Il errait dans la rue, la capuche cachant ses yeux, le col remonté jusqu'au menton. Habillé ainsi, personne ne le reconnaitrait. Il errait dans la rue, mais ses yeux cachés dans l'ombre furetaient dans tous les coins. Espérant. Un nom. Un visage. Sally.
Mathieu n'avait pas dormi depuis une semaine, depuis son épisode avec les clowns en fait... Il avait passé le reste de son temps à la recherche de sa... partenaire. Sa complice. Sa coéquipière. Sa meilleure amie. Marchant dans tous les quartiers paumés de Paris. Ressassant dans sa mémoire tous les endroits où elle aurait pu aller. Ses autres personnalités aussi la cherchaient, eux aussi déguisés. Ils avaient aussi emporter avec eux des affiches de recherche de Mamie Sommet. Si la fan qui l'avait dessinée ne l'avait pas fait dans ce but, Mathieu lui en était extrêmement reconnaissant. Il était certain que Sally avait regardé son dernier épisode, et il espérait qu'avec son "appel à témoins" et ces affiches, elle comprendrait qu'il la cherchait. Les premiers jours qu'il n'avait eu aucun signe d'elle, son coeur s'était serré. Elle ne pouvait pas ne pas avoir compris le message ! Alors ça voulait dire qu'elle ne reviendrait pas. Qu'elle ne désirait plus le voir.
"Peut-être qu'il lui est arrivé quelque chose."
Oh non par pitié. Mathieu préférait qu'elle ne le revoit plus jamais plutôt qu'elle ne soit en danger.
Je sens qu'elles sont là. Je sens que vous êtes là. Je me sens complète. Je me sens... oui... peut-être pour la première fois... forte.
Ta voix résonne soudain dans ma tête dans un grand fou rire, et tu me dis :
"Evolution Pokémon !"
Je sens aussi Miss qui soupire, mais elle aussi dans un sourire. Nous sommes bien, je suis bien. Je passe ma main dans mes cheveux. Ils ont poussé en une espèce de coupe à la garçonne et quand je regarde mes pointes... ils ont virés au blonds ! Et bizarrement deux mèches sont plus longues que les autres, juste devant mes oreilles, arrivant jusqu'à mes épaules. Des mèches violettes.
Je me mets alors à rire moi aussi, un rire de soulagement, et je m'étale par-terre, allongée, regardant le plafond, laissant couler mes larmes de joie goût mélancolie.
On s'est réveillée gamine ?
Ouais, il est temps de briser quelques murs.
Il est temps de renaitre de mes cendres.
Mathieu commençait à trembler sous son manteau, avait du mal à respirer. Il aurait pu croire que c'était à cause du froid ou que le col l'étouffait mais il savait, au fond de lui, qu'il était en train de faire une crise d'angoisse. C'était nouveau. C'était pas cool. Et c'était pire avec son manque de sommeil. Mais soudain, son téléphone vibra dans sa poche.
"Mathieu ?
- Patron ? Il se passe quoi ?
- Je viens de rentrer de ma... ronde et...
- Quoi ? QUOI ?"
Il n'avait jamais entendu le Patron parler ainsi, une voix un peu cassée...
"Elle est là. Elle dort sur notre canapé."
C'est pas vrai. C'est...
Mathieu faillit lâcher son téléphone mais il eut le temps de le remettre dans sa poche avant de courir en direction de son appartement. Courir jusqu'à en perdre haleine. Jusqu'à en perdre la raison.
Le temps lui parut s'étirer à l'infini, et pourtant il ne mit que quelques minutes pour arriver chez lui, dépassant sans un regard le Geek, le Hippie et Maître Panda qui eux aussi couraient pour rentrer. Les escaliers quatre à quatre. La porte grande ouverte. Le Patron, assis par-terre à côté du canapé. Et quelqu'un d'endormie... Sally. C'était bien elle. Elle était bien là. A moins que...
Elle avait l'air moins... Elle avait l'air plus... Elle était différente. Ses cheveux avaient repoussés. Son visage semblait moins tiré. Elle était... simplement paisible. Elle était...
Elle se réveilla.
"Hum ?
- Oh mon Raptor Jésus, Sally ? Ca va ? demanda Mathieu les yeux légèrement larmoyants.
- Euh... ouais...
- Mais enfin qu'est-ce qui t'es arrivée ? Tu as l'air... Tu...
- Je me souviens d'un asile... Je me souviens qu'on m'en a sorti... Et puis... On m'a ramené là...
- Ils t'ont retrouvés ? Le docteur Frédéric t'a retrouvé ? Oh non. Il faut...
- Frédéric ? Vous connaissez le Docteur Frédéric ?
- Mais bien sûr que... Sally ? Tu vas bien ?"
Sally regarda Mathieu, puis regarda les personnalités une à une, les yeux un peu vides.
"On... on se connait ?"
Quelque chose se brisa à l'intérieur de Mathieu. Son coeur, probablement.
"Non... Tu... tu ne me reconnais pas ?
- Je... Je me souviens d'être sortie de l'asile... tu es le Patient 001 ?
- Oui mais... Ne me dis pas que tu as oublié... Tout ce qui nous est arrivé... Tout ce qu'on a vécu...
- Je suis désolée je...
- Non... Non non non s'il te plait Sally. Je t'en supplie souviens-toi ! C'est moi, Mathieu ! Merde Sally non... Tu es mon alliée, rappelle-toi. On a traversé pleins de trucs ensemble dans ce putain d'appartement, tu m'aidais à vaincre mes cauchemars et je t'aidais à ne plus avoir peur de la réalité ! On était bien, c'était notre maison et c'est un peu une prison, c'est vrai, mais je m'y sens bien et tu t'y sens bien toi et toutes tes personnalités et... pardon... pardon de t'avoir engueulé à cause de Deedee c'est juste que... Toi, tes personnalités, tu les considères toujours comme une partie de toi et moi... Moi je sais pas... Je crois que ce ne sont plus vraiment... moi et... Je crois que parfois j'ai honte d'eux."
Un silence gênant suivit cette annonce, silence où le Geek rougit, le Hippie se cacha sous son chapeau, le Patron se frotta le front et le Panda referma un peu plus son Kigurumi.
"Et toi, non. Tu n'as jamais eu honte d'affirmer qu'elles faisaient partie de toi. Même si tu cachais certaines choses et... et j'étais choqué et en colère de ne pas avoir...de ne pas avoir vu que... qui tu étais. Je suis désolé. Je suis vraiment désolé. Toi tu m'as accepté tout entier, tu as accepté le Geek, le Hippie, le Panda et même le Patron... putain, tu es presque devenue amie avec le Patron ! Et moi je... Moi je recevais tant de confiance de ta part, une confiance que tu ne t'accordais même pas. J'aurais dû te faire confiance, j'aurais dû comprendre. S'il te plait, tu es ma meilleure amie et je t'aime et j'espère que les dernières minutes qu'on a passé ne sont pas les dernières que... que celle que tu étais... a de moi... Dis-moi que tu es toujours là et que tu me pardonnes, je t'en prie Sally !"
Elle se mit soudainement à rire, une espèce de... comment dire... de rire filou. De ceux que font uniquement les enfants. Du rire de quelqu'un après une bonne blague. Mais Mathieu n'avait pas le coeur à rire, alors que des larmes coulaient sur ses joues.
"Oh Mathieu... pardon je suis désolée c'était pas drôle... dit-elle avec un hoquet.
- Sa... Sally ?
- Je te chariais, je n'ai pas perdu la mémoire, je sais pas pourquoi je t'ai fait cette blague, je..."
Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase, Mathieu la serrant fort dans ses bras.
"T'es vraiment con, lui dit-il alors qu'il était enfoui dans son épaule.
- Hey. C'est pour ça que tu m'aimes bien."
Il la lâcha un peu puis posa son front contre le sien, et sourit.
"Ha ha, c'est vrai.
- Et... fit le Geek qui se tordait les mains. Et Deedee ? Et Miss ? Elles sont où ?
- Là-dedans, fit Sally en touchant son coeur. J'ai décidé de... comment dire... fusionner avec elles. Ecoute Mathieu... Si tu considères que tes Personnalités ne font plus partie de toi, tu en as le droit. Moi j'avais une relation beaucoup trop compliquée avec les miennes, d'un côté j'étais fière, de l'autre j'avais honte moi aussi. J'ai décidé de les assumer pleinement. J'espère qu'elles ne vont pas vous manquer...
- Oh mais j'aimais beaucoup Deedee parce qu'elle était toi ! avoua le Geek."
Celui-ci rougit et fila dans sa chambre en claquant la porte.
"Comme il est mignon, fit Sally en riant.
- Mais gros, continua le Hippie, il t'est arrivé quoi ? Je veux dire, ça fait plusieurs semaines qu'on t'a pas vu et qu'on a essayé de te contacter, on a commencé à flipper.
- Ah ça par contre, pour de vrai je ne m'en souviens pas. Je crois que je réfléchissais à ce qui allait se passer avec mes personnalités... Je ne me souviens pas avoir été enfermée, je crois pas. A moins que si, et quelqu'un est venu me chercher, pour me déposer ici... Mais je n'ai pas... Je n'avais plus peur. En fait... l'idée de nous réunir toutes les trois me trottait dans la tête depuis quelque temps...
- Donc... personne ne t'a forcée ?
- Non.
- Alors ça me va."
Mathieu lui prit la main, une main moins fine, moins légère, mais toujours aussi douce.
"Je t'adore toute entière, tu le sais ça ?
- Je sais.
- Et je suis heureux qu'il ne te soit rien arrivé.
- Moi aussi.
- Tu voudrais bien... qu'on recommence à faire ce qu'on sait faire ? Tu sais... mon émission... et puis nos crises de fous rires... et...
- Comme tu veux Mathieu. Par contre je te préviens, avec cette espèce de fusion, j'aurai peut-être l'esprit un peu embrouillé.
- Pas de problème ! Allez, je vais écrire le prochain SLG ! Mais d'abord il faut que je décroche toutes les affiches. Panda, Hippie, Patron, vous m'aidez ?
- Pas de souci, répondirent les deux premiers.
- Partez sans moi les gars, je suis pas trop d'humeur à sortir, grogna le Patron.
- Ok."
Mathieu partit avec ses deux Personnalités, pendant que Sally le regardait avec un petit sourire. Mais ce sourire s'effaça lorsque la porte claqua et que le Patron lui demanda :
"Tu ne te souviens de rien, pas vrai ?"
Les épaules s'affaissèrent, les yeux se baissèrent. Il semblait même que des larmes étaient prêtes à couler. Et il y eut un soupir.
"Non."
Le Patron arracha ses lunettes et les jeta à l'autre bout de la pièce. C'était ridicule. C'était inutile.
"Merde.
- Désolée.
- C'est pas ta faute... pas vrai ?
- Je suis pas sûre.
- Quelle histoire de dingue.
- Hey, on sort bien d'un asile tous les deux, non ?
- Mathieu et toi, oui. Moi, je sors de sa tête."
Le Patron s'autorisa enfin à la regarder dans les yeux. Et elle, elle ne trembla pas. Elle sera la première et la dernière à ne pas trembler devant son regard. Le Patron le savait.
"D'ailleurs, pourquoi tu lui as menti, au gamin ?
- La Sally qu'il connait est morte quand j'ai perdu la mémoire. Et d'après ce que j'ai compris, il n'a pas aimé ce qu'il lui avait dit avant qu'elle parte. Je ne voulais pas qu'il pense que sa Sally s'en aille en ayant un mauvais souvenir de lui.
- C'est le cas ?
- Je ne sais pas.
- Et pourquoi tu as cherché à le protéger si tu ne le connais pas ?
- Je ne sais pas.
- Tu ne sais rien, apparemment.
- Disons que je ressens. Je sens que je peux lui faire confiance. Je sens qu'on était proche. Je sens qu'il est gentil. Peut-être qu'au fond de moi, j'ai encore des souvenirs de lui.
- Peut-être qu'avec un peu de chance, tu te souviendras de lui petit à petit.
- Peut-être. Qui sait ? Pour ça, il faut laisser une chance à l'avenir, termina-t-elle."
Elle se leva et passa sa main dans ses cheveux blonds, bouclés, avec deux mèches violettes.
"En attendant, il va falloir que tu m'aides à me mettre à jour, si ça ne te dérange pas.
- Hé ho ! Je suis pas ton larbin."
Néanmoins, il alluma l'ordinateur, cliqua sur la chaîne de Mathieu Sommet, montra des vidéos tout en parlant de l'actualité, puis de la musique, de tout ce qu'ils avaient fait ensemble. Bref, il essaya de rattraper le temps qu'elle avait perdu avec sa mémoire.
Et peut-être, pourquoi pas, de retrouver une vie normale.
Enfin... une vie normale à la SLG.
FIN
Note par la machine qui a écrit ce truc :
Après 1 an, 1 mois et 1 semaine (plus long qu'un épisode de WTC t'as vu) voici enfin le dernier chapitre de cette fanfiction.
Je suis désolée de vous avoir fait attendre aussi longtemps pour si peu, en plus je vous laisse avec une fin ouverte, quelle bâtarde que je fais. Pour être honnête, je n'étais pas motivée pour continuer cette fanfiction, c'est même la fanfiction dont je suis la moins fière (et qui a pourtant le plus de reviews).
J'avais l'impression que le personnage de Sally était de moins en moins cohérent, et je trouvais dommage de toujours devoir justifier ce qu'elle ressentait pour qu'il y ait un minimum de logique.
Et puis je vais pas vous mentir, j'avais écrit tout ça uniquement pour faire ce personnage (et aussi pour écrire une scène de baston irréelle)(j'adore écrire ce genre de scène)(oui je suis un être absolument sadique), et parce que le Présentateur de SLG, dans l'histoire, bah je le trouvais un petit peu seul le pauvre. Mais j'ai eu peur qu'elle finisse en Mary-Sue...
Et puis la nouvelle saison de SLG est sortie, mon histoire n'avait plus aucun sens et même l'idée que les différentes personnalités du présentateur "viennent de lui" commence à s'effacer. Je veux dire... regardez l'épisode 100. Ils disent tous que Mathieu est toxique pour eux. TOXIQUE BORDEL.
Breeeeef, on va pas s'éterniser trop longtemps là dessus. Tout ça pour vous dire que je suis désolée si cette fin ne vous plait pas, mais je préférais écrire quelque chose plutôt que de vous laisser ainsi sans réelle suite.
Peut-être pensez-vous que ce n'est pas une vraie fin... mais dans ce cas-là je ne peux pas vous aider. A moins que Sally ne meure, il n'y a pas vraiment de fin, quoi. J'avais même pensé la faire mourir d'une pneumonie, mais y'aurait pas eu d'évolution chez nos deux personnages, alors que là, je voulais montrer que Mathieu ne devait pas avoir peur de ces voix dans sa tête... enfin je crois. Je ne suis pas très sûre de ce que je voulais faire en fait. Mais voilà longtemps que la fin où Sally perd la mémoire me hantait (parce que juste revenir en mode "haha mais il s'est rien passé lol tu t'es inquiété pour rien" c'était un peu les boules), c'est juste que je ne m'étais jamais vraiment mise à l'écrire, et petit à petit j'avais peur que je l'écrives mal alors que vous l'attendiez longtemps.
Donc voilà comment ça doit se terminer. Si vous vous demandez ce qui est arrivée à Sally au vu des événements récents... elle a sûrement été tuée par l'Homme Masqué au début de l'épisode 99, et je ne me voyais pas écrire quelques chapitres de morceaux de vie normale pour arriver à une mort très courte. Donc euh... imaginez ce que vous voulez ^^
Dans tous les K, je vous souhaite un joyeux Noël, et de bonnes fêtes de fin d'année :D
