Quand la Lionne se bat

Auteur : Kayly Silverstorm

Merci à ma correctrice Emi Yoneyama


RAR

El diablo: Evidemment que les choses vont s'améliorer entre nos deux protagonistes! Pour te donner un indice, disons que Snape sera plus ou moins obligé de faire quelque chose qu'il n'aurait jamais pensé faire... Oui, je sais, c'est un peu vague comme indice! Mais c'est fait exprès! Excuse-moi pour cette erreur de vocabulaire, c'est vrai, tu es cynique. Moi aussi. Et je suis tout à fait d'accord avec toi, Snape est un anti-héros, mais c'est aussi ce qui le rend attachant. Mais pour l'heure, fini le blabla et place au nouveau chapitre, même s'il est plus court que les précédents.

Malicia-moony: Merci pour tous ces compliments. Sache que tu es toute pardonnée... Alors je te laisse lire la suite.

Shaeline: Tiens, une nouvelle. Ravie de t'accueillir. Voilà la suite.

Amelda: Encore une nouvelle, je suis gâtée aujourd'hui. Je suis contente que cette fic te plaise mais le mérite en revient surtout à l'auteur, je ne fait que traduire...


Chapitre 12 : Point de rupture

Libérant un long soupir, Severus buta sur le canapé en frissonnant et se laissa tomber dans le cuir frais et tendre.

Il leva sa main droite et s'aperçut qu'il tremblait, il pinça alors l'arrête de son nez mais ce geste ne semblait pas l'aider, il frotta son visage vigoureusement des deux mains pour retrouver un semblant de sensations ou de sentiments.

Il était engourdi par le choc. Pour la première fois depuis des années, Severus était gelé. Il ne pouvait plus penser. Il ne pouvait plus agir. Et il ne ressentait rien. Tout son être était figé sur une simple phrase qui résonnait dans sa tête encore et encore : « Vous venez de violer mon âme ! »

Tu es un monstre, Severus !

La honte et la culpabilité jaillissaient de lui, l'empêchant presque de respirer. Il s'étouffait avec son propre dégoût lorsqu'il se souvenait du corps tremblant d'Hermione sous ses mains, de ses suppliques pour qu'il l'épargne, pour qu'il la laisse. Il se dégoûtait quand il se rappelait la façon dont il avait détruit son mur de défense, juste parce qu'il avait besoin de savoir. Il n'y avait pas de respect dans ce qu'il avait fait, pas d'humanité. Il lui avait tout pris et ne lui avait rien laissé.

Un monstre !

Elle était un être humain, pour l'amour de Dieu ! Presque une femme, et elle était son étudiante. Il lui avait promis protection et soin, et l'avait dupée en la mettant dans une situation sans échappatoire.

Il frissonna en se rappelant l'amertume de sa voix, la totale résignation. Il se souvenait de la honte d'Hermione pour ce qu'elle avait fait, de sa honte d'avoir été découverte.

Cela vous soulage-t-il de savoir que je ne suis pas aussi forte que vous, qu'ils m'ont bien assez puni pour avoir pris votre place ?

Comment pouvait-elle croire qu'il avait pensé ça ne serait-ce qu'une minute ? Qu'il se réjouissait de sa faiblesse ou souhaitait qu'elle soit punie ? Mais si tu y réfléchis, ça colle parfaitement avec Snape le bâtard, n'est-ce pas , pensa-t-il avec amertume, et encore une fois, il se vit tourner autour d'elle, la fureur et le dégoût dans ses yeux, lui jetant des insultes au visage…

Pas étonnant qu'elle le croie capable d'une telle arrogance, de tant de haine. Suffisamment pour se réjouir de la chute de sa plus brillante élève ? Mais il ne lui avait jamais dit combien il admirait son intelligence, combien il était fier de sa réussite scolaire. Il ne lui avait jamais dit à quel point il la trouvait courageuse.

Et maintenant, elle s'était recluse dans sa chambre, se cachant de lui. Probablement en train de pleurer toutes les larmes de son corps. Faisant probablement pire.

Et c'était sa faute.

Il tenta de se motiver pour bouger, pour monter les escaliers et aller dans la chambre de la jeune fille, mais il dut admettre qu'il ne pouvait pas. Il ne pouvait tout simplement pas la regarder en face. Comment l'aborder après ce qu'il avait vu, après ce qu'il lui avait fait ?

Il avait peur de ce qu'il verrait lorsqu'il irait la trouver. La haine sur son visage, le désespoir le plus complet, ce serait trop dur à supporter. Il ne pourrait pas accepter de revoir cette expression dans les yeux d'Hermione.

Des pas légers dans l'escalier le sortirent de ses amères pensées. Hermione Granger descendait les escaliers, il se prépara à ce qu'il verrait.

Mais il n'y avait aucun signe de ce à quoi il s'attendait. Au lieu de voir une jeune fille brisée et paniquée, ce fut une reine qui entra d'un bon pas dans la bibliothèque. Une reine de glace.

Elle tenait sa tête haute, les épaules droites et sa tenue était parfaite.

Il pouvait voir qu'elle avait pris une douche à l'humidité de ses cheveux. Elle s'était aussi changée pour mettre un pantalon, un haut et une robe, comme pour mettre de la distance avec la lourde atmosphère qui s'était instaurée il y a moins d'une heure.

Il ne l'avait jamais vu aussi froide, mais désormais, il savait que ce n'était qu'un masque désespéré, mis pour tromper le monde. Il frissonna. Elle n'avait plus l'air… humaine. Severus avait l'impression qu'elle était sculptée dans du marbre ou du diamant, trop dur pour être touché. Trop dur et ressentant éternellement la peine.

Elle n'était plus là, réalisa-t-il à ce moment. Elle avait banni les dernières traces d'émotion, chassé ce qui la rendait humaine, très loin, pour cacher ce que personne ne devait atteindre. Elle n'était plus qu'une marionnette que sa volonté faisait mouvoir. Elle était à la fois l'instrument et la maîtresse.

Il délaissa le canapé et s'avança vers elle, incertain et maladroit comme un écolier. Elle ne le regardait pas, ses yeux se posaient sur tout dans la pièce sauf sur lui. Il voulait lui présenter des excuses, murmurer des pardons, lorsque la voix d'Hermione totalement calme et contrôlée, le stoppa net.

« Je dois m'excuser pour mon comportement de tout à l'heure, Professeur Snape », énonça-t-elle, le visage impassible.

« Quoi… », il ne pouvait en croire ses oreilles. Elle était en train de s'excuser ? Etait-elle folle ?

« Mon agressivité n'était pas fondée. Vous avez uniquement fait ce que vous pensiez être nécessaire. Vous n'avez aucune raison de vous sentir coupable. Ma réaction était exagérée. »

« Miss Granger, de quoi parlez-vous ? » demanda-t-il, confus, manquant une fois de plus de s'étouffer. « Je sais aussi bien que vous que mon comportement était inexcusable ! Mais je vous demande de me laisser m'expliquer, donnez-moi une chance de… »

« Je n'écouterai pas vos explications », l'interrompit-elle. « Vous avez fait ce que vous deviez faire. C'est tout ce que j'ai besoin de savoir. Tout ce que je veux savoir. »

Je ferai ce qui doit être fait, la voix d'Hermione lui résonnait dans la tête. Considérait-elle que les agissements de Severus n'étaient rien d'autre qu'un mal nécessaire ? Croyait-elle en un affrontement silencieux, le jeu que les espions jouent toute leur vie, comme s'il s'agissait d'une croix ? Pensait-elle avoir perdu contre lui et donc accepté sa défaite ?

« Et maintenant, Professeur Snape, je dois partir. »

Il ne pouvait pas la laisser partir comme ça ! Mais que pouvait-il faire pour qu'elle ne considère pas ses décisions comme une attaque ? Comment pouvait-il lui montrer qu'il voulait prendre soin d'elle ? Qu'il regrettait ? Severus n'avait jamais été fort en excuses, mais il n'était pas difficile pour lui de se sentir coupable. Ni de l'admettre.

« Je suis désolé, Miss Granger. Je sais que j'ai fait une terrible erreur, mais je… »

Une fois de plus, sa voix ne comportait aucune trace d'émotion, seulement un rire froid et cruel.

« Cessez de pleurnicher, Professeur. Nous sommes en guerre. Vous avez fait ce que aviez à faire. Des accidents sont à prévoir. Mais peut-être devriez-vous vous rappeler que vous ne devez pas détruire les armes de votre propre camp. »

Une arme ? Elle n'était pas une arme, pour l'amour de Dieu, elle était son étudiante, une jeune femme qui avait été emportée dans une guerre trop grande pour elle, même si elle se battait bravement. Pourquoi n'avait-elle pas laissé Dumbledore, Minerva ou lui-même l'aider ? Pourquoi s'était-elle soumise à tant de cruauté, pourquoi avait-elle agi comme s'il avait raison de la traiter comme une…

Severus sentait que sa tête n'allait pas tarder à exploser. Une douleur pulsatile emplissait son esprit et rendait impossible toute réflexion. Il avait envie de pleurer pour toute cette injustice.

« Pourquoi ne m'avez-vous pas dit ? », murmura-t-il, la voix cassée. « Pourquoi m'avez-vous laissé croire que vous faisiez ça volontairement, que vous en éprouviez du plaisir ? Par Merlin, je n'aurais jamais… »

« Ma fierté était la seule chose qui me restait, Professeur. Vous connaissez ce sentiment, n'est-ce pas ? »

« Oui », il réalisait ce qu'il avait fait, et ça lui brûlait les poumons. « et j'espère que j'ai… », il se tut. Il ne savait plus ce qu'il souhaitait. Souhaitait-il n'avoir jamais découvert son secret ? Qu'elle n'ait jamais été placée sous sa protection ? Que la guerre n'ait jamais commencé ?

« Ça ne change rien », répondit-elle froidement après un moment. « Rien du tout. »

« Mais comment pouvez-vous dire ça ? », hurla-t-il, essayant de briser ce masque de calme mortel, ne sachant pas comment exprimer autrement ses remords. Que m'as-tu fais, Hermione ? pensa-t-il, Que m'as-tu fait faire ? « Je pensais que vous étiez une catin, un monstre de perversion alors que pendant tout ce temps, vous… »

« Mais je suis une catin, Professeur », le visage inexpressif, elle le regardait comme si elle lui donnait une leçon, comme s'il s'agissait d'un imbécile qui n'avait pas encore remarqué un point bien précis. « Je vends toujours mon corps pour des informations, je continue de prétendre aimer ce qu'ils font. Je participe volontairement à leurs jeux. Que j'en jouisse ou pas ne change rien aux faits. Je suis le monstre de perversion que vous croyiez que j'étais, alors cessez de vous retourner pour ça ! »

L'horreur ébranla son corps lorsque les mots d'Hermione vinrent le frapper en pleine face. Soudain, tout prenait sens. Un terrible sens. Il se souvint des sentiments qu'il avait lu dans son esprit lorsqu'il l'avait traitée de pute le première fois, dans la bibliothèque. Le sentiment de honte et la faible lueur qui avait disparu de son corps.

Elle n'avait pas honte des images qu'il avait vu ou de ce qu'elle avait pu faire. Elle avait honte que ce soit lui qui l'ait découvert. Qu'il sache enfin ce qu'elle était réellement. Elle avait accepté son jugement, pas pour préserver son secret mais parce qu'elle pensait qu'il avait raison. Petite putain répugnante.

« Vous ne pouvez pas croire ça ! »

« Je ne peux pas me voiler la face, Professeur », répondit-elle, lasse. « Je ne suis pas la jeune et innocente princesse qui attend son héros sur son cheval blanc. J'ai passé un pacte avec le Diable et ça a fait de moi un démon. Je ne redeviendrai jamais blanche, pure et heureuse. Je l'accepte. Vous devriez aussi. »

Il comprenait trop bien. Pendant des années, la culpabilité et la honte avaient empoisonné ses jours et ses nuits, l'horreur des méfaits qu'il avait commis. Ça n'avait pas changé grand-chose de savoir que tout ce qu'il avait fait était pour l'Ordre, que toutes ses victimes étaient mortes dans des souffrances plus légères que si elles avaient péri sous la main d'autres Mangemorts. Il avait toujours su qu'il était un meurtrier. Il avait beau être au service de la Lumière, il ne lui appartiendrait jamais à cause de tout ce qu'il avait fait.

Mais entendre des sentiments similaires sortirent d'une bouche aussi jeune, voir dans ses yeux la résignation qu'il avait ressenti toutes ces années, était différent. Il ne pouvait pas la laisser continuer sur le long chemin qui menait aux ténèbres. Il ne pouvait pas la laisser mourir de l'intérieur comme il était mort, chaque nuit un peu plus, jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'une coquille vide, une ombre dans la nuit sombre.

« C'est insensé, Miss Granger ! Vous êtes une victime ! Vous… »

« J'y ai été volontairement », le coupa-t-elle, sa voix était toujours de marbre. « J'ai séduit Lucius, pas le contraire. Je n'ai jamais été séquestrée ni violée, je les ai invité à le faire. Et bien que j'ai la possibilité de fuir et de me cacher, j'y retournerai et continuerai à les encourager. Si ça ne fait pas de moi une pute, je ne vois pas ce que je suis. Pourquoi ne me laissez-vous pas partir maintenant ? »

« Mais vous n'avez pas à faire ça plus longtemps ! Je vous aiderai, Miss Granger, je vais parler au Directeur et tout lui expliquer… »

« Je n'ai pas besoin de votre fichue aide, Professeur », dit-elle durement, « Je me débrouillais très bien avant que vous ne commenciez à vous en mêler, merci beaucoup. Et je ne vous permettrai pas de faire capoter mes plans. » L'émotion perlait dans sa voix, de la colère froide, de l'impertinence et de la lassitude…

« Vous ne devriez pas y retourner, Miss Granger », commença-t-il, et pour la première fois depuis qu'elle était revenue dans la bibliothèque, la voix de Severus était calme. Il n'essayait plus de gagner son pardon, n'essayait pas d'effacer le mal qu'il lui avait fait.

Mais il y avait une manière pour qu'il s'assure que la vie d'Hermione ne finisse pas comme ça. Il y avait un moyen de la sauver, même si elle ne tenait pas à être sauvée. Même si cela l'obligeait à la blesser une fois de plus, à utiliser les découvertes qu'il avait fait sur elle.

« Je ne peux pas vous permettre de faire ça plus longtemps. Maintenant que je sais… »

« Je vous l'ai déjà dit. Rien n'a changé. Pas pour moi. Et je ne risquerai certainement pas de compromettre les résultats de cette guerre pour épargner vos sentiments », cracha-t-elle, le sarcasme le frappa comme une claque en plein visage.

« Il ne s'agit pas de mes sentiments, Miss Granger. Il est question d'épargner votre vie », tenta-t-il d'argumenter. « Vous êtes trop jeune, il y a tant de choses que vous pourriez faire de votre vie, ne la gâchez pas… »

« Me demandez-vous de mettre ma vie au dessus de celles de ces pauvres moldus qui ont été torturés jusqu'à présent ? Au dessus de celle de mes camarades de Gryffondor ? De vos Serpentards ? Ils seront probablement tous tués si cette guerre éclate au grand jour ! Et pour Draco ? Pour Harry et Ron ? Ginny ? Ils ont suffisamment soufferts. Ils en ont trop vu pour leur âge. Et si arrêter tout ça, si je peux empêcher la bataille finale, vous attendez-vous vraiment à ce que je reste assise et que je vive ma vie ? »

Elle était drôle en un sens, pervertie et sombre, pensa-t-il. Il aurait pu lui dire ces mots lui-même, aurait pu faire cette plaidoirie à sa place. Elle reflétait ses propres pensées, ses propres croyances si parfaitement. Et il ne savait que trop bien ce qui l'attendait, pour sauver le monde.

Les ténèbres, la peur, la folie. Et enfin, la résignation.

Il ne permettrait pas que ça lui arrive, maintenant qu'il avait retrouvé les plaisirs de la vie, maintenant qu'il avait enfin réalisé ce qu'il avait manqué pendant tout ce temps, seul pendant toutes ces années. C'était une grande étape, réalisa-t-il, il était désormais capable de pleurer sa vie gâchée. Serait-il capable de lui faire comprendre ce qu'elle perdait ?

« Mais et vous, Miss Granger ? N'avez-vous pas suffisamment souffert ? »

Leurs yeux se fermèrent un instant, puis il plongea dans ses yeux noisette et Severus… ne vit rien.

« Je suis déjà morte, Professeur », dit-elle, il n'y avait rien de dramatique dans sa voix, pas d'amertume. C'était un fait pour elle, rien de plus. « Mon corps continue de bouger, mais il n'y a plus rien en moi qui pourrait survivre. »

« Je ne vous crois pas », murmura-t-il en se souvenant des étincelles qui scintillaient dans ses yeux et qui transparaissaient dans sa voix, seulement quelques heures plus tôt. « Je sais que quelque chose s'est envolé, mais je vous permettrai pas d'étouffer cette étincelle ! Je vais convaincre Albus de vous protéger, même si je dois tout lui dire ! »

« Si vous dites ne serait-ce qu'un mot au Directeur sur votre petite 'session de légilimancie' avec moi, je quitterai Poudlard pour ne plus y revenir, Professeur. Soyez assuré de ça. Si je découvre que vous l'en avez informé lui ou n'importe qui d'autre dans cette école, vous ne me reverrez plus. Et croyez-moi, je le découvrirai ! »

Il n'en doutait pas. Il ne mettrait plus jamais en doute ses capacités. Mais il n'était pas de ceux qui abandonnaient non plus.

« Alors, je trouverai un autre moyen de le convaincre, Miss Granger. Vous restez ici ! », commanda-t-il.

Sans se soucier du fait qu'elle l'observait, il se dirigea, à la manière d'un ouragan, vers la cheminée de la bibliothèque et sortit de sa poche un peu de poudre de cheminette. Il ne se préoccupait même pas du fait qu'il trahissait son secret, concernant sa connexion au réseau de cheminées. Il aboya 'bureau du Directeur' dans l'âtre et y pénétra.

Il ne se retourna pour voir l'étrange expression sur le visage d'Hermione alors qu'il la quittait.

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Voilà un nouveau chapitre qui est un peu plus court que les autres. C'est en fait un chapitre de transition qui permettra de faire avancer l'histoire.