Quand la Lionne se bat
Auteur : Kayly Silverstorm
Correctrice : Emi Yoneyama
RAR :
Ira Lea : Jane, alias Yoda, pourquoi pas ? C'est peut-être sa petite fille, après tout, on n'en sait rien ! Merci pour cette image, elle m'a beaucoup fait rire. Je suis contente que la relation entre Hermione et Severus te plaise, car elle est quand même au centre de l'histoire et ne fait que se développer… Pour finir, oui, je suis d'accord avec l'auteur et toi, concernant Dumbledore. C'est un optimiste invétéré, mais il se serait peut-être déjà suicidé avec tout ce qu'il sait, s'il n'avait pas cette qualité. Ouh, affreuse image… Bonne lecture et à bientôt.
El diablo : Sniff, tu ne me pardonnes pas… Mais qu'est ce que je m'en fiche, tu n'as pas le monopole de la mauvaise foi, après tout ! Je crois que Jane a fait l'unanimité, en effet elle est vraiment géniale… et j'espère que ma traduction la transcrit comme l'imaginait l'auteur (ce n'est pas toujours facile de savoir s'il faut utiliser le je ou le vous), mais là je m'égards… J'espère que ton voyage s'est bien passé et bonne lecture.
Noaa : Merci, merci. C'est toujours un plaisir de recevoir des encouragements. Alors je continue mon travail et j'espère ne pas te décevoir. Bisous.
Cassandre8 : Tout à fait d'accord avec toi, Snape, c'est Snape, et ce n'est pas le genre de l'auteur de basculer dans le gnan-gnan ! C'est ce qui rend agréable cette fic, entre autre… Quant à Jane, l'égérie de la SALE, il faudrait en parler à Hermione, c'est une excellente idée, et puis je vois bien Jane en meeting. Lol
Chapitre 17 : Organiser le futur
La journée de cours suivante parut aussi longue qu'un dimanche sans fin et ennuyeux en famille. Draco n'avait pas de problème pour suivre le niveau de la classe, mais il éprouvait de plus en plus de difficultés à se concentrer sur les lectures monotones de ses professeurs.
Il avait renoncé à écouter le cours d'arithmancie, à peine dix minutes après le début de la classe. Il n'avait aucune idée de ce qu'avait bien pu raconter le Professeur Binns.
Son esprit s'était égaré, des images, des souvenirs lui revenaient en tête. Il n'avait pas cessé de lancer des regards à Hermione.
Elle semblait mieux aujourd'hui. Son visage avait quelque peu perdu de sa pâleur maladive, sa façon de marcher avait regagné un peu de son ancienne énergie.
Lui, par contre, semblait vidé. La nuit précédente, il avait reçu une nouvelle lettre de son père. Après en avoir informé le Directeur et lui en avoir fait une copie, il avait passé des heures à la relire, à scanner le moindre centimètre carré de papier, de manière à découvrir des signes cachés, la véritable signification de chaque mot.
Soupçonnait-il quelque chose ? Programmait-il quelque chose ?
Chaque mot de son père, chaque rencontre avec lui le plongeait dans le chaos de sentiments contradictoires. La peur, le doute, la culpabilité et le devoir de le combattre.
Il savait qu'il avait eu raison d'informer Dumbledore des contacts qu'il gardait avec son père, un an et demi après l'incident du Ministère.
Ça avait été son seul choix possible lorsque la lettre, apportée par un corbeau, était arrivée ce jour-là. Informer Dumbledore - trahir son père, lui avait soufflé une voix à l'intérieur de sa tête, comme d'habitude - lui avait parut juste.
Mais ce n'était pas facile.
Prétendre être du côté de son père, se réjouir de ses horribles histoires ou partager son avis sur la supériorité des sangs purs, était encore plus difficile.
Il se sentait coupable à chaque fois qu'il transmettait une lettre de son père – il le trahissait – et se sentait encore plus fautif de continuer cette mascarade.
Une fois lancé dans ce genre de réflexion sans fin, Draco était condamné à passer une nuit blanche.
Avant la fameuse nuit dans le bureau de Dumbledore, il aurait envoyé une lettre à Hermione pour qu'ils se retrouvent quelque part. Il lui semblait qu'elle ne dormait jamais. Parler ne résolvait pas ses problèmes, les paradoxes engendrés par la trahison ne sont pas quelque chose que l'on peut résoudre, mais ça lui aurait permis de se libérer l'esprit et de trouver le sommeil un peu avant l'aube.
L'aube l'avait trouvé réveillé dans la salle commune, tremblant de nervosité et de frustration.
Il sentait l'étau se resserrer, intensifiant peu à peu la tension et la pression. L'allure accélérait et il se sentait à la traîne, il travaillait dur mais était encore incapable de suivre les autres.
Peut-être était-ce pour cela qu'Hermione refusait de lui parler.
En ces temps troublés, Draco souhaitait qu'une part de son ancienne et insouciante arrogance lui soit restituée. La vie était tellement plus simple alors, le monde parfait était divisé en deux : ce qui était digne d'attirer son attention, et ce qui ne méritait que de l'indifférence. Les défauts dans cette version idéale du monde pouvaient être ignorés, comment son père pourrait-il avoir tort ? Comment certains de ces imbéciles enseignant à Poudlard pouvaient se dresser contre son illustre père tout puissant ?
Mais ensuite, après la nuit dans le Département des Mystères, tout son monde s'était écroulé. Brusquement, la puissance et l'influence de la famille Malfoy s'en étaient allées, seul un semblant de protection gardait Lucius de la prison.
Ses amis et admirateurs avaient également diminués en nombre. Visiblement, la maison Serpentard l'avait accepté comme chef, non pas pour son charme ou son intelligence, mais à cause du pouvoir que son père exerçait sur les parents des autres étudiants.
Il avait été chassé de l'équipe de Quidditch. Le respect dû à son statut de préfet était sur le déclin. Des murmures se moquaient de lui dans la salle commune.
Ce ne fut qu'après avoir éprouvé la colère, la douleur et le sentiment d'être trahi, qu'il réalisa enfin que d'autres sentiments émergeaient peu à peu de son esprit. Le soulagement. La liberté. L'excitation.
Pour la première fois de sa vie, Draco avait été libéré de l'ombre étouffante de son père. Libre de devenir la personne qu'il souhaitait être. Libre de remettre en question les principes et les croyances qui l'avaient guidé toute sa vie. Libre de choisir les personnes à qui il voulait se confier. Comme Hermione le lui avait dit.
C'était elle qui l'avait soutenu pendant toute cette période de transition. Elle et, de manière étrange et subtile, le Professeur Snape. Lorsque Hermione l'avait informé du double jeu précaire de son Professeur en tant que Mangemort et membre de l'Ordre, Draco avait commencé à observer son Directeur de Maison. Rapidement, il n'avait pu que constater avec quel brio, Snape jouait ses deux rôles.
Il marchait sur une corde raide au-dessus des abîmes, pesant et évaluant en permanence chacun de ses mots, de ses mouvements et de ses gestes pour ne pas se trahir. En l'observant, Draco avait réalisé quelle puissance la subtilité pouvait apporter, quelle différence pouvait faire le moindre détail. Et ce dernier voulait apprendre à utiliser cette force à son propre avantage.
La voix pincée du Professeur Mac Gonagall interrompit ses pensées, ce qui le fit revenir à la réalité.
« Aujourd'hui », articula-t-elle avec précision, « Nous allons faire un autre essai avec le sort de dressage. »
Des grognements de mécontentements suivirent son annonce. Le sortilège était assez avancé et n'était réussi que par quelques sorciers. Il consistait à lancer un sort de stase sur une créature sauvage, pendant que les membres dangereux ou venimeux de l'animal étaient métamorphosés en membres inoffensifs. Un charme pour apprivoiser la nature sauvage de la créature était appliqué simultanément. Si l'opération n'était pas chronométrée et accomplie précisément, l'animal risquait de se libérer et de provoquer le chaos dans toute la classe.
Ils l'avaient déjà testé au cours précédent et n'étaient pas pressés de subir à nouveau les griffures douloureuses et le chaos engendrés par les chats enragés, les tigres miniatures ou les petits serpents qui galopaient.
« Nous allons changer les équipes aujourd'hui, cependant… », Mac Gonagall continua, « vous devez être capable d'effectuer ce sort avec une personne qui vous est inconnue. Vous n'aurez pas la chance de passer vos examens avec votre partenaire… »
Ignorant le discours bien connu du Professeur au sujet des ASPICs, Draco laissa son esprit à la dérive, une fois de plus.
Il n'avait pas remarqué que les paires avaient pris place et avaient commencé, quand soudain, il sentit une nouvelle présence à ses côtés.
En jetant un coup d'œil, il rencontra des yeux bruns qui l'examinaient intensément. Hermione se tenait là, avec un serpent emprisonné dans la main tout en lui souriant.
« Il semblerait que Mac Gonagall veuille que nous discutions », murmura-t-elle, mais il n'y avait rien de sa récente froideur et de son rejet dans la voix de la jeune femme.
« Tu n'es probablement pas d'accord », chuchota-t-il en retour sans parvenir à cacher son amertume.
Le sourire de celle-ci s'évanouit, et Draco regretta ses paroles immédiatement.
« Draco », dit-elle. Quelque chose dans sa voix indiquait à Draco qu'il lui avait manqué aussi.
« J'ai détesté faire ça, mais ne vois-tu pas que c'était trop dangereux pour nous de discuter ? Je pouvais être découverte à tout moment, et je ne voulais pas risquer ta vie en même temps. Je peux bloquer mes souvenirs, mais s'ils me sondent trop intensément, je risque de ne pas pouvoir cacher ce qui est récent dans mon esprit. »
Il ne pouvait se laisser aller à sa colère, mais les mots d'Hermione avaient du sens. Un terrible sens, s'ils les comprenait correctement, parce qu'ils lui disaient qu'Hermione envisageait la possibilité de se faire prendre. De mourir. Elle en était révoltée, mais elle se devait de protéger Draco d'un destin similaire.
« Alors, qu'est-ce qui a changé ? » demanda-t-il, tremblant à l'idée qu'elle avait accepté sa fin.
« Snape m'a prise sous son aile », répondit-elle.
Draco en fronça les sourcils. « Quoi ? »
« Il a manifestement décidé que je serai son nouveau projet scolaire », grogna-t-elle, en essayant d'afficher une calme indifférence, mais Draco pouvait sentir qu'il y avait plus sous le masque de son visage.
Elle lui raconta toute l'histoire tandis qu'ils travaillaient sur le serpent.
Contrairement à la plupart des autres étudiants, ils n'avaient pas besoin de fixer toute leur attention sur le sort. Ils formaient une bonne équipe, habitués à interagir et communiquer sans mots. Pendant qu'il maintenait l'animal en place, elle appliqua le sortilège avec la facilité d'un auror confirmé.
« Comment te sens-tu à ce sujet ? » lui demanda enfin Draco, les yeux bloqués sur le serpent.
Il était soulagé que Snape ait enfin entrepris une telle action. Malgré toute la bonne volonté de Mac Gonagall et Dumbledore, ils n'en restaient pas moins des Gryffondors.
Très bons pour réconforter et protéger, incomparables pour savoir ce qui est bon ou mal. Mais Hermione était un sphinx, une reine des glaces, une ombre. Dans le labyrinthe qu'était les sentiments et les intentions d'Hermione, ces gens devaient être désespérément perdus. Trop bons pour comprendre le fonctionnement d'un esprit meurtri et intelligent comme celui de la jeune femme.
Snape, par contre… Draco n'avait pas oublié ce moment d'étrange clairvoyance, il y a quelques semaines, dans le bureau de Dumbledore, lorsque leurs visages se faisaient face.
Snape était comme une version plus âgée d'Hermione, en Serpentard. Là où elle était de glace, il était une pierre noire, brute et inflexible. Lorsqu'elle se battait, il se tenait dans l'ombre et dirigeait le combat de loin. Il était ce qu'elle pourrait devenir si elle survivait suffisamment longtemps à ce jeu dangereux.
Peut-être était-il le seul à pouvoir la comprendre et Draco se devait de l'admettre, même si cette constatation le blessait. Peut-être pourrait-il la sauver.
« Je ne sais pas », répondit-elle, l'hésitation s'inscrivait dans ses paroles. « Sans savoir pourquoi, je suis heureuse. Mais ça me rend également terriblement nerveuse. Je ne fais pas facilement confiance, tu sais. » Elle grimaça, et il lui répondit par un sourire qui visiblement la soulagea.
« Pas vraiment », accorda-t-il sèchement.
Elle lui souriait toujours. « C'est agréable de te parler à nouveau, Draco », murmura-t-elle, les émotions submergeant soudain sa voix. Puis, quelque chose changea sur son visage et elle récupéra son self control et son énergie.
« Le cours est bientôt terminé », dit-elle. « Nous devrions mettre en scène une bagarre avant de manquer de temps, non ? »
C'est ainsi qu'ils passèrent les dix minutes qui suivirent à siffler, se chamailler, se lancer des regards glacés, et rire intérieurement.
OoOoOoOoOoOoOoOoOo
Ce soir-là, à huit heures moins cinq, Hermione leva la main et, après une hésitation, frappa à la porte de son Maître des Potions.
Il avait prévu de la faire travailler avec Neville et lui avait donné une retenue pour les erreurs de ce dernier. Pendant un moment, elle avait envisagé de ne pas venir, mettant fin à cette association avant d'être trop proches, mais en y réfléchissant, quelque chose la retenait, elle ne pouvait pas renoncer à cette aide extérieure.
Elle voulait le rencontrer.
Elle s'était giflée elle-même pour ce qu'elle ressentait, mais la dernière soirée avait été trop paisible, elle s'était sentie tellement… en sécurité. Il la déconcertait, vraiment, mais il ne l'avait pas forcée à donner plus que ce qu'elle voulait bien donner, et ça avait été merveilleux d'être soi-même pour une fois.
Tricher avec les gens était devenu une énorme contrainte au cours des derniers mois. Elle l'avait accepté, pour aussi longtemps que cela serait nécessaire, mais elle avait cruellement manqué de compagnie, de quelqu'un qui la comprenait.
Et lui la comprenait. Plus que ses prétendus amis, plus que les autres Professeurs ou Dumbledore. Elle l'avait vu sur son visage lorsqu'il lui avait parlé du Seigneur des Ténèbres, ou quand il l'avait regarder construire sa petite barrière de livres.
Sans oublier qu'il était l'homme le plus intelligent et le plus fascinant qu'elle ait jamais rencontré.
Et elle le connaissait. Plus qu'il ne le voudrait. Il était…
Le bruit d'une poignée de porte que l'on ouvre stoppa ses pensées. C'était mieux ainsi.
Evidemment, ce fut Severus Snape qui ouvrit la porte, ce à quoi elle s'attendait. Mais elle ne s'attendait pas à ce qu'il lui ouvre dans une tenue si inhabituelle pour lui. A la place de ses traditionnelles longues robes noires, il ne portait qu'une chemise blanche faite dans un tissu délicat et un pantalon noir. Pantalon qui, d'ailleurs, était plutôt moulant.
« Vous êtes ponctuelle », commenta-t-il alors qu'il se décalait pour la laisser rentrer.
« Je le suis toujours », répliqua-t-elle sur le même ton. « Vous auriez du vous en apercevoir au cours des sept dernières années. »
« En effet », s'exprima Severus avec l'humour à froid et sarcastique qui l'avait caractérisé pendant toutes ces années. « Mais j'ai également remarqué que c'était une excellente manière de débuter une conversation. »
Il semblait être d'humeur joueuse, et il fut facile pour Hermione d'adopter ce ton ironique et sophistiqué. Plus facile que de parler de ce qui se cachait dans les ténèbres de ses pensées.
« J'ose espérer que ce n'est pas un exemple du savoir que vous avez promis de me transmettre », le taquina-t-elle en retour.
« A peine arrivée et déjà ingrate », secoua-t-il la tête en signe d'exaspération tout en montrant le chemin.
Encore une fois, Hermione fut surprise de la facilité avec laquelle ils se parlaient. Elle s'était habituée à un Professeur sec et peu loquace pendant ses études. L'homme décontracté, à l'humour vif, était tout à fait différent. Elle ne savait pas encore si elle appréciait ce changement. Le fait que désormais ils soient partenaires ne signifiait pas qu'elle devait abandonner toute prudence le concernant.
Il y avait encore des choses qu'elle ne souhaitait pas divulguer, des secrets qu'elle…
Arrête ça ! s'ordonna-t-elle sévèrement au moment où ils atteignirent les faux appartements de Severus. Entretiens la conversation.
« Je suppose que certains appellent ça de l'art », dit-elle en inspectant un ensemble d'objets plus affreux les uns que les autres.
« Seulement si ces personnes sont très généreuses », répliqua Snape avec un sourire narquois. Quelque chose dans sa voix indiquait à Hermione qu'il savait qu'elle essayait de paraître courageuse, mais il avait décidé de ne pas relever cet état de fait. « Venez par ici. »
Il la conduisit jusqu'à la tapisserie et Hermione s'attendit à ce qu'il ouvre une fois encore le passage secret et la laisse passer. Au lieu de ça, il utilisa sa baguette pour dessiner un petit cercle et deux plus grands sur la tapisserie qui se mirent à rougeoyer.
« Mémorisez les », lui ordonna-t-il, elle fixa alors l'exacte position de ces cercles dans son esprit, en se retenant de le questionner. Il lui expliquerait le moment venu.
Après environ une minute, les trois cercles disparurent sans laisser de trace.
« Maintenant, placez vos mains sur l'emplacement des deux grands cercles et fixer vos yeux au niveau du troisième. »
Elle suivit ses instructions, pressant ses paumes contre le tissu lisse de la tapisserie. Severus marmonna un sortilège, trop faiblement pour être entendu. Elle sentit alors un picotement lui parcourir la peau, remonter dans ses bras et traverser tout son corps. Pendant une seconde, elle vit une vive lumière en face d'elle, comme si elle avait subitement regardé le soleil. Puis ses sensations s'estompèrent peu à peu.
« Vous pouvez baisser vos mains. »
Elle ne put attendre plus longtemps, et quand elle ouvrit la bouche, il lui sourit, sachant que la curiosité de la jeune femme l'avait emporté.
« Que s'est-il passé exactement ? Je n'ai jamais entendu parler d'un tel sort. »
« Je vous ai donné un libre accès à mes appartements. La prochaine fois que vous toucherez la tapisserie, elle acceptera votre mot de passe. Cela complètera le sortilège et vous permettra d'entrer. J'ai moi-même conçu ce sortilège et oui, il s'apparente beaucoup aux techniques moldues. Vous devriez fermer la bouche, maintenant. »
Certes, la complexité du sort l'impressionnait, mais si Hermione fixait à ce point son Maître des Potions avec émerveillement, ce n'était pas à cause de ses facultés magiques.
Je vous ai donné un libre accès à mes appartements.
Elle savait très bien à quel point cet homme était secret. Lorsqu'elle avait vu ses appartements pour la première fois, il avait détesté le fait qu'elle soit là. Et maintenant qu'il l'avait laissée pénétrer son petit paradis, il lui donnait maintenant un libre accès à sa vie. Juste comme ça, sans même attendre un remerciement. Cet homme allait la rendre folle avec toutes ces contradictions.
Elle se sentit submergée par le symbolisme de ce petit geste. Il voulait vraiment qu'elle soit sa partenaire, à part entière !
Comment lui rendre la monnaie de sa pièce ? pensa-t-elle fébrilement, tandis qu'il attendait qu'elle choisisse un mot de passe et entre par elle-même. Comment lui dire combien ce geste compte pour moi ?
Soudain, une idée germa dans son esprit et elle leva les mains, les plaça sur les cercles qu'elle ne pouvait voir que dans sa mémoire. Elle fixa son regard sur le petit point au milieu, et énonça d'une voix claire en articulant comme si elle s'apprêtait à voyager avec la poudre de cheminette.
« Rivendell », annonça-t-elle, et la tapisserie s'illumina d'un coup avant de reprendre son aspect sombre initial.
Elle se tourna vers Snape et lui demanda s'il souhaitait passer en premier. Elle vit alors dans ses yeux sombres et sans fond qu'il avait compris. Elle lui adressa un sourire, se tourna vers la tapisserie, répéta le processus et s'avança.
Un plateau sur lequel reposait le nécessaire à thé l'attendait sur la table, à côté de son fauteuil nouvellement choisi. Elle s'essuya les mains devenues brusquement moites sur ses robes, et s'assit en essayant de se ressaisir avant qu'il ne prenne place en face d'elle.
Concentre-toi sur ta tâche, s'ordonna-t-elle fermement, en servant le thé. Cesse tout de suite d'être émotive !
Quand Snape prit un siège, il parla avec l'efficacité froide d'un homme d'affaire.
« Il y a un certain nombre de choses importantes dont nous devons discuter ce soir », commença-t-il, en lui offrant un biscuit qu'elle refusa. Il prit sa tasse à deux mains pour profiter de la chaleur du thé.
« Premièrement, nous devons aborder quelques détails techniques. Néanmoins, ce sont des choses qui pourraient vous rendre la vie plus facile. »
Il s'arrêta un instant pour lui jeter un regard, comme s'il s'attendait à ce qu'elle montre un quelconque désaccord. Elle se contenta d'acquiescer et de siroter son thé, en lui laissant l'initiative.
« Deuxièmement, nous devons parler d'un ou deux problèmes que vous rencontrez dans cette école : que faire avec Draco, et comment vous réconciliez avec ces deux jeunes Gryffondors. Et enfin, nous devons discuter de mon propre empoisonnement. Cela vous convient-il ? »
« Tout à fait », accorda-t-elle. « Mais je dois dire que je suis plus curieuse au sujet de votre empoisonnement qu'au sujet de Draco, Ron et Harry. Laissons le meilleur pour la fin ? »
« D'une manière ou d'une autre… »
Encore une fois, il lui jeta un coup d'œil, de manière à vérifier encore si elle acceptait ses remarques. Ensuite, il commença à lui expliquer ce qu'il entendait par 'détails techniques'.
« Tout d'abord, mes appartements et votre chambre. Je pensais ce que j'ai dit hier. Les pièces du haut vous appartiennent. Vous pouvez les utiliser comme vous l'entendez. Vous êtes libre d'y établir une connexion par cheminette avec votre chambre de préfète. Je vais également vous permettre l'accès de mes autres connexions, même si vous n'en aurez certainement pas besoin », il lui sourit froidement en se souvenant de quelle manière elle avait bassement tirer avantages de ses erreurs après leur querelle.
« Deuxièmement, je possède une cape d'invisibilité que je vais vous donner », étouffant un cri de protestation d'un geste, il répondit à Hermione avant que celle-ci ne puisse dire quoi que ce soit. « Oui, je sais combien elles sont rares et chères, et oui, je compte sur vous pour en prendre soin. Mais cela réduira grandement les dangers que vous encourez en vous déplaçant dans et autour du château. Je vous montrerai un arbre creux qui me servait de cachette quand je faisais ces trajets. Vous pourrez y laisser la cape avant de transplaner et la récupérer en revenant. Je propose de nous rencontrer dans mes appartements après chaque rassemblement. Il serait également plus prudent de me tenir au courant de vos déplacements. Laissez une note sur mon bureau. Nous pourrons discuter d'un code approprié par la suite. »
« Toutes vos propositions me semblent correctes », acquiesça-t-elle. « Mais je ne veux pas être tenue responsable des dommages faits à votre cape. »
« Vous devez également décider de ce que vous direz à Dumbledore », continua-t-il, trop absorbé par les plans qu'il élaborait pour remarquer le ton léger qu'elle avait employé. « …ainsi qu'à ceux qui sont au courant. Je m'en tiendrais à votre version, mais vous devez me dire exactement les sujets que je peux aborder de manière à ne pas faire de gaffes. Il me faudra des instructions précises de toute façon. Je ne veux pas avoir Minerva sur le dos parce qu'elle aura remarqué des contradictions dans nos versions. »
Cette fois, ce fut Hermione qui sourit, clairement amusée par l'idée d'une Mac Gonagall coinçant le grand Snape dans un couloir en lui demandant des 'réponses'. Elle ne se doutait probablement pas que c'était exactement ce qu'avait fait Minerva quelques semaines auparavant.
Puis son visage redevint sombre et Severus remarqua que le front de la jeune femme s'était plissé comme à chaque fois qu'elle se concentrait sur quelque chose.
« Je pense que nous devrions les informer pleinement. Je ne veux pas que certains… détails quittent ces appartements, bien sûr », ajouta-t-elle, et il hocha la tête en signe d'accord. « Mais ils cesseront peut-être de me regarder avec ces yeux inquiets s'ils savent que vous prenez soin de moi. »
Il y avait un léger ricanement dans sa voix, mais la dureté de sa voix indiquait à Severus combien elle détestait voir ces yeux le questionner. Il la comprenait très bien.
« Et vous… », commença-t-elle, mais lorsque sa voix lui échappa, elle tourna la tête vers la fenêtre.
« Oui », souffla-t-il, soudain incertain de ce qui la dérangeait.
« Pourriez-vous faire parvenir à Dumbledore mes rapports ? », demanda-t-elle d'une toute petite voix, poursuivant rapidement son explication au moment où elle remarqua le regard effrayé de l'homme en face d'elle. « 'Seulement' lorsque ce sera trop dur de rester assise avec lui durant des heures, de boire du chocolat quand j'ai juste… »
Oui. Il se souvenait. Assis aux côtés d'Albus, au coin du feu, en buvant un thé et lui faire part de ses rapports. Garder des choses pour soi tout en se comportant le plus innocemment possible. Rester fort en apparence, alors que la seule chose dont on ait envie, c'est de se rouler en boule et de sangloter. Ses yeux bleus perçant votre âme et vous donnant envie de tout confesser alors que l'on continue de lui mentir.
« Je comprends », dit-il, elle ne l'avait jamais entendu parler d'une voix si douce. « Je serais heureux de le faire pour vous, Hermione. »
Elle croisa son regard un instant, le soulagement s'inscrivant sur son visage si jeune.
« Merci, Severus. »
Le silence tomba sur la pièce et Severus ne le rompit pas.
« En ce qui concerne Draco », poursuivit-elle finalement, « Je ne peux pas encore décider. Je lui ai demandé de ne pas s'inquiéter. Je lui ai également dit que vous m'aidiez, mais je ne peux pas me confier à lui. Tout ce que son père a à faire est de l'emmener à Voldemort et tout serait révélé. Pourtant, j'y travaille. Donnez-moi une semaine et je penserai bien à quelque chose. »
Il hocha la tête, content qu'elle soit consciente du danger. Il aurait détesté l'éloigner de Draco, mais le garçon incarnait un risque non négligeable.
« Et au sujet de Potter et Weasley ? », demanda-t-il.
« Comment ça ? » Ne t'aventure pas par là, lui soufflait une voix intérieure, mais c'était un point trop important pour ne pas l'aborder, et elle le savait très bien.
« Vous devez vous réconcilier avec eux », l'avertit-il.
Elle grogna. « Une leçon de bonne manière ? De votre part ? Est-ce la fin du monde ? »
« Mes manières sont excellentes », répliqua-t-il d'un ton hautain. « C'est juste que j'ai appris à ne pas m'en encombrer avec des personnes qui n'en valent pas la peine, comme les étudiants par exemple. »
« Ainsi que les autres Professeurs et les êtres humains en général ? » Ne put-elle s'empêcher de continuer.
« Les êtres humains en général ne méritent pas un tel effort. Pas plus que vos amis », répondit-il, sans lui permettre de changer si facilement de sujet. « Mais malheureusement, vous êtes liée à eux par bien plus que de l'amitié. Le Seigneur des Ténèbres ne serait pas content s'il venait à apprendre votre dispute. »
Elle soupira.
« Je sais. Et je souhaite vraiment me réconcilier. Ils me manquent. Ce n'est pas leur faute si j'ai changé. C'est juste que je ne sais pas comment expliquer… »
« Je ne veux en aucun cas être celui qui va disculper vos insupportables amis, pas plus que je ne veux être impliqué dans des questions sur l'amitié à l'adolescence. » Severus la coupa, sans même tenter de cacher le peu d'intérêt qu'il avait pour ce sujet. « Ce que je peux faire, cependant, c'est penser à une manière de les empêcher de se mettre en danger, et plus important, les empêcher de vous mettre en danger. »
« Vous le feriez ? »
« Dois-je prendre cet étonnement pour une insulte subtile ? »
« Si je décidais d'être subtile, vous ne le remarqueriez même pas », rétorqua-t-elle, refusant de mordre à l'hameçon. « Qu'envisagez-vous ? »
« Comme vous le savez, tout à Poudlard, est divisé en salles », expliqua-t-il, visiblement satisfait de lui-même. « Toutes sont verrouillées d'une certaine manière, le château a plus de salles que de personnes. De son bureau, Albus est capable de contrôler chaque information émanant de ces salles. J'ai beaucoup lu aujourd'hui et j'ai trouvé comment nous pourrions utiliser ces salles pour nous avertir, Albus et moi, quand Potter et Weasley décident de flâner toute une nuit. De cette manière, je pourrai contrôler leurs mouvements, et l'uns de nous pourrait se trouver sur leur route, à la sortie du château. Bien sûr, si je suis d'une humeur particulièrement mauvaise, je me contenterai de rester dans mon lit et d'avertir Rusard. »
« C'est brillant », souffla-t-elle. Les possibilités qu'apportait cette solution l'emplissaient de joie. Ils seraient en sécurité sans qu'elle n'ait besoin de les suivre en secret. Elle pourrait de nouveau dormir tranquille sans avoir à s'inquiéter d'où ils se trouvaient. Elle pourrait cesser de leur faire la morale.
« Je sais », répliqua-t-il d'un air suffisant. « Mais c'est gentil à vous de m'en faire part. »
L'expression qu'il arborait rappela soudain à Hermione celle de Ron quand il parvenait à imposer un argument, sans qu'elle ne puisse le contredire. Elle ne put réprimer un rire de pur amusement. Severus ne dit rien et se concentra sur son thé.
Il ne voulait pas lui montrer le soulagement qu'il éprouvait à l'entendre rire. Il ne voulait pas lui dire combien il s'inquiétait pour elle, ni qu'il avait à peine dormi la nuit passée, jusqu'à ce que cette idée ne lui traverse l'esprit. Il avait été heureux de voir qu'elle allait mieux ce soir, et chaque signe de guérison lui indiquait qu'il était sur la bonne voie avec elle.
« Et maintenant, passons à la partie la plus amusante », dit-il enfin, un sombre sourire s'inscrivant sur ses lèvres. « Discutons de votre assaut mortel sur la personne d'un Professeur. »
« Je pensais que vous moquiez de moi hier », répondit-elle, nerveuse, en essayant de décrypter son visage.
« Ce n'était pas le cas. Vous allez m'empoisonner demain, ce qui va provoquer une panique générale et m'obligera à annuler plusieurs cours de potions. »
« Il faudra que ça ait l'air réaliste », l'avertit-elle, pas du tout sûr qu'il en soit capable. « Nous devons berner Madame Pomfresch, après tout. »
« Ne vous inquiétez pas, cela semblera très réaliste », lui assura-t-il, étrangement satisfait. « Le fait d'utiliser un véritable poison en sera la meilleure garantie. »
« Mais par l'enfer… », commença-t-elle, mais avant même de lui avoir demandé des explications, il les lui fournit volontiers.
Il ne fallut pas longtemps à Hermione pour qu'elle adhère à l'idée avec un sourire espiègle. Ils complotèrent ensemble comme s'ils l'avaient fait depuis des années.
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Rivendell est la maison d'Elrond, le plus sage des elfes dans le Seigneur des Anneaux de Tolkien. Pour Frodon et ses amis, c'est un havre de paix elfique.
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Alors, les choses se précisent...
Pour le prochain chapitre, vous aurez le droit à l'empoisonnement de Severus Snape le Grand, en direct live!
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