Quand la Lionne se bat
Auteur : Kayly Silverstorm
Correctrice : Emi Yoneyama
RAR
Ira Lea : Tu te poses plein de questions, ce qui est tout à fait légitime. Pour le comportement de Ron et Harry, tu auras quelques réponses dans ce chapitre. Pour Snape et Hermione, il faut attendre le prochain chapitre pour avoir la réponse… Pour le reste, il faut patienter.
En ce qui concerne les reviews pour tes fics, sache que ce ne sont pas toujours les meilleures fics qui sont le mieux récompensées. Moi je ne les ai pas lues, mais j'y ferai un tour un de ces jours.
Snapye : Merci beaucoup pour tes encouragements, ça me fait vraiment plaisir. Bonne lecture.
Moggliesmad : Hermione est forte, ne t'inquiète pas trop pour elle. Merci pour ta review et à bientôt j'espère.
El diablo : Ma revieweuse la plus fidèle ! T'inquiète, l'humilité de Sev va être mise à rude épreuve dans peu de temps. Et oui, il fait des progrès ce petit ! Quant à Ron, je suis désolée mais tu vas devoir le détester sans raison, parce moi, il m'a soufflé dans ce chapitre ! Enfin, tu vas voir par toi-même ! Bisous.
Chapitre 14 : La vie peut être drôle
Il était presque minuit lorsque Hermione revint au château, et même le sortilège scellant le passage secret semblait trop complexe pour ses pouvoirs diminués.
Elle pouvait sentir sa magie vaciller en son sein, palpiter irrégulièrement et presque s'échapper.
Il lui fallu cinq minutes pour fermer la porte et ensorceler les pierres avec sa baguette afin de réactiver le sort de dissimulation. Ses mains étaient ensanglantées. Sa baguette était couverte de sang aussi. Elle eut besoin de s'adosser au mur, les lambeaux de sa cape précautionneusement intercalés entre elle et la pierre froide, avant de trouver la force nécessaire pour essuyer les traînées écarlates sur la porte secrète.
Son propre corps la trahissait de façon si évidente qu'elle en était presque amusée.
Puis elle se retourna et se retrouva face au long couloir qui menait aux centaines de marches qu'il lui fallait gravir pour accéder à la tour Gryffondor.
Elle n'y arriverait pas.
Elle cligna des yeux et son regard se posa sur une salle de cours : celle de Snape, puis elle secoua presque imperceptiblement la tête.
Ce n'était définitivement pas une option. Il avait été clair sur le fait que son destin ne le concernait en rien, et elle ne retournerait pas le voir pour lui demander de l'aide.
Jamais.
Mais comment arriver jusqu'à sa chambre, jusqu'au réconfort que lui apportait son lit, jusqu'à la propreté de l'eau et du savon ?
Il était hors de question qu'elle monte les escaliers. Elle avait appris plusieurs sorts de lévitation pour ne pas rester coincée dans les cachots si elle avait une jambe cassée, mais son état actuel ne lui permettait pas de faire autre chose que des sorts simples.
Utilise un charme facile, se dit-elle avec sévérité, rien de fantaisiste. Mais qui soit…
Soudain, un souvenir lui revint en mémoire. Harry, assis dans la bibliothèque, penché au-dessus d'un énorme livre, les yeux emplis de désespoir.
« Un sort facile », murmurait-il encore et encore, tandis qu'il ébouriffait ses cheveux encore plus qu'ils ne l'étaient déjà. « Une formule simple. Mais que voulais-tu dire, Sirius ? »
Quatrième année. Tournoi des trois sorciers. Première tâche. Ils avaient été incapables de découvrir un sortilège contre le dragon, mais Harry avait finalement trouvé une autre solution.
Hermione leva alors une main tremblante. « Accio Eclair de Feu », croassa-t-elle, sentant le goût du sang sur sa langue.
Elle n'était pas vraiment sûre que le balai de Harry lui parviendrait. Aussi attendait-elle avec anxiété. Puis elle sentit le bois lisse dans la paume de sa main, avant même que ses yeux ne puissent distinguer les formes de l'Eclair de Feu. Elle en soupira de soulagement.
Maladroitement, elle grimpa sur le balai. Sa main valide avait agrippé la poignée tandis que son bras et sa jambe blessée pendaient sur le côté, inutiles. Elle avait toujours détesté monté sur un balai, mais elle remerciait à présent Harry pour chaque leçon qu'il l'avait obligée à prendre. Les gestes étaient malhabiles et douloureux, et seule une bonne dose de chance lui épargna de nombreuses chutes. Lorsqu'elle atteignit enfin la porte de sa chambre, pas plus de quinze minutes ne s'étaient écoulées.
Soupirant de soulagement, elle descendit et dut réprimer un cri au moment où ses jambes se dérobèrent sous elle et qu'elle s'affala de tout son long. Nettoie, ordonna-t-elle à la hâte, puis elle força ses muscles à douloureux à fournir un effort, et débarrasse-toi du balai.
D'un mouvement de baguette, elle le renvoya à la tour Gryffondor. Elle espérait que les garçons de septième année dormaient déjà quand le balai de Harry s'était envolé, que personne ne l'avait remarqué.
Le sol était rouge de sang et elle ne parvenait pas à effectuer le sort de nettoyage correctement. Elle dut le répéter trois fois, sa concentration faiblissait. Des taches noires dansèrent devant ses yeux au moment où elle se força à se relever.
Encore quelques pas et elle serait en sécurité. Elle maudissait sa propre faiblesse. Elle pouvait le faire, malédiction ! Seulement quelques pas…
Quelque part dans l'obscurité, il y eut un bruit.
Hermione était pétrifiée, son pied suspendu en l'air. Elle n'osait plus respirer. Ça recommençait ! Le grincement d'une vieille porte rouillée qui s'ouvrait lentement, les charnières qui crissaient. Une porte, ou un portrait, se mettait en branle pour permettre une sortie !
Faisant fi de la douleur et la panique grandissante, Hermione se rua sur son propre portrait, plaça sa main sur la vieille toile et murmura le mot de passe.
Des bruits de pas lui résonnèrent jusqu'aux oreilles tandis que le tableau basculait, lui permettant ainsi d'entrer. Elle était presque à l'abri lorsque sa jambe se déroba de nouveau sous elle. un gémissement de douleur s'échappa de ses lèvres étroitement dessinées. Personne ne devait la voir !
Dans un dernier effort désespéré, elle se traîna à travers l'ouverture et referma le portrait.
Elle resta immobile dans l'obscurité, haletante, soignant sa jambe. Elle n'osait même pas pleurer. Elle écoutait les bruits de pas s'approcher doucement de sa porte.
Avait-elle suffisamment nettoyé le sol ? Y avait-il des traces de sang sur le tableau ? Elle n'avait pas pensé à se nettoyer les mains avant de le toucher ! Que se passerait-il si…
Du calme, Hermione ! C'est probablement un étudiant qui sort furtivement après le couvre-feu. Il ne remarquera même pas ton portrait. Tu es parfaitement en sécurité…
Mais une voix vint interrompre ses pensées réconfortantes, et elle pensa que son cœur allait cesser de battre.
« Hermione ? »
C'était Ron. Il n'y avait aucun doute sur le propriétaire de cette voix.
La panique l'envahit. L'avait-il vue ? Savait-il qu'elle était là, et dans cet état ?
« Hermione ! Je sais que tu es là, ouvre la porte ! »
Mais elle ne pouvait pas ! Par Merlin, elle ne pouvait même pas bouger. Elle n'était pas non plus très présentable.
« J'ai vu l'Eclair de Feu disparaître puis revenir, et j'ai vu ta porte se refermer quand je suis arrivé à l'angle. Arrête de prétendre que tu n'es pas là ! »
Elle attendait en silence qu'il s'en aille. Peut-être penserait-il qu'il s'était trompé.
« Ok, alors ne me laisse pas rentrer si tu trouves ça amusant », dit-il après un moment. Sa voix était pleine de colère et de douleur, elle reflétait son incrédulité. Comment pouvait-elle le traiter comme ça ? Pourtant, Hermione ne souhaitait rien d'autre que de pouvoir lui donner une longue étreinte. Malheureusement, elle ne pouvait pas se servir de son bras gauche.
« J'espérais te parler, tu sais », continua-t-il. « Au sujet de ce qui s'est passé hier soir. Harry est très remonté. Il a refusé de te parler toute la journée, mais je suis sûr qu'il serait soulagé si tu venais et discutais avec lui. Hermione ?
Silence. Un long soupire dans le couloir.
« Je sais que tu n'approuves pas notre comportement, Hermione. Tu penses que nous sommes irresponsables. Tu penses que nous devrions grandir. Mais il a tellement peur. Et quand il est tout seul, dans le dortoir, par exemple, il réfléchit tellement, il semble si fragile. Il pense qu'il va mourir, je crois. Et très bientôt. Tout ce qu'il veut, c'est un aperçu de la vie qu'il aurait pu avoir. Est-ce trop demander ? Ai-je à ce point tort de vouloir le distraire, de vouloir l'aider à s'amuser un peu ? Parle-moi, Hermione ! »
Les yeux dans le vague, Hermione fixait l'obscurité. Quand cela s'était-il produit ? Quand avait-elle arrêté de parler à ses amis, de les écouter, de les prendre au sérieux ? Elle n'avait même pas remarqué les changements d'humeur de Harry, ni la décision de Ron pour l'aider. Elle les avait mal jugés, très mal jugés.
« Alors tu restes là dedans, tu te sens supérieure, n'est-ce pas ? », demanda Ron de l'autre côté de la porte, partagé entre la déception et la colère. « Je pensais que je pourrais te parler. J'espérais que tu m'aurais aidé. Mais tu n'as jamais le temps pour nous ces jours-ci, toujours à te plonger dans ton merveilleux apprentissage. Oh, bien sûr, vous êtes tellement meilleure que nous, Miss Granger l'Apprentie », la railla-t-il avec colère, mais elle pouvait toujours entendre la douleur dans sa voix. « Et évidemment, tu n'as rien à faire avec deux losers comme nous. Et moi, stupide petit Ron, qui pensait pouvoir compter sur toi. C'est drôle comme quelqu'un peut se tromper. Bonne nuit, Hermione ! Je te souhaite de briller de par ton incorruptibilité ! »
Et il partit. Dans l'obscurité de sa chambre, Hermione reposait au sol comme un sac d'os, une main tendue. Elle semblait supplier, bien inutilement, la porte fermée. Son visage était inondé de larmes, et une souffrance insupportable s'emparait de son corps.
Si c'était ça la vie, elle pouvait bien s'en passer.
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Contrairement à Hermione Granger, Severus Snape rayonnait de colère depuis les dernières semaines.
Lorsqu'elle avait quitté ses appartements cette fameuse nuit, il l'avait regardée partir dans la consternation la plus totale. Ça lui avait pris dix minutes pour qu'il comprenne comment elle s'y était prise. Il avait maudit son inattention et l'incroyable intelligence d'Hermione.
Il avait envisagé de la suivre, mais savait pertinemment qu'elle était déjà dans sa chambre. Il n'avait pas l'intention de provoquer un scandale près de la tour Gryffondor en allant frapper et crier à la porte de leur préfète en chef pour qu'elle ouvre. Il avait encore trop d'amour propre pour se résoudre à faire ça.
A la place, il alla de nouveau trouver Albus. Encore et encore. Mais même après qu'Albus ait perdu son excédent de bonne humeur suite aux visites incessantes du renfrogné Maître des potions, il dut finalement admettre qu'il ne pouvait rien faire pour changer la situation.
Il fut alors pris de colère. Il était furieux contre elle, contre ce qui allait lui arriver. Furieux parce qu'elle y retournait, même après qu'il lui ait montré une porte de sortie, parce qu'elle refusait son aide et son soutien. D'après ce que les cauchemars, les hallucinations et son voyage interdit dans l'esprit de la jeune fille lui avaient révélés, il estimait qu'elle ne survivrait pas jusqu'à Noël. Pas toute seule, et elle pouvait à peine compter sur un Albus dépourvu et une Minerva réservée pour l'aider. Si elle ne revenait pas à la raison rapidement, Hermione Granger serait bientôt plus morte que vivante.
Evidemment, elle persistait dans cette voix, quelle stupide gamine !
Cette foutue Hermione Granger. Elle était un point rouge et pulsatile dans son esprit. A chaque fois qu'il pensait à elle, fureur, honte, agacement et inquiétude s'entremêlaient pour former une boule de chaos mental inextricable qui réduisait à néant toute forme de concentration ou de contentement.
Elle se comportait comme si elle avait inventé l'espionnage, maudit soit-elle ! Comme s'il ne connaissait pas le boulot, vu de l'intérieur. Comme s'il ne savait pas mieux qu'elle ce qui l'attendait. Encore une de ces fameuses 'gentilles personnes' de l'Ordre qui choisissait d'ignorer le conseil du salaud de Snape pour se fier à leur propre version -trop douce- de la réalité. Bien, son ignorance la tuerait certainement, même si Snape ne pouvait pas considérer ce dénouement comme satisfaisant.
Mais, naturellement, personne ne l'écoutait, et le seul moyen qu'il avait de convaincre Albus –lui dire ce qu'il avait vu- provoquerait le départ de Miss Granger, à coup sûr. Au moins, elle avait un lit, un toit et un suivi médical ici. C'était probablement plus que ce que Fudge lui fournirait si elle se tournait vers lui.
Quelles pensées inutiles, autant les unes que les autres. Severus ne pouvait rien faire pour elle, il ne pouvait pas changer cet état de choses et il ne pouvait pas penser à elle sans se retrouver avec un affreux mal de tête.
Alors il arrêtait de penser à elle.
Ou du moins, il essayait. Mais il semblait que tous s'étaient associés au grand et sinistre stratagème qui avait pour but de 'rendre fou Severus Snape en lui parlant d'Hermione Granger'.
Albus était le pire. Après avoir essuyé plusieurs colères de Severus, il avait cessé de lui suggérer 'd'aider' Miss Granger.
Il semblait croire qu'une sorte de 'lien' s'était formé entre eux pendant la cure de sevrage. Ce vieux fou sentimentaliste. Qu'avait donc fait Severus ? Lui attacher les mains pendant qu'elle saignait à mort ? Lui apporter un panier pique-nique alors qu'elle venait de se battre ?
« Certainement pas, mon cher », Albus avait tenté de calmer le jeune homme. « C'est juste que vous avez plus d'expérience sur ce terrain que n'importe qui d'autre à Poudlard. Vous pourriez l'aider à élaborer des plans d'action, à développer des moyens de se rapprocher inexorablement de Tom Jédusor, vous pourriez… »
« Ne me demandez pas de tendre une bouteille de whisky à une alcoolique, ni une fille de moldus à un Mangemort », avait âprement refusé Snape. « Pourquoi aiderais-je Miss Granger dans ses efforts résolus pour se donner la mort ? Je ne supporte pas ce type de suicide, Albus ! »
En outre, avait-il ajouté silencieusement, elle ne se laisserait pas approcher par moi de toute façon, après ce que je lui ai fait. Cette pensée réveilla la honte qu'il éprouvait, et ceci assombrit un peu plus son humeur déjà massacrante.
Elle se considérait comme déjà morte, n'est-ce pas ? Elle avait renoncé et n'escomptait pas sortir de cette guerre vivante. Pourquoi se tracasser, alors ! Par tous les diables !
Si elle était déterminée à se tuer, il était tout aussi déterminé à ne pas s'en faire à son sujet. Ce n'était qu'une fille, pour l'amour de dieu. Bien qu'exceptionnellement douée et brillante…
Draco semblait aussi penser que Severus était la nouvelle autorité pour ce qui concernait Miss Granger.
« Elle ne me parle plus », avait-il dit à Snape d'une voix désespérée. « Elle me repousse, c'est encore pire qu'avant son sevrage. Elle semble penser qu'elle pourrait me mettre en danger. »
Il avait les yeux pleins de larmes. Snape dut réprimer un reniflement de dégoût. Le sentimentalisme des Gryffondor chez un Serpentard. Que les dieux aient pitié !
Il voulait dire à Draco que Miss Granger avait diablement raison sur ce point. Si le Seigneur des Ténèbres parvenait à franchir ses défenses, il serait tout au sujet d'elle et de Draco. Si elle était déterminée à continuer comme ça, elle avait raison de mettre de la distance avec chacun. Il l'avait fait aussi.
Mais le fait d'apprendre que Miss Granger envisageait la probabilité de sa propre mort n'aurait pas calmé Draco. Snape en était convaincu.
Alors, au lieu de la vérité, il avait expliqué à Draco que Miss Granger avait grandi et qu'elle était compétente. Suffisamment compétente pour décider ce qui était bon pour elle, et que lui, Snape, avait des travaux très importants à faire. Sur ce, il s'était excusé et lui avait demandé de s'en aller !
Et Draco était parti, avec ces impossibles larmes qui brillaient dans ses yeux. Snape en avait gardé un sentiment extrêmement déplaisant de culpabilité et une bouche sèche qui ne s'humidifia qu'après plusieurs verres de whisky.
Seule Minerva ne lui avait pas parlé d'elle. Et 'cela' le rendait vraiment nerveux. Elle se contentait de le regarder avec son regard de marbre, ses yeux intelligents, semblant examiner chaque parcelle de son visage, jusqu'à ce qu'il en vienne lui-même à justifier pourquoi il ne voulait rien avoir à faire avec cette 'folie'.
« Amusant », avait dit Minerva, après avoir écouté son discours décousu et siroté son thé. Ils étaient assis dans la salle de séjour de Minerva, en face du feu crépitant qui réchauffait l'atmosphère du soir. Elle avait dit qu'elle voulait juste 'une bonne conversation', et il était tombé la tête la première, sacré imbécile qu'il était.
Pourquoi fallait-il que Minerva réussisse systématiquement à le faire parler comme un garçon de dix ans ? Il pourrait se gifler pour avoir accepté l'invitation !
« Par tous les dieux, qu'y a-t-il d'amusant dans cette situation ? », lui demanda-t-il d'un air maussade.
« De vous voir prendre soin de quelqu'un », répondit-elle simplement.
Ça y est, elle recommence, grommela-t-il en silence, elle parle de psychologie avec moi !
« Je ne prends pas soin d'elle », maugréa-t-il. « Je suis juste écoeuré par tant d'intelligence gâchée. Et en tant que professeur, je crois que… »
« Je sais, je sais, Severus. Epargnez-moi », l'interrompit-elle tout en lui souriant tendrement. « Mais même si vous ne vous inquiétez pas pour elle », le ton de sa voix montrait qu'elle ne le croyait pas du tout, mais il était trop las pour discuter de ce point. « Ça me fait toujours quelque chose de bizarre de repenser à une discussion similaire, qui a eu lieu il y a longtemps. »
« Nous n'avons jamais parlé de quelque chose qui pourrait s'approcher, même de loin, à ce genre de sujet auparavant », il exprima son désaccord rudement.
« Je sais. C'était une conversation que j'ai eu avec Albus, il y a vingt ans, quand il m'a informé que vous alliez espionner les Mangemorts pour nous. J'étais tout à fait de votre avis, absolument décidée à ne pas vous approcher si je n'étais pas en mesure de vous protéger. J'étais décidée à ne pas vous soutenir dans cette folie, et si vous étiez désireux de vous tuer, vous n'aviez pas besoin de ma bénédiction. Bizarrement, je n'ai pas pu m'en tenir à ma décision pendant longtemps. Ce doit être le sentimentalisme des Gryffondors qui m'a stupidement fait vous aider. Vous en seriez-vous mieux porté si je m'étais tenue à mes premières résolutions ? »
Elle lui sourit, et pendant un instant, sa main toucha son torse, chaude et douce, comme une brise d'été.
« Je suis heureuse pour chaque minute que j'ai passé avec vous Severus. J'ai gagné un ami précieux de cette manière. Ça n'aurait pas été le cas si je n'avais pas renoncé à mes premières impressions. »
Il l'avait quitté un peu plus tard, il n'avait rien eu à répondre à ses paroles. Aucune chance face à une Gryffondor, pensa-t-il encore, mieux vaut les fuir.
Mais lorsqu'il retourna à ses appartements, à l'idée d'aller se reposer dans la bibliothèque où il avait violé l'esprit d'Hermione, il frissonna.
A minuit, il errait encore dans les couloirs de Poudlard, et même le carillon de l'énorme horloge ne pouvait pas le sortir de ses pensées.
Mais le fait de rentrer en collision avec un plus petit corps le fit revenir à la réalité. La colère flamba en lui immédiatement, tandis qu'il se relevait en se frottant le bas du dos qui avait heurté la pierre froide.
Là, face à lui, se tenait une petite silhouette dans une robe à capuche. Un étudiant, évidemment. Le Diable les possédait-il pour qu'ils rodent encore dans l'école à cette heure-ci ? N'avaient-ils pas assez de devoirs à faire ? Bien, il s'assurerait que ses élèves seraient trop fatigués les prochaines semaines pour ne plus envisager de telles sorties.
« Que pensez-vous faire, en errant dans les couloirs au beau milieu de la nuit ? », aboya-t-il. « Enlevez votre capuche immédiatement »
Un visage gracile émergea de la capuche et révéla Hermione Granger, elle luisait sous la lueur de la lune presque pleine.
Evidemment, il fallait que ce soit elle, gémit-il intérieurement. Juste parfait. Un dieu ou quelque chose d'autre semblait beaucoup s'amuser. J'y mettrais ma main à couper.
« Je suis trop fatiguée pour vos petits jeux, Professeur », répondit-elle sans chercher à cacher la lassitude qui émanait de sa voix. « Déduisez quelques points et laissez-moi partir. »
« Je ne savais pas que c'était vous, Miss Granger. Je… », la voix de Severus mourut quand il prit conscience de son apparence. Un œil était noir et gonflé, sa lèvre supérieure était fendue et du sang séché couvrait la moitié inférieure de son visage. La raideur de son maintien lui indiquait que sa cape cachait au moins une blessure grave.
« Ne devriez-vous pas aller voir le Directeur ? », s'enquit-il tandis que le souci s'infiltrait dans ses veines. Elle avait encore été au repaire, et il lui semblait que rien n'avait changé. Elle était toujours battue, torturée et violée. Elle revenait toujours au château en cachant ses blessures.
Il devrait voir Albus à ce sujet. Diable, qu'est-ce que le vieil homme pensait qu'il faisait ?
« Je le ferai, Professeur, et très bientôt », répliqua-t-elle. « Mais tant que je ne suis pas mortellement blessée, rien ne m'empêchera de prendre une longue douche bien chaude avant. Je me sens… », la phrase se termina dans un murmure qu'il ne put entendre, mais il n'en avait pas besoin pour savoir comment elle se sentait. Il ne s'en rappelait que trop bien.
« Sale », finit-il la phrase d'une voix rauque, oubliant un instant la rancœur qu'il éprouvait. « Et vidée. »
Elle acquiesça.
« Amusant, n'est-ce pas ? », demanda-t-elle amèrement. « Que la seule personne qui me comprenne vraiment refuse de me parler. Ce doit être ma chance ! Bonne nuit, Professeur. »
Et elle disparut dans l'obscurité.
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Voilà un chapitre émouvant, non. Moi, j'ai particulièrement apprécié ce qu'a dit Ron. Il a fait preuve de maturité pour une fois !
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