Note : Vous ne l'attendiez sans doute plus, mais voilà le septième et avant-dernier chapitre de Cauchemars Récurrents. Je suppose qu'il ne sert plus à rien de m'excuser pour le retard, mais si ça peut vous rassurer, le chapitre 8 est d'ores et déjà écrit et je le posterais la semaine prochaine. En attendant, j'espère que ce chapitre vous plaira. Je ne m'attarde pas plus et vous souhaite une bonne lecture !
Chapitre 7 : Conscience
Amour.
Je la fixais avec un espoir fou dans les yeux, une émotion intense qui se déversait maintenant en larmes salées sur mon visage. Quelques années auparavant, je n'aurai pas accepté de montrer ainsi ma faiblesse, j'aurai repoussé mes émotions, mais aujourd'hui, tout était différent. Je me moquais bien qu'on me voit pleurer, qu'on se moque de moi, qu'on se rit de ma faiblesse. Rien d'autre ne comptait que Michiru, que ce moment.
L'espace d'un instant, elle hésita, l'espace d'un instant son regard retrouva sa vie. Une seconde infime et pourtant infinie. Une seconde où je pus lire dans son regard une détresse sans nom, un appel, une supplique. Puis plus rien, à nouveau ces yeux vide, ces abysses sans fond. Semblables à la profondeur de la blessure qui s'ouvrait en moi face à elles. Plutôt que de me rassurer de quelque manière que ce soit, le fait d'avoir provoqué une réaction chez elle suscita une horreur plus grande encore. Elle était consciente de ce qu'elle faisait sans être capable d'intervenir. Elle souffrait, elle savait, et je ne pouvais rien faire. Impuissance face à celle qui représente tout pour moi. Impuissance devant sa souffrance. Impuissance devant mon angoisse. Elle était là, elle était consciente. Elle avait réussi à maitriser à nouveau son corps pendant une folle seconde. Rien qu'une seconde. Cela n'était pas suffisant. Si seulement… Je tournais la tête en direction de la porte de l'entrepôt, Miranda ne s'y trouvait plus. Alors qu'entre les mains de Neptune naissait cette si familière énergie marine, mon cœur se mit à battre à un rythme fou. A un tel point qu'il m'en faisait mal. A un tel point que j'avais l'impression qu'il allait me briser les côtes. C'était là la douleur de l'espérance, de l'attente, de l'appréhension. La douleur de celle qui croit malgré une situation perdue. C'est à peine si j'osais regarder derrière Michiru. Mais pourtant, je le fis. Etait-il possible qu'une seconde soit si longue ? Le temps semblait se jouer de nous, faisant durer notre calvaire encore et encore. Mais finalement, je finis par apercevoir ce qui se passait derrière Neptune. Miranda et Nereid dans une lutte acharnée où la première l'emportait. A peine avais-je posé mon regard sur leur combat que Miranda avait mit au tapis son adversaire, rendant par là même la conscience à Michiru. Mais alors que je pensais que nous étions sauvées, je réalisais deux choses : malgré le fait qu'elle ait retrouvé la maîtrise de son corps, Michiru ne pouvait pas arrêter son attaque, mais surtout, je n'aurai pas le temps d'esquiver ! Elle était trop près de moi pour que son attaque puisse être déviée, pour que je me dégage d'un côté ou d'un autre, coincée entre un mur et un entassement de caisses de bois. Et pourtant, j'avais l'impression que la scène se tournait au ralenti. Comme si mon esprit rejetait l'horreur de la scène sans pouvoir pour autant l'empêcher d'arriver. Je connaissais bien cette sensation pour l'avoir déjà ressenti quelques années auparavant. Mais c'était dans un tout autre endroit, à un tout autre moment. Cependant, il s'agissait de souvenirs que je ne pourrais jamais oublier. Le moindre son, la moindre odeur, le plus petit mouvement ou détail des lieux était gravé dans mon esprit aussi clairement que si j'y étais. Je pensais bien sûr à ce jour fatidique où nous avions découvert que c'était dans nos cœurs que se cachaient les talismans… Les talismans ! A peine évoquais-je ce mot dans mon esprit qu'une solution m'apparut, limpide. Alors que l'attaque de Neptune n'était plus qu'à quelques centimètres de moi, je brandis mon épée apparue presque instinctivement devant moi, tranchant net le 'deep submerge' de ma partenaire et échappant par là à un destin tragique. Cependant, cela n'empêcha pas le souffle de l'attaque de me plaquer contre le mur, m'étourdissant pendant un instant alors que je glissais au sol. Reprenant mes esprits, j'écoutais mon cœur battre dans ma poitrine à un rythme effréné. Certes, j'aimais la vitesse, mais je dois avouer qu'il y avait des moments où je préférais le calme. En tout cas, je me sentais incapable d'aligner deux pensées cohérentes tant l'émotion m'avait saisie avec force. Je ne ressentais qu'un immense soulagement. Je respirais longuement et profondément. J'avais l'impression de n'avoir jamais apprécié l'air à sa juste valeur. Un peu ironique sachant qu'il était mon élément. De même, j'avais du mal à reprendre pied avec la réalité. Etait-ce cela qu'on appelait état de choc ? Je n'étais pas loin de le penser. Cependant, je reprenais peu à peu mes esprits et conscience de ce qui m'entourait. J'étais étrangement plus calme que ce que je pensais. Cela était sans doute dû à la vague de soulagement qui enveloppait toujours mon esprit. Me relevant tant bien que mal, je m'aperçus que Michiru ne semblait pas partager ma manière de penser. Elle n'avait pas bougé d'un centimètre et son regard était tout aussi horrifié. Cette vision me fit l'effet d'un courant électrique et me fit totalement sortir de cette torpeur qui m'avait engourdie le corps et l'esprit. Me relevant prestement, je m'approchais d'elle. Michiru, en face de moi, n'avait pas esquissé le moindre mouvement. Précautionneusement, je levais une main pour lui passer en douceur sur le visage, souhaitant la faire réagir sans la brusquer. Je sentis un frisson courir sur sa peau, puis ses épaules trembler alors que je remettais une mèche de cheveux derrière son oreille.
« Arrête. »
Un murmure froid, dur. Je la dévisageais. Son regard était fuyant, baissé, ses lèvres serrées, son corps trop raide. Nul besoin d'être un expert en relations humaines pour comprendre son attitude. Ce que de toute manière je n'étais pas. M'obligeant à ignorer ce qu'elle avait dit, je l'attirais à moi avec douceur, passant une main dans ses cheveux, l'autre dans son dos. Geste tendre de réconfort qu'elle était la seule à recevoir de ma part. Et, avant qu'elle ait pu esquisser le moindre geste pour se dégager, je lui déclarais d'une voix ferme :
« Tu n'y es pour rien.
J'ai failli te tuer. »
Son ton bien que dur était percé par de légers tremblements.
« Seulement failli. Contre ta volonté. Tu n'y es pour rien. »
Briser la glace, percer ce bouclier qu'elle érigeait autour d'elle. Ne pas la laisser s'enfermer dans la culpabilité. J'étais bien placée pour savoir que ce genre de sentiment n'apportait rien de bon, et je refusais de la laisser sombrer dans cette noire spirale.
« Et si je n'avais pas juste failli ? Si je t'avais réellement…
Ma mort aurait été provoquée par Nereid, pas par toi. A ta place je n'aurai certainement pas pu résister non plus. »
Ces paroles, bien que destinées à la rassurer, étaient on ne peut plus sincères. Et même si j'ignorais quelle était la pire place entre l'agresseur et l'agressée, je ne voulais pas la voir se torturer pour un acte dont elle n'était en aucun cas responsable. Alors, comme si mes pensées avaient réussi à passer outre ses résistances, je la sentis lâcher prise. Ses tremblements s'accentuèrent tandis que je percevais de discrets sanglots s'échapper de sa gorge. En un sens, cela me rassurait. N'y voyez pas le moindre sadisme de ma part, mais c'était juste que le fait qu'elle se laisse aller était une bonne chose. Et ce, bien que la situation ne prêtait pas vraiment au sentimentalisme. L'espace d'un instant, j'avais totalement oublié où nous étions et le fait que nous n'étions pas seules. Je relevais les yeux, cherchant Miranda et Nereid. Ce dernier était toujours inconscient, étendu aux pieds d'une Miranda au visage dur et fermé qui nous observaient les lèvres pincées. Une fois encore son attitude m'intrigua. S'était-elle tant aigrie, elle qui était autrefois si douce et enjouée ? Qu'avait-elle vécu qui l'ait transformé de la sorte ? Avais-je fait quelque chose par le passé qui l'ait offensé et dont je ne parvenais pas à me souvenir ? Je n'en avais pourtant pas l'impression. Alors quoi ? Il était nécessaire de régler cette affaire. Ici et maintenant. Sans quoi cette histoire ne prendrait jamais fin et continuerait à toutes nous faire souffrir.
