Après avoir guerroyé contre moi-même, l'écriture et une année particulièrement chaotique, me revoilà. (On ne va pas faire dans le pathos donc je m'abstiendrai de tout détail.)
J'entends d'ici vos récriminations pour ce long silence -bien plus long que je ne l'aurais voulu- et je m'en excuse sincèrement.

Aux revieweuses du chapitre précédent, à savoir: Annnabeilles, Alatariel Melawen, littleshootingstar123, khalie, Eileen19, Snapinou, cixy, Ste7851 et Lasiurys, vous avez toute ma gratitude et c'est toujours un plaisir de lire vos commentaires.
J'espère d'ailleurs vous trouver au rendez-vous malgré tout!

Dernier point: j'hésite à vous conseiller de relire le chapitre 16 car même si je devine qu'il est trèèès loin dans votre mémoire (moi la première, je ne me rappelais plus comment j'avais baptisé les enfants^^) il faut se mettre ici en tête que trois ans le séparent du précédent...à vous de juger, donc.

Bonne lecture!


Esthérel était devenue une jolie poupée à l'air mutin, et son visage, que caressaient amoureusement d'abondantes boucles brunes, exhalait encore une candide tendresse.

Voilà près de trois ans que les yeux de jais de l'enfant avaient dissipé, un soir brumeux de novembre, les doutes refoulés puis enfouis d'une Hermione noyée dans les affres de la culpabilité.
Par une étrange magie, ce bébé qui jusque là, n'était guère parvenu à susciter l'enthousiasme de sa mère, se trouva brutalement projeté au centre de ses préoccupations; avec peut-être trop d'intensité pour que l'amour maternel en soit le seul responsable.

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Hermione posa un regard attendri sur sa fille qui avait investi les draps encore tièdes, délaissés quelques minutes auparavant par un Draco toujours aussi matinal. La ressemblance était tellement frappante qu'elle s'étonnait non sans frayeur qu'on puisse croire si aveuglément en la paternité de son mari.

Parfois, elle se demandait si tout n'était pas qu'une gigantesque comédie dont le déroulement sans heurts cherchait à tromper sa vigilance pour mieux la punir ensuite. Il lui semblait inévitable que la sentence tomberait un jour -sa volonté de justice l'exigeait; et même dans le cas contraire, il ne faisait aucun doute qu'elle s'auto-condamnerait.

D'autres fois, elle s'abandonnait à la rêverie et tentait d'imaginer ce qu'aurait pu être son quotidien si le destin l'avait laissée dans les bras de Severus. Dans un premier temps, la contemplation de ces chimères l'avait plongée dans de profondes phases dépressives où se mêlait à l'âcreté du remords la douleur des regrets. Mais au fil des semaines, deviner leur idylle préservée des couleurs affadies et des relents de la routine devint un réconfort.

Bientôt, elle acquit la certitude que même eux n'auraient pu vaincre l'inertie du présent; et ayant pris le parti d'adorer le passé pour ne rien attendre du futur, elle réussit, après de longs mois obscurs, à se contenter de cet équilibre précaire qui régissait sa vie.

Leur relation, par la force de l'inachèvement était désormais inaltérable, telle une roche stratifiée dans les sédiments de la mémoire.
Il n'y avait plus qu'Esthérel, Panthéon vivant, trésor exposé aux yeux de tous mais dont la nature cachée le rendait plus précieux encore.

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Sur les coups de huit heures, Thinia se matérialisa; et avec elle, le petit-déjeuner.

Hermione réprima un léger soupir de frustration; les journées étaient réglées comme du papier à musique: à neuf heures elle s'immergerait dans la quiétude des potions ronronnantes et basculant dans un autre monde, elle se consacrerait corps et âme dans ses recherches.

A midi et demi, Thinia lui apporterait le déjeuner, probablement accompagné d'une missive de Draco; puis avoir un peu joué avec Esthérel, elle s'isolerait pour une heure de lecture avant d'aller sans doute sur le Chemin de Traverse pour le réapprovisionnement hebdomadaire.

Plus tard, la fatigue la cueillerait sur le sofa crème de leur boudoir et son mari la retrouverait comme il l'avait quittée – étendue, les paupières mi-closes et le teint pâle des madones de Botticelli.

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Esthérel, émit un rire cristallin en voyant le pancake léviter maladroitement, et la chambre séculaire de ses boiseries étouffantes au couvre-lit en satin rit avec elle. Sa fille était indéniablement précoce dans sa découverte de la magie -pour la plus grande fierté de Draco- et Hermione eut quelques peines à chasser les souvenirs de sa propre enfance.

Elle se sentait terriblement vieille, comme si chaque regard en arrière décuplait le poids des années; et dans un élan téméraire, elle alla se planter devant leur grand miroir.

Rien n'avait vraiment changé, hormis peut-être ses joues, un peu creusées.
Elle se scruta alors avec une acuité vorace jusqu'à dénicher implacablement une ou deux ridules au coin des lèvres ou des yeux.

La fébrilité qui la tenait éveillée depuis plusieurs jours -comme à chaque fois qu'elle touchait au terme d'une potion- se glaça dans ses entrailles.
Elle tourna précipitamment les talons, amère.

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A peine Ginny eut ouvert la porte qu'elle lui trouva grise mine.
Instantanément, elle s'en voulut car elle n'était pas sans ignorer l'abcès qui avait pourri avec une fidèle constance au cours de ces trois dernières années.

A vrai dire, elle avait même été aux premières loges au plus fort de la crise: Harry, dans un geste de générosité ou de pitié envers son collègue -elle ne le saurait jamais- avait proposé à Hermione de venir lui tenir compagnie alors qu'elle était enceinte des jumeaux, pensant sans doute qu'un changement de cadre lui serait bénéfique.

Mais il n'en avait rien été. Au contraire!

Ginny tressaillit encore en repensant à leur violente dispute qui, peu avant Noël, avait renvoyé son invitée sur les marbres froids du Manoir.

Au fur et à mesure que les semaines s'étaient amoncelées, sa grossesse éprouvante, ajoutée à la vacuité pesante qui régnait dans leur demeure depuis que tout éclat de joie semblait s'être calcifié dans la pierre, avait eu raison de sa patience. Sans compter les innombrables distensions qui avaient fissuré peu à peu leur couple...

Rougissant à cette réminiscence tâchée de honte, elle embrassa ses visiteuses un peu trop chaleureusement.

- Lydiii! s'exclama joyeusement Esthérel en s'échappant des jambes de sa mère pour retrouver sa grande amie.

Spontanément, les deux femmes esquissèrent un sourire complice.

- Elle peut rester pour l'après-midi? s'enquit doucement Hermione. J'ai quelques courses à faire et depuis le temps qu'elle me tânne pour venir ici..!

Ginny acquiesca sans se départir de son sourire, consciente de la gêne de son amie.

- Tu n'as pas à t'en faire, 'Mione. Je reconnais qu'on a eu du mal à accepter...la défaillance de Lydiann, mais je te promets que ça ne me pose aucun problème de recevoir ta fille, aussi douée soit-elle!

Hermione grimaça.

- En plus, je sais tout le mal que tu te donnes pour y remédier...et même si cela ne devait pas aboutir, tu as toute ma gratitude!

- N'exagère pas, c'est norm...

- D'ailleurs, qu'a donné le dernier congré à Hambourg? Tu as pu rencontrer l'expert en question?

Sa pudeur percée à jour, Hermione fut reconnaissante de la digression qui lui était offerte.

- Oh! Balthazar Horowitz? Oui, c'était passionnant! Malheureusement, cela ne m'a pas beaucoup aidée. Je n'ai vu que des novices en la matière...mais je pense que je tiens le bon bout...avança-t-elle parcimonieusement -il y avait déjà eu tant de faux-espoirs!

Ginny la serra inhabituellement fort dans ses bras et songea avec satisfaction que leur amitié n'était peut-être pas si effilochée, après tout.

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Hermione flâna longuement.

Pour chasser son malaise de la matinée tout d'abord; puis pour le simple plaisir de marcher en inspirant ces fraîches bouffées de solitude.

Au détour d'une ruelle, elle se découvrit sereine et presque aussi pure que les amas de neige qui bordaient les trottoirs.

Elle savait cette paix nouvelle tellement chère payée qu'elle la goûta sans pénitence.

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Avant de se rendre chez l'apothicaire, elle décida de se mettre en quête d'un cadeau pour Draco.

Dans les premiers temps de son mariage, elle avait été destabilisée en s'apercevant que les mots étaient régulièrement remplacés par des présents -souvent de grande valeur. Elle se moqua intérieurement de sa naïveté.

Désormais, c'était ses propres mots qui lui seraient toujours trop faibles ou trop douloureux...

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Après avoir examiné minutieusement toutes les vitrines de la bijouterie, Hermione arrêta son choix sur une splendide broche ouvragée en or blanc et sertie d'une multitude d'émeraudes.

La bourse délestée de quelques milliers de gallions, elle eut le sentiment d'acheter sa conscience.

Si le nombre effarant de zéros s'élevait à la hauteur de la culpabilité... L'image de ses parures pieusement conservées dans leur écrin et toutes plus étincelantes les unes que les autres passa fugitivement devant ses yeux.

Etait-il possible que...?

La pensée fut avortée mais sa gorge se noua tristemment. En vain!
Une nouvelle prit corps instantanément, envahissant tout son esprit tandis que germaient des centaines de mirages, tous incroyablement réels.
Dans un déferlement étourdissant de figurines, la vision de son mari avec une autre s'incrusta définitivement sur ses rétines.

Comment n'avait-elle pu y songer plus tôt? Si cela ne s'était peut-être pas produit au début, il était tout à fait probable qu'ensuite...

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Elle eut un sursaut.

Pouvait-elle légitimment lui en vouloir?

Elle qui des mois durant s'était blottie dans d'autres bras jusqu'à l'exiler de son coeur!

Elle qui des semaines durant avait délaissé le Manoir et s'était vautrée dans le repentir...

Tout au fond d'elle-même -c'est à peine si elle l'avoua à mi-voix- elle fut soulagée. L'idée que'ils puissent avoir commis la même faute rendait la transgression plus insignifiante; ils étaient quittes en quelque sorte.

Elle accélèra le pas, soudain pressée de regagner la tiédeur de leur salon.

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En pénétrant dans la petite boutique -dont la taille paraissait plus que jamais dérisoire comparée à l'immense Harrods qui s'était construit juste en face, elle se réjouit ironiquement que les sorciers aient succombé à certaines tentations moldues.

La clochette tintabula jovialement mais Hermione fut surprise de ne pas voir le propriétaire surgir de derrière son comptoir avec sa flagornerie habituelle -elle était une de ses meilleures clientes.

Depuis le trépas du vieil apothicaire deux ans auparavant, cet irlandais plus jouflu que jeune -qui avait visiblement confondu Eldorado et Chemin de Traverse- essayait désespérément de faire fortune au point de se tenir assidûment en marge de la légalité.

Si elle n'en avait pas été la première bénéficiaire, Hermione s'en serait sans doute offusquée et lui aurait suggéré de rafraîchir la devanture, de nettoyer les carreaux dépolis ou d'astiquer les étagères qui croulaient sous la saleté -bref d'en faire un endroit plus accueillant- mais à la suite d'une commande délicate, elle s'était trouvée piégée dans cet engrenage frauduleux qui la vouait au silence.

Monneyant une grasse commission, elle avait obtenu satisfaction quelques jours plus tard et n'avait jamais cherché à en savoir plus.

Elle se croyait tant être une plaie mal cicatrisée, une chair prête à saigner, qu'elle ne pouvait prendre le risque que le moindre obstacle vienne l'anéantir à nouveau. Son équilibre était trop versatile, se justifiait-elle dans son for intérieur. Trop instable. Trop éphémère.

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Elle déambula parmi les rangées de bocaux alignés, piochant ça et là quelques pots de poudre d'ailes de papillons ou d'herbes médicinales, les lèvres nerveusement pincées. Elle réprima un éternument -toute cette poussière!

Des voix lui parvinrent de l'arrière-boutique.

A deux rayonnages d'intervalle, à peu près au niveau des onguents, elle appercut une silhouette inconnue dont la longue chevelure blonde tombait en cascade sur une cape d'un bleu saphir. Elle s'approcha doucement:

- Vous savez..où est...? -elle fit un geste vague en direction de la grande enseigne qui exhibait pompeusement le nom du propriétaire.

La femme se retourna avec grâce -qu'elle semblait jeune! songea Hermione avec une pointe d'envie.

- Oui... il est dans la réserrve, il devrrait vite revenirr! articula-t-elle avec un accent allemand à peine perceptible.

Elle acquiesça, légèrement chagrinée.
Il émanait de son interlocutrice un rare mélange de puissance et de tranquillité..alors qu'elle se sentait si..si ordinaire!
Peut-être était-elle une Vélane?

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Elle erra de nouveau entre les flacons, la tête un peu vide. Les voix se faisaient de plus en plus distinctes quand l'une d'elles résonna soudain dans son dos:

- Je me suis arrangé, Hildegarde, la commande sera livrée mardi. Nous pouvons y aller.

Un bruit de verre brisé fit écho à ces paroles.
Honteuse, Hermione s'empressa de réparer les dégâts d'un coup de baguette mais sa présence fut découverte.

Avant même de lever les yeux, elle sut qu'il se dressait devant elle. N'avait-il donc rien perdu de son magnétisme?
Une vague d'impuissance la fit frissonner.

Quand leurs regards se croisèrent, ce fut comme si ces trois années de silence venaient d'être subitement réduites en cendres.

- Tu connais cette jeune demoiselle, Severrus? interrompit la dénommée Hildegarde.

- Mrs Malfoy est une de mes anciennes élèves, prononça-t-il sourdement.

L'Allemande lui sourit avec une amabilité écoeurante.

Hermione chancela, nauséeuse.

En moins de dix secondes, des milliers d'interrogations et de fresques grotesques -lui et une Vélane!- avaient creusé au fond d'elle un abîme de détresse.

Et cette main blanche qui se posa aristocratiquement sur l'habit noir, alors qu'ils quittaient les lieux, la poignarda cruellement.


Voilà pour le "dernier" chapitre! J'espère que la "fracture" qu'il marque par rapport aux précédents, bien que volontaire, n'est pas trop choquante..
Pour celles qui s'interrogeraient: je fais référence à une dispute entre Hermione et Ginny; en effet, pendant sa période de dépression, Hermione a vécu quelque temps chez les Potter, seulement son humeur plus que maussade a vite pesé sur la petite famille, sans compter que Ginny était enceinte, et les tensions en ont fini exacerbées.

Je précise aussi que l'épilogue n'en aura que le titre -ce sera un chapitre à part entière.
Même si je suppose que vous allez me maudire, vos réactions/questions restent les bienvenues.

à très bientôt pour la fin et un grand merci à toutes celles qui me seront restées fidèles!

Ilda