disclamer: tout à JKR
Le manque de temps compte-t-il comme une excuse valable? Si ce n'est pas le cas, alors je n'ai rien à ajouter à ma défense...bref, toutes mes plus plates excuses pour ce retard.
Et tous mes remerciements pour ceux qui ont été fidèles au poste malgré l'allongement considérable de mes MAJ: Mina008, sapiwette, Ste7851, Snapinou, Alatariel Melawen, khalie, artémis, chiarina, Trukounette, Eileen19 et Lesbeth. Vos encouragements me touchent toujours autant et vos critiques restent évidemment bienvenues! Et si vous avez des questions, n'hésitez pas non plus.
Pour répondre à la question d'Eileen19: Effectivement Draco se montre assez violent dans ses sentiments face à Snape. Je ne crois pas que ce soit du mépris mais plutôt une jalousie démesurée. Et c'est justement l'admiration qu'il a nourrit enfant à son égard qui le pousse à se montrer aussi méfiant -à juste titre!- avec Hermione...Après, sens-toi libre de l'interpréter autrement! J'espère avoir pu t'éclairer ;)
Quant au bébé qui est peut-être en route, je n'en dirai pas plus, tu verras dans les chapitres à venir (il n'en reste plus que 4 + l'épilogue)
Chapitre 13 :
Harry renversa sa tête en arrière et rit à gorge déployée, suscitant les regards faussement exaspérés de sa femme, qui essayait en vain d'étouffer son fou rire dans sa serviette.
Ron, les joues en feu, tenta d'adopter une moue dépréciatrice, ce qui ne fit qu'accroître l'hilarité de son ami. Très vite, sa joyeuse humeur devint contagieuse, et même Luna, qui d'habitude était si lointaine, laissa échapper quelques gloussements sonores en réponse à la mine défaite de son mari.
Hermione était secouée de soubresauts nerveux et bien qu'elle ne se rappelait plus de leur cause, ses larmes redoublèrent quand elle s'aperçut que Draco, assis à l'autre bout de la table, continuait de manger posément, feignant une indifférence suprême. Néanmoins, elle distingua le léger rictus amusé qui déformait ses lèvres entre chaque bouchée.
Pressentant le hoquet, elle but une longue gorgée d'eau fraîche et incita ses amis à en faire de même.
Au bout de plusieurs secondes, le silence revient –ce que Draco ne manqua pas de noter dans une remarque acerbe- et même si l'ombre d'un sourire moqueur se dessinait encore sur certaines bouches, ils purent terminer calmement leur plat principal.
Pendant quelques minutes, les pensées de chacun s'égarèrent au-delà des limites de la salle à manger, emportées par les rafales de vent, puis, peu à peu, le raclement consciencieux des assiettes et le tintement des couverts les ramenèrent à la réalité.
Bien que Hermione ait fortement insisté pour que Thinia soit de congé le dimanche, elle fut forcée de constater le contraire lorsque les plats disparurent subitement, et qu'une magnifique pièce montée vint à son tour trôner au centre de la table.
- Mmmh…chérie, je crois avoir trouvé quelqu'un qui puisse rivaliser avec les talents culinaires de ta mère ! susurra Harry en lorgnant la nougatine.
- Evite de lui dire, même si elle t'adore, je crois que ça la vexerait !
- Rivaliser ? reprit Ron qui paraissait hypnotisé par la vue des sucres d'orges. Tu plaisantes ! Thinia la surpasse largement ! Maman ne nous a jamais fait ne serait-ce qu'une seule pièce montée ! Ah qu'est ce que j'aimerai bien avoir un elfe pareil à la maison…qu'en dis-tu Luna ? interrogea-t-il avec entrain, s'attirant un regard noir d'Hermione.
- En fait, je n'ai jamais vraiment apprécié les choux fourrés à la crème de potimarron et encore moins la glace à la réglisse...Mon père m'a toujours dit que ça attirait les joncheruines ! annonça-t-elle d'une voix claire.
- Tu veux peut-être autre chose ? proposa par politesse Mrs Malfoy.
- N-non, je grignoterai quelques caramels !
- Moi par contre, soupira Ginny, j'ai une folle envie d'Amarena, si t'en…
- T'en fais pas, interrompit Harry, elle m'a déjà fait une crise la semaine dernière parce qu'elle voulait du sirop d'orgeat, ça va lui passer ! Entre nous 'Mione, continua-t-il sur un ton confidentiel, quel dommage que la loi de Gamp ne s'applique pas à la nourriture !
- Et quels sont les autres éléments qui échappent à cette fameuse loi ? le taquina-t-elle en se levant.
- L'argent, les êtres vivants, les potions préparées et les baguettes ! déclara-t-il fièrement.
Draco eut un sourire narquois, sans doute parce s'entendre réciter la loi de Gamp par Potter avait un je-ne-sais-quoi de totalement incongru. Puis, voyant Hermione traverser l'immense échiquier de marbre, il s'enquit subitement:
- Mais….où vas-tu ?!
- Mon cher, apprenez que les désirs d'une femme enceinte sont des ordres ! s'exclama-t-elle théâtralement en lui adressant un clin d'œil.
En vérité, elle avait saisi le premier prétexte convaincant pour s'éclipser quelques minutes et s'offrir un instant de répit. Un réflexe aux antipodes de son habituel comportement de Gryffondor –allez savoir pourquoi l'instinct légendaire d'autoprotection des Serpentards avait pris autant d'ascendance sur elle ces derniers mois.
A cette pensée, son cœur se serra douloureusement : cela faisait désormais trois semaines, cinq jours et deux heures qu'elle ne l'avait pas revu. Chaque seconde passée loin de lui était aussi longue qu'une existence entière. Mais elle n'avait pas oublié sa promesse : elle chérirait Draco jusqu'à sa mort, et lui assurerait tout le bonheur qu'il désirait. Tout le bonheur qu'il méritait.
Arrivée aux cuisines –dans les souterrains du manoir- elle se laissa choir contre le mur, goûtant silencieusement ces secondes bénies. Repoussant la lassitude qui menaçait de la submerger, elle se mit à chercher dans un vieux buffet une bouteille d'Amarena, sans prendre la peine de se servir de sa baguette. Une petite voix au fond d'elle la réprimanda d'être lâche au point de vouloir perdre du temps : autant elle s'était enthousiasmée à l'idée d'un repas dominical avec ses amis, autant elle redoutait l'instant où elle devrait leur annoncer.
Ce n'était pas tant leurs réactions qu'elle craignait, mais plutôt le nouveau statut que cela lui conférerait.
Ayant déniché la précieuse liqueur, elle essuya soigneusement le verre poussiéreux à l'aide d'un torchon –sous les yeux éberlués de Thinia qui la fixait dans l'ombre- et finit par quitter les lieux à pas lents.
Quand elle déboucha dans le hall, son regard tomba sur le petit corridor qui menait au laboratoire et elle dût faire appel à toute sa maîtrise pour ne pas pleurer.
Elle n'y était pas retournée depuis son départ bien que Draco était persuadé du contraire.
En réalité, elle avait meublé ses interminables heures d'absence par des promenades épuisantes, s'acharnant à repousser les limites de son corps, comme pour se punir d'avoir réussi à tenir éloigné si longuement sa raison.
oOo
Quand elle réapparut, brandissant triomphalement sa trouvaille, avec un faux-air allègre sur le visage, Draco sentit immédiatement que quelque chose clochait sans parvenir à définir quoi. Bien que certains de ses comportements se soustrayaient toujours à sa compréhension, il la connaissait suffisamment pour déceler les ondes de déprime qu'un sourire enjoué tentait de cacher.
Il faillit faire un commentaire sur la durée de son absence –indigne d'une maîtresse de maison- mais la pétulance de Ginny à la vue de son vœu le plus cher l'en empêcha tout bonnement.
- Oh 'Mione, tu es merveilleuse ! C'est adorable, je te le revaudrai, c'est promis ! Draco, tu as épousé une femme formidable ! rajouta-t-elle avec emphase.
- Il n'a jamais été question qu'il en soit autrement, répondit laconiquement l'intéressé.
Si Hermione rougit sous le compliment, ce fut de honte. Elle ne méritait pas de tels éloges ! Merlin était témoin de l'indignité de sa conduite, songea-t-elle avec amertume.
Cachant son trouble, elle s'affaira autour de la table, servant elle-même une part de gâteau à chacun des convives.
S'asseyant seulement lorsque toutes les assiettes à dessert furent remplies, elle poussa un imperceptible soupir et remarqua avec soulagement que tous étaient plongés dans l'ébahissement le plus complet, suscité par cette gracieuse architecture odorante où se mêlaient les effluves de vanille, de cannelle et de gingembre avec les couleurs automnales des physalis et de la citrouille, du caramel et du pain d'épices au chocolat, de la réglisse et des nougats enrobés de miel.
Elle n'était pas sans connaître les vertus de la nourriture sur les hommes mais ne s'attendait toutefois pas à un tel effet.
Peut-être y échapperait-elle, après tout?
Peu désireuse de rompre le silence, elle détailla consciencieusement les liserés entrelacés d'or et d'argent qui illuminaient discrètement l'ovale de porcelaine vert céladon posé devant elle.
Soudain, le bruit cristallin d'un métal heurtant un verre, semblable à celui qui précédait jadis les discours de Dumbledore- la tira de ses pensées. Draco lui lança un regard appuyé qu'elle ne put ignorer.
A quoi bon repousser l'inévitable ?
- Je crois que c'est le moment opportun pour fêter une heureuse nouvelle…, commença-t-il sur le même ton mystérieux qu'il avait employé lorsqu'ils avaient révélé leur relation. Chérie, je te laisse l'honneur de finir ! compléta-t-il, précipitant inconsciemment sa femme dans un embarras encore plus grand.
- Eh bien…nous…nous avons décidé que…enfin, non...nous allons….
Elle se racla la gorge, but une gorgée d'eau, puis tamponna sa bouche avec sa serviette immaculée, attisant malgré elle la curiosité de ses amis qui la dévisageaient avec attention.
Pourquoi les mots étaient-ils si durs à prononcer ? Pourquoi ne parvenait-elle pas à dire des paroles que des millions de femmes avaient exprimé avant elle ?
« Nous allons avoir un enfant. Nous allons avoir un enfant. Nous allons avoir un enfant. » Telle une litanie, les mots résonnaient crûment dans son crâne. Ce n'était quand même pas si compliqué !
« Nous allons avoir un enfant. Nous allons avoir un enfant. Nous allons avoir un enfant. » Ses lèvres remuèrent silencieusement, laissant échapper un souffle tiède : pâle reproduction d'une pensée omniprésente !
- Nous allons avoir…entama-t-elle à nouveau.
Les plis impeccables de la nappe se froissèrent sous la pression de ses doigts crispés qui s'agrippaient désespérément au tissu opalin. Prenant une brusque inspiration, elle déclara hâtivement :
- Jesuisenceinte.
- Nous allons avoir un enfant ! rectifia aussitôt Draco, en insistant bien sur le pronom.
Les minutes qui suivirent furent une explosion de joie générale, de félicitations ininterrompues, et d'embrassades étouffantes.
Tout le monde mit les larmes d'Hermione sur le compte du bonheur, l'air pincé de Draco lorsque Ginny et Luna l'étreignirent généreusement, sur le compte de la surprise –décidément, il ne s'habituerait jamais à une telle familiarité avec les Weasley !- et les messes basses de Ron et Harry passèrent pour des complots en fomentation –ce qui d'ailleurs, s'approchait assez de la réalité.
Personne ne sembla surpris quand des coupes de cristal, finement ouvragées et pleines à ras-bord d'hydromel apparurent devant chacun, pas plus qu'ils ne s'étonnèrent de voir Hermione s'absenter quelques instants afin de «se rafraîchir le visage. »
S'éloignant une nouvelle fois de l'agitation qui se faisait entendre jusque dans le vestibule, Hermione regagna ses appartements, l'esprit confus.
Machinalement, elle pénétra dans la salle de bains, mais resta quelques secondes les bras ballants, tardant à se rappeler la cause de sa venue.
Par la fenêtre, elle distingua les masses sombres et mouvantes des cyprès qui ployaient sous les assauts répétés du blizzard au loin, fondues dans le brouillard naissant : bien que le mois de décembre fût imminent, la neige se ferait sans doute attendre cette année.
Sans savoir pourquoi, cette constatation l'attrista.
Face au miroir central, elle s'examina longuement sans se préoccuper des gouttes d'eau qui dégoulinaient de son menton pour s'écraser tristement sur le carrelage froid ; elle scruta son profil d'un œil interrogateur, se tournant d'un côté et de l'autre, caressant son ventre distraitement, essayant d'imaginer quelle serait sa taille dans quelques mois…
Quelle allait-être la réaction de ses parents, de Narcissa, lorsqu'ils sauraient ?
Sa belle-mère se montrerait-elle heureuse de voir la lignée assurée –elle-même avait eu Draco très jeune- ou serait-elle, au fond, écœurée de savoir son héritier sorti des entrailles d'une Sang-de-Bourbe ?
Bien que leurs rapports soient relativement cordiaux, et que Narcissa –si suffisante de caractère- s'était révélée plutôt délicate envers sa bru, Hermione n'avait pas oublié d'où elle venait, ni quelle avait été son éducation.
Quant à ses parents, elle devinait sans peine leur fierté d'être grands-parents si tôt. Sans doute, aurait-elle quelques remarques sur son jeune âge, mais son père conclurait avec son flegme habituel, faisant taire les inquiétudes de sa mère, « si tu es heureuse comme ça, c'est le principal. »
Elle n'aurait qu'à acquiescer, les assurer de sa félicité et tout irait pour le mieux.
Mentir lui était devenu une seconde nature.
oOo
- En fait, j'ai su que tu étais enceinte quand je t'ai ausculté…tu te rappelles ? C'était après ton malaise ! Je ne t'ai rien dit parce que je pensais que tu préférerais le découvrir par toi-même….j'ai bien fait ?
La voix de Ginny lui paraissait étrangement lointaine, couverte par les rires tonitruants des garçons, et, les oreilles bourdonnantes, Hermione admit que la troisième pinte de Bièraubeurre –sans compter les deux coupes d'hydromel et le verre d'Amarena- était visiblement de trop.
Jusque là, elle n'avait jamais considéré la suavité des liqueurs dorées comme un potentiel remède aux maux de l'esprit, mais c'était actuellement la meilleure consolation qu'elle ait pu trouver.
Toutefois, et de façon étonnante, elle eut assez de lucidité pour refuser la rasade de Whisky pur Feu que Ron se proposait de lui servir, sans doute consciente des conséquences désastreuses qu'un taux d'alcoolémie trop élevé risquerait d'engendrer. Surtout elle qui, dans sa jeunesse, s'était toujours contentée d'une flûte de champagne – et encore, acceptée par politesse !
Si l'alcool dissout les mœurs, il délie aussi les langues. Par chance, la sienne était bien trop pâteuse pour qu'elle ose se répandre en confidences.
Fermant les yeux, Hermione sombra dans un impalpable brouillard sonore, ressentant soudain l'irrépressible besoin d'appuyer sa tête contre le dossier en bois de sa chaise.
Ses pensées dérivèrent, lentement, suivant les méandres obscurs et inconnus de sa conscience.
Le jour où Ginny lui avait annoncé sa grossesse, ce même jour où elle avait compris que Draco exerçait une véritable attraction sur elle ; la gifle qu'elle lui envoyait lors de leur troisième année ; l'évasion de Sirius –et sa mort ; quand Draco lui avait jeté un sort en quatrième année, rallongeant ses dents ; Graup ; l'enterrement de Dumbledore, la séparation provisoire d'Harry et Ginny, la désertion de Ron durant leur quête aux Horcruxes, le Patronus en forme de biche …
Que faisait-ilen ce moment ? Pensait-il à elle ? Lui manquait-elle ?
- ….vrai qu'elle a collaboré avec Snape ? Quand Hannah m'a dit ça, je me suis vraiment sentie bête ! Ma meilleure amie qui me cache un truc pareil !
La voix excitée de Ginny percuta violemment les tympans d'Hermione. Elle ouvrit subitement les paupières, et faillit tomber à la renverse dans sa précipitation, tandis qu'elle se levait avec l'impression de s'être dégrisée d'un seul coup.
Bien que sa vue était encore légèrement floue, elle fut la seule à percevoir l'expression crispée de Draco.
- T'as travaillé avec Snape ? reprirent en chœur Ron et Harry ? Et tu ne nous as rien dit ?
- Comment…d'où tenez-vous cela ? interrogea Hermione, le cœur battant.
- C'est Hannah Abbott, tu sais, la remplaçante de Snape. Elle m'a préparé une potion contre les nausées liées à la grossesse, et quand je l'ai vu…eh bien, elle m'a demandé si c'était vrai, toute cette histoire ! Que voulais-tu que je lui réponde ? Je n'étais même pas au courant !
- Mais comment sait-elle que nous, enfin, je… ?
- Apparemment, il a mentionné ton nom dans un de ses articles. Il parait qu'il tient une rubrique d'actualité dans Potionmag.
- Ah bon ? Je ne savais pas, déclara-t-elle sincèrement soulagée. Effectivement, j'ai dû faire appel à lui parce que je ne parvenais pas à établir la composition des ingrédients, pour... pour l'antidote de la Goutte du Mort-Vivant.
- Alors comme ça, tu t'associes avec l'ennemi, sans en toucher un mot à tes prétendus amis ? ! s'indigna Ron.
- Vous savez…je n'en suis pas très fière…je ne vous l'ai pas dit parce que j'étais confuse de ne pas avoir trouvé seule. Il ne fallait pas que je casse mon image de miss je-sais-tout ! expliqua Hermione avec un petit rire forcé.
Son sens de l'autodérision détendit un peu l'atmosphère. Les poings de Draco se relâchèrent, les taquineries d'Harry et Ron reprirent de plus belle et les filles retournèrent à leur bavardage futile.
Tout était comme d'habitude ; rien n'avait dérogé à la règle de la normalité.
L'espace d'une seconde, même le sourire d'Hermione retrouva sa spontanéité naturelle.
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Dans une brusque déchirure sonore qui vrilla leurs nerfs exténués, le verre alla se briser bruyamment sur le marbre tacheté, explosant en une multitude d'éclats aussi aiguisés que scintillants, tandis que le jus de tomate se répandait en une flaque sanguinolente.
Après coup, Hermione se dit qu'elle n'aurait pas dû se laisser bercer par les chopes de Bièraubeurre et l'apparence trompeuse de cette fin d'après-midi.
- Pas de Draco ? Pas de Draco ? répéta-t-elle en suffocant.
- J'ai dis quelque chose de travers ? reprit Ron en fixant Hermione dont la main traître tremblait encore.
- Co…comment peux-tu…insinuer une chose… pareille ? bafouilla-t-elle, les yeux agrandis d'effroi.
- Moi ? Eh bien, je te pose simplement une question ! répliqua-t-il avec désinvolture.
- Ron…tu exagères, intervint Ginny à mi-voix, sans toutefois quitter des yeux le visage pâle d'Hermione.
- C'est to-ta-le-ment ri-di-cul-e ! articula-t-elle avec force et dédain en observant Draco qui paraissait tout simplement assommé.
De toute évidence, cette supposition avait rallumé le feu dévorant de la jalousie. Le désespoir la gagna : même condamnée à son absence, elle devait combattre les démons que semait son ombre.
- T'en fais pas 'Mione, il a trop bu…On sait bien que tu n'es pas comme ça ! tempéra vaguement Harry.
- Enfin, vous refusez de voir l'évidence ! Laisser seule toute la journée une jolie femme…comment croyez-vous qu'elle s'occupe ? Je ne dis pas ça pour te blâmer Malfoy ! ajouta le rouquin dont l'état d'ébriété n'était pas –hélas !- aussi préoccupant que ses propos.
- ARRETE IMMEDIATEMENT TES IDIOTIES RONALD! s'époumona la victime, à présent aussi rouge que le jus de tomate qui s'étalait à ses pieds. SERIEUSEMENT, JE VOUDRAIS BIEN SAVOIR CE QUI TE PREND DE RACONTER DE TELLES…DE TELLES ANNERIES !
Cinq paires d'yeux braquées sur elle s'appesantirent longuement sur ses épaules. Etait-ce une illusion paranoïaque ou Ginny la dévisageait avec un air réprobateur? Pourquoi Luna semblait-elle tout à coup si suspicieuse ? Même Harry avait l'air de la jauger du regard !
Etonnamment, Draco fut le seul à ne pas broncher. En apparence du moins.
Merlin, faites que les élucubrations douteuses de Ron n'aient pas revêtu une quelconque valeur à ses yeux!
- C'est bon Hermione, calme-toi ! se défendit Ron piteusement. Je plaisantais c'est tout –il ponctua sa phrase d'un rire étrange- pas la peine de te mettre dans cet état !
- Et bien sache que cela-ne-me-fait-pas-rire-du-tout ! Tu es d'une maturité désolante ! s'écria-t-elle.
- Oh c'est bon ! Tu aurais dû te voir vociférer, on aurait pu croire que j'avais touché un point sensible ! Je ne t'imaginais pas sainte nitouche au point de prendre la mouche pour si peu !
Hermione s'étrangla. Quelque part et à cet instant précis, elle aurait préféré être une sainte nitouche plutôt qu'une femme adultère.
- Je...je crois...qu'il est temps qu'on y aille ! amorça Ginny au bout d'un seconde interminable.
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Les flots de remerciements et de congratulations résonnèrent longtemps sous les voûtes du vestibule, bien après leur départ.
En silence, ils regagnèrent leur appartement main dans la main, ruminant l'indélicatesse de Ron. Au détour d'un couloir sans fin, Hermione ne put s'empêcher de remarquer à quel point le Manoir était grand pour deux personnes.
Mais elle savait que ce soir, ils étaient trois : elle, Draco, et le doute tapis dans ses entrailles.
J'espère que ce chapitre vous a plu...pour ma part, j'en suis plutôt satisfaite: je le trouve d'un rythme extrêment lent et très peu diversifié malgré la tension qui va croissante, or c'était exactement l'effet recherché (pour une fois^^) Je voulais qu'il soit centré uniquement sur Hermione et que tout soit vu par ses yeux, dans le but de traduire l'isolement psychologique dans lequel elle s'enferme suite à sa rupture avec Severus. Ceci dit, je suis consciente qu'il n'est pas vraiment attrayant d'un point de vue stylistique, donc celles qui raffolent des POV variés vont être très déçues...Les suivants seront plus riches, c'est promis!
J'attends vos remarques avec impatience! Merci encore de me lire!
Bises à toutes et bonne semaine,
Ilda
