Quand la Lionne se bat
Auteur : Kayly Silverstorm
Correctrice : Emi Yoneyama
RAR : Oulala, que de reviews. Je n'ai pas l'habitude, mais ça me fait très plaisir, alors continuez ! Au fait, il paraît qu'on est passé à l'année suivante, alors bonne année à toutes et à tous, j'espère que tout ce passe comme vous le voulez…
Ira Lea : Oui, ne t'en fais pas, Severus va s'en remettre, elle est coriace la bête, lol. Mais bon, pour en savoir plus, il faut lire… Tu as bien raison en me disant qu'il me reste pas mal de boulot, mais pour l'instant, j'ai quand même traduit les deux tiers de l'histoire. Oui, je sais, elle n'est pas terminée, mais bon, chaque chose en son temps. Bisous.
El diablo : Ma plus fidèle revieweuse, je me souviens aussi du temps où personne ne connaissait la fic que je traduis, même si je ne peux pas dire que je suis une célébrité maintenant… oh, et puis si, aujourd'hui je suis une célébrité, même si je suis la seule à le savoir… Oui, bon, le champagne ne réussit pas à tout le monde ! Hermione : serpentarde ! Oui, mais au bout de sept ans, je crois que beaucoup d'élèves pourraient changer de maison, non ? Tiens, ce serait drôle, il faudrait le suggérer à J.K. Rowling ! Au fait, j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle à t'annoncer. La mauvaise, c'est que tu n'es pas la 99ème à avoir reviewer, mais la bonne nouvelle, c'est que tu peux encore l'être. Un petit effort, dans 4 reviews…
Ayuluna : Coucou, c'est moi ! Voilà la suite. Quand Ron et Harry vont tout découvrir, ne m'en parle pas, ça promet d'être quelque peu tendu ! lol, surtout si Severus est dans les parages…
UnDo : Euh, je crois qu'ils se sont déjà lancés dans le cinéma. Et tu ne vas pas me croire, mais le film s'appelle Harry Potter, ou quelque chose comme ça… Bon, sérieusement, ils sont d'excellents acteurs, mais n'est-ce pas le rôle le plus important pour un espion ? Bonne lecture.
Moggliesmad : Ton vœu est exaucé, voilà la suite. Je fais de mon mieux. A bientôt !
Malicia-Sirkis : Et bien voilà un autre chapitre à lire. J'espère qu'il te plaira tout autant. Au fait, ne bave pas trop, tu risque d'abîmer ton ordi…lol !
Noa : Merci, merci, je dois dire que je suis particulièrement émue d'avoir reçue cette récompense… 'applaudissements' C'est une grand honneur pour moi d'être là ce soir ! Pardon, c'est pas une vrais récompense ? Je suis pas au festival de meilleurs traducteurs ? Ah bon, pardon alors, je vais me reprendre ! C'est à cause du champagne, oui, c'est ça, c'est à cause du champagne ! En tout cas, je ne le dirais jamais assez, merci de rester fidèle à la traduction, même si un original, c'est toujours mieux. Je ne sais pas quand Kayly va publier un autre chapitre, mais moi j'en ai mis un juste en dessous…
EmmaD : Je crois qu'Hermione non plus n'arrive pas à déterminer précisément quand il joue la comédie et quand il a vraiment mal. C'est pas touchant de la voir s'inquiéter comme ça ? Bonne lecture ou plutôt relecture…
Aries25 : Bienvenue à toi, nouvelle lectrice ! Oui, moi aussi je me régale des conversations entre Hermione et Severus, et j'essaie de garder au mieux le ton utilisé. Kayly Silverstorm est très douée pour ça ! Tu veux des tête-à-tête entre Severus et la jeune Hermione, tu vas en avoir, mais ce n'est pas moi qui décide, je ne fais que traduire…
Cassandre8 : Ne t'excuse pas, c'est déjà gentil d'avoir laissé un petit mot. Tu n'es pas la première à me dire que Severus a un vrai talent d'acteur, mais en même temps, ça a été son métier pendant des années : un espion se doit d'être un bon comédien, non ?
TIT LO : Voilà la suite. Amuse-toi bien !
Mathilde : Merci beaucoup, je suis très touchée. Laisse un petit mot à Kayly quand tu liras la VO, ça lui fera plaisir. Bisous.
Chapitre 19 : Le spectacle doit continuer
« Je suis juste venue vous informer que je me rendais à un rassemblement dans une demi-heure », dit Hermione qui examinait Severus avec nervosité. Il était allongé sur un canapé, la tête reposant sur des coussins tellement épais qu'il en était presque assis. Il était enroulé dans une couverture de satin rouge sombre - grâce aux soins attentifs de Jane - supposa Hermione.
Il était toujours très pâle, son front était encore chaud, et ses yeux ressemblaient à deux trous sombres dans leurs orbites cernées de noir.
« Lucius m'a écrit, il dit que le Seigneur des Ténèbres est extrêmement satisfait… Etes-vous sûr que tout va bien ? »
« Parfaitement bien », sa voix de velours était devenue rauque à force de cris et de grognements, mais le sourire sur son visage était chaleureux, presque moqueur, comme d'habitude.
« Vous devriez cesser de vous inquiéter autant pour les autres, Hermione, ou vous ne deviendrez jamais un espion de haute voltige. »
« Peut-être que je ne veux pas en devenir un si cela m'oblige à ne plus me soucier des autres », répondit-elle calmement, et quelque chose dans ses yeux disait à Severus qu'elle ne le croyait pas quand il lui assurait qu'il allait bien.
« Alors, que voulez-vous ? », demanda-t-il, sans vraiment penser qu'elle répondrait.
Elle le surprit.
« La fin de cette guerre avec le moins de blessés et de morts possible », rétorqua-t-elle, l'intensité de ses paroles se lisait dans ses yeux. « Devenir assez proche de Voldemort pour mettre mon plan à exécution. »
« Quel plan ? » Elle avait déjà parlé de ça avant, mais il n'avait jamais eu la possibilité de lui poser la question. « Comment comptez-vous empêcher le Grand Combat entre Potter et le Seigneur des Ténèbres que tout le monde s'attend à voir ? »
« En faisant croire à Voldemort que je peux lui amener Potter, seul, sans qu'il ne se retrouve avec une armée sur le dos, sans aucun risque. Dans un endroit où personne ne le remarquera s'il disparaît, à un moment où l'ancienne magie est la plus puissante. Si Voldemort me fait suffisamment confiance pour croire ça, il ne viendra qu'avec sa garde rapprochée, prêt à en finir avec Harry. Ils ne seront pas préparés à se retrouver face à l'Ordre du Phénix au grand complet. Nous pourrons ainsi lui mettre la main dessus sans avoir à livrer bataille pendant des heures. »
« Comment expliquerez-vous que Potter s'aventure dehors la nuit au beau milieu de l'été, à Noël ou Halloween ? Et comment comptez-vous défaire le Seigneur des Ténèbres en seulement une nuit ? », demanda Snape, sa voix ainsi que son visage ne laissaient filtrer aucune émotion.
Il ne voulait pas lui dire que son grand plan n'était que pure folie, qu'il n'y avait aucun moyen, aucune possibilité pour faire croire à Voldemort que Harry Potter était aussi stupide. Aussi idiot qu'était le garçon, il connaissait, comme tout autre sorcier, quels pouvoirs flottaient dans l'air et sur la terre lors de telles nuits. Il savait également que Voldemort était imbattable dans l'art de maîtriser ces pouvoirs. Il serait presque invincible lors de telles nuits.
Son corps entier souffrait tant il était déçu. Il avait toujours cru que sa brillante partenaire était dotée d'une intelligence logique et rationnelle. Maintenant, elle semblait devenir totalement folle.
« Ne faites pas cette tête de marbre, Severus », le réprimanda-t-elle avec un sourire ironique. « Je sais très bien ce à quoi vous pensez : vous pensez que j'ai perdu l'esprit ou pire, que je n'ai jamais eu la tête sur les épaules. »
Bizarrement, ses paroles ne reflétaient rien de la colère ou du ressentiment auxquels il s'était attendu. Elle semblait plutôt… amusée.
« Mais êtes-vous d'accord que, mis à part ces deux problèmes, ce plan est tout à fait valable ? »
« Mis à part cela, le plan est brillant », accorda-t-il à contre cœur, d'une voix rude. « Mais vous ne pouvez pas ignorer ces deux points ! Vous allez sacrifier Potter, ou pire, sacrifier l'ensemble d l'Ordre pour une idée complètement folle ! Vous ne pourrez pas battre Voldemort en une nuit, au moment même où ses pouvoirs seront au plus haut ! C'est absolument impossible ! J'ai vu ce qu'il était capable de faire lors d'une nuit comme Halloween ! »
Encore une fois, un léger sourire se dessina sur les lèvres de la jeune femme, tandis qu'elle écoutait les paroles emportées de Severus.
« Il existe un ancien rituel appelé 'union'. Je l'ai découvert dans la section interdite de la bibliothèque », expliqua-t-elle, ignorant l'expression perdue de l'homme qui lui faisait face. « Il donne à ses participants la capacité de connecter leurs esprits. Ils sauront toujours où se trouvent les autres personnes unies par ce rituel, de même qu'ils sauront s'ils sont dans la douleur ou en danger. Avec un peu d'entraînement, ils peuvent réussir à communiquer à travers leur lien. »
Le visage de l'homme lui indiquait qu'il n'avait pas la moindre idée du rapport entre ce qu'elle venait de lui révéler et ce dont ils parlaient précédemment, mais elle se contenta de sourire et continua.
« Il y a cependant un inconvénient. Pour fonctionner, le rituel de l'union doit être réalisé lors d'une de ces nuits où l'ancienne magie est à son apogée. C'est un risque. Le bénéfice est cependant énorme. Et n'est-ce pas un merveilleux symbole : Harry, Ron et moi, unis ainsi une fois l'école terminée ? Le symbole de l'amour Gryffondor. Ce sera irrésistible pour Harry. »
Le visage de Severus s'adoucit au moment où les mots d'Hermione prenaient sens. C'est donc à ça qu'elle avait pensé, et c'était quelque chose de crédible.
« Le parfait appât, je dois dire », accorda-t-il avec hésitation. « Et je crois bien vos amis capables de risquer leurs vies pour une bêtise pareille. Mais ça ne change pas le fait que Voldemort est quasiment invincible avec l'ancienne magie dont il a le contrôle. »
« Alors, si je vous disais… », demanda Hermione en jubilant, « … que j'ai trouvé un endroit où l'ancienne magie ne fonctionne pas ? »
Severus resta bouche bée.
« Impossible », dit-il, mais cela ressemblait plus à un hurlement d'effroi. « La magie est partout, dans la terre, dans l'air, vous ne pouvez la contrôler ou la supprimer ! C'est de la folie, Hermione ! »
« Non, pas du tout ! », rétorqua-t-elle, déterminée. « J'ai fait des recherches à la bibliothèque, et j'ai découvert… »
Tandis qu'elle parlait, ses yeux s'étaient posés sur la grande horloge qui se trouvait dans la bibliothèque. Elle hésita, soupira puis secoua la tête.
« Je n'ai pas de temps à perdre pour ça. Accio livres ! »
A la hâte, elle s'était déplacé vers la fenêtre et l'avait ouverte. Dans la seconde qui suivit, une pile de livres, passée par la fenêtre, lui avait atterri dans les bras. Sous l'impact, elle en tomba presque à la renverse.
« Ici », dit-elle en désignant Severus. « C'est une partie de mes recherches. Soyez assuré que j'ai tout vérifié avant d'être satisfaite. Lisez et dîtes-moi si vous en tirez les mêmes conclusions que moi. Je dois y aller. Je repasserai après le rassemblement. »
Et avant même que Severus n'ait pu répondre ou commenter la fin brutale de la conversation, elle avait gravi l'escalier en colimaçon et sans doute utilisé la poudre de cheminette pour retourner à sa chambre de Préfète en chef.
OoOoOoOoOoOoOoOoOo
Légèrement abasourdi, Severus l'avait observée. Mais qu'avait cette femme avec les sorties dramatiques ?
Il déposa les livres sur ses genoux et grogna de douleur lorsque l'un d'eux s'enfonça dans son estomac.
Il ne lui avait pas dit – même si elle l'avait certainement remarqué, après tout, c'était Hermione – mais le poison l'avait affecté bien plus qu'il n'avait voulu l'admettre. Pour que le plan fonctionne, la dose de ciguë devait être plus que mortelle, et de telles quantités de poison étaient dangereuses, même pour lui. Cependant, le jeu en valait la chandelle.
Quand Minerva lui avait rendu visite cette après-midi, elle lui avait fait part des rumeurs qui couraient dans le château. Certains parlaient déjà de doses suffisamment importantes pour 'tuer un éléphant'. Il avait toujours apprécié les personnes calculatrices, et Madame Pomfresch n'était pas l'une d'entre elles.
Sans grande motivation, il commença à parcourir les différents volumes, en se concentrant sur les passages ainsi que les chapitres qu'Hermione avait marqués.
Il découvrit rapidement de quel endroit elle voulait parler, mais il prit le temps de vérifier chacun de ses soupçons le plus minutieusement possible. C'était…
Malheur et damnation, elle ne pouvait pas être sérieuse !
Tintagel ?
Tintagel, de tous les endroits !
Il était difficile de trouver un endroit plus ancien et plus puissant que celui-là ! Même les moldus connaissaient ses particularités ! Seuls Stonehenge et cette prairie près de Canterbury auraient pu être pires comme choix. Par l'Enfer, à quoi avait-elle pensé ?
Dans son dos, la porte se referma en claquant. La tension monta en lui immédiatement, près à une attaque ou à accueillir des visiteurs non désirés, mais il se relaxa en distinguant la démarche raide de Jane.
« Vous avez une mine effroyable », commenta la voix sèche de cette dernière. « Est-ce que tout le monde ne vous a pas dit de vous reposer ? Vraiment, Severus, vous êtes le romantique le plus désespéré que j'ai jamais rencontré, s'empoisonner pour rendre une fille heureuse ! Qu'êtes-vous encore en train de lire ? »
Il ferma les livres et les plaça sur la table à côté du canapé, ce qui lui fit prendre conscience de sa fatigue. Peut-être devait-il en effet prendre plus soin de sa santé.
Je deviens trop vieux pour ça, pensa-t-il. Puis il soupira et porta de nouveau son attention sur l'elfe de maison qui l'observait d'un œil critique.
« Oh, assis-toi, Jane ! Mon cou me fait déjà souffrir ! »
« A votre service. Maintenant vous savez ce que je ressens quand vous me tourner tout le temps autour », mais elle s'assit quand même et prît l'un des volumes.
« Lieux magiques en Grande-Bretagne ? », lut-elle à haute voix. « Vraiment, Severus, que faîtes-vous donc ? »
« Je vérifie quelque chose dans le travail de recherche d'Hermione », expliqua-t-il. « Et je pense qu'elle est finalement devenue folle. »
« Votre influence sans doute », dit Jane d'un air compatissant.
« Charmante, comme toujours, n'est-ce pas ? », grogna-t-il.
« Je fais de mon mieux. Pourquoi pensez-vous qu'elle est folle ? »
« Elle m'a finalement révélé son 'grand plan', et ça tourne autour d'une histoire démente au sujet des lieux où la magie élémentaire ne fonctionne pas. Et même pire, elle croit que Tintagel est l'un de ces lieux, que c'est à cet endroit que nous allons battre Voldemort lors d'une nuit d'Halloween. »
Jane l'observait, immobile. Il avait, depuis longtemps pris l'habitude de lui donner plus d'explications qu'à un collègue. Elle était parfaitement instruite, plus que bien des sorciers, et elle haïssait qu'on la prenne pour une imbécile juste parce qu'elle ressemblait à un agrandissement de jouet Disney.
« Et alors ? », questionna-t-elle quand il fut clair qu'il avait fini de parler.
« Jane ! », cria Severus, exaspéré. « Dois-je vraiment te l'expliquer ? C'est l'un des sites les plus anciens de Grande-Bretagne. Les gens se sont mis à l'abri là-bas pendant des siècles, les créatures magiques s'y sont réfugiées. La terre de Tintagel est pleine de magie, son air vibre tant le pouvoir est grand. Toute personne qui s'y rend peut le sentir ! C'est de la folie si Hermione croit que ce lieu est la solution à tous nous problèmes. »
Il soupira, et leva sa main jusqu'à ses yeux fatigués. « Honnêtement, je ne sais pas comment la convaincre que c'est de la folie. Elle y croit vraiment, et a placé tout son espoir de voir cette guerre se terminer dans son plan. »
« Mais elle a tout à fait raison », répliqua Jane, insensible, comme toujours, à ses débordements d'humeur.
« Quoi ? Serais-tu devenu folle toi aussi ?
« Maintenant, ça suffit, Severus ! Il n'y a aucune raison pour me parler sur ce ton. »
« Mais tu disais… »
« J'ai dit que Hermione avait raison. Quelle fille intelligente ! Pas étonnant qu'elle se batte pour la cause des elfes de maison. »
Remarquant que Severus semblait de plus en plus irrité, Jane soupira et se courba, les mains bosselées sur les genoux.
« Tous les sorciers, même vous, oubliez que les êtres magiques non humains ont une culture, une mémoire et une histoire qui leur est propre. Il y a des choses entre le ciel et la terre, Horatio, qui ne peuvent être ouvertes que par les géants, les centaures ou les elfes de maison. Nos peuples ont toujours su qu'il y avait quelque chose de spécial à l'endroit que vous appelez Tintagel. Nous l'expliquons différemment, mais les résultats sont identiques.
« Mais vous avez fui là-bas pendant la période sombre », protesta-t-il, mais il fut interrompu par Jane.
« Nous y avons fui parce que Tintagel était dépourvu de magie élémentaire. Quand les mages noirs nous ont menacés, nous nous sommes rassemblés là-bas parce que notre pouvoir, en ces lieux, dépassait celui des humains, qui étaient incapables de découvrir les réserves de la terre et de l'air. Le pouvoir dont vous avez parlé, le pouvoir qui règne dans la terre et le ciel, n'est pas du aux éléments. C'est notre pouvoir, resté là depuis les temps reculés où les créatures magiques utilisaient Tintagel comme cachette. Vous les sorciers, n'avez même pas remarqué la différence. Et nous avons toujours été persuadé que vous ne le trouveriez jamais.
« Mais cette fille l'a néanmoins découvert », continua-t-elle, de la fierté dans la voix. « Je me demande si nous pourrions l'élire membre honorifique des elfes de maison. »
OoOoOoOoOoOoOoOoOo
Il était plus de onze heures lorsqu'il entendit le signal d'Hermione. Il lui avait parlé de la connexion magique entre ses appartements et la porte de son bureau : toute personne qui y frappait ou se tenait devant, pouvait être observée à travers la tapisserie, et un son résonnait dans ses appartements pour qu'il puisse réagir promptement.
Ce signal, qui consistait en une série de coups, n'était pas l'idée de Severus, mais il était heureux qu'elle l'ait proposé. Il y avait des situations qu'il ne souhaitait absolument pas partager avec une adolescente, brillante ou pas.
Elle entra quelques instants seulement après le signal.
« Il était content », lui dit-elle au lieu de le saluer. « Vous sentez-vous mieux ? »
Balayant sa question d'un revers de main, il se pencha en avant pour examiner son visage avec attention.
« Pas assez content pour vous laisser partir sans être bien battue », remarqua-t-il sombrement.
« Les Mangemorts s'en sont chargés », répliqua-t-elle. Elle leva la main comme pour cacher les blessures de ses lèvres et son œil, mais elle stoppa son geste presque immédiatement. « Ils se sont assurés que je ne prendrais pas la grosse tête. »
Elle sourit, mais c'était un sourire dépourvu de chaleur. « Il était content, en effet. Il m'a laissé m'asseoir à côté de son trône durant tout le rassemblement. Il m'a même tapoté la tête une ou deux fois. »
« Vous dites cela comme si c'était une expérience exaltante », prononça Severus. Il était risqué de plaisanter de la sorte avec elle à ce moment, mais son humour noir lui avait toujours permis de ne pas sombrer dans les abîmes du désespoir, et cela semblait marcher de la même manière avec elle.
Comme l'idée de la soirée pyjama, le commentaire de Severus la fit sourire. « Sans aucun doute. Je vais courir le noter dans mon journal intime dans une seconde. Laissez-moi juste aller prendre une douche. »
Il acquiesça et la regarda gravir les escaliers. Pendant un instant, l'esprit de Severus s'attarda sur le problème des Mangemorts jaloux ainsi que Lucius Malfoy, mais ses pensées retournèrent bien rapidement à Tintagel lors d'une nuit d'Halloween. Il réfléchissait encore à ce qu'il avait appris au sujet de son plan quand il entendit la jeune femme revenir.
« Jane a confirmé votre hypothèse au sujet de Tintagel », lui fit part Severus au moment où elle pénétrait dans la bibliothèque.
« Je l'espérait tellement », acquiesça simplement Hermione, se servant elle-même une tasse de thé puis se laissant choir dans un fauteuil en face de lui.
Elle semblait fatiguée et usée, comme si le contact rapproché avec Voldemort l'avait blessée, bien plus qu'une potion ne pourrait le faire. Mais l'exaspération qu'il ressentait actuellement l'emportait sur l'attention qu'il lui portait. D'abord Jane, et maintenant elle. Des Miss Je-sais-tout, toutes les deux. Il choisit d'ignorer le fait que son irritation provenait de son incapacité à lui, de ne pas l'avoir découvert avant.
« Ne me dites pas que vous saviez l'emploi que faisait les créatures magiques de Tintagel, parce que je ne vous croirais pas, Hermione ! », s'exclama-t-il.
Elle secoua la tête. « Je ne le savais pas. Mais j'en étais quasiment sûre », continua-t-elle, en le faisant grogner de frustration.
« J'ai trouvé une note dans un de ces livres, vous êtes probablement tombé dessus. »
Comme s'il avait pu travailler presque trois heures sur tous ces volumes et étudier chacune des notes manuscrites, pensa-t-il, exaspéré.
Hermione ouvrit l'un des livres et le feuilleta en cherchant la note en question.
« Là », dit-elle quelques instants plus tard d'un air triomphant tout en désignant le haut d'une page. « Il est dit que pendant la période sombre, des quantités peu communes de créatures avaient trouvé refuge dans les cavernes de Tintagel. »
« Je me suis demandée pourquoi des créatures intelligentes comme les centaures ou les elfes de maison avaient pu fuir dans un lieu où les sorciers et sorcières n'étaient que plus puissants, surtout pendant les nuits d'ancienne magie. A la différence des humains, ils ne peuvent pas puiser dans les réserves de magie de la nature. Les lieux où l'on retrouve des pouvoirs élémentaires sont donc plus dangereux pour eux que le reste du territoire britannique. »
« J'ai comparé ces informations avec celles obtenues dans des livres traitant des créatures magiques, mais je n'ai pu emprunter qu'un nombre restreint de livres à la bibliothèque. La bibliothécaire est malheureusement très stricte avec cette règle. »
L'espace d'un instant, elle eut l'air agacée, voire même en colère contre ces règlements qui avaient entravé ses recherches, mais elle revînt rapidement à son explication.
« J'ai finalement trouvé une série de sortilèges permettant de confirmer la nature de la magie d'un lieu précis, que celle-ci provienne des sorciers, des créatures magiques ou des éléments eux-mêmes. Pendant les vacances, je me suis rendue à Tintagel et j'ai effectué une série d'expériences qui ont confirmées mes hypothèses. J'y suis retournée la veille d'Halloween et j'ai répété la procédure. Tous les tests concordent. Aucune magie élémentaire ne réside en ce lieu, pas la moindre. C'est pour cette raison que j'ai fait de Tintagel le centre de mon plan. »
En l'écoutant raconter comment elle avait mené à bien un projet de recherche qui aurait normalement demandé des années de travail, alors qu'elle devait en plus suivre ses cours et assumer son nouveau travail d'espion, Severus sentit un étrange sentiment de respect s'insinuer en lui.
« Vous avez merveilleusement travaillé, en avez-vous conscience ? », l'interrompit-il.
L'homme eut la surprise et le grand plaisir de voir le visage d'Hermione virer au rouge intense, ce qui la fit baisser les yeux.
« J'ai fait de mon mieux », murmura-t-elle. « Vous pensez donc que ça peut marcher ? »
« Effectivement », répondit-il, absent, en se demandant pourquoi personne n'avait jamais pensé à lancer la première offensive.
« Nous nous concentrons toujours sur notre défense », formula-t-il lentement, « et nous n'avons jamais pensé à riposter. Notre but était de réduire au maximum les risques pour le monde sorcier. Et tous ces fous romantiques qui attendent patiemment qu'un héros, que l'Elu vienne les débarrasser de Voldemort ! Mais votre idée pourrait être une alternative », continua-t-il avec une fascination grandissante. « En fait, ce serait même mieux ! »
Ils discutèrent du plan et de ses détails. Snape était tellement excité par les possibilités qui s'offraient à eux, qu'il ne pensa à envoyer Hermione se coucher que lorsqu'il vit les mains de la jeune femme trembler d'épuisement.
« Vous devez être fatiguée et affamée », réalisa-t-il, déconcerté par sa propre négligence. « Laissez-moi vous apporter quelque chose à manger. »
« Non… non, merci ! », refusa-t-elle, en sortant brutalement de ses pensées et l'esprit soudain en alerte. « Je ferais mieux de partir. »
La soudaine peur dans sa voix le fit s'arrêter et il la regarda plus attentivement.
« Vous allez devoir marcher jusqu'aux cuisines pour trouver quelque chose à manger à cette heure », dit-il, tandis qu'un sombre pressentiment s'emparait de son esprit.
« Non, je n'ai pas faim », protesta-t-elle, en essayant de lui cacher les tremblements de ses mains. « Je dois vraiment y aller, Severus ! »
Elle se leva mais il lui barra le chemin.
« Vous n'allez pas bien, Hermione. »
« Mais si », le désespoir se lisait dans ses yeux. « J'ai juste besoin de me reposer ! »
La tristesse envahit le corps tout entier du Professeur. Elle ne lui faisait toujours pas confiance, mais à quoi pouvait-il s'attendre en si peu de temps ?
« Pourquoi ne m'avez-vous rien dit au sujet des crampes, Hermione ? », lui demanda-t-il doucement. Il devait être délicat avec elle si il ne voulait pas qu'elle quitte les appartements pour ne plus jamais y revenir.
« Vous êtes au courant, pour les crampes ? », ses yeux noisette rencontrèrent des pupilles noires.
Il soupira.
« J'ai été Mangemort pendant des années », dit-il patiemment. « Pensez-vous vraiment que je n'ai jamais été puni par le Seigneur des Ténèbres ? »
« Non, je sais que vous étiez… », elle était confuse, et Severus profita de ce moment d'incertitude pour mener l'espionne jusqu'au canapé.
« Je connais presque tout au sujet de ce sortilège et de ses effets. Voyons, Hermione, c'est pour ça que vous êtes ici, parce que j'en connais plus que vous et que je peux vous aider ! Pourquoi ne pas vous fiez à ma connaissance et mon expérience, même si vous ne me faites pas confiance ? »
Le reproche emplit la bouche de l'homme d'un goût amer. Comment avait-il pu oublier ces crampes, les effets vicieux du sortilège préféré de Voldemort ? Se tordre à Ses pieds pendant que la douleur du Doloris se propage dans chaque parcelle de son corps, chaque muscle est déjà bien suffisant, mais en sentir les effets longtemps après être revenu chez soi, à l'abri, c'était on ne peut plus cruel.
« J'ai tout essayé contre elles », se hâta-t-elle de dire, comme si elle tentait de se justifier. « Rien n'a marché ! Aucune potion, aucun charme, même les remèdes moldus n'ont pas d'effet. »
Il imaginait facilement avec quel désespoir elle avait du tester les médicaments non magiques.
« Depuis quand ont-elles débuté ? », demanda-t-il calmement, en refusant de montrer sa colère. Cette colère qui était à l'origine du manque de confiance qu'elle avait en lui. Il ne voulait pas l'envisager.
« Environ deux mois. »
« Alors les crampes doivent être encore supportables. Douloureuses, mais vous n'avez pas encore du vous évanouir à cause d'elles ? »
« C'est exact », répondit-elle d'une petite voix. « Mais parfois, j'aimerais pouvoir m'évanouir. Elles sont tellement… »
Il acquiesça à ses mots, et elle se tût.
« Il y a quelque chose qui aide », lui dit-il, en remarquant que le tremblement s'était propagé du bout des doigts jusqu'à ses mains et commençaient même à secouer son corps tout entier. « Premièrement, pensez à bien vous relaxer après chaque rassemblement. Le stress majore terriblement les crampes et elles reviennent plus rapidement. Au moment où la douleur se réveille, vous devez en localiser son origine, et », il hésita un instant, en ayant conscience de ce que ça impliquait, « et provoquer une décharge dans cette partie du corps. Donnez-vous un coup de poing, utilisez vos meubles ou le mur. Ça doit faire mal, et créer une pression suffisante pour stopper la crampe. »
Il avait dit ces paroles d'une traite, pour en finir le plus vite possible, et ce ne fut qu'après qu'il rencontra les yeux de la jeune femme. Ceux-ci étaient sombres, pleins de compréhension et de peur.
« Une cruelle thérapie », murmura-t-elle.
« C'est la seule que je connaisse. »
Le silence les enveloppa un instant, puis elle hocha la tête et se leva.
« Je vais suivre votre conseil. Merci. »
Ainsi, elle ne voulait pas le laisser l'aider. Il avait beau ne pas s'y attendre, enfin pas si tôt. Le visage d'Hermione confirma ses soupçons : elle préfèrerais souffrir pendant encore plusieurs heures plutôt que de lui dévoiler ses faiblesses maintenant.
Il chercha ses yeux et les trouva, méfiants et suppliants en même temps, ils lui posaient une question qu'il ne pouvait comprendre.
Pouvait-il la laisser partir comme ça ? N'était-il pas d son devoir de l'arrêter, de l'aider contre sa volonté ? Il ouvrit la bouche pour lui dire, lui ordonner de rester, mais ses yeux implorants le firent fléchir.
Et il comprit. C'était un test ! Il se souvint des paroles qu'elle avait prononcées, la première nuit de leur improbable partenariat. Pas de cajolerie, pas de pitié. Pas de séance de thérapie, pas d'absurdité de ce genre. Et si je surprends quelque chose comme de la pitié dans vos yeux, je partirai et vous ne me reverrez plus.
Il soupira et une fois encore frotta ses yeux fatigués. Elle avait raison. Accepter Hermione, c'était aussi accepter de la laisser s'occuper d'elle-même comme elle l'entendait. Il s'étonna d'être devenu si faible et il en éprouva du mépris.
« Très bien », accepta-t-il finalement. « Faites comme bon vous semble. Mais je veux que vous restiez ici cette nuit. Comme toutes les nuits où vous vous serez rendue au Repaire. »
Il pensait bien qu'elle allait protester, aussi la devança-t-elle.
« Ce n'est rien d'autre qu'une mesure de sécurité, Hermione. « Je ne dois pas être trop loin au cas où quelque chose n'irait pas bien. Souhaitez-vous vraiment que vos amis Gryffondors vous entendent crier de douleur ? »
Elle plongea son regard dans celui de Severus, et il fallut un bon moment à Hermione pour qu'elle donne son accord.
« Bonne nuit, alors », murmura-t-elle, puis elle se retira dans sa chambre, laissant Severus et songeant à l'étrange et silencieux compromis sur lequel ils s'étaient quittés.
-
-
BONNE ANNEE A TOUTES ET A TOUS
J'espère que vous allez bien, que les fêtes se sont bien passées et à la semaine prochaine !
