disclamer: JKR

Un immense merci à artémis, chiarina, "juste une proposition", Mina008, Eileen19, Snapinou, cixi, Nanii, littleshoutingstar123, sapiwette, Lasiurys, khalie, Alatariel Melawen, et Princess Yuu.

Pour répondre à la question de Nanii, oui je connais le film "Match point" de Woody Allen, et même si on peut établir certains liens avec ma fic, je n'ai pas cherché à m'en inspirer.
En revanche, le titre est directement tiré du roman de Douglas Kennedy "Les charmes discrets de la vie conjugale" que j'ai légèrement modifié pour la circonstance...

A propos de la fin alternative, je me suis (enfin) décidée...et il n'y en aura pas.
Non pas que l'idée me déplaise, ou que j'ai la flegme; mais tout simplement parce que j'essaie à travers cette histoire d'atteindre un point de non-retour que rien ne peut -et ne doit- remplacer. Après beaucoup d'hésitations, il semble néanmoins que c'est la meilleure solution.
J'espère que les lectrices qui étaient enthousiasmées par cette idée de fin alternative ne seront pas (trop) déçues et qu'elles ne m'en tiendront pas rigueur.
Il m'est relativement difficile de me justifier plus à ce stade des évènements, je pense que vous comprendrez mieux pourquoi à la fin.

Sur ce, bonne lecture!


Chapitre 15 :

C'était une assertion universellement reconnue* que Hermione n'avait jamais accordé de crédit aux prédictions et prémonitions en tout genre.

Pour un esprit aussi cartésien que le sien, les arts divinatoires constituaient une discipline bien trop éloignée des chemins balisés de la raison pour qu'elle s'aventure à y croire; mais ne pouvant rejeter ce pan entier de magie –elle ne leur concédait ce titre qu'à contrecœur- elle avait pris le parti de les ignorer tout bonnement.

Cependant, tous ne partageaient pas son avis. Au contraire, le voile de mystère qui entourait cette matière – si désespérément nébuleuse à ses yeux- en avait séduit plus d'un, suffisamment pour que le commerce de prophéties soit l'un des plus florissants de l'après-guerre.

Les jours d'affluence sur le Chemin de Traverse, on pouvait se faire lire l'avenir dans les feuilles de thé par quelques sorcières particulièrement inventives, ou se faire dire la bonne aventure pour quelques mornilles.

Dans la plupart des cas, les gens trop crédules avaient affaire à des mystificatrices de bas étages dont les apparences extatiques n'étaient dues qu'à l'appât du gain…

En venant ici malgré ses nombreuses réserves, Hermione ne savait pas trop à quoi s'attendre. Au fond, elle ne savait même pas ce qui l'avait poussée à venir. Etait-ce l'instinct ou la peur qui avait guidé ses pas ?

Sa seule préoccupation avait été d'éviter le célèbre salon de voyance –baptisé le « Troisième Œil »- que tenaient Lavande Brown et Parvati Patil depuis quelques années. Si elledevait apprendre quelque chose, elle refusait que ce soit par elles!
Cela aurait été trop humiliant.

Elle nota avec soulagement l'absence d'encens, et découvrit avec curiosité le décor raffiné –quoiqu'un peu impersonnel- du cabinet, qui ne laissait présager aucune des excentricités habituelles de Trelawney.

Sa présence en ce lieu lui semblait tellement incongrue !

Comment avait-elle pu raisonnablement déclarer forfait, au point de se tourner vers des sciences augurales ?

Elle regrettait presque d'être là…

Mais intuitivement, quand elle vit Galadriel apparaître de derrière un rideau de soie bleue, elle sut qu'il était trop tard pour reculer.

oOo

Les convenances auraient dû lui dicter un mariage de raison avec une femme de Sang-Pur : une héritière qui, sans lui faire ombrage, soit suffisamment riche pour être digne de porter le nom des Malfoy.
Au lieu de cela, il avait épousé par amour Hermione, une fille de dentistes moldus…

La tradition aurait exigé qu'il n'exerce aucune profession et qu'il se contente de jouir de sa fortune.
Mais de façon inattendue, il était devenu Auror sans qu'un seul gallion ne change de mains -aucun pot-de-vin, une première dans l'histoire de la famille.

La légende aurait voulu qu'il ait un fils unique, car les Malfoy n'ont qu'un seul héritier.
Et Hermione avait accouché d'une adorable petite fille…

Quelque part, Draco avait toujours su qu'il bousculerait l'ordre établi des choses. Même si son orgueil l'avait soigneusement dissimulé, cela l'avait déstabilisé au début. Puis il y avait pris goût, jusqu'à s'enivrer de cette impression d'être différent.

Lui, qui avait été élevé dans le plus grand respect du protocole, semblait y être devenu indifférent.
C'était donc uniquement sur les instances de sa mère qu'il avait consenti à organiser la réception qui célébrait habituellement la venue au monde d'un Malfoy.

Louchant sur la liste d'invités –dressée par les soins de sa mère- qui s'étendaient sur une demi-douzaine de parchemins, il entreprit de la lire, résigné.

Ses yeux parcoururent rapidement la centaine de noms inscrits, craignant un impair à chaque instant. Finalement, quand il vit que sa mère avait –volontairement ?- omis une vieille parente, connue pour avoir fait scandale au mariage de ses parents, il poussa un soupir de soulagement.

Mais son répit fut de courte durée : en bas du dernier feuillet était écrit à la va-vite Severus Snape.
Et après la façon dont ils s'étaient quittés quelques mois auparavant, il n'avait guère envie de le revoir.

Draco fronça les sourcils.

Il s'était toujours interrogé quant au degré d'intimité de la relation que partageaient sa mère et son parrain. S'il n'avait pas eu tant de ressemblances avec Lucius, il aurait pu aisément croire, à une époque, que Severus était en fait son véritable père. Mais depuis que Narcissa s'était remariée, l'hypothèse d'une liaison paraissait peu crédible, surtout que, à sa connaissance, ils ne s'étaient pas revus depuis son mariage avec Hermione.

Les douze coups de midi interrompirent ses réflexions, suscitant dans son esprit un germe d'inquiétude devant l'absence prolongée d'Hermione.

Chassant ses questionnements, il se saisit de sa plume d'aigle, et d'une écriture appliquée, inscrivit en lettres d'argent sur un vélin orné de deux serpents entrelacés :

Estherel Severina Malfoy

Née le 18 Juillet 2004

Sa fille. Par Merlin, c'était sa fille ! Il écrivait le nom de sa fille ! La situation lui sembla soudain délicieusement étonnante, presque surréaliste.

Depuis près de quinze jours, il était père !

Tous ses soucis parurent s'envoler, et il se sentit alors incroyablement léger.
Même la pièce lui apparut plus lumineuse.

Estherel était sa fille !

Son cœur se gonfla de fierté et il eût presque envie de rire de son émerveillement.

oOo

Ses yeux d'un bleu si clair la transperçaient avec tant clairvoyance qu'elle commençait à se sentir troublée. On eût dit que, derrière son masque d'impassibilité, elle devinait la plus intime de ses pensées.

Hermione se tortilla maladroitement sur sa chaise, feignant d'observer les sphères argentées qui glissaient le long des draperies de velours noir.

L'insistance muette de Galadriel la mettait mal à l'aise mais elle ne pût résister plus longuement à l'appel envoûtant de son regard pénétrant.

- Vous ne croyez pas en la puissance divinatoire, et pourtant, vous avez peur de ce que je pourrais vous révéler, déclara-t-elle doucement lorsque leurs yeux se rencontrèrent.

Hermione hocha légèrement la tête, une part de son esprit se demandant avec suspicion comment elle pouvait savoir, tandis que l'autre lui intimait d'écouter sans sourciller.

- Donnez-moi votre baguette, continua-t-elle posément. Bois de vigne et ventricule de cœur de dragon, n'est-ce pas? murmura Galadriel pour elle-même après qu'elle l'eût examinée.

Sans attendre la réponse d'Hermione, elle fit apparaître quantité de minéraux variés sur la table ovale qui les séparait, puis se mit à tapoter chacune des pierres à l'aide de sa baguette.

De longues minutes, ourdies de silence, s'écoulèrent sans que rien ne vienne rompre l'étrange scène.

En fait, Hermione ignorait totalement ce qui était censé se produire. Elle se contentait de fixer vaguement les gestes répétitifs de Galadriel, frustrée de sentir tout ce qui lui échappait.

Comment ces pierres pouvaient-elles l'aider ? Les réponses allaient-elles s'inscrire en lettres d'or sur leurs cristaux saillants ?

Tout ce manège était absurde !

Elle soupira avec humeur, dans une imitation inconsciente de Draco. L'envie de quitter les lieux immédiatement la démangeait de plus en plus.

Après tout, Galadriel ne lui avait rien dévoilé, elle n'avait encore rien payé, si bien que rien ne pouvait la retenir plus longuement contre sa volonté. Rien, excepté sa curiosité.

Elle pinça les lèvres en signe d'agacement.

- Vous ne partirez pas, souffla tranquillement la jeune femme sans détourner la tête.

Hermione tressaillit au son de sa voix. Bizarrement, la phrase sonnait comme affirmation plutôt qu'une menace.

- Vous ne partirez pas parce que vous êtes dévorée par la curiosité, reprit-elle sans interrompre ses petits mouvements de baguette. Même si la vérité vous angoisse, l'incertitude vous ronge tant que vous ne pouvez plus lutter. C'est pour cela que vous êtes venue. Vous avez un besoin irrépressible, un besoin absolu, un besoin vital de savoir.

Pour la première fois depuis le début de leur entrevue, ses lèvres s'étirèrent en un sourire compatissant, donnant à son calme olympien une dimension plus humaine.

A cette pensée, Hermione dût néanmoins convenir que la prophétesse ne ressemblait en rien au commun des mortels : de longs cheveux blonds cascadaient sur ses épaules dénudées, illuminant son teint de porcelaine. Elle se mouvait silencieusement, aussi impalpable que l'ombre, et chacune de ses actions respirait la grâce.

Peu à peu, la lumière se fit dans son esprit.

- Vous êtes…une Vélane, dit-elle après une brève hésitation.

La main de Galadriel se crispa imperceptiblement sur la baguette de son interlocutrice, et resta légèrement en suspens au-dessus d'un quartz rose avant de poursuivre sans broncher.

- Vous êtes perspicace, conclut-elle au bout d'un long moment –tandis que Hermione s'était résignée au silence.

- Que comptez-vous faire avec tout cela ? interrogea-t-elle alors avec plus d'assurance, en pointant du menton les chrysoprases qui se mêlaient aux jades et aux topazes.

Cette fois-ci, Galadriel sourit franchement et répondit :

- J'attendais que vous me posiez la question. Le désintérêt et le mépris tuent la magie, vous savez.

- Je…je ne mép'…

- Oh si, coupa-t-elle sèchement. Ne niez pas, seules la raison et sa logique –imparable selon vous- obtiennent votre considération ! Vous ne pouvez pas concevoir qu'un élément naturel et dénué de cerveau, puisse sentir.

- Etes-vous en train de me dire que ces pierres sentent ? demanda Hermione, une once d'incrédulité dans la voix.

- Bien sûr ! Le monde subtil des vibrations vous est totalement inconnu, et tant que vous le dénigrerez, il vous sera inaccessible.

Hermione avait la désagréable impression d'être sermonnée comme une gamine prise en faute et en éprouva quelque irritation. Sans doute Galadriel s'en aperçut car elle poursuivit ses explications sur un ton radouci.

- L'enchantement n'opère que si les minéraux sentent –sous forme de vibrations positives- l'intérêt sincère que vous leur portez. Ils peuvent alors émettre en retour des radiations semblables à un champ magnétique…Regardez ! L'améthyste commence à percevoir votre changement d'état d'esprit, l'opale aussi…

En effet, un étrange halo lumineux émanait à présent de quelques pierres disparates.

Avec la plus grande minutie, Galadriel disposa l'opale, l'améthyste, la pierre de lune, l'aigue-marine, le cristal de roche et le rubis autour d'une sphère translucide, de sorte que leur alignement formât un cercle parfait.

Elle s'apprêtait à faire disparaître d'un claquement de doigt les minéraux restant quand une faible lueur tremblotante attira son attention.

- Le…le grenat aussi ?! s'exclama-t-elle vivement.

Si Hermione fut déstabilisée, ce fut plus de lire la stupéfaction sur le visage de la prophétesse –elle qui semblait tout maîtriser !- que de voir une septième gemme -dont elle ignorait le sens et la symbolique- rejoindre les précédentes.

Mais lorsqu'elle remarqua Galadriel qui scrutait avec inquiétude le rubis devenir aussi noir qu'une hématite et l'opale se ternir jusqu'à perdre tous ses reflets irisés, elle comprit d'instinct qu'il y avait quelque chose d'anormal.

oOo

Severus n'avait jamais prêté beaucoup d'attention à sa tenue vestimentaire : ses grandes capes noires aux coutures élimées lui suffisaient amplement pour le peu de déplacements qu'il avait à accomplir.

Et quand bien même il devait voir du monde –ce qui s'avérait extrêmement rare- il n'y trouvait pas là l'occasion de s'en soucier.

Mais ce soir, c'était différent.

Il allait revoir Hermione.

La dernière image qu'il conservait d'elle était celle d'une jeune femme, accompagnée de son mari, entrant dans un magasin dédié à la maternité.

Il se souvenait encore avec une honte et une douleur cuisantes sa filature ratée sur le Chemin de Traverse, mais restait toujours aussi incapable de la haïr.

Il allait la revoir et elle ne lui échapperait pas.

S'il avait cru un seul instant avoir réussi à se sevrer de sa présence, son cœur qui s'était furieusement emballé à cette pensée, lui donna la preuve du contraire.

Elle est mère, se força-t-il à se répéter. Je ne pourrai pas l'approcher plus qu'un autre.

Mais elle ne pourra pas non plus t'éviter, répliqua une petite voix.

Si son orgueil n'avait pas jugé l'idée absurde, il aurait presque pu dire qu'il était anxieux.

Bien qu'il n'était pas attendu avant une bonne demi-heure, il revêtit sa plus belle cape noire avec un empressement inhabituel, et se surprit à frémir d'impatience tandis qu'il vérifiait la température des chaudrons.

Rien ne pourrait décourager l'espoir fou qui le submergeait depuis quelques heures.

oOo

Hermione promena un regard ennuyé sur la foule d'invités qui se pressait autour du berceau afin d'admirer la première fille née Malfoy.

A sa grande exaspération, la plupart des gens écartait sans vergogne les voiles de mousseline qui s'échappaient du dôme de soie rose pâle, et se répandait en commentaires sur la filiation de l'enfant, que toute cette agitation troublait.

Mais son émoi intérieur était bien plus grand.

Depuis qu'il était arrivé, elle était comme aimantée par sa présence et avait gardé obstinément les yeux rivés sur lui.

Elle avait épié tous ses mouvements.

Elle l'avait observé avec jalousie s'entretenir poliment avec Narcissa et saluer d'un bref signe de tête d'anciens Serpentards.

Elle s'était même surprise à envier Harry et Ginny qui avaient eu droit à quelques banalités de sa part.

Après neuf longs mois d'absence, chaque seconde où elle pouvait contempler sa silhouette amaigrie avait un prix inestimable.
Mais elle ne pouvait pas supporter que d'autres goûtent sans savoir un privilège qui lui était interdit.

oOo

Dès qu'il avait été introduit au salon, ses prunelles d'obsidiennes s'étaient instinctivement dirigées vers elle.

Même l'agacement peint sur son visage n'avait rien enlevé à sa beauté, et il avait noté avec amertume ses formes qu'une grossesse avait rendu plus généreuses.

En voyant Draco qui la suivait comme une ombre, il avait senti le désespoir s'insinuer dans ses pensées. Jamais il ne pourrait lui parler sans attirer l'attention inopportune de son mari !

Il s'était donc tourné vers Narcissa, trompant l'ennui et meublant le temps avec des futilités.

Alors, quand il la vit se diriger vers la Roseraie en compagnie de la jeune Mrs Potter, il s'éclipsa discrètement, bien décidé à ne pas laisser filer sa chance.


* les fans de Jane Austen reconnaîtront petit clin d'œil à la première phrase de son célèbre « Orgueil et Préjugés. »

Je sais que je vous avais parlé du retour de Severus le Conquérant pour ce chapitre...mais j'ai interverti l'ordre au dernier moment (pour une question de cohérence) et privilègié ici la relation entre Hermione et la "géomancienne". Ce n'est donc que partie remise.
Par ailleurs, je comprends que l'image d'une Hermione allant chez une "voyante" peut paraître complètement OOC mais je cherche justement à la pousser dans ses derniers retranchements...Et c'est toujours quand on est perdu que nos facettes méconnues sont le plus visibles, non?

Concernant la symbolique des pierres qui "réagissent" avec Hermione, sachez juste que les croyances populaires ont tendance à stigmatiser l'opale comme une gemme maléfique et que le rubis s'assombrissant est synonyme de mort ou de malheur.
Ah oui, on raconte aussi que le grenat est la pierre des femmes infidèles... (par opposition à son "cousin" le rubis qui, lorsqu'il est pur, signifie l'amour profond et sincère.)

J'attends vos commentaires avec impatience!

Bises à toutes et sans doute à la semaine prochaine, puisque le chapitre suivant est déjà à moitié écrit :)

Ilda