Quand la Lionne se bat

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Auteur : Kayly Silverstorm

Correctrice : Emi Yoneyama (Excuse-moi, ça fait deux chapitres que je poste sans te mentionner. Mea culpa, l'erreur est réparée !)


RAR

Askalena: Merci beaucoup, alors voici la suite.

El diablo: Je te remercie sincèrement pour tes compliments, ils me vont droit au coeur! Pour ce qui est de tes goûts, tu sembles avoir les mêmes que les miens! Aurais-tu un petit côté sadique? Et enfin oui, les secrets d'Hermione ne seront pas révélés tout de suite... la fic ne comportant plus 26 chapitres mais bien 27. Le dernier vient de paraître...j'espère qu'il y en aura encore beaucoup!


Chapitre 11 : Au cœur des ténèbres (2ème partie)

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Maintenant, qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Se demanda Hermione tout en s'asseyant sur le bord de la baignoire, toujours étourdie par sa chute et le choc qui avait suivi.

Il avait été prévenant avec elle ! Snape, qui avait épuisé toutes les occasions de l'insulter ces dernières semaines, pour la blesser ou l'humilier, avait laissé passer au moins une centaine de remarques sanglantes. Il avait essayé de l'aider, de la réconforter. Par Merlin, il semblait franchement faire attention à son bien-être !

Ce n'était pas une bonne nouvelle. Pas du tout.

Luttant contre l'envie de s'assoupir encore, Hermione se remit doucement sur ses pieds et ouvrit le robinet d'eau. Ensuite, elle commença le fastidieux exercice qui consistait à se déshabiller.

Par Merlin ! Jura-t-elle dans un souffle, si c'est ce que ressent ma Grand-mère à quatre-vingt dix ans, je comprends pourquoi elle est toujours de mauvaise humeur !

Chaque muscle de son corps la faisait souffrir, chaque mouvement lui faisait ressentir la douleur dans ses membres. Elle se sentait déjà prise de vertiges, alors qu'elle ne s'était mise sur ses pieds qu'une minute.

Mais après tout, elle n'avait pas à prétendre que tout allait bien, ni à se rendre en cours de Botanique avec les autres Gryffondors. Elle l'avait déjà fait auparavant, priant sans cesse pour ne pas défaillir devant ses amis. Etre officiellement malade présentait des avantages.

Soigneusement, de manière à ne pas glisser et se fendre le crâne sur le marbre, Hermione monta dans la baignoire et se laissa envahir par la chaleur de l'eau délicatement parfumée. A la différence de sa baignoire de Préfète en chef où elle devait choisir les essences de bain elle-même, celle-ci semblait enchantée de manière à deviner ce dont l'utilisateur avait besoin. Pour Hermione, il était évident que c'était la relaxation qui lui serait le plus profitable.

Doucement, elle sentit les parfums d'herbes et d'épices soulager ses muscles tendus, et laissa échapper un soupir de soulagement. Elle aurait une reconnaissance éternelle pour celui qui avait inventé la baignoire ! Après avoir profité simplement de la chaleur et des arômes, son attention se porta sur son corps.

Après des semaines de lutte contre le manque, elle se sentait comme étrangère dans son propre corps. Son corps n'était qu'une source de douleur et de souffrance depuis si longtemps. Une conséquence dont elle devait tirer partie, un sort qu'elle se devait de supporter.

Elle avait perdu trop de poids, réalisa-t-elle brusquement alors que ses mains la frottaient, la savonnaient puis la rinçaient. Elle devrait manger autant qu'elle le pourrait au cours de la semaine à venir. Lucius aimait les jouets bien nourris. Il ne serait pas content de la voir comme ça.

Elle plongea sa tête dans l'eau pour mouiller ses cheveux, puis choisit un shampooing et commença à masser son cuir chevelu tandis que ses pensées se portaient de nouveau sur le comportement mystérieux de Snape.

Si il avait cessé de la traiter comme une abomination, cela signifiait que quelque chose l'avait fait changer d'avis la concernant. Et elle doutait franchement que le Directeur, le Professeur Mac Gonagall ou Draco puissent être à l'origine d'un tel revirement de situation, pas avec un homme obstiné et tête de mule tel que Snape.

Ce qui signifiait que quelque chose avait du se passer pendant la dernière semaine, quelque chose de suffisamment violent pour transformer son dégoût en politesse incertaine. Maudit soit-elle ! Elle devait avoir laissé échapper quelque chose !

A chaque fois qu'elle était sortie de la folie de ses rêves, elle l'avait questionné sur son comportement, sur ce qu'elle avait dit. Les réponses qu'il lui avait données, l'avaient toujours calmée et elle espérait ne pas avoir révélé trop d'informations. Mais il avait été espion pendant des années, traitant et analysant de dangereux indices alors qu'elle n'était même pas née, pour l'amour du Ciel ! Elle ne pouvait pas croire un mot de ce qu'il lui avait dit. Il était aussi bon à ce jeu qu'elle, peut-être même plus !

Mais si il doutait des images dans son esprit… Elle remonta ses mains à la hauteur de ses yeux et s'aperçut qu'elles tremblaient beaucoup. Elle devrait être encore plus prudente désormais. Tant qu'il pensait connaître ses motivations et voir au-delà de son masque, elle était en sécurité avec lui, même si c'était peu réconfortant. Mais maintenant que Snape suspectait plus, dans ses actions, qu'il ne l'avait présumé, il ferait tout pour découvrir ce qu'elle cachait. Et elle ne pourrait pas l'en empêcher.

Il ne doit jamais savoir, se jura-t-elle, les joues rougissant de honte à la pensée que Snape ne découvre…, Je ne dois pas baisser ma garde ! Je dois tout planifier avec précaution.

Mais ses plans ne fonctionneraient pas. Son esprit n'était qu'un ensemble tumultueux de pensées, de peurs, de souvenirs et d'images, et la seule chose qu'elle pouvait faire pour ne pas céder à la panique était de penser à ses cheveux, les laver deux fois, trois fois, jusqu'à ce qu'ils soient débarrassés de toute la sueur et la saleté, jusqu'à ce qu'elle se soit suffisamment calmée pour sortir de la baignoire et se sécher à l'aide d'une de ces épaisses serviettes.

Elle aurait adoré lancé un sort pour se raser les jambes et les aisselles, ou se sécher les cheveux par magie, mais Snape possédait toujours sa baguette, et elle ne se hasarderait pas à essayer la magie sans baguette de si tôt.

La douceur du coton de son pyjama était une sensation merveilleuse sur sa peau, mais elle tremblait de fatigue lorsqu'elle ouvrit la porte de la salle de bain pour remonter dans sa chambre.

Quelqu'un avait changé les draps et apporté à manger sur la table de nuit. Les grandes fenêtres étaient ouvertes et l'air frais caressait son visage. Un léger sourire éclaira son visage tandis qu'elle grimpait dans son lit et qu'elle arrangeait les couvertures. En un sens, c'était bon de se sentir en vie…

Un bol de soupe à la crème et du pain chaud et croustillant se trouvaient sur le plateau. Elle ne réalisa combien elle était affamée que lorsqu'il ne resta plus que quelques miettes de son repas. Précautionneusement, elle remit le plateau sur la table de nuit et s'allongea dans son lit.

Je devrais envoyer un hibou à Draco, songea-t-elle tandis que ses yeux se fermaient contre sa volonté, découvrir ce qui s'est passé lorsque j'étais…

Mais elle fut emportée par un profond et doux sommeil avant de pouvoir terminer ses pensées. Pour une fois, il n'y eu pas de cauchemars, mais seulement de la tranquillité, de la paix et du repos.

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Elle se réveilla doucement, ses pensées fusant dans toutes les directions, ressassant les événements des dernières semaines. Ça avait juste été un moment pour souffler, le calme avant la tempête. Mais elle devait se préparer à reprendre du service tôt ou tard.

Doucement, elle ouvrit les yeux, goûtant au bonheur d'être au chaud, entière et de ne pas éprouver de douleur. Mais lorsque ses yeux tombèrent sur la chaise qui se trouvait à côté d'elle, son corps se figea, vigilent. Snape était assis dans son fauteuil, lisant une pile de parchemin et corrigeant occasionnellement une ligne à l'encre rouge, de son écriture souple. Pas de doute, un de ses étudiants fondrait en larmes à la lecture de ses commentaires.

Elle se sentit vulnérable et exposée lorsqu'elle réalisa qu'il l'avait regardée dormir.

Hermione avait du faire du bruit sans s'en apercevoir, car, soudainement, sa tête se releva de ses papiers et ses yeux cherchèrent ceux de la jeune fille, surpris, comme s'il ne s'attendait pas à ce qu'elle soit réveillée. Ce qu'elle vit dans ses orbites sombres la fit frissonner. Intérêts, inquiétude et doutes. Il suspectait clairement quelque chose.

« Comment vous sentez-vous, Miss Granger ? », demanda-t-il calmement, elle ne perçut pas la méchanceté habituelle dans sa voix. « Vous avez bien dormi, j'espère. »

« Très bien, Professeur », répondit-elle sur le même ton. « Je me sens beaucoup mieux. Il n'est plus nécessaire de me surveiller tout le temps. »

Il ne réagit pas à cette demande implicite, mais quitta la pièce et revint un instant plus tard avec un autre plateau sur lequel se trouvaient un bol de soupe, du pain et du thé.

« Vous devriez essayer de manger », conseilla-t-il. « Vous avez perdu beaucoup de poids au cours des quinze derniers jours. »

« Je l'ai remarqué », répondit-elle, le regard fixé sur son repas. Dieu qu'elle avait faim !

Il la laissa saucer son bol sans faire de commentaire sur sa façon de manger ou son appétit. Un autre signe négatif, mais elle ne pouvait rien y faire. Elle pouvait difficilement lui demander de l'insulter un peu, de manière à ce qu'elle se sente mieux, n'est-ce pas ?

Lorsqu'il débarrassa le plateau, le silence régnait dans la pièce. Elle évitait au maximum de croiser son regard, préférant fixer ses mains repliées à la place.

« Je vous ai acheté quelque chose à lire », annonça-t-il enfin. La tête d'Hermione se releva alors tellement elle était surprise. « Vous devriez rester encore une journée au lit avant de tenter de vous lever plus longtemps. Je pensais que vous pourriez vous joindre à moi demain soir pour le dîner, dans la bibliothèque. Vous devriez passer la journée ici, même si ce doit être lassant de ne rien voir d'autre que cette chambre. »

« Cette chambre est tout simplement parfaite », répondit-elle prudemment, mais en remarquant l'attitude figée qu'il adopta lorsqu'elle déclina son invitation, elle ajouta rapidement, « Mais je vous rejoindrai demain soir. Merci beaucoup de me l'avoir proposé. »

« Ce n'est rien Miss Granger. Appelez-moi si vous avez besoin de quoi que ce soit. Je serai tout ouï. »

Elle ne pensa à regarder le livre qu'il lui avait laissé qu'après son départ, quand la porte fut refermée. C'était un petit livre avec une reliure en cuir. 'L'art de la guerre par Sun Tse' lut-elle sur la couverture.

Elle fut, malgré elle, captivée par l'ouvrage. Sun Tse avait du être un génie militaire en son temps. Elle gloussa lorsqu'il donna son avis sur les généraux et Princes ayant vécu presque deux mille cinq cents ans avant sa naissance.

Il semblait aussi pragmatique qu'elle l'était devenue au cours des derniers mois en ce qui concernait la guerre, préférant les combats gagnés sans avoir à sortir l'épée, les guerres psychologiques plutôt que celles nécessitant une armée. Mais lorsqu'elle arriva au dernier chapitre de son 'Art', elle le lut encore et encore, et ce fut comme si, à travers les paroles de ce vieux Chinois, Severus Snape lui avait parlé.

« Pour survivre, votre espion doit être un homme d'une intelligence hors du commun mais avoir l'apparence d'un idiot, d'un minable, tout en ayant une volonté de fer. Il doit être énergique, résistant, fort et courageux : il sera utile pour de nombreux 'sales boulots', capable d'endurer la faim, le froid et ayant suffisamment de volonté pour accepter la honte et sa propre disgrâce. »

Elle sourit. Pas étonnant que ce livre plaise au Maître des potions. Sun Tse considérait ses espions comme suffisamment importants pour faire d'eux la pièce maîtresse de chaque guerre. Méprisés et rejetés de la société, ils combattaient dans l'ombre pour protéger cette même société. Les secrets, les ténèbres et l'amertume les faisaient vieillir plus vite que leur âge – elle eût l'étrange sensation que le Professeur Snape et elle n'étaient pas si différents que ça.

« C'est pourquoi les dirigeants les plus éclairés et les généraux avisés veulent utiliser les recrues les plus intelligentes de leur armée comme espion pour parvenir à leurs fins. »

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Snape revint à l'heure du dîner, apportant une fois encore un plateau avec un assortiment de mets. Mais tandis qu'elle le remerciait et détaillait son repas, elle trouva sa baguette à côté de son assiette.

Surprise et ne sachant pas quoi en faire, elle leva les yeux vers l'homme qui se trouvait toujours devant elle.

« N'est-ce pas trop tôt ? », lui demanda-t-elle, sans formuler la question qu'elle avait en tête : Pourquoi me faites vous confiance au point de me rendre ma baguette ? Il s'attendait probablement à ce qu'elle pose la question aussi, mais elle ne voulait pas relancer une telle conversation, pas si elle pouvait l'éviter.

« Vous devriez pouvoir utiliser la magie sans risque désormais », lui répondit-il puis il s'assit dans le fauteuil qui semblait être le sien. « Mais commencez doucement et soyez prudente tant que vous ne connaissez pas les effets qui ne manqueront pas de se produire au début. Tout d'abord, mangez. Vous avez besoin de reprendre des forces. »

Elle acquiesça sans un mot et se tourna vers son repas, ignorant complètement sa baguette, comme si elle voulait lui montrer qu'elle n'avait aucune importance pour elle. Avec la puissance de sa baguette et ses pouvoirs magiques récupérés, la liberté semblait plus proche qu'avant. Elle pourrait peut-être sortir de là indemne, avec tous les secrets qu'elle gardait.

Quand elle eût fini, elle attendit qu'il s'en aille, mais il ne fit aucun mouvement pour se lever ou lui retirer le plateau. Evidemment, il voulait assister à sa tentative, et doucement, elle s'empara délicatement de sa baguette et caressa de ses doigts la surface polie.

« Essayez d'allumer cette bougie, là-bas », lui conseilla Snape.

Ce n'est pas comme si je n'avais jamais utilisé de baguette, Professeur, pensa-t-elle rageusement, mais elle décida de garder ses pensées pour elle. Elle pointa la fine baguette de bois sur la bougie et murmura un sortilège.

Immédiatement, une vive douleur lui vrilla la tête, l'obligeant à lâcher sa baguette et gémir comme si elle était à l'agonie. Snape fut à ses côtés en un battement de cœur.

« Miss Granger », demanda-t-il, inquiet. « Qu'est-ce qui se passe ? »

Elle refoula les larmes qui ne demandaient qu'à rouler sur ses joues suite à la douleur ressentie, et quand elle le regarda, son visage était de nouveau sous contrôle.

« Rien du tout », répliqua-t-elle vivement. « Une légère douleur. Je ne m'y attendais pas. Désolée, Professeur. »

« Bien, maintenant nous savons que vous devez commencer plus doucement », commenta-t-il, débarrassant le plateau de ses genoux et se dirigeant vers la porte. « Prenez votre temps, Miss Granger. Et ne vous surmenez pas. Je vous vois demain matin. »

« Merci, Professeur », lui lança-t-elle, « et bonne nuit à vous. »

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En dépit des avertissements de Snape, elle s'entraîna toute la nuit, jusqu'à ce qu'elle puisse supporter ou même ignorer la douleur. Elle s'endormit, la main agrippant la sombre baguette de bois si bien que lorsqu'elle se réveilla au petit matin, ce fut la première chose qu'elle remarqua.

Elle mangea le petit-déjeuner qui l'attendait sur le bureau, prit une douche et fut ravie de constater que sa magie était de nouveau assez forte pour soumettre son corps à des sorts de séchage et de rasage. Elle s'habilla d'un pantalon en coton et d'une chemise rouge foncée et se sentie de nouveau humaine, pour la première fois depuis des jours.

Elle passa sa journée à s'entraîner sur ses sorts, rattraper le retard qu'elle avait dans ses devoirs. Elle fut surprise de voir arriver le soir aussi rapidement. Lorsque la grosse horloge de la bibliothèque sonna sept heures, elle descendit les escaliers en colimaçon et trouva un abondant repas et un élégant Professeur Snape qui l'attendaient.

« Vous semblez aller mieux, Miss Granger », commenta-t-il de sa voix la plus douce, alors qu'il contournait la table et lui offrait une chaise. « Votre magie est-elle revenue ? »

« Une grande partie », répondit-elle, soulagée qu'il ait ouvert la conversation sur un sujet positif. « Je n'ai pas encore essayé quelque chose de puissant, mais les sorts de base ne me posent plus de problèmes. »

« Vous devriez vous laisser du temps. Tout va vous revenir d'ici quelque temps. »

« J'espère », rétorqua-t-elle sincèrement. « Et merci pour votre soutien. »

« Vous n'en pensez rien. »

Un désagréable silence s'installa entre eux tandis qu'ils se concentraient sur leur repas. Finalement, Hermione leva les yeux pour s'apercevoir qu'il l'observait. Il y avait quelque chose d'indéchiffrable dans ses yeux, une sorte de curiosité hésitante qui la rendait nerveuse.

« Alors, dites-moi, Professeur, y a-t-il des nouvelles concernant l'Ordre ? », demanda-t-elle pour soulager la tension.

« A part les habituelles chamailleries et disputes hiérarchiques, vous voulez dire ? », l'expression supérieure de son visage la fit sourire. « Beaucoup à vrai dire. Les fausses informations que nous avons disséminées au Ministère ont finalement porté leurs fruits. Nous savons maintenant que Fudge nous a caché des informations clef, délibérément. Evidemment, il y a eu des discussions houleuses sur ce que nous devions faire ou pas, mais finalement, ils se sont tous mis d'accord sur le fait qu'il fallait jeter des sorts d'écoute dans le bureau du Ministre. »

« Enfin ! », dit Hermione, profondément satisfaite. « J'avais peur qu'il ne leur faille toute une vie pour se décider ! »

« Vous étiez au courant de ça ? », demanda Snape, réellement surpris. Il avait toujours considéré que la querelle entre Fudge et l'Ordre n'était connue que par peu de membres.

« J'ai découvert le manège de Fudge il y a des mois. », répondit-elle mystérieusement. « J'en ai parlé au Directeur et il voulait destituer Fudge, mais je l'ai convaincu qu'il valait mieux avoir un idiot à la tête du Ministère, plutôt que quelqu'un d'inconnu. »

« C'est exactement le conseil que j'ai donné à Albus », commenta lentement Snape. Ensuite, il remplit son verre d'un vin à la robe rouge sombre et le lui offrit.

« Merci beaucoup, Professeur », refusa-t-elle, « mais je ne bois pas. C'est trop… »

« Risqué pour un espion, je sais, Miss Granger », l'interrompit-il, sa douce voix se fit caressante. « Seulement pour cette fois, réfléchissez, vous pouvez faire une exception. Ça vous aidera à vous détendre, et la décontraction est ce dont vous avez besoin pour vous sentir mieux. »

Elle hésitait toujours, mais lorsque les doigts graciles de Severus lui présentèrent le verre sans signe de retrait, elle le prit et goûta le liquide pourpre. Elle n'avait jamais bu de vin aussi délicieux. Il avait un goût de… la voix de Severus, pensa-t-elle, mais elle repoussa rapidement cette pensée de son esprit.

« Quel type de sort d'écoute suggèreriez-vous, alors ? », l'interrogea Severus alors qu'il remplissait de nouveau son verre avec la carafe en cristal. Elle n'avait même pas remarqué qu'elle l'avait vidé.

« Ce devrait être un sort en sommeil, je pense », répondit-elle tout en retournant à son repas, « activé par certains mots clef. Nous serions sûrs que… »

Ils discutèrent, échangèrent leur avis sur les différentes formes de sorts que Severus devrait présenter à l'Ordre, puis ils abordèrent le thème des potions, du travail de recherche qu'il avait entamé avec Remus Lupin.

Hermione fut surprise de la douceur dont témoignait son Professeur si renfermé d'habitude. Il semblait avoir totalement abandonné son attitude arrogante, la traitant d'égal à égal et analysant ses commentaires et propositions avec le même soin que s'il devait publier un article scientifique ou démarrer une nouvelle expérience. Elle rendit compte que discuter avec lui, devenait presque naturel pour elle. Il la faisait rire, l'écoutait attentivement, et le vin ainsi que le délicieux repas provoquait une chaleur dans son ventre qui rayonnait dans tout le reste du corps, jusqu'à ce qu'elle soit détendue, satisfaite et en confiance.

Finalement, le silence entre eux retomba, mais ce n'était pas le silence inconfortable de tout à l'heure.

« Alors, dites-moi, Miss Granger », demanda finalement Snape d'un ton léger, ne trahissant aucune de ses intentions. « Que savez-vous de l'Occlumancie ? »

Pendant ce qui lui sembla être un moment interminable, elle ne pouvait rien ressentir d'autre que de l'admiration tandis qu'elle fixait avec de grands yeux. Par Merlin, elle ne serait jamais aussi bonne ! Cet homme avait été capable de l'hypnotiser avec subtilité. Il avait tout planifié : la mettre à l'aise, la détendre, lui offrir du vin. Elle n'avait jamais bu de vin ! Et maintenant que ses défenses étaient tombées, il refermait le piège sur elle.

Ensuite, la panique l'envahit et ses réflexes de survie prirent le dessus. Son visage passa de la surprise à l'innocence si vite qu'il n'aurait pas remarqué sa première réaction s'il n'avait pas été attentif en l'observant.

« Pas grand-chose, Professeur », répliqua-t-elle sur un ton aussi léger que le sien. « Harry m'en a parlé pendant notre cinquième année, quand vous le lui avez enseigné. De plus, j'ai fait quelques lectures supplémentaires pour un projet il y a quelque temps, mais il y a peu de renseignements à la bibliothèque, j'en ai bien peur. Pourquoi, vous envisagez de l'utiliser sur le Ministre ? »

« Vous savez que vous pouvez me faire confiance, Miss Granger, n'est-ce pas ? Je ne trahirais jamais vos secrets », tandis qu'il posait sa question, quelque chose dans sa voix la poussait à lui ouvrir son cœur, à tout lui dire, à le laisser la secourir… mais elle savait la malice dont il pouvait faire preuve, maintenant. Non. Elle ne pouvait pas lui faire confiance.

« Evidemment que je vous fais confiance, Professeur, mais je ne vois pas comment l'Occlumancie peut nous aider dans notre problème avec le Ministre », répondit-elle d'un ton neutre. Elle se leva de sa chaise. « Mais je ferais mieux d'aller me coucher, je me sens fatiguée. »

D'un bond, il parcourut la distance qui les séparait, et se tenait devant elle de toute sa stature, posant les mains sur les épaules de la jeune fille. Il savait ! Par Merlin, il savait !

« Je sais que vous mentez, Miss Granger », dit-il doucement, le murmure de velours provoqua des frissons de peur tout le long de sa colonne vertébrale. « Alors, pourquoi ne pas arrêter ce petit jeu entre nous, et discuter sincèrement à la place ? »

« Je ne sais pas de quoi vous parlez, Professeur », bredouilla-t-elle, la panique s'entendait clairement dans sa voix, désormais. « Qu'est-ce que l'Occlumancie a à faire avec… »

« Suffit ! Pourquoi mentez-vous, jeune fille ? Que cachez-vous ? »

« Rien ! Je vous en prie, Monsieur, je ne… »

« Alors pourquoi ne pas m'avoir parlé de ce que Lucius Malfoy vous fait subir ? Pourquoi ne pas m'avoir parlé de la Chambre Noire, Miss Granger ? Pourquoi étiez-vous si effrayée que vous me suppliiez de vous tuer avant qu'ils ne vous attrapent ? Parlez-moi des jeux auxquels ils jouent avec vous lorsque le Seigneur des Ténèbres est d'une humeur massacrante. »

Quelque chose se brisa sur le visage de la jeune fille, ses yeux devinrent ceux d'un animal sauvage. Elle se dégagea de son étreinte, déchirant sa manche et basculant en avant, entraînée par son mouvement. Courant vers l'une des fenêtres, elle l'ouvrit brutalement. Elle semblait vouloir sauter par-dessus la rambarde, mais Severus fut le plus rapide. Il l'empoigna, la tourna face à lui et immobilisa de ses mains, son visage pâle et trempé de sueur.

« Qu'est-ce que vous faites ? », hurla-t-elle, la peur faisait trembler sa voix. « Ne faites pas ça ! Je ne peux pas… pas maintenant ! »

Mais il devait savoir !

Au moment où il pénétra de nouveau son esprit, il sut qu'elle n'avait même pas tenté de se défendre la dernière fois. Mais maintenant, elle mettait toute sa force dans ce mur qui séparait ses pensées de celles de Severus, si bien qu'il dut lutter à chaque pas pour avancer. Il n'était pas sûr qu'il aurait réussi à la contrôler si elle avait été en pleine possession de ses moyens, mais ainsi, elle ne pouvait pas lui cacher ses faiblesses. Il l'entendit gémir de frustration et de douleur quand il percuta son mur mental, passant à travers avec force, brutalement.

Mais ce qu'il trouva derrière le mur de sa pensée n'étaient que les images qu'il avait vues deux semaines auparavant. Il rampa, sachant ce qui allait se passer, et quelque part, il entendit Miss Granger débiter des mots, lui demandant et le suppliant d'arrêter –comme elle l'avait fait le jour où ses hallucinations avaient commencé.

Hermione, d'une beauté sensationnelle, dans une robe de soirée noire faite pour mettre en valeur sa poitrine. Des hommes ne faisant que l'observer, des femmes la regardant avec jalousie. Draco à ses côtés.

Hermione avait un verre de vin rouge à la main qu'elle buvait à petite gorgée, ses yeux brillants sous la rangée de cils noirs. Soudain, Lucius Malfoy se tint devant elle.

« Bien, bien, bien, qu'est-ce qu'une petite sang-de-bourbe fait à une soirée comme celle-ci ? »

« Je vous attendais, Monsieur Malfoy », humectant ses lèvres de vin rouge, et se penchant légèrement vers lui.

« Qu'aurais-je à voir avec une jeune fille comme vous ? »

« Il existe de nombreuses façon d'utiliser une sang-de-bourbe, Lucius, et certaines peuvent être agréables pour les deux partis. »

Lucius sourit, et une sensation de… désir monta au niveau de son bas-ventre. Il la conduisit dans une chambre et elle ne put attendre qu'il ait les mains sur son corps.

Le gémissement d'Hermione, lorsqu'il déchira le haut de sa robe…

Une double défense, réalisa-t-il, étonné de sa maîtrise. Elle a combiné un mur mental avec un second mur de fausses images, ce qui satisferait tout Occlumens, grâce au réalisme des images. Personne ne chercherait à aller plus loin.

Hermione agenouillée devant Voldemort, son front touchant le sol.

« Je sais que je ne suis rien d'autre qu'une vulgaire sang-de-bourbe, Mon Seigneur, mais même quelqu'un comme moi peut rendre de grands services. Je sais des choses extrêmement précieuses pour vous, je suis la meilleure amie de Potter, et j'ai gagné la confiance de Dumbledore. Je souhaite seulement vous servir. »

Se levant sur un signe du Seigneur des Ténèbres et ressentant le pouvoir, le triomphe et la reconnaissance. Elle avait rejoint ses rangs. Elle était un Mangemort. Elle servait le plus puissant sur terre.

Hermione se tenant devant Voldemort. « C'est un sale traître, Mon Seigneur, rien de plus. Il vous a trahi pour ce vieux fou depuis votre retour. » Pleine d'allégresse et de fierté. Elle avait montré à la vieille chauve-souris, sa place. Elle était l'animal de compagnie du Maître, reine du monde qui allait émerger.

« Je peux vous donner Potter, Mon Maître. J'ai juste besoin d'un peu de temps et d'un plan, et je vous livrerai ce gamin », et les puissantes griffes du Seigneur des Ténèbres le briseraient, et elle regarderait.

Il tenta de repousser les images qui flottaient autour de lui, l'insultant et se moquant de lui, mais c'était peine perdue. Elles étaient parfaitement façonnées, ne laissant aucune ouverture, aucun espace pour pénétrer l'esprit qui se cachait derrière elles.

Hermione, à genoux une fois encore. « Déshabille-toi », lui avait ordonné le Seigneur des Ténèbres, et elle obéit, ôtant sa robe et se tenant dans la plus complète nudité au sein du cercle de Mangemorts.

« Tout ce que voudrez, Mon Maître. » Elle y croyait. Elle le servirait jusqu'à la mort.

Les ombres noires des Mangemorts se rapprochèrent d'elle, la frappant et lui assénant des coups de pieds. La fouettant.

« C'est le prix que doit payer une sang-de-bourbe si elle veut rentrer dans nos rangs. »

Hermione hurlant de plaisir, tremblant d'envie et suppliant pour en avoir plus.

« Merci pour cette douleur, Mon Seigneur ! Merci pour tout, Maître ! »

Il sentit le corps d'Hermione trembler sous sa forte poigne. Il n'y avait aucun moyen de passer derrière ces images. Mais il savait qu'elles étaient fausses, désormais ! Il savait qu'il y avait autre chose, plus ! Avec toute la puissance dont disposait son esprit, il heurta la barrière d'images, encore et encore, tout en entendant Hermione crier d'angoisse et de douleur, et finalement, il sentit le mur céder dans une violente explosion.

Hermione se tordant, gémissant sous le corps nu de Lucius Malfoy, le mordant et le griffant, buvant son sang.

Hermione hurlant alors que Lucius la pénétrait, cognant sa tête contre le mur de pierre gelé.

Les yeux grand ouverts sous ce corps, les pupilles presque noires à force de désir, de triomphe, de douleur, de besoin de sang…

Il y avait une ouverture ! Il pourrait voir, maintenant – profondément dans ses pupilles, une lueur scintillait, une allusion à quelque chose de plus, un petit passage vers son esprit. Avec le peu de forces qu'il lui restait, il passa à travers, sentant qu'il pénétrait dans la profondeur de ses yeux.

Elle cria, ses mains le griffèrent, tentèrent de le repousser de toute leur force, mais il tint bon. Broyant presque son visage sous ses doigts, il pénétra de plus en plus loin dans l'esprit d'Hermione. Peu à peu. De plus en plus loin.

Et là, dans les ténèbres de son cœur, il trouva l'horreur.

Il voulait la rencontrer de nouveau, à peine une journée après leurs dernières… activités. Transplanant dans une maisonnette qui leur servait de lieu de rendez-vous, elle avait été à peine consciente de ce qui l'entourait lorsqu'il s'était tenu devant elle, lui avait pris sa baguette, et déchiré son chemisier en un éclair. Il ne l'avait même pas traînée jusqu'au lit. Il l'avait forcée à se mettre à genoux en lui attrapant les cheveux, puis lui avait enfoncé son sexe chaud et palpitant dans la bouche. Elle avait du mal à respirer, mais parvint tout de même à émettre un gémissement lascif avant qu'il ne se retire. Tu peux faire ça, Hermione, l'entendit-il répéter dans sa tête, tu t'en remettras. Respire. Lèche. Suce. Gémis ! La haine brûlait en elle, mais quand il la releva et la poussa sur le mur de pierre gelé, sa jupe remontée sur ses hanches, même la haine s'effaça pour faire place à une montagne de peur et de douleur. Elle ferma les yeux et essaya de penser à quelque chose d'autre, à l'agréable feu de la salle commune, à Pattenrond ronronnant dans ses bras, au merveilleux plafond de la Grande Salle, tout en criant son pseudo désir et en gémissant son nom, mais il ne la laisserait pas s'échapper si facilement. Et à chaque violente pénétration, elle la honte envahir un peu plus son cœur.

« Tu n'es qu'une petite putain de sang de bourbe, Granger, et tu ne seras jamais rien de plus. » Elle était agenouillée devant de nombreux Mangemorts revêtus de leur robe, nue et frissonnante, son corps tremblant à cause des plaies sanguinolentes. « Tu ne vaut pas plus que la boue sous nos chaussures, le sais-tu ? Mais je vais faire preuve de générosité, sang de bourbe. Lèche mes bottes –peut-être qu'elles rajouteront de la valeur à ta vie. Lèche les ! » Les bottes, couvertes du sang de la victime précédente. Fais ce qui doit être fait ! Par Merlin, j'aurai préféré qu'il se contente du Doloris ! Puis elle se pencha sur les bottes et lécha le sang salé. « Je vous remercie, mon Maître ! », murmura-t-elle avec zèle, elle entendit alors les rires rauques des fidèles. « Merci pour cette douleur ! » Puis un violent coup l'envoya rouler plus loin sur le sol, au milieu des Mangemorts. Il lui avait cassé une côte mais il lui en casserait bien plus avant la fin de la nuit.

Severus en avait vu assez… Il essaya de faire demi-tour. Le corps d'Hermione s'était ramolli depuis longtemps dans les bras de Severus, et seuls les images et les sensations qui avaient inondé son esprit lui permettaient de dire qu'elle n'était pas encore évanouie. Mais il s'aperçut avec horreur qu'il ne pouvait plus quitter son esprit, que le mur qu'il avait traversé le retenait désormais prisonnier de son esprit ; et avant qu'il ne puisse rompre le contact, avant qu'il ne puisse la repousser et mettre fin à leur torture, de nouvelles scènes vinrent le tourmenter. Il était une fois de plus perdu au sein des horreurs qu'étaient ses souvenirs.

« Par Merlin, non ! », sanglota-t-elle tandis que Lucius emplissait son ventre d'une intense douleur. Cela faisait maintenant des semaines qu'elle saignait, et elle avait peur que la douleur ne la tue avant l'heure. Soudain des doigts puissants s'enroulèrent autour de sa gorge. Elle ne pouvait plus respirer ! La panique s'empara d'elle, puis elle entendit la voix de Lucius murmurer à son oreille. « Qu'as-tu dis, ma petite pute sang de bourbe ? » « J'ai dit ne t'arrête pas, Lucius, ne t'arrête pas ! », elle étouffait tout en pensant : il allait la tuer maintenant, et la paix l'envahit à cette idée. Puis il fut de nouveau sur elle, il la battait, la cognait et la mordait, griffant la peau tendre de ses seins. « Oui, donne-la moi, oui », criait-elle tandis que des larmes inondaient son visage, mais il faisait noir et Lucius ne pouvait pas les remarquer, elle pouvait donc les laisser couler. Pas de repos ce soir, pas pour une putain de sang de bourbe.

Hermione, assise sur son lit, soignait une profonde estafilade à sa cuisse en pleurant silencieusement de douleur. Elle était tellement épuisée qu'elle ne pouvait plus dormir. Les cauchemars la hantaient et il était trop risqué de voler plus de potion de sommeil sans rêve. En plus, les cours allaient bientôt commencer… Mais personne ne devait remarquer quoi que ce soit ! Personne ne devait rien remarquer !

Il luttait désespérément contre les défenses d'Hermione qui constituaient désormais une prison. Il devait sortir ! Il ne pourrait pas supporter ça plus longtemps ! Pour la première fois depuis des années, la panique et la peur le rendaient incapable de penser. Il luttait aveuglément, juste pour repousser la douleur, l'horreur, la honte qui la parcouraient. L'image suivante le choqua tellement qu'elle le paralysa.

Son propre visage la dominait tandis que ses mains maintenaient ses épaules et qu'il la forçait à rencontrer ses yeux. Sa propre présence dans l'esprit d'Hermione, l'obligeant à révéler les images qu'elle avaient plantées afin de protéger la vérité. Il me hait maintenant, il pensait avec elle et il ressentit une grande souffrance : la honte et l'humiliation parcouraient les veines de Severus, il va me voir comme la putain que je suis !

Les yeux de Severus, noirs de haine et de dégoût quand il la laissa partir, l'éloignaient de lui comme si elle était une chose de sale et contagieuse. Je ferai ce qui doit être fait ! Je ferai ce qui doit être fait ! La litanie de la jeune fille dans les oreilles du Professeur, et ensuite la sensation du masque gelant sa personnalité, l'engourdissement glacial de son contrôle lorsqu'il entendit sa propre voix l'insulter. Il sentit quelque chose se briser en elle, le peu de chaleur qui lui restait, avait disparu, la petite étincelle d'espoir avait disparu.

Il l'avait fait. Il lui avait fait ce qu'aucun Mangemort n'était parvenu à faire jusqu'à présent. Elle était morte maintenant. Elle pouvait tout aussi bien arrêter de respirer et laisser les ténèbres s'emparer d'elle. Un souvenir envahit alors son esprit, plus puissant que tous les autres. La silhouette d'un homme, recroquevillé au sol dans l'obscurité, le visage terrorisé, d'une pâleur intense à cause du sang perdu, tremblant de peur, appelant Hermione par son nom…

Soudain, il se sentit tiré et propulsé hors de l'esprit d'Hermione par une puissance trois fois plus forte que la sienne. Quelque chose de dur stoppa sa chute et lorsqu'il ouvrit les yeux, il se trouvait à moitié avachi sur un fauteuil de sa bibliothèque. Rien n'avait bougé dans la pièce. Mais tout avait changé à l'intérieur de lui. Ses yeux hagards recherchaient frénétiquement la jeune fille. Il la trouva allongée sur le plancher, en un tas sans vie de vêtements, de cheveux et de membres. Ses épaules se contractaient de manière désordonnée, et sa respiration rauque et superficielle se mêlait à la sienne.

Par Merlin ! Qu'avait-il fait ! Il ne souhaitait qu'un aperçu de ses véritables intentions, afin de savoir à quel camp elle appartenait. Au lieu de ça, il avait été indiscret, avait ravagé ses pensées et réveillé des souvenirs trop douloureux pour être mélangés avec les autres !

Comment pouvait-elle ressentir tout ça et continuer sa mission, comment pouvait-elle se conduire comme un être humain normal et agir en jeune fille loyale avec ces images dans son esprit !

Comment pouvait-elle le supporter ? Il n'avait jamais senti une personne aussi blessée et toujours en vie.

Son visage était inexpressif. Il essaya de dire quelque chose, n'importe quoi qui aurait pu la faire se sentir mieux, mais là où, habituellement, les pensées flottaient dans sa tête, il ne pouvait voir que ces horribles images. Il n'entendait rien d'autre que les cris d'Hermione, ne ressentait rien d'autre que la honte et la peur de la jeune fille.

Elle ne bougeait pas. Elle ne le regardait pas ni ne réagissait à quoi que ce soit autour d'elle. Alors il s'avança vers elle, et doucement, avec hésitation, il posa une main sur sa maigre épaule.

« Ne me touchez pas », siffla-t-elle, elle chancela quelque peu en se remettant sur ses pieds et s'appuya légèrement sur le dossier du fauteuil. « Comment osez-vous me toucher après ce que vous m'avez fait ? »

« Je suis désolé, Miss Granger, je… »

« Il n'y a pas d'excuses à ce que vous venez de faire, Professeur », cria-t-elle, utilisant son titre comme une insulte, ce qui le frappa comme un coup de poing dans l'estomac. « Vous ne valez pas mieux qu'eux. Ils ont peut-être violé mon corps mais vous venez juste de violer mon âme ! »

« Je sais que ce n'était pas… Je n'aurais jamais fait ça si… Mais je devais savoir, Miss Granger, je devais savoir ! » Le ton utilisé par Severus demandait à Hermione de comprendre, même s'il savait qu'elle ne lui pardonnerait pas, qu'elle ne parviendrait jamais à comprendre pourquoi il avait fait ça. De toute façon, il ne le méritait pas. Par Merlin, ce n'était pas elle le monstre, c'était lui !

« Bien, le monde peut reprendre sa course habituelle, maintenant que Severus Snape a prouvé sa supériorité sur une élève sang de bourbe », dit-elle avec agressivité, ses yeux lançant des éclairs. « J'espère que ça valait le coup, Professeur ! Cela vous soulage-t-il de savoir que je ne suis pas aussi forte que vous, qu'ils m'ont bien assez puni pour avoir pris votre place ? Ou voulez-vous continuer à briser mon esprit comme si je n'étais qu'une pâle copie de Gringotts ? Peut-être aimeriez-vous me sauter, ainsi vous seriez réellement en moi ! »

Elle s'avança vers lui, les yeux flamboyant de fureur, elle ouvrit le haut de son pyjama. D'instinct, il recula, apeuré et honteux. « Miss Granger, je vous en prie ! »

« Oh, je vois », hurla-t-elle, des larmes roulaient sur son visage et conféraient à ses yeux un éclat inhabituel. « Pas après ce que vous avez vu, Professeur ? Vous ne voulez certainement pas toucher une putain comme moi, hein ? Cela vous dégoûte-t-il ? Je me dégoûte moi-même. J'espère que vous en avez tiré quelque satisfaction ! »

Il ne pouvait que la fixer du regard, hors d'haleine, trop choqué pour penser à autre chose que l'incroyable peine qui se lisait sur son visage.

« Je pourrais vous tuer pour ça ! », murmura-t-elle, sa voix tremblait autant que le reste de sa personne. « C'était déjà difficile à supporter quand personne ne savait, mais maintenant… A chaque fois que Lucius me touchera, je sentirai vos yeux sur moi, je saurai que vous savez… »

Soudain comme si elle réalisait enfin ce qui avait eu lieu, le visage d'Hermione perdit toute couleur et elle s'étrangla, pressant sa main contre sa bouche pour prévenir un haut-le-cœur. Il fit un léger mouvement vers elle pour soutenir son corps tremblant, mais elle évita son contact et quitta la pièce en montant les escaliers. Il put entendre une porte claquer derrière elle.

Ensuite, ce fut le silence.

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Voilà, encore un chapitre sombre ! Décidément je me régale lors des tête-à-tête Hermione-Severus. J'espère que vous avez eu autant de plaisir à lire que moi à traduire ce chapitre !

A la prochaine…