trouvait-il là ?

La question se lisait avec netteté sur les deux visages livides qui se dévisageaient muettement, et dont les traits déformés par un même masque de stupeur n'apportaient aucune réponse.

Hermione s'avança lentement, la poitrine enserrée dans un corsage d'angoisse dont les rubans étroitement lacés par une habile main invisible semblaient chercher à l'asphyxier.

- Que fait-il ici ? interrogea Draco froidement en fixant sa femme sans ciller.

- Je lui ai demandé…Laisse-moi t'expliquer avant de te faire des idées !

Elle était arrivée à présent à la hauteur de Severus et put entendre distinctement le ricanement narquois qui ponctua la fin de sa phrase.

- Je l'ai fait venir pour qu'il m'aide à élaborer…

- Charmant de parler comme si je n'étais pas là ! s'exclama Snape avec un sourire mauvais. Je ne voudrais surtout pas m'immiscer dans votre couple…entama-t-il avec une moue sarcastique. Toutefois, j'aimerais apporter une petite précision…ce que ta femme ne te dis pas, continua-t-il à voix basse en jaugeant Draco, c'est qu'elle…

Hermione pâlit brusquement mais personne ne sembla s'en apercevoir, la lueur vacillante des torches dessinant sur les murs les contours mouvants d'étranges chimères.

Elle déglutit péniblement et pivota au ralenti, plongeant son regard chargé d'incompréhension et de peur dans celui de Severus.

Draco toussota avec humeur, apparemment insensible au combat silencieux qui se déroulait devant lui.

S'il avait pu décrypter l'expression suppliante des yeux mordorés de sa femme, sans doute aurait-il deviné le pire ; mais l'obscurité – insaisissable alliée des amants de l'ombre- masqua par chance la réalité.

Il ne vit pas non plus les prunelles de son ancien professeur perdre insensiblement de leur dureté ; pas plus qu'il ne remarqua son regard impénétrable et impassible se muer en une concession suprême.

- Oui ? interrompit Draco dans un souffle.

- C'est qu'elle…

Les mots traîtres que Severus s'apprêtait à prononcer moururent sur ses lèvres exsangues.

- C'est qu'elle est incapable de trouver seule l'antidote à la Goutte du Mort-Vivant, finit-il dans un murmure rauque.

Hermione retint un soupir de soulagement et s'efforça de ne pas trop laisser transparaître sa gratitude envers son amant.

Merlin merci, ils avaient frôlé –et évité- le pire.

Quel aurait été le désarroi de Draco s'il avait su ! Aurait-elle pu supporter de se savoir haïe après avoir été tant chérie ?

Néanmoins, Severus aussi l'aimait passionnément, et il était réellement désireux de partager sa vie avec elle…pourquoi éprouvait-elle alors un tel embarras à l'idée que sa liaison soit dévoilée ?

Elle qui se flattait d'être une véritable Gryffondor, aurait-elle peur de quitter son mari ?

Sa conscience lui affirmait plutôt qu'elle ne voulait pas être coupable de sa tristesse. Mais si ce n'était qu'un leurre ? Si Severus avait eu raison ? Peut-être était-elle en fait, trop lâche pour oser affronter le regard des autres ?

De son côté, Snape, le visage blême, regrettait déjà de ne pas avoir su saisir cette opportunité inespérée.

Par son mariage, Hermione était -hélas !- destinée à lui échappe inexorablement, et voilà maintenant qu'il encourageait sa fuite !

Une voix perfide lui susurrait qu'elle devait indubitablement lui préférer son mari, ce que sa conscience n'était pas loin de croire.

Il avait cédé à son regard implorant.

Il avait failli, ensorcelé par ses yeux luisant d'une sincérité qu'il n'avait jamais pu admirer auparavant…Une sincérité qu'elle réservait à Draco, à son mari !

C'en était trop !

Avec toute la dignité qu'il lui restait, il articula d'une voix sourde:

- Madame Malfoy, je crois que vous n'aurez dorénavant plus besoin de moi…pour l'antidote, précisa-t-il après une infime hésitation. Au fait Draco, transmettez mes salutations à Narcissa! finit-il en évitant soigneusement de croiser le regard d'Hermione.

Malfoy acquiesça vivement, plus pressé de le voir déguerpir que de jouer les hôtes conciliants.

Enfin, quand la porte d'entrée se referma sur les hurlements du vent, il s'approcha prestement de sa femme, le cœur ravagé par la haine.

Ses iris flamboyants exprimaient tout ce que sa bouche ne disait pas. Obscurcis à l'image d'un ciel orageux, ils possédaient l'éclat âpre des hommes trahis.

Jamais il n'avait ressenti une telle frénésie meurtrière à l'encontre de quelqu'un.

Snape.

Il avait partagé son savoir avec Hermione. Il avait joui de sa compagnie. Ils avaient respiré le même air.

Draco recroquevilla ses doigts dans son poing jusqu'à sentir ses ongles pénétrer dans sa chair, immobilisant ainsi des phalanges robustes et blanchies qui auraient pu aisément anéantir toute vie par strangulation.

Il voulut hurler sa frustration, mais le cri de sa souffrance fut étouffé par le bâillon des convenances, avant même d'avoir franchi ses lèvres.

Dans un sursaut d'exaspération, il rouvrit les yeux comme on s'éveille d'un cauchemar; sans s'en rendre compte, il les avait fermés afin de mieux canaliser sa colère- mais force était de constater que la situation était bien réelle.

Hermione se tenait face à lui, le dos droit, emprunt d'une raideur inhabituelle ; son regard froid le dévisageant sans ciller, attendant l'explosion ou la sentence avec une expression proche de l'indifférence.

Comment pouvait-elle mépriser à ce point la violence qui grondait en lui pour persister ainsi dans son impassibilité ?

Draco se sentit pris au piège face à ces yeux trop calmes pour être innocents, ces yeux qui savaient tout ce qu'il ignorait.

Comment osait-elle défier sa hargne ?

- Pourquoi était-il là ? vociféra-t-il soudain. Pourquoi le faire venir quand je ne suis pas là?

- Je te l'ai dis, je n'arrivais pas…à trouver le bon antidote…et j'ai demandé à Sev…au professeur Snape de venir aujourd'…

- MENTEUSE ! Pourquoi ai-je la désagréable impression que cette visite n'est pas la première ? A ton avis, quelle serait la réponse de Thinia si je lui demandais combien de fois il est venu ?

Il se délecta de son assurance imperceptiblement vacillante. Il la connaissait trop pour ne pas remarquer la peur qui dilatait ses pupilles et qui suintait le long de ses pommettes émaciées.

- Vas-tu me répondre ou dois-je l'appeler ? fulmina-t-il

- Non ! s'écria-t-elle presque trop vite…Je vais t'expliquer, il…

- Les explications ne suffisent pas avec moi, Hermione !

- Il est venu trois fois la semaine dernière, commença-t-elle en haussant la voix…Aujourd'hui c'était la quatrième et la dernière…nous avons fini d'établir le protocole expérimental…

- Je ne suis pas comme tes abrutis d'amis qui se sont contentés de tes explications pendant toute leur scolarité ! poursuivit-il avec fougue.

- Je t'interdis de parler d'eux comme ça ! Ron et Harry ne sont pas…

- Pourquoi ne m'as-tu jamais dit qu'il venait ? Pourquoi as-tu…

- Je craignais ta réaction !…je savais que tu risquais de devenir jaloux…je ne voulais pas que…balbutia lamentablement Hermione.

- Tu craignais ma jalousie ? répéta-t-il avec mépris. Serait-elle justifiée par hasard ? Si tu m'avais simplement avertit que tu recevais Snape, je n'aurai pas…

- Tu m'aurais fait une véritable scène de jalousie ! tempêta-t-elle soudain.

- Absolument pas ! Si tu me l'avais dit, c'est qu'il n'y avait aucune…ambigüité entre vous !

- Et bien, tu le sais maintenant…il n'y en a pas ! lança Hermione dans une tentative désespérée de fuite.

Pendant un instant, elle crut que sa dernière phrase avait réussi à laver tous ses mensonges, que son âme était à présent purifiée de ses péchés.

Ils se contemplèrent profondément, outrepassant les faux-semblants, unis et recueillis dans le même silence.
Leurs yeux se rencontrèrent à nouveau avec l'indescriptible intensité d'un regard amoureux.
L'espace d'une seconde, ils partagèrent la même beauté poignante d'une vérité qui se révèle.

Puis les mots vinrent rompre le charme.

- Comment puis-je croire ce que tu affirmes, quand je sais tout ce que tu ne me dis pas ? demanda-t-il d'une voix inaudible. Comment puis-je avoir confiance en toi, désormais ? murmura-t-il doucement.

Il resta immobile, cherchant une réponse quelconque sur les traits baignés de larmes de sa femme.

De toute sa vie, jamais Hermione n'avait souhaité revenir en arrière aussi ardemment qu'en ce moment. Elle aurait voulu pouvoir tout arrêter, jusqu'aux battements de son cœur.

Comment avait-elle pu démériter à ce point de son amour ? Comment avait-elle pu se laisser enfermer dans son propre piège ?

La toile si soigneusement tissée du non-dit finirait par la paralyser, et le voile de mensonges deviendrait son linceul.

- Il n'y a rien…il n'y a jamais rien eu…entre Snape...et moi, déclara-t-elle, secouée de sanglots. Je te le jure…crois-moi… râla-t-elle, en haïssant ces mots désormais vide de sens.

En une seule phrase, elle avait renié son amant et menti à son mari.
Elle venait de se condamner à demeurer l'unique détentrice d'une vérité secrète.
Etait-ce mieux ainsi ?

Severus souffrirait sans doute pendant quelques jours, mais il se remettrait vite. « Tant d'années de célibat lui avait forcément endurci le cœur ! » tentait-elle de se rassurer, en vain.

Quant à Draco… L'ignorance ronge, mais la vérité, elle, tue parfois.

Inconscient du drame intérieur qui se jouait, Draco fit un pas vers sa femme, le visage illuminé d'un soulagement sans nom. Elle ne lui avait pas préféré cet homme obscur et tourmenté! Elle était à lui, rien qu'à lui !

- Oh…excuse-moi, Hermione, excuse moi…je n'aurai pas dû douter de toi…mais tu comprends, j'ai cru te perdre, quand je l'ai vu…là ! bafouilla-t-il en s'élançant vers sa femme. Et je n'aurai pas supporté de te perdre, chuchota-t-il tout contre son oreille, parce que…je t'aime.

Hermione acquiesça et répondit un imperceptible « moi aussi » tandis qu'une vague de dégoût et d'écœurement la submergeait.
Jamais Draco ne s'était montré aussi expressif. Et dire qu'elle l'avait trompé! Comment avait-elle pu se comporter de façon aussi insensée? Elle, la très respectable, la très raisonnable, la parfaite Hermione Granger?
Deux mois auparavant, ces aveux l'auraient comblée de joie; désormais ils n'avaient que le goût amer de la culpabilité.

Elle réprima difficilement un haut-le-cœur, et, titubante, elle se dégagea de l'étreinte de son mari pour s'appuyer avec peine contre le mur.

La fraîcheur des pierres sur son front brûlant l'apaisa un court instant, mais très vite, elle perçut de nouveau les symptômes avant-coureurs de la fièvre.

Le partage de son corps -de son coeur- entre deux hommes faisait, dans sa mémoire, douloureusement écho aux Horcruxes et à l'âme mutilée de Voldemort.
Courrait-elle à sa propre déchéance?

De sa tête bourdonnante de pensées inachevées, elle ne parvint à en extraire qu'une seule : « Si seulement j'avais pu résister… »

Puis elle succomba au chant envoûtant de l'abîme.

oOo

Lentement, le silence dans lequel Hermione avait sombré se dissipa.

Des voix indistinctes commencèrent à lui parvenir de très loin, la forçant à revenir à une réalité qu'elle voulait fuir.

Progressivement, elles s'amplifièrent jusqu'à résonner dans son crâne, martelant ses tympans, atrophiant son cerveau, incapable de saisir le sens des mots qui retentissaient de plus en plus fortement dans sa conscience.

Sa tête dodelina lourdement, s'enfonçant dans l'épaisseur moelleuse d'un oreiller de plume qui atténua brièvement sa sensation d'engourdissement.

Soudain, la lumière se fit plus vive, dévorant ses paupières pour mieux inonder ses rétines avides d'obscurité.

S'habituant doucement à l'intense luminosité, elle finit par entrouvrir les yeux mais ne distingua qu'une vague silhouette noire, ravivant la douleur d'une plaie incicatrisable.

- Sev..er...us, gémit-elle, la langue pâteuse. Je..suis…dés…

- Hermione ? interrogea une voix féminine. Hermione, comment te sens-tu?

- Gin-ny, articula-t-elle péniblement en reconnaissant la chevelure rousse de son amie.

- Je n'ai pas compris ce que tu m'as dit, ma belle ! Tu as marmonné quelque chose… Je crois que la fièvre te fait délirer !

- Qu'est-ce… qui s'est… passé ?

- Evanouissement. Tu as fait une sacrée frayeur à Draco ! Il était à moitié paniqué quand il a déboulé dans notre salon. Tiens, je vais aller le prévenir que tu es réveillée ! s'exclama-t-elle avec enjouement.

- Il est…où ? questionna-t-elle à mi-voix.

- En bas, avec Harry. C'est moi qui leur aie ordonné de sortir, tu penses bien qu'ils ne t'auraient pas quitté une seconde, sinon. Mais tu comprends, je n'avais pas envie qu'ils me harcèlent de questions pendant que je t'auscultais.

Hermione hocha doucement la tête, les yeux mi-clos, sans voir le drôle de regard que lui lança son amie.

- Je reviens dans une minute, n'essaye pas de te lever en mon absence! insista Ginny d'un ton professionnel.

A nouveau, Hermione acquiesça avec l'impression que son cou était à présent la seule partie mobile de son corps.

Au bout d'un moment qui lui sembla interminable, elle sentit la présence réconfortante de Draco à ses côtés, et expira un soupir de bien-être lorsqu'il l'embrassa tendrement sur le front, tandis qu'Harry les observait en souriant.

N'écoutant que d'une oreille les recommandations bienveillantes de Ginny quant au traitement à suivre, Hermione, dans un élan d'espoir, se jura intérieurement de se montrer à la hauteur du dévouement et de l'affection que lui témoignait Draco.

Elle se promit d'être suffisamment forte pour oublier le passé et construire l'avenir dont rêvait Draco.

Elle se promit d'ignorer les flammes tentatrices de la passion et de se contenter de la tendre complicité qu'elle partageait avec Draco.

Elle se promit encore d'œuvrer pour le bonheur et le bien-être de Draco, tempérant ainsi ses crises de conscience.

Tant de vaines résolutions ! Ces maigres remparts entre la réalité et la morale lui faisaient à présent office de trompe-l'œil. A quoi bon se vouer corps et âme à son mari si elle ne parvenait pas à se pardonner à elle-même ?

oOo

Etait-ce une chimérique tentative de rachat ? Ou l'expression d'un mauvais pressentiment ?

Reste que le soir venu, et l'intimité de la chambre conjugale retrouvée, Hermione, blottie tout contre son mari, lui murmura avec une exaltation feinte :

- Fais- moi un enfant!


Bon...j'espère que ce chapitre est bien dans la continuité du précédent. J'ai peur de m'être laissée un peu trop débordée par mes propres émotions..ce chapitre se voulait oppressant, or plus je le relis, plus je le trouve...funèbre. Navrée pour vous. Toutefois, je pense que le réécrire aurait été superflu étant donné que le résultat n'aurait pas été mieux.
Néanmoins, n'hésitez pas à me donner vos impressions.

Bises à toutes et bon week-end. (Au fait, Bonne Année avec un mois de retard!)

llda