Un étau. Un étau qui se resserre autour de mon coeur.

Je te hais. Je te hais putain.

Non. Pardon. C'est pas vrai.

J'ai la tête collée à mes genoux. Je suis dans une pièce blanche, grande, très grande. Quatre murs blancs immaculés, et trois portes sur l'un d'entre eux. Tout est plus blanc que la neige. Pourtant je n'ai pas froid. J'ai même bien chaud. Comme un cocon en forme de cube.

J'aime bien que tout soit aussi blanc. Je me souviens que j'ai toujours eu peur du noir. Et de la nuit. Surtout de la nuit. La nuit, tout me semble mort. Comme si l'humanité s'éteint en même temps que la lumière du soleil. Quand je regardais par ma fenêtre, toute seule dans ma chambre, la seule éveillée dans toute la maison, l'horizon était aussi noir que de l'encre. Et si j'hurle dehors, quelqu'un viendra m'aider ? Et si je cours longtemps, est-ce que j'atteindrai les étoiles ? Je me souviens quand je prenais la route la nuit, en pleine campagne. On arrivait au bout du rien, au début du vide, à la fin du monde. Je n'aime vraiment pas prendre la route la nuit. Peut-être que dans une grande ville c'est mieux. Dans une grande ville, les gens vivent la nuit. Les gens et les cauchemars aussi... non ? Je n'aime vraiment pas le noir. Je n'aime pas vraiment la nuit. C'est pour ça que je n'aime pas trop l'hiver. Les jours sont plus courts, les nuits plus longues. Et il fait froid. Je n'aime pas le froid. Ca me fait mal au ventre, me fait trembler jusqu'aux os et j'ai la sensation de ne plus me contrôler. De me transformer en statue de glace.

Alors là, je me sens bien.

Bon, je suis un peu énervée. Et un peu triste aussi... Mais...

Je ne me suis jamais senti aussi bien. Enfin, si. Il y a bien un endroit où je me sens aussi bien.

Tu as ton dos collé contre le mien.

"Bon alors, t'as fait ton choix ?

- Ouais."

Tu arraches ta perruque blonde et la jette de l'autre côté de la pièce. Si on peut appeler ça une pièce.

"C'est nul.

- Je suis désolée.

- Non je te parle pas de moi. Disons que... que tu t'étais promise de ne jamais changer pour quelqu'un. Ou à cause de quelqu'un. Tu t'étais promis de garder la liberté de rester telle que tu es. Même si pour ça tu risquais de te faire détester.

- Ou de me détester."

Tu te retournes et me serres dans tes bras. Je sens ton parfum fraise.

"Je t'admirais pour ça.

- Je ne change pas pour lui, te dis-je. Ou à cause de lui. C'est même plutôt l'inverse. Avec lui je... je n'avais pas peur d'être moi-même."

Je suis stupide, j'aurais dû lui dire ça depuis le début, à lui. Pourquoi, peu importe ce que je faisais, j'étais certaine de ne pas avoir fait une bourde. Pourquoi je ne remettais jamais en question ce qu'on vivait ensemble. Pourquoi je me sentais aussi bien auprès de lui. Pourquoi cet appartement que l'on partage tous les deux est le seul endroit où je me sens aussi bien.

Remarque, je ne devais pas me sentir aussi bien, vu que je ne lui avais pas tout dit à ton propos, DeeDee. C'est pour ça que je suis partie.

"Qu'est-ce qui se passe alors ? me demandes-tu justement.

- Vous allez retourner d'où vous venez. Définitivement.

- Et tu es heureuse comme ça ?

- Je serais enfin totalement moi-même. Je n'aurais plus à justifier mes actes en mettant tout sur le dos d'autres personnalités. Je... Je vais enfin être complète et l'assumer. Donc ouais... ouais je suis heureuse.

- Dans ce cas-là, pourquoi tu as envie de pleurer ?"

Je te regarde dans les yeux. Le gris de tes iris ont le calme des pierres de lune. Toi qui est pourtant un véritable ressort. Décidément, je ne te comprendrais jamais. Je ne me comprendrais jamais.

"Parce que tu es une catastrophe ambulante, une délicieuse destruction... et que tu vas me manquer."

Ne pas pleurer. Pas devant elle. Plus jamais.

Plus jamais je ne pleurerais devant qui que ce soit pour faire pitié et que tout me tombe entre les mains. mes amitiés, cette fois-ci, je les mériterais.

Tu me souris, espèce d'imbécile.

"Je serais toujours là, ding-dong. Je rentre juste à la maison. Mais si tu as besoin d'un conseil, de Miss ou moi, tu sais où nous trouver."

Tu me tapotes la tête.

"Miss est ici."

Tu me tapotes le coeur.

"Et moi je suis là."

Ouais, c'est ça, fais dans le sentimentalisme, sale garce. Je te hais. Et tu vas complètement faire partie de moi en plus. Tout assumer. Je te regarde une dernière fois.

"Je devrais dire quoi à Mathieu quand je le retrouverai ?

- Ne lui dis rien, fais-lui un câlin, me dis-tu en rigolant."

Putain, le pire c'est que je vais sans doute le faire.

Je te vois disparaître devant mes yeux. Te vois devenir transparente et disparaître. Mais cette fois-ci je n'ai pas peur. Cette fois-ci c'est mon choix. Et tu me souris, sûre de moi. Sûre de nous.

Puis tu disparais de ma vue.