disclamer: tout à JKR

Huuum...Encore une mise à jour bien plus tardive que ce que je n'espérais...J'ai eu beau engloutir des litres de café pour me tenir éveillée (j'écris principalement la nuit) et des tablettes entières de chocolat noir, rien n'y a fait, j'ai eu un mal fou à boucler ce chapitre.
Peut-être parce qu'après avoir tant torturé nos pauvres protagonistes, je suis devenue incapable de leur faire ressentir un peu de bonheur?
(Ne vous emballer pas trop, ce chapitre est tout sauf une illusion dorée...mais les rares passages où j'essaie de transmettre un sentiment relativement positif m'ont demandé des heures d'acharnements...)

Un très grand merci à toutes celles qui continuent de me laisser des reviews: sapiwette, Alatariel Melawen, khalie, Eileen19, Snapinou, yen'apa, "juste une petite proposition", Mina008, chiarina, artémis, Trukounette, Princess Yuu, et Lasiurys. Même si l'espace indéterminé entre mes MAJ peut laisser penser le contraire, je vous assure que vos remarques sont extrêmement motivantes! Donc, n'hésitez pas à continuer ainsi. De même, si vous avez des questions, je reste à votre entière disposition.

Bonne lecture!


Chapitre 14 :

Plus jeune, la perspective de passer un bon tiers de sa vie à dormir lui provoquait un cruel sentiment de frustration: pourquoi fallait-il s'attarder continuellement sur les énigmes d'un autre monde quand il y avait déjà tant à découvrir dans le sien ?

Puis, le poids des années et de leurs traumatismes s'était doucement amoncelé sur ses épaules frêles, et il avait fini par reconnaître à contrecœur les vertus du sommeil, au moment même où celui-ci commençait à lui faire défaut. Devant ses nuits sans cesse écourtées et le spectacle navrant des ses insomnies, la frustration l'avait envahi, une nouvelle fois.

Et aujourd'hui, alors que toute forme de repos l'avait irrémédiablement abandonné, la frustration était revenue, persistante, lancinante, clameur sourde de son âme insatisfaite.

Un leitmotiv obsédant qui peuplait inlassablement ses songes éveillés, prenant parfois l'apparence d'une jeune femme dont le regard émeraude l'avait poursuivi par-delà son temps ; ou plus souvent, celle d'une ancienne élève dont l'intelligence et le charme avaient eu raison de son cœur…

Mais à quelle occasion Hermione était-elle passée du stade de délicieuse conquête à celui d'amour tourmenteur ?

Une gouttelette d'encre tomba sur le parchemin orné d'une fine écriture, et s'étala en une tâche difforme sous l'œil attentif du lumignon.

Une autre glissa le long de la pointe argentée de la plume –suspendue au-dessus d'une parcelle vierge- mais Severus ne s'en formalisa guère.

De longues heures l'attendaient encore avant que la lumière vaporeuse de l'aube ne vienne le sortir de sa torpeur.

Vaincue par la force d'attraction, une larme noire alla s'écraser comme la précédente, épousant les stries du vélin, serpentant parmi ses sillons asséchés, se divisant en une multitude de ramifications.

Il relut en diagonale sa missive qu'il jugea d'un pathétisme désolant. Comme la demi-douzaine de lettres qui jonchaient le sol, celle-ci finirait également froissée dans un élan de désespoir.

Les yeux clos, il appuya sa tête fatiguée sur le montant sculpté de sa chaise dans un simulacre de sommeil.

Sans la moindre cohérence apparente, les mots vagabondaient dans son crâne, s'alliaient puis s'opposaient avec verve, formant des bribes de phrases tantôt passionnées, tantôt accusatrices ; sans qu'aucune ne parvienne à exprimer clairement la profondeur de ses ressentis.

Il rouvrit les yeux avec l'espoir d'atténuer ce bourdonnement intérieur incessant.

En vain.

En dépit du silence dans lequel son petit appartement était plongé, et alors qu'il lui semblait même être devenu une coquille vide -dépouillée de toutes pensées-, son esprit -échappant parfois entièrement à son contrôle-, l'emportait dans une effervescence sans nom, tourbillonnait telle une folle farandole parmi les fantômes et les réminiscences du passé.

Pour la première fois, sa raison n'était plus apte à éclaircir l'agitation tumultueuse de son âme.

Il l'aimait.

Il la haïssait.

Il aurait voulu qu'elle lui soit devenue totalement étrangère après cinq semaines d'absence, mais son cœur s'y refusait toujours.

Il espérait chaque jour réentendre sa voix -celle qui lui murmurait « je t'aime » autrefois avec tant de douceur- mais s'interdisait d'y attacher une quelconque importance.

Il préférait tenter de l'oublier plutôt que de reconnaître l'insupportable souffrance qui l'étreignait violemment, cette même souffrance qui avait assailli ses tripes dès leur rupture.

Severus avait toujours cru que douleur et honte, ces perfides sœurs jumelles, ne s'éprouvaient qu'une seule fois. Aujourd'hui, malgré toutes les épreuves traversées en quatre décennies, il sut combien il avait tort.

Un instinct morbide, déguisé sous forme de thérapie curative, le poussait à se concentrer régulièrement sur l'image d'une Hermione rayonnante au bras de Draco. Il ressassait ainsi son amertume jusqu'à ressentir à nouveau la frustration de son cœur inassouvi.

Et alors, il se rassasiait d'un flot de misères, avec cette complaisance funeste qui l'incitait à se repaître de la torture de son âme esseulée.

D'un geste vif, presque incontrôlé, Severus se saisit de la lettre –toujours intacte- et la jeta dans le feu.

Puis, sans un regard pour le parchemin que dévoraient avidement quelques braises dans un craquement sonore, il se dirigea -tel un somnambule- vers un petit réduit qui lui tenait lieu d'atelier, régla la température des chaudrons d'un coup de baguette, et se mit au travail.

oOo

Pour la quasi-totalité des gens, se réveiller dans un lit déserté constitue en soi une sensation assez désagréable, car quand bien même vous seriez tenté d'explorer la largeur du lit – inconnue jusqu'ici-, la fraîcheur des draps délaissés présente souvent pour les épidermes sensibles, un obstacle insurmontable.

En temps normal, Hermione aurait déploré qu'on ne puisse pas lancer un sort de réchauffement sur les draps sans craindre de les brûler et se serait promis d'y remédier dans les plus brefs délais.

Mais aujourd'hui, plutôt que d'élaborer un nouveau sortilège, ou même, regretter l'absence intempestive de Draco –parti remplacer Harry- elle se leva d'un bond, et, avec un enthousiasme qu'elle croyait avoir irrémédiablement perdu, s'empressa de se préparer.

Les cheveux attachés en un chignon souple, elle enfila une robe en cachemire qui mettait en valeur sa taille légèrement arrondie. Si elle demeurait toujours un peu perplexe face à l'idée d'être mère si jeune, elle avait fini par accepter son nouveau statut, voyant combien il réjouissait ses proches.

Sans aucun doute, Draco avait été le plus touché par la nouvelle, mais chez lui, les bijoux remplaçaient les mots qu'il ne savait pas dire. Ainsi, Hermione s'était vue offrir une semaine auparavant, une très belle paire de boucles d'oreille en opale montées sur argent -nettement plus discrètes que la rivière de perles qu'il lui avait achetée quelques jours plus tôt.

Depuis l'annonce de sa grossesse, il avait fait preuve d'une prévenance émouvante envers elle, l'accompagnant dès que possible dans ses déplacements, la couvrant de présents, multipliant toutes sortes d'attention –du menu composé exclusivement selon ses goûts, aux fleurs qui embaumaient quotidiennement leurs appartements.

Hermione avait tout pour être une femme comblée, et, en cet instant magique -celui qui précède l'accomplissement de nos désirs- elle ne fut pas loin de le croire.

D'un coup de baguette, elle écarta vigoureusement les rideaux, inondant la chambre d'une lumière éthérée presque irréelle : s'approchant de la fenêtre recouverte d'une fine pellicule de buée, elle découvrit avec émerveillement le parc endormi sous un manteau immaculé, et admira en silence les flocons qui tournoyaient lentement, estompant les contours du paysage, gommant les impuretés, et effaçant les traces de pas.

Ses yeux se posèrent sur les branches des chênes dégarnies qui se détachaient sur le ciel laiteux, et dont le balancement gracieux semblait être l'unique souffle de vie, tel le cœur palpitant sourdement d'une nature impassible.

Une étrange joie enfantine s'empara d'elle, et, avec un dernier sourire en direction des rosiers gelés, Hermione quitta ses appartements d'un pas allègre afin de rejoindre le salon où était servi le petit-déjeuner.

Le frugal repas expédié, elle se hâta de récupérer sa cape de velours, puis, jetant une poignée de poudre de Cheminette dans les flammes vertes, elle s'écria :

- Sainte Mangouste!

oOo

Dans un coin de la petite chambre plongée dans la pénombre, Harry et une médicomage en blouse blanche qui, d'après le badge épinglé sur sa poitrine, se prénommait Thaïlys Carew, s'entretenaient à voix basse, jetant de temps à autre, des coups d'œil furtifs en direction de la porte, ou de la patiente endormie.

Au bout d'un interminable moment, la médicomage prit congé, et tapotant gentiment l'épaule du jeune homme, elle quitta la pièce.

Les dernières paroles de réconfort disparues avec la charmante Thaïlys, Harry s'approcha doucement de sa femme, caressant distraitement sa main tout en observant sa poitrine se soulever à intervalles réguliers.

Bien qu'il se sentît horriblement seul depuis que Ginny avait été plongé dans un sommeil artificiel une quinzaine d'heures auparavant, il était reconnaissant envers le personnel de lui épargner l'attente insoutenable des résultats d'analyse.

La porte s'ouvrit soudait à la volée, laissant apparaître le sourire rayonnant d'Hermione.

- Ginny ! Harry ! s'exclama-t-elle. Je suis venue au plus vi…

L'étrange froideur de la scène l'alarma. Sa voix se tut et les coins de sa bouche s'affaissèrent, donnant à son visage une expression d'anxiété qui lui était devenue familière.

- Que se passe-t-il ? s'enquit-elle d'une voix blanche.

- Rien de grave, c'est juste que…

- Où est Lydiann ? Pourquoi dort-elle encore ? interrogea-t-elle en désignant Ginny.

- C'est normal, Hermione. Les Médicomages ont estimé que…

- Ton Patronus disait que tout allait bien, hier soir ! lança-t-elle d'un ton accusateur. Ne me dis pas que…qu'elle…est

- Hermione, si tu veux bien t'asseoir, coupa fermement Harry, je pourrais tout t'expliquer.

Elle se laissa choir sur une chaise, se sentant brutalement extrêmement lasse. Après avoir attendu ce jour avec tant d'impatience, après avoir anticipé si souvent le bonheur de ses meilleurs amis et la joie qu'elle ressentirait à être marraine, la frustration de constater que rien ne se passait comme prévu fut à son comble, aussi cruelle que celle qu'un enfant éprouve lorsqu'on lui retire un jouet ardemment désiré.

- Lydiann doit subir quelques examens, entama-t-il. De routine pour les nouveau-nés prématurés, ajouta-t-il au bout de quelques instants, en devinant son inquiétude. Ils la gardent en observation dans une cellule spécialisée. Les résultats ne devraient pas tarder d'ailleurs, énonça-t-il platement.

Hermione acquiesça, attendant patiemment une suite qui ne venait pas.

- Et Ginny ?...osa-t-elle demander au bout d'un moment.

- Sommeil artificiel, répondit laconiquement Harry, dont les cernes et les yeux rougis traduisaient aisément son état de fatigue.

Des pas provenant du couloir se firent entendre, et bientôt, la médicomage en chef entra, suivie d'une assistante qui portait un petit couffin. Harry se leva d'un bond, et, se précipitant vers sa fille, s'écria :

- Quels sont les résultats ? Y-a-t-il une anomalie ?

- Eh bien…commença-t-elle tandis que sa subordonnée s'éclipsait. Votre fille est en bonne santé, et malgré sa naissance prématurée, tous les organes vitaux sont parfaitement formés.

Ils voulurent soupirer de soulagement mais quelque chose dans la voix de la médicomage les en dissuadèrent.

- Seulement…j'imagine que vous savez que le flux magique se constitue vers le milieu du huitième mois ? Etant donné que votre fille est née au terme du septième mois, je vous laisse en déduire les…les conséquences.

- C'est…c'est une Cracmole ? interrogea Harry d'une voix sourde.

La médicomage opina de la tête, esquissant une grimace gênée.

- Nous l'avons testée dans diverses situations, et d'après ses comportements, il est très probable qu'elle ne parvienne pas à développer sa magie par la suite… reprit-elle. Je suis navrée Mr Potter. Nous avons pourtant fait notre maximum, croyez-moi ! conclut-elle en quittant la pièce.

Un long silence plana pendant lequel ils s'évitèrent du regard.

- J'ai vaincu Voldemort et ma fille est une Cracmole…, souffla Harry incrédule. Merlin, que va dire la famille…

- L'essentiel est qu'elle soit en vie, murmura timidement Hermione. Non ?

- Bien sûr...mais te rends-tu compte de ce qu'elle devra endurer ? Même les enfants d'ascendance moldue sont mieux intégrés que les Cracmols dans le monde sorcier. D'ailleurs, tu pourras prévenir Malfoy que je ne veux pas entendre une seule réflexion de sa part, grogna-t-il, dépité.

Hermione hocha la tête avant de glisser un regard curieux vers sa filleule. Saisie d'une brusque impulsion, elle prit délicatement le couffin et le posa sur les genoux de son ami.

- Tu n'y es pour rien, Harry. Et tu n'as pas à avoir honte de ta fille, déclara-t-elle d'une voix apaisante.

- Je n'en ai pas honte ! la contra-t-il avec tant de véhémence qu'elle sut avoir touché juste. Parlons d'autre chose, veux-tu !

Elle haussa les épaules en signe d'indifférence. Ils ne dirent mot pendant quelques minutes, mais quand il reprit la parole, Hermione regretta instantanément que le silence n'ait pas perduré.

oOo

Ainsi revêtue d'un linceul d'une pureté virginale, la Nature, plus majestueuse que jamais, semblait sublimée par l'ombre latente d'une mort éminente, cachée derrière chacun des cristaux scintillants dont la morsure brûlait ses chairs à vif.

Quelque part, et malgré l'apparence paisible de ces collines enneigées, Severus ressentit pleinement la violence du combat qui faisait rage, des entrailles de la terre jusqu'aux cimes souples des conifères.

Il était revenu.

Là où elle conservait pieusement quelques souvenirs d'enfance, gardés intacts par le Temps, protégés par l'œil bienveillant du village qui se dressait en contrebas.

Là où, près du ruisseau limpide, elle lui soufflait son amour d'une voix vibrante de sincérité.

Mais ses mots, évaporés dans le silence, ne parvinrent pas à ses oreilles cette fois-ci, tout comme le chant de l'eau, à présent emprisonné sous une chape de glace.

Il se sentit aussitôt parfaitement ridicule d'être sujet à tant de nostalgie. Il aurait dû s'en douter, la place de l'amant est peu enviable : le dernier arrivé est aussi le premier à partir.

Expirant avec lassitude, il fit quelques pas, les yeux dans le vague, bien trop perdu dans ses pensées pour se préoccuper d'admirer le paysage.

Il devait réussir à lui dire à quel point elle lui manquait.

Mais pas avec une de ces lettres insignifiantes, où les sentiments se noient dans un flot de paroles superflues ; il voulait croiser à nouveau son regard d'ambre, ranimer la flamme qui y luisait autrefois, tout en admirant la courbe sensuelle de ses cils.

Il devait la revoir.

Elle seule avait le pouvoir de combler le trou béant que son départ avait causé.

Elle seule avait le pouvoir de le sortir de la morne léthargie dans laquelle sa vie avait plongé.

Il se surprit à ébaucher un plan pour la reconquérir ; c'était impossible qu'elle l'ait oublié aussi facilement. Pas après tout ce qu'ils avaient partagé.

Il refusait de la croire si lâche !

Dans son for intérieur, il regretta de ne pas l'avoir mise enceinte. Dans ce cas, il aurait été tout à fait légitime qu'elle quitte son mari pour le père de son enfant. Ce n'était assurément pas une méthode très honnête, mais il aurait été prêt à n'importe quoi, pourvu qu'il puisse goûter une nouvelle fois le parfum sucré de ses lèvres. Mais le destin semblait prendre un cruel plaisir à contrarier sans cesse ses plans, sans quoi elle n'aurait jamais porté le nom des Malfoy.

D'un geste brutal de la main, Severus balaya toutes ses illusions. Leur relation n'était le fruit que d'un hasard.

Certes, il l'avait toujours trouvé fascinante, et on ne peut plus désirable lors de son mariage ; mais s'il n'avait pas cherché à la revoir, s'il n'avait pas eu la grâce –ou le malheur selon les points de vue- de l'embrasser alors qu'elle était de toute évidence, dans une position de faiblesse, et si elle n'avait pas succombé à la tentation de l'Interdit, toutes ses aspirations seraient restées à l'état de chimères.

Il haussa des épaules, fataliste.

'C'est toujours à la fin que l'on repense au commencement' se dit-il avec une moue étonnement cynique.

Puis il transplana, laissant derrière lui deux empreintes fraîches dans la neige vierge.

oOo

A peine eut-elle traversé la vitrine qu'une bouffée d'air vivifiante vint lui chatouiller agréablement les narines, dispersant les derniers relents nauséeux de l'éther. Pourtant, sa fraîcheur ne chassa en rien le sentiment croissant d'exténuation qui la gagnait.

Sa visite à Harry semblait avoir absorbé toutes ses forces et sa bonne humeur. L'amertume qui l'avait hantée ces dernières semaines l'envahit de nouveau.

Où étaient passés l'entrain et la vivacité qui l'animaient ce matin-même ?

Hermione ne connaissait que trop bien la réponse.

Evidemment, la douloureuse déception d'Harry et le vide intérieur causé par la chute brutale de son excitation avaient généreusement entamé ses réserves d'enthousiasme; le tout ajouté à la frustration de voir ses attentes bafouées par une puissance céleste -qui s'ingéniait continuellement à lui refuser chacun des bonheurs qui passaient à sa portée- suffisait à lui ôter les rares sourires qui fleurissaient jadis sur son visage.

Toutefois, ce qui la tracassait véritablement n'étaient que quelques paroles, lancées comme par inadvertance.

'La dernière fois, tu n'avais pas vraiment l'air proche de lui. A vrai dire, tu paraissais même un peu froide par moment…Si tu n'avais pas eu la bague des Malfoy au doigt, on aurait pu croire qu'il te laissait totalement indifférente !'

Elle déglutit péniblement au souvenir de sa conversation, hâtant le pas sans s'en rendre compte.

'Ginny était très étonnée. Et moi aussi d'ailleurs. Alors maintenant, réponds-moi ou tu vas m'obliger à tirer des conclusions peu flatteuses ! Je t'imagine mal avoir un amant mais…qui sait ? Si jamais Malfoy te fais souffrir, il va avoir affaire à moi…'

Mal à l'aise, elle s'engagea sur le Chemin de Traverse, vaguement surprise de l'effervescence inaccoutumée qui y régnait ; et bientôt, elle ne fut plus qu'un point gris, fondue dans la foule de passants qui se pressait de boutiques en devantures illuminées.

Aussi loin fût-elle, Severus ne l'avait pas quittée des yeux. Dès le moment où, sortant de l'herboristerie avec un sac plein d'ingrédients, son regard s'était posé par hasard sur sa silhouette, et il ne l'avait plus lâchée, épiant chacun de ses mouvements, guettant la moindre de ses expressions.

Après quelques secondes d'immobilité pendant lesquelles une onde d'espoir avait complètement occulté son sens pratique, il s'empressa de la suivre, bousculant sans scrupule quelques flâneurs afin de se frayer une percée parmi la masse grouillante des badauds. Il se sentait revivre à chacun de ses pas qui le rapprochaient d'elle.

Accélérant l'allure, il dépassa l'allée des Embrumes et réduisit leur distance à une vingtaine de mètres.

Elle était si proche et si inaccessible à la fois ! S'il avait osé, il aurait crié son prénom avec toute la fougue dont il était capable.

Plus qu'une douzaine de mètres.

Le cœur battant à tout rompre, il s'avança encore, résistant à l'envie de se précipiter sur elle.

Devinant que l'ardeur qui devait se lire sur ses traits émaciés n'avait rien d'amicale -et étant donné que nul n'ignorait l'identité de la nouvelle Mrs Malfoy-, il jugea préférable rester derrière elle -du moins, jusqu'à ce qu'elle parvienne à la hauteur d'une ruelle suffisamment dépeuplée pour qu'il l'y emmène.

Mais très vite, une autre silhouette aussi familière que désagréable vint réduire à néant ses perspectives.

Coupé net dans son élan, Severus resta tétanisé devant l'apparition de Draco Malfoy. Incapable de rebrousser chemin, il le fixa en train d'embrasser la femme qu'il aimait, anéanti.

Ils ne tardèrent pas à repartir main dans la main pour se diriger vers une impasse transversale et s'arrêter devant une large vitrine étincelante.

Impuissant à détacher son regard d'elle, il s'approcha à son tour, avant que le coup de grâce ne l'atteigne en plein fouet : l'enseigne de la boutique s'adressait visiblement aux futures mères.


Note à l'intention de tous les lecteurs:

Une "revieweuse" anonyme m'a gentiment suggéré de faire deux fins alternatives: une mettant en scène le couple marié, l'autre, le couple adultère. Je ne me suis pas encore décidée, mais ce qui est sûr, c'est que je posterai en premier lieu la fin que j'ai imaginé six mois auparavant.
Néanmoins, je ne rechigne pas à l'idée de vous plaisir, donc n'hésitez surtout pas à me dire si cela vous tente :)

...

Je crois vous entendre d'ici incriminer l'auteur d'une mauvaise foi récurrente ou d'un sadisme sans bornes...Désolée pour les fanatiques de notre héros national, je n'ai pas pu résister à l'idée de lui clouer le bec avec une fille Cracmole...en espérant que vous ne m'en voudrez pas trop!
Sinon, ne vous fiez pas aux apparences, Severus le Conquérant sera de retour dans le chapitre prochain!

Sur ce, bonne soirée et à...bientôt (voilà un terme assez vague pour vous dire que je posterai la suite avant 2010!)

Bises à toutes,

Ilda