Quand la Lionne se bat
Auteur : Kayly Silverstorm
RAR
Eldiablo: J'aime beaucoup ta façon de voir la relation entre Hermione et Severus, même si je me demande à quoi pourraient bien ressembler leurs enfants... Et non, publier cinquante fois la même review ne me fera pas publier plus vite, mais je te remercie d'y avoir pensé! lol
Melinda Poteauxroses: Oui, tu as raison, le chapitre était assez violent mais c'est grâce à lui que l'histoire a du sens. Pour ma part, c'est un de mes préféré, mais bon, je préfère quand les relations entre les personnages ne sont pas "tout joli, tout beau", ça évite de tomber dans la niaiserie... Question de goût!
Come from heaven: Si tu viens vraiment de là où tu prétends venir, tu connais la réponse à ma question...( juste un petit délire, laisse tomber!) Oui effectivement, tu as raison, Hermione cache des choses, c'est évident!
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Pour ceux qui se demandaient si Hermione et Severus allait former un couple, et ils sont nombreux j'en suis sûre,c'est oui. L'auteur de cette fic vient de l'annoncer et c'est pour bientôt (enfin, elle annonce au chapitre 26 que c'est pour bientôt, alors courage! Il faut voir le bon côté des choses, c'est une relation qui va être construite et non quelque chose qui tombe comme un cheveu sur la soupe...Moi en tout cas, je préfère.
Chapitre 8 : Prisonnière
Au moment où la porte se referma derrière elle, Hermione se mit à trembler de partout. Elle savait que ça ne pouvait pas être les premières manifestations du manque, pas de manière aussi soudaine. Ces tremblements étaient dus au choc. Lentement, comme une vieille dame fragile, elle s'assit sur son lit et tenta de retrouver le contrôle d'elle-même.
C'était plutôt comique que cette histoire l'affecte tellement. Elle avait vécu des choses tellement pires au cours des derniers mois. Mais cette fois-ci, elle n'avait pas anticipé. Il avait pénétré son esprit, ravagé ses pensées puis jugé avec la même efficacité cruelle que possédait le Seigneur des Ténèbres.
Et cette lueur dans ses yeux, le dégoût et la haine… Elle frissonna encore, se roulant en boule sur son lit, essayant de oublier le monde extérieur. Elle était sale, elle l'avait vu dans ses yeux. Sale et inférieure aux autres, juste bonne à être dédaignée et méprisée. Merlin, qu'elle s'était sentie nue face à lui !
Les yeux de Snape avaient reflété ceux des Mangemorts, la même humiliation à laquelle elle était exposée à chaque réunion. Elle aurait du être préparée. Mais d'une manière ou d'une autre, c'était plus dur avec lui. Il aurait du être de son côté, il avait promis de la protéger, et pourtant, il l'avait jugée et l'avait trouvée indigne.
Elle ne parvenait pas à stopper les larmes qui roulaient sur ses joues, se demandant par la même occasion si ce n'était pas le manque qui mettait ses nerfs à rude épreuve. Elle ne pleurait jamais. Elle n'avait pas pleuré ainsi depuis plus de 6 mois, elle s'était crue asséchée de l'intérieur, comme un désert.
Après ce qui lui sembla être un long moment, il se força à s'asseoir. Elle devait réfléchir ! Elle ne pouvait se laisser aller de la sorte, c'était trop dangereux !
Alors qu'elle se concentrait sur sa capacité à raisonner, à penser logiquement, même dans le chaos le plus total, elle commença à s'arranger, à sécher ses larmes avec l'ourlet de sa robe et se coiffa avec ses doigts.
C'était uniquement de sa faute. Elle avait commencé à lui faire confiance, de manière hésitante, mais déjà trop. Elle aurait du prévoir ce qui est arrivé, et elle remercia le ciel qu'au moins ses défenses aient été en place. Il lui aurait été impossible de vivre, s'il avait vu…
Ca suffit ! se gifla-t-elle mentalement, et ses pensées changèrent docilement de direction, vers des lieux plus sûrs. Puis revenant à lui. L'incrédulité dans ses yeux. Il avait semblé tellement déçu par elle et c'est peut-être ce qui l'avait le plus blessée.
Hermione avait toujours admiré Snape, son intelligence, sa fierté et son indépendance. Sa reconnaissance et ses compliments, bien que distribués avec parcimonie, avaient toujours été plus importants pour elle que ceux venant des autres professeurs. Elle avait espéré…
Bien, cela sonnait certainement le glas de l'épanouissement de leur relation. Elle s'esclaffa, d'un rire rauque, alors qu'elle se demandait ce qui pouvait bien être aussi drôle. Génial ! Maintenant, je deviens à moitié hystérique !
Au moins, elle avait été capable de reporter ces effets jusqu'à ce qu'elle soit seule. Craquer devant lui après ce qu'il avait vu, ça aurait été inacceptable. Elle tenta d'évaluer le temps qu'elle aurait à passer avec lui au cours des prochaines semaines. Elle en frissonna rien que d'y penser.
Il n'y avait pas que le temps qu'elle passerait avec lui, mais également celui où elle serait totalement dépendante de lui, complètement démunie et à moitié folle. Il lui avait dit ce qu'il pensait d'elle, et quel que soit son état lors des prochaines semaines, elle ne devait espérer ni gentillesse ni pitié de sa part.
C'était tellement humiliant, une voix dans sa tête hurlait. Dépendre d'un homme qui la méprisait. Il se réjouirait de sa déchéance, considérant son agonie comme une juste punition.
Dieu, qu'elle avait peur ! Mais elle ne devait pas se laisser aller comme ça ! Déterminée, elle se força à se reprendre, entra dans la salle de bain et s'éclaboussa le visage d'eau froide. Ca allait déjà mieux.
Elle pouvait sentir la panique la quitter progressivement, son esprit rationnel était de retour, et elle s'assit sur son lit pour penser.
Elle était prisonnière, c'était clair. Il n'y avait aucune façon de se sortir de là sans aggraver les choses. Elle ne pouvait sortir sans sa permission, et si elle trouvait un moyen de quitter ces appartements, Dumbledore lui retirerait son soutien. Mais elle ne pouvait pas non plus lui parler de la menace de Snape sans l'informer de tout. Il ne comprendrait pas. Il réagirait exactement de la même façon.
Elle ne savait pas si elle pourrait supporter ça. Et ensemble, Snape et Dumbledore seraient probablement suffisamment stupides pour l'empêcher de faire son travail futur – « seulement pour votre bien, Miss Granger ».
Son regard errait maintenant dans la pièce, comme si elle cherchait une façon de s'échapper. A la place, ils tombèrent sur une petite enveloppe de couleur crème qui avait été glissée sous la porte, probablement lorsqu'elle avait été dans la salle de bain.
Hésitante, elle s'avança et la prit. Ses mains tremblaient. Lui écrivait-il qu'il avait changé d'avis ? Qu'elle devait partir immédiatement ?
Elle ouvrit l'enveloppe en la déchirant, sans se soucier du fait qu'elle abîmait le papier délicat. Un gallion tomba dans sa main, ainsi qu'un petit morceau de parchemin. Elle fronça les sourcils et déplia le parchemin.
« Miss Granger », on y retrouvait tout à fait le style de Snape,
« Comme j'ai également d'autres charges que celle de vous garder, je ne pourrai revenir dans mes appartement avant ce soir. Si vous commencer à ressentir les conséquences méritées de vos plaisirs privés, frottez la pièce et son homologue se mettra à chauffer. Vous devez vous demander pourquoi je n'ai pas choisi de vous rendre votre baguette. Je n'ai, tout simplement, pas considéré comme sage de donner à une intoxiquée le moyen de faire des bêtises. Mais les récents événements ont conforté ma décision de manière imprévue.
Restez dans votre chambre et abstenez-vous de provoquer d'autres problèmes,
Professeur S. Snape. »
Elle renifla de colère. Frotter cette pièce à chaque occasion, n'est-ce pas ?
Bien, elle ne pourrait l'empêcher de gaspiller son si précieux temps pour elle, mais elle pouvait réduire leurs contacts au maximum. Elle ne l'appellerait certainement pas. Il était préférable de composer avec la solitude plutôt que de se battre avec une chauve-souris démesurément agressive.
Déterminée, et encore pleine d'énergie, elle sauta de son lit et se prépara du mieux qu'elle put. Elle choisit un pyjama en coton bleu et l'enfila, tressa ses cheveux soigneusement et observa les alentours avec attention. Elle aurait besoin d'eau, décida-t-elle. Beaucoup d'eau et d'antalgiques que ses parents avaient l'habitude de mettre dans ses bagages. Une bougie et de quoi l'allumer.
Quand tout fut placé à portée de main et disposé de manière à ce qu'elle puisse facilement l'attraper, elle choisit un livre, une des introductions la plus populaire à la guerre des géants. Elle s'installa enfin pour le lire.
Mais elle ne parvenait pas à se concentrer. L'agitation s'était insinuée en elle jusqu'à emplir chacune de ses cellules. Elle dut faire appel à toute la discipline de fer dont elle était capable pour ne pas sauter de son lit et faire quelque chose : redécorer la chambre, briser la fenêtre et se faufiler dehors, se cogner la tête contre les murs – n'importe quoi, du moment qu'elle faisait quelque chose.
Lire était impossible. Toute sa concentration était orientée de manière à s'empêcher de hurler de frustration. Et sentit ses mains recommencer à trembler. Pas à cause du choc cette fois-ci. Ca avait commencé.
Hermione posa précautionneusement son livre à côté, là où elle ne pourrait l'abîmer, et observa une fois de plus autour d'elle. Elle avait toujours tout maîtrisé. Ensuite, elle se glissa sous les couvertures douces de son lit, sentant les tremblements commencer et sa volonté perdit le contrôle de son corps. Elle se préparait à vivre l'enfer.
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Quand allons-nous nous revoir, Severus ? », demanda Remus en plaisantant lorsqu'ils se rencontrèrent dans la Grande Salle, une fois le dîner fini.
Ciel, il avait complètement oublié leur recherche sur l'Impérium ! Il n'était pas envisageable de laisser Remus entrer dans ses appartements sans qu'il ne se doute de quelque chose. Même si Hermione gardait le silence restait dans sa chambre, les oreilles fines et le nez sensible du loup-garou lui apprendrait tout ce qu'il a besoin de savoir.
« Pas avant longtemps, j'en ai bien peur », répondit-il, sans laisser paraître un soupçon de regret dans sa voix. Aussi étrange que cela puisse paraître, ça lui manquerait de ne plus travailler avec Remus, mais il ne voulait pas que ce dernier le sache.
« Albus m'a affecté à un projet spécial », baissant la voix de manière conspiratrice, « en lien avec l'action de l'Ordre. »
« Oh », Remus ne sembla pas étonné, « Puis-je t'aider de quelque façon que ce soit ? »
« Non »
« Sur quoi porte ce projet, alors ? » Remus continua de le questionner, ignorant qu'il aggravait rapidement la mauvaise humeur de Severus.
« Ce n'est pas à moi de t'en parler, Remus », répondit-il, « Le Directeur m'a demandé de garder ça confidentiel, et je ne trahirai pas sa confiance. »
« Evidemment », Remus sembla enfin remarquer la froideur de sa voix, « Je travaillerai sur l'Impérium tout seul, alors. Si tu pouvais seulement me laisser une table dans ton labo et quelques instruments… »
« Non »
« Alors… Je travaillerai dessus quand je ne te dérangerai pas… peut-être en ton absence… »
Severus regrettait sincèrement de voir Remus si confus et blessé. Le loup-garou avait fait l'expérience de trop rejets dans sa vie pour les prendre à la légère, c'est un point commun qu'il partageait avec Severus. Mais Severus devait s'assurer que Remus n'entrerai plus dans ses appartements, car il lui était impossible de reparamétrer l'entrée magique aussi rapidement. Il n'avait pas le temps pour le moment.
« Non, Remus », répondit-il, se glissant de nouveau dans son attitude renfrognée, son humeur massacrante de salaud qu'il avait arboré si longtemps. Il espérait que ça lui donnerait la force de faire ce qu'il avait à faire. « Je veux te faire comprendre par là que je ne veux plus que tu entres dans mes appartements sans ma permission directe. »
« Bien, si ma présence n'est plus souhaitée chez toi, je ne t'ennuierai plus », rétorqua Remus, essayant de lui parler fermement mais échouant misérablement. Il était étrange que le loup-garou puisse avoir gardé tant de tendresse en dépit de tout ce qu'il avait vécu, alors que Severus s'était changé en pierre.
« C'est bien ce que j'espérais. »
Fichue Miss Granger ! Que vos stupides petits stratagèmes soient maudis ! Ils m'ont coûtés un ami.
Mais Remus ne semblait pas vouloir en rester là. Non, il était trop entêté dans son désespoir pour comprendre. Il cherchait à l'atteindre, Severus ne pouvait regarder l'autre homme dans les yeux, et c'était quelque chose qu'il ne supportait pas.
« Qu'est-ce qu'il se passe, Severus ? Enfin… Je pensais que nous étions devenus des partenaires au cours des derniers mois, peut-être même des amis. Mais maintenant, je… »
« Il n'y a rien de plus à dire, Remus. Si tu veux bien m'excuser, maintenant, j'ai d'autres affaires qui m'attendent. »
Brusquement, il se leva et quitta la table, laissant un Remus qui lui lançait un regard chien battu. Génial. Maintenant, il était de nouveau un monstre sans cœur, et c'était uniquement de la faute de Miss Granger. Mais il était inutile de s'apitoyer sur le passé. Il avait appris ça il y a longtemps.
Ses promptes enjambées à travers le hall d'entrée furent interrompues une voix sévère qui l'appelait.
« Professeur Snape ! Un mot, s'il vous plaît. Un de vos Serpentards… »
C'était Minerva Mac Gonagall, qui le suivait avec une expression de meurtrière. Les étudiants la voyant s'approcher, dégagèrent le chemin avec les yeux ronds et curieux. Donc le professeur de potions allait encore se faire disputer par la Directrice de Gryffondor. Comme ils aimaient écouter !
« Je n'ai pas le temps pour vos petites affaires d'étudiants, Professeur », gronda-t-il, la forçant à accélérer l'allure, « Si vous ne pouvez maîtriser vos Gryffondors… »
Ils tournèrent à un angle, hors de la vue des étudiants, et l'expression de Minerva Mac Gonagall passa de la désapprobation figée à une expression nettement plus amusée, en l'espace d'un battement de cil.
« Seigneur », rit-elle, « Avez-vous vu leurs visages ? Ca m'a rappelé un de ces films que j'ai vu il y a longtemps – King Kong et Gozilla, ou quelque chose comme ça. »
« Je suis ravi de vous annoncer que je ne partage pas vos goûts pour les idioties moldues, Minerva », répondit-il, tout en grimaçant. Comptez sur Minerva pour alléger sa mauvaise humeur en un battement de cœur.
« Je suis une femme généreuse, Severus », rétorqua-t-elle, « J'accepte chaque personne avec les idioties qui lui sont propres. Particulièrement vous concernant, vous le vieil homme acariâtre. » Soudain, elle redevint sérieuse. « Bien que votre humeur massacrante ait toujours appartenu à la catégorie des catastrophes naturelles, que vous arrive-t-il, mon cher ? Vous n'avez pas été vous-même aujourd'hui ! Traiter Remus de la sorte – quelque chose ne va pas ? »
Le visage impassible, Severus la fixa, se concentrant sur le fait qu'il ne voulait PAS lui dire. Il était devenu plutôt proche de Minerva au cours des dernières années, et sa faculté - absolument pas typique des Gryffondors- à garder secret tout ce qu'il pouvait lui dire, avait fait d'elle une personne privilégiée pour converser. Et elle était une des rares personnes de ce château à aimer autant que lui, la rivalité et les railleries. Leurs joutes amicales devant les étudiants, lors de la coupe des quatre maisons et des matchs de Quidditch étaient devenues célèbres, mais peu de gens réalisaient que leur affrontement était essentiellement un jeu entre eux.
Mais il ne pouvait pas lui dire. Dumbledore voulait que personne ne sache, et il avait choisi Severus Snape pour veiller sur Hermione Granger, Dieu seul savait pourquoi.
Pourquoi me regardez-vous comme ça ? Severus ?
Minerva connaissait bien assez le jeune homme en face d'elle pour ne pas s'offusquer de son absence de réponse. A la place, elle décida simplement de changer de sujet. Severus viendrait la chercher s'il avait besoin de parler.
« Très bien », dit-elle vivement, « S'il n'y a rien que je puisse faire pour vous – J'ai besoin de votre aptitude légendaire terroriser.
Il sourit en entendant ces mots, son visage s'éclaira, et elle lui répondit par un sourire aussi malicieux que le sien.
« Qu'est-ce qu'il y a, Minerva ? Votre obstination ne serait-elle pas parvenue à bout de quelque chose ? Ne me dites pas qu'un de vos Gryffondors… »
« Je suis inquiète pour Hermione », l'interrompit-elle sérieusement.
Pourquoi avoir choisi ce moment !
« Albus m'a dit que ses parents avaient été attaqué et qu'elle était partie se cacher avec eux, mais quelque chose ne colle pas. Je n'ai entendu parler d'aucune attaque, et je ne l'ai pas vu avant qu'elle parte. Et Monsieur Potter, ainsi que Monsieur Weasley m'ont raconté quelque chose au sujet de son statut d'apprentie avec moi. Vraiment, je suis perplexe. Je ne comprends pas pourquoi Albus me cache des choses ! »
« Honnêtement, je ne comprends pas pourquoi vous vous inquiétez, Minerva », il essayait de paraître léger, indifférent, mais il put entendre lui-même qu'il avait misérablement échoué, « Tout semble être parfaitement en œuvre ! »
Et il était sensé être un espion confirmé ! Il n'était même pas capable de tromper une vieille femme enseignant la métamorphose ! Il admit, cependant, qu'elle faisait partie des plus esprits les plus affûtés de la communauté sorcière, et personne ne le connaissait mieux qu'elle. Prendre un air renfrogné et refuser de répondre ne lui serait d'aucune utilité avec elle.
Elle plissa les yeux tout en le regardant d'un air soupçonneux, « Vous savez quelque chose, Severus, n'est-ce pas ? », demanda-t-elle, puis elle fit appel à toute son autorité de professeur et Directrice de maison, « Vous allez me le dire immédiatement ! Hermione Granger appartient à ma maison et est sous ma responsabilité. J'ai le droit de savoir tout ce qui la concerne ! »
« Mais je ne sais vraiment rien… »
« Severus », elle utilisait cette voix qui provoquait toujours la panique chez ses étudiants, « Ce n'était pas une question, et n'êtes-vous pas trop vieux pour mentir ! »
Il soupira en signe de défaite.
« J'aimerais vraiment pouvoir vous le dire, Minerva », répondit-il, et c'était la vérité. Il aurait aimé laisser un esprit si carré mettre un peu d'ordre dans le chaos qui régnait actuellement dans son cerveau. « Mais, comme je l'ai dit à Remus, ce n'est pas à moi d'en parler. Albus m'a demandé de garder ça secret, et je ne trahirai pas ma parole. Je ne l'ai jamais fait », dit-il sombrement.
« Donc vous savez quelque chose au sujet d'Hermione ? »
« Allez voir Albus, Minerva. Demandez-lui. Et s'il vous répond, je vous révèlerai tout ce que je sais. »
Une fois encore, son regard profond le transperça, et soudainement, il se souvint des yeux emplis de défi d'Hermione Granger, de l'obstination qu'il avait lue sur ses lèvres. Femmes gryffondors, pensa-t-il, désespéré. Un homme est complètement perdu face à elles.
« C'est ce que je vais faire », lui répondit-elle finalement, et à sa grande surprise, elle lui tapota l'épaule pour le réconforter. « Ne vous inquiétez pas. Albus ne me refusera pas les réponses que je demande. »
Il n'était pas certain que cela ne l'effraie pas, au lieu de le rassurer.
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Lorsqu'il arriva dans ses quartiers, il était déjà tard, et son humeur était aussi noire que la nuit qui était maintenant tombée dehors. Tellement d'amitié, de paix, cela l'énervait. Menschen sind anstrengend (1), et rien ne changerait ça. Tout d'abord Remus, puis Minerva et maintenant Hermione Granger qui l'attendait probablement, avec son terrible calme et ses manières impertinentes.
Elle n'avait pas fait appel à lui. Bien, plus les symptômes du manque tardaient, mieux c'était. Mais la véritable raison de son soulagement, était qu'il ne savait pas comment se comporter avec elle.
Encore et encore, les images de son esprit avaient envahi ses pensées, l'avaient déconcentré et l'irrité. Jusqu'à ce qu'il envoie balader tout le monde autour de lui et que le 'Salaud de Snape' soit de retour. Evidemment, Minerva avait remarqué que quelque chose n'allait pas.
Mais comment aurait-il pu lui parler de ce qu'il avait vu ? Ciel, il ne pouvait même pas en parler à Albus ! Le vieil homme serait dévasté ou ne voudrait pas le croire. Peut-être qu'il aurait même demandé à Severus de le laisser voir ce dont il avait été témoin. Et ce n'était pas envisageable.
C'était devenu depuis longtemps une seconde nature pour Severus de protéger le vieux sorcier des réalités de son travail d'espion. Il le ferait aussi longtemps que cela lui serait possible. Les décisions de Dumbledore étaient suffisamment difficiles à prendre pour qu'il ne sache pas en plus toutes les conséquences qui en découlaient.
On ne pouvait tout simplement pas faire la guerre contre Voldemort et se préoccuper de chaque combattant. Les accidents étaient inévitables, et si on ne pouvait rien y faire, Severus ne voulait pas être plaint. Il semblait cependant que Miss Granger n'avait pas eu de tels scrupules.
En fait, Severus se demandait même si elle pouvait avoir des scrupules.
Encore une fois, les images lui revinrent en mémoire, son visage gémissant, tordue de désir sous le corps musclé de Lucius Malfoy, ses suppliques et ses cris. Son triomphe sans modération, ses émotions se reflétant sur son visage comme un livre ouvert. Comment pouvait-elle ? Elle était l'amie de Potter, presque un membre de l'Ordre et le témoin de toutes les victimes que cette guerre avait faites. Cela l'avait probablement excité !
Il se dirigea vers son petit coffre qui se situait entre 2 rangées de livres, ouvrit la petite porte en bois et se servit un whisky. Il se sentait mal. Et même Lucius ne l'avait pas autant perverti lorsqu'il avait 18 ans !
Et maintenant, elle devait être assise dans la chambre d'invité, attendant son retour pour le railler avec son petit sourire insolent.
Il soupira encore et fit courir une main dans ses cheveux noirs. Mais elle était sous sa responsabilité, et il était tenu de jeter ne serait-ce qu'un œil sur elle, pour s'assurer qu'elle allait bien et qu'elle n'avait pas trouvé le moyen de s'échapper de ses appartements. Actuellement, il se fichait d'elle.
Il grimpa l'escalier, le whisky dans sa main gauche, puis frappa à sa porte. Pas de réponse. Génial. Il devait maintenant ouvrir la porte sans sa permission, et avec la chance qu'il avait ce soir, elle serait en train de prendre un bain ou de danser nue dans la chambre, ou encore de…
A quoi était-il en train de penser ? Il se maudit lui et son incroyable capacité à se mettre dans l'embarras, puis entrebâilla la porte avec précaution. La chambre était complètement noire, à l'exception des flammes qui dansaient au coin de la cheminée. Il ouvrit la porte complètement et entra.
Elle était allongée sur son lit, il ne pouvait pas dire si elle dormait ou si elle faisait juste semblant. Il fronça des sourcils. Il n'était pas tard, et il n'avait pas l'intention de lui passer ses caprices les prochaines semaines.
« Miss Granger », dit-il à voix haute, « Un mot s'il vous plaît. »
Toujours pas de réaction. Se moquait-elle de lui ? Elle apprendrait bientôt à ne pas jouer à ces petits jeux avec lui. Avec un mouvement de baguette, il alluma les bougies qui se trouvaient dans la chambre.
Soudain, il sentit ses muscles se tendre et son coeur battre plus fort sous l'effet de l'adrénaline. Quelque chose n'allait pas, il était alarmé par ses sens. Elle n'était pas juste endormie !
En trois grands pas, il fut près du lit et il l'observa. Ses yeux à demi ouverts semblaient ne pas le voir, son visage était blanc comme un linge.
Il toucha son front et hoqueta de surprise en réalisant la chaleur qui s'en dégageait. Snape repoussa les couvertures dans lesquelles elle s'était enroulée. Elle portait un pyjama qui était trempé de sueur, ses cheveux étaient tressés en une grande natte serrée, et sur la table de nuit, il remarqua un pichet d'eau avec un verre à côté.
Elle s'était préparée, pensa-t-il en colère, et voulait faire ça toute seule, l'imbécile !
Un court sort de diagnostic confirma ses craintes. Fièvre intense, une force magique quasi inexistante et un cœur emballé. Elle avait besoin de se calmer. Il mouilla une serviette dans la salle de bain et s'en servit pour son visage trempé de sueur, ensuite, il en laissa une autre sur son front pour diminuer la température.
Il chercha ses yeux et les trouva encore à moitié ouverts, fixes et sans réaction pour ce qui se passait autour d'elle.
« Miss Granger », dit–il fortement, essayant de la ramener à la réalité, « Miss Granger ! »
Elle ne réagissait toujours pas, mais elle commença soudain à trembler violemment, ses bras et ses jambes se secouant frénétiquement, des plaintes brèves et aigues s'échappant de ses lèvres.
« Miss Granger », commença-t-il à s'inquiéter réellement pour cette fois. Severus la prit par les épaules et la secoua doucement, « Vous allez me répondre immédiatement ou vous écoperez d'une retenue pour les trois prochaines années ! »
La voix sévère du professeur sembla aider. Elle grogna et ses yeux se fermèrent de douleur, pour se rouvrir une seconde plus tard. Cette fois, son regard était orienté et franc. L'espace d'un instant, elle tenta de se relever et de se défendre, jusqu'à ce que la mémoire lui revienne et qu'elle laisse sa tête retomber sur l'oreiller.
« Ce que vous avez fait, Miss Granger », indiqua Severus sinistrement tout en retirant les linges humides de son front, « était une chose tellement stupide que je ne l'accepte pas, même venant de votre part ! »
Son sourire était fantomatique et sa voix faible, mais tous deux étaient sous contrôle absolu et ne laissaient rien paraître de la douleur qu'elle devait ressentir.
« Encore un autre compliment, Professeur », murmura-t-elle, « Vous me flattez. »
« Ce n'est pas drôle, petite imbécile », rétorqua-t-il en colère, « Je suis responsable de vous, et je n'ai pas envie d'expliquer au Directeur pourquoi vous n'avez même pas survécu à votre première nuit sous ma garde. Pourquoi ne pas avoir appelé ? »
Le visage d'Hermione pâlit encore plus, puis elle ferma les yeux alors que la douleur l'accablait.
« Je ne voulais pas être un fardeau pour vous, Professeur », dit-elle calmement, se redressant juste avant qu'une violente crise de toux ne lui secoue le corps.
« Vous êtes un fardeau de toute manière », répliqua-t-il froidement, « Et votre stupidité ne fait qu'alourdir ce fardeau. A partir de maintenant, vous allez obéir à mes ordres, m'entendez-vous ? »
Toujours en train de tousser, elle essaya d'acquiescer, mais ne réussit qu'à produire un faible mouvement de tête avant que les tremblements ne l'emportent, une fois encore.
Il attendit jusqu'à ce que la crise prenne fin, puis il l'aida à se rallonger et ajusta les couvertures autour d'elle.
« Avez-vous déjà eu des hallucinations ? »
Elle secoua la tête.
« A moins que vous n'en soyez une ? », avait-elle murmuré, pleine d'espoir.
Severus dut tourner la tête pour cacher une grimace totalement inappropriée. Elle avait du courage, il ne pouvait le nier. Mais il n'aurait pas de pitié pour elle. Tout était de sa faute, et il était obligé de gaspiller de son précieux temps à cause d'une fille incapable de satisfaire ses désirs d'une manière plus saine. Maudit soit-elle !
« Je vais vous donner une potion pour réduire la fièvre, elle va également vous faire dormir. Je resterai jusqu'à ce qu'elle fasse effet », l'informa-t-il, « Elle ne vous aidera pas à dormir sans cauchemars, mais au final, vous aurez quelques heures de répit. Vous avez besoin de prendre des forces. »
Une fois encore, sa seule réaction fut un petit hochement de tête, mais ses yeux étaient vifs alors qu'elle avait observé chacun de ses mouvements. Il prit une fiole dans une des poches cachées de son manteau, la déboucha et en versa un peu de son contenu dans le verre à côté de son lit.
Elle l'avala avec obéissance.
« Merci », dit-elle, puis elle ferma les yeux, et peu de temps après, sa respiration devint régulière jusqu'à ce qu'Hermione ait la profonde respiration typique du sommeil.
Il la regarda un instant, son visage maintenant détendu, sans contrôle, ambition ni douleur. Elle semblait très jeune et vulnérable avec son pyjama bleu et ses cheveux tressés. Mais il ne pouvait oublier l'autre Hermione Granger, l'autre visage avec les yeux à demi ouverts et sa bouche gémissante, criant sa victoire sur le monde.
Il ne pouvait oublier qui elle était réellement, et il ne devait pas laisser le souci et la pitié l'envahir. Elle était un monstre, et elle resterait un monstre qu'importe ce qu'elle endurerait les prochaines semaines. Elle l'avait trahi pour son propre plaisir, et il ne devait pas l'oublier. Il n'y avait pas que sa propre vie qui en dépendait.
Il se leva de son lit et marcha vers la porte, mais au moment où il s'éloigna d'elle, ses mouvements et sa respiration redevinrent irréguliers. Elle était contractée et agitée, ses bras remuant légèrement comme si elle luttait contre un poids invisible.
« Non », murmura-t-elle, sa voix était à peine audible, « Non, je vous en prie ! »
Nous y sommes, pesa-t-il amèrement, les cauchemars, mes vieux amis sont arrivés. Il ne voulait rien savoir des images inquiétantes qui l'envahissaient et lui causaient une telle peur. Si elle avait vu des choses suffisamment terribles pour être poursuivie dans ses propres rêves, c'était entièrement sa faute. Elle l'avait choisi. Elle devait maintenant l'assumer.
« Vous méritez ce qui vous arrive, Miss Granger », murmura-t-il alors qu'il refermait la porte derrière lui.
Ses cris le poursuivirent dans le couloir, se transformant en suppliques alors qu'elle se mettait à pleurer, espérant un quelconque réconfort : « Non ! Ne me laissez pas ! Je vous en prie ! S'il vous plaît ! »
Il pénétra ensuite dans sa propre chambre et il ne régna plus que le silence de la nuit.
Menschen sind anstrengend : les gens sont acharnés, déroutants. Extrait de « Homo Faber » par Max Frisch.
N'oubliez pas de poster des reviews, ça fait toujours plaisir !
Au prochain chapitre, on retrouvera Draco ainsi qu'un Snape plus confus que jamais… A la prochaine !
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