Quand la Lionne se bat
Auteur : Kayly Silvertorm
Correctrice : Emi Yoneyama
RAR
Mathilde : Ravie que Jane t'emballe autant, mais je dois t'avouer qu'à moi aussi, elle me plaît beaucoup… Tu me demandais combien de temps je mettais à traduire un chapitre, ma réponse est : BEAUCOUP ! Je traduis par morceau, alors je ne sais pas combien de temps j'y passe exactement. Ah, oui, j'allais oublié, Severus m'a chargée de te transmettre quelque chose : il t'a retiré 20 points, je suppose que c'est sa façon de te remercier pour tes vœux de bons rétablissement !
Ayuluna : Hermione, c'est la meilleure ? Euh, oui ! Et tu n'as encore rien vu, tu vas te régaler dans ce chapitre alors !
EmmaD : Coucou toi ! Je suis d'accord avec toi, on arrive à un moment clef dans la VO, mais il ne faut pas que Kayly publie trop souvent, sinon je n'arriverais jamais à la rattraper ! Mais non, je rigole, moi aussi j'attends la suite avec impatience. En attendant, voilà ma traduction, même si tu sais déjà ce qu'il va se passer.
El diablo : Bonne nouvelle pour toi, ton but a été atteint, tu es la numéro 99. Bravo à toi et bonne lecture ! Lol
Ombrage : Et un chapitre de prêt, un ! Régale toi, c'est fait pour…
Elsyla : Merci, merci. D'ailleurs, je suis tes conseils : je continue. La preuve, voilà la suite
Yliryo : Merci beaucoup pour tes encouragements, et ravie que la fic te plaise. Bonne année à toi aussi.
Moggliesmad : Voilà la suite. J'aime beaucoup ce chapitre, je pense que tu ne vas pas être déçu(e).
Aries25 : Pas trop de compliments, sinon je vais rougir, mais en même temps, ça fait tellement plaisir… Je crois que Kayly va être contente, je lui ramène de nouveaux lecteurs ! 'fière'
Lalou : Bienvenue à toi ! Encore une fan de Jane ? Mais il va falloir monter un fan club. Chute ! Pas un mot a Severus, il est quelque peu sur les nerfs ces derniers temps…
Spinel : Ton petit bonheur du week-end ? C'est très touchant, alors je ne te prive pas, fais toi plaisir ! Bisous et à la semaine prochaine (normalement)
Chapitre 20 : Pour vous donner de la force
La semaine suivante se passa tellement tranquillement qu'il se remémora le passé, à l'époque où la paix régnait. Depuis cinq jours, il n'avait pas quitté ses appartements et il n'acceptait que les visites d'Albus et de Minerva.
Et Hermione, évidemment. Elle passait des heures avec lui à créer des codes pour pouvoir communiquer dans les lettres et les situations publiques, à développer un large éventail de signes dont la signification n'était évidente que pour eux. Il travaillait également sur les détails du plan de la jeune femme. Elle ne pouvait pas savoir exactement quand le moment viendrait, aussi devait-elle se tenir prête à tout moment pour le Seigneur des Ténèbres.
Et comme promis, elle avait trouvé un moyen de protéger Draco tout en lui permettant de participer grâce à une combinaison plutôt ingénieuse du sortilège Impérium et d'un Oubliette qui n'était déclenché que par certains mots clef. Cela permettait de débarrasser complètement l'esprit du garçon de tout ce qui était potentiellement dangereux pour lui ou les autres. Il fallait encore faire quelques tests avant de l'utiliser, mais Severus espérait que cela servirait pour l'ensemble des membres de l'Ordre. Bien sûr, l'idée viendrait officiellement de lui. Personne ne penserait qu'un étudiant était capable d'élaborer un sortilège de cette complexité, et Hermione ne souhaitait pas particulièrement attirer l'attention.
Hermione ne s'ouvrait toujours pas complètement à lui, mais sa méfiance et sa nervosité s'étaient effacées progressivement, et qu'elle se sentait presque à l'aise en sa présence. Pas suffisamment à l'aise pour lui faire confiance ou pour le laisser la toucher, mais elle pouvait désormais lire en sa compagnie ou faire ses recherches privées. Parfois, lorsqu'il levait les yeux, il la trouvait complètement absorbée par ses notes méticuleuses et organisées ou par un épais livre.
Alors qu'ils travaillaient dans le calme avec efficacité, Severus se demanda quand sa période de repos prendrait fin et quand la guerre les rattraperait, une fois de plus. Et comme si un dieu malveillant avait entendu ses pensées, il n'eut pas longtemps à attendre.
Cela se passa lors d'une réunion plutôt tardive, un vendredi soir.
Ils discutaient des querelles entre Serpentard et les autres maisons. Ces conflits avaient dépassé le stade des petites disputes ou insultes. C'était devenu peu à peu une véritable guerre civile au sein même de l'école. Soudain, Severus sentit quelque chose le brûler dans le bras gauche ainsi que sa cuisse. L'espace d'un instant, il crût que la Marque des Ténèbres était réapparu et que Voldemort utilisait cet ancien lien pour le torturer.
Rapidement, il chercha dans sa poche et sentit une pièce, chaude au toucher, puis froide. Chaude, puis froide.
« Je dois y aller », dit-il. Sa voix était anormalement forte, dans l'atmosphère confinée de la salle des Professeurs. « Je suis désolé, mais je viens de me rappeler une obligation urgente. »
Flitwick, qui avait été interrompu au beau milieu de sa phrase, lui lança un regard étonné, sentiment apparemment partagé par l'ensemble des Professeurs présents. Seul le visage de Remus ne montra aucune surprise, comme s'il s'attendait à tout moment à une impolitesse de la part du Maître des Potions. Il sentit sur lui les regards inquiets d'Albus et Minerva. Il hocha alors la tête discrètement. Un léger mouvement qui répondait à leur question mais qui ne les rassurait pas le moins du monde.
Il ne prit pas la peine de soulever sa chaise en se levant, ce qui provoqua un crissement strident dont Severus ne se soucia pas.
Ce ne fut qu'une fois sorti de la salle des Professeur qu'il retira la pièce de sa poche secrète. C'était le gallion truqué qu'il avait ensorcelé il y a presque un mois, il en avait également donné un à Hermione.
Hermione ! Ce devait être elle. Il devait y avoir une urgence, et elle lui demandait son aide.
D'un pas précipité et ses robes tourbillonnant derrière lui telles des ailes de corbeau, il sortit du château et se rendit dans la forêt interdite. Il n'avait aucune idée d'où la trouver, il espérait juste qu'elle ait réussi à transplaner et qu'elle soit dans l'enceinte de Poudlard. La pièce n'avait de sort de localisation, et si elle n'était pas là…
Il ne la vit qu'au moment où il allait la dépasser. Elle était étendue contre un arbre, seules sa tête et ses épaules étaient visibles sous la cape qu'il lui avait donnée.
Elle lui fit signe et il parcourut la distance qui les séparait en courant presque.
« Que s'est-il passé ? », demanda-t-il, l'inquiétude s'entendait dans sa voix. « Etes-vous blessée ou… »
« Pas sérieusement », l'interrompit-elle, en laissant glisser la cape d'invisibilité à terre. Il pouvait désormais voir que sa jambe droite tordue, brisée et meurtrie. « Mais ce n'est pas la raison pour laquelle je vous appelé. Les Mangemorts… zut, nous n'avons pas le temps pour ça », ses sourcils s'étaient froncés de concentration et de douleur. « Avez-vous un mouchoir ? »
« Ici », il en retira un d'une de ses poches et le lui offrit.
« Ne me le donnez pas. Transformez-le en bol… un bol en métal. »
Il n'avait pas compris un mot de ce qu'elle venait de lui dire, mais il avait promis de lui faire confiance, et c'était le moment de s'y tenir. Sans un mot, il transforma son mouchoir blanc en un bol, suffisamment petit pour tenir dans les mains.
« Est-il assez gros ? », demanda-t-il. Elle acquiesça impatiemment.
Elle amena sa baguette sur l'une de ses tempes et marmonna une incantation. Quand elle la retira, une larme de substance argentée pendait au bout.
« Voldemort a prévu d'attaquer trois familles d'aurors », expliqua-t-elle précipitamment tandis qu'elle plaçait ses pensées dans le bol. « L'emplacement exact de leurs maisons et leurs noms sont dedans. Vous devez vous dépêcher ! J'ai… été retenue. J'espère qu'il n'est pas trop tard. »
Il hocha la tête.
« Avez-vous besoin d'aide pour revenir au château ? », demanda-t-il, son esprit travaillant déjà sur la mission de secours.
« Non. Si je prends mon temps, j'y arriverai. Je vous attendrai dans vos appartements. Si je ne suis pas là, je serai quelque part sur le chemin. Maintenant, dépêchez-vous ! »
« Faites attention », ordonna-t-il, puis il se pressa de retourner au château, encore plus vite qu'à l'aller.
Cela prit quelques minutes pour sortir les Professeurs de la salle dans laquelle ils se trouvaient, mais Severus savait se montrer convaincant quand le besoin s'en faisait sentir. Lorsque Albus et Minerva furent seuls, il les informa de ce qu'avait dit Hermione. Ils regardèrent le visage blême du Seigneur des Ténèbres donner les ordres aux Mangemorts, leur indiquer les coordonnées des demeures des aurors.
Il ne fallut pas longtemps pour réunir une équipe de secours, mais quand Albus demanda à Severus de l'accompagner, celui-ci déclina.
« J'ai d'autres obligations », expliqua-t-il, et ce fut avec un sourire chaleureux que Minerva quitta la salle des Professeurs en même temps que lui.
Il trouva Hermione dans le tunnel secret. Elle avait coupé une branche droite d'un arbre et s'appuyait désormais lourdement dessus. Ses mouvements étaient lents sans la moindre force, mais elle ne lui permit de l'aider que lorsqu'il l'eût informée des mesures qu'avait prises Albus.
Puis, elle plaça un bras autour du cou de l'homme et se débarrassa de la branche. Il dut baisser la tête pour qu'elle puisse l'atteindre et resta courbé tout le long de leur fastidieux chemin tandis qu'elle boitait jusqu'aux appartements du Maître des potions. Mais il savait qu'elle refuserait s'il lui proposait de la porter et qu'elle reprendrait son bâton.
« Puis-je vous aider ? », lui demanda-t-il avec hésitation quand ils arrivèrent aux appartements. « Vous ne devriez pas essayer de gravir les escaliers avec votre jambe. Je pourrai évidemment quitter la bibliothèque, mais je m'y connais en ce qui concerne les blessures aux jambes, et vous n'avez pas l'air en grande forme. »
« Charmante manière de le proposer », ronchonna-t-elle, mais ses yeux cherchèrent le visage de Severus nerveusement. Elle n'aimait pas être touchée par lui, et elle éprouvait toujours de la méfiance.
« De toute façon, j'ai besoin d'aide », admit-elle après un long moment de silence. « La jambe, j'aurais pu la soigner, mais ils ont testé un nouveau sort dessus. Ça empêche l'utilisation de la magie sur l'os. Essayez et la fracture s'empirera. Tout comme la douleur. Je n'ai aucune idée de comment m'y prendre et honnêtement, je ne suis pas en état de réfléchir. »
Elle avait accepté son aide, mais uniquement parce qu'elle n'avait pas le choix. Etait-ce un bon signe ou pas, se demanda-t-il un instant avant de repousser cette pensée.
« Tout d'abord, prenez donc une chaise », proposa-t-il. Elle hocha la tête en signe de consentement. Un sifflement s'échappa des mâchoires serrées de la jeune femme tandis que le Professeur l'installait sur le canapé et allongeait ses jambes dessus.
Ensuite, il prononça une série de sortilèges diagnostics.
« Ça peut prendre du temps », expliqua-t-il. « Je vais faire du thé pendant ce temps. Vous restez assise et vous vous détendez. »
« Comme si j'avais le choix », commenta-t-elle sèchement, mais sa voix avait perdu de sa rudesse, ce qui indiquait à Severus qu'elle avait mal et qu'elle était sous le choc.
Il laissa la porte de cuisine ouverte, tandis qu'il faisait bouillir l'eau.
« Bon réflexe d'avoir pensé au gallion », lui lança-t-il. « Pourquoi l'aviez-vous encore ? »
Il l'entendit se décaler nerveusement sur le sofa, ses vêtements bruissant au contact des coussins qu'il lui avait placés dans le dos pour qu'elle soit bien droite.
« Je l'avais attaché à mes lacets de chaussures. Les elfes de maison l'ont mis dans ma chambre après le sevrage, ils pensaient probablement que c'était à moi. Je l'ai gardé, et ce soir, j'y ai repensé », rétorqua-t-elle. « C'est le genre de chose que les filles font, vous savez ? Décorer leurs chaussures avec toute sorte de trucs inutiles. Il y a une autre pièce sur le lacet de ma chaussure gauche, mais celle là est normale. Ils n'ont rien remarqué. Les hommes. »
Il rit dans sa barbe de l'humour pince-sans-rire de ses dernières paroles et prépara le thé.
Quand il revint dans la bibliothèque, les joues d'Hermione avaient perdu un peu de leur pâleur et les sorts de diagnostic étaient terminés.
« Ça a l'air plutôt méchant », dit-il après avoir étudié les résultats un instant. Elle acquiesça silencieusement, comprenant manifestement les codes de couleurs des sortilèges aussi bien que lui.
« Ils ont ensorcelé tout l'os de la jambe », expliqua-t-il néanmoins, comme si dire les choses à haute voix l'aidait à réfléchir. « Nous ne pouvons pas la guérir de cette manière, et développer un contre sort prendrait trop de temps. »
« Pouvons-nous l'enlever ? », demanda-t-elle. Severus releva la tête rapidement pour rencontrer les yeux de la jeune femme. Ils étaient pleins de douleur et de fatigue.
« Ça peut marcher », répondit-il lentement. « Supprimer l'os et utiliser la potion pousse-os pour le remplacer. Cela impliquerait une nuit très douloureuse. »
Elle le scruta sans parvenir à déterminer si il plaisantait ou s'il se souciait vraiment d'elle.
« Je devrai survivre », dit-elle finalement. « Vous ne pensez pas ? »
Il lui fit un large sourire. « J'en suis presque sûr. Mais vous devriez dormir ici, dans la bibliothèque. Juste au cas où il y aurait un problème. »
Il vit son hésitation à sa façon de caresser le canapé et de froncer les sourcils. Puis elle acquiesça, d'un bref mouvement de tête, mais Severus sut que les réactions de la jeune femme étaient de bon augure. Ils progressaient lentement mais sûrement.
« Sandwich ? », demanda-t-il.
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Il avait fait disparaître les os avant d'entamer leur repas tardif. Cela lui procurait un étrange sentiment de voir sa jambe toute flasque, mais la douleur s'était évanouit avec la disparition de l'os. Elle prendrait la potion pousse-os plus tard, une fois qu'elle serait 'suffisamment détendue', comme son infirmier en robes noires le lui avait suggéré.
Même si elle ne pouvait pas se détendre alors que l'Ordre était toujours dehors, à tenter d'éviter le massacre de trois familles d'auror. Tous avaient des femmes et des enfants.
« Pendant que nous attendons, vous pourriez m'éclairer sur quelque chose », souffla-t-il, en partie pour la détourner de ses idées noires.
« Que voulez-vous dire ? », demanda-t-elle prudemment. Comme ça avait été souvent le cas au cours des dernières semaines, le visage d'Hermione devint froid et distant. Méfiant. Elle n'appréciait pas qu'il la questionne sur des sujets personnels. Une fois, alors qu'il l'avait interrogé sur les raisons qui l'avaient conduites à espionner, elle avait tourné les talons et quitté la pièce.
« Où avez-vous appris l'occlumencie ? », demanda-t-il, sans trahir à quel point il était profondément intéressé par la réponse. « Qui vous a enseigné ? »
Il s'attendait à ce qu'elle refuse de répondre, à ce qu'elle lui lance un de ses regards de Reine des Glaces, mais à sa grande surprise, elle se contenta de sourire.
« En fait, c'est vous », répondit-elle, mais elle continua rapidement en voyant le désarroi de l'homme, « ou plutôt un souvenir de vous. »
Pendant un moment, Severus la fixa, simplement. Puis il comprit et un sourire ironique s'inscrivit sur son visage.
« Les cours d'occlumencie de ce garnement de Potter », murmura-t-il. Il la vit acquiescer. « Où avez-vous trouvé une pensine ? »
« J'en ai fabriquée une », répondit-elle simplement. Créer des pensines était difficiles, ils le savaient tous les deux, mais quelque part, Severus n'était pas étonné. Il n'était désormais plus surpris par ses prouesses.
« Alors, vous l'avez convaincu de partager ses souvenirs avec vous », murmura-t-il. Cela signifiait-il qu'elle savait…
Elle acquiesça une nouvelle fois. « Excepté les souvenirs qu'il a lui-même vu dans votre pensine. Il avait trop honte de lui-même pour les partager avec quiconque. Je lui ai dit que j'étais moi-même intéressée par les leçons, mais que je n'osais pas vous demander. Il n'en était pas étonné, et lorsque j'ai été témoin de votre… charmante façon d'enseigner, j'étais contente de ne pas vous l'avoir demandé. »
« De toute façon, vous n'auriez pas demandé. Vous ne vouliez pas qu'un Professeur le sache », elle sourit pour montrer son accord à cette supposition.
« Mais si peu de leçons n'aurait pas suffit pour une telle maîtrise de l'occlumencie », dit-il, insatisfait de son explication. « Votre compréhension de la chose va au-delà de ce que j'ai expliqué à Potter. »
Elle lui sourit de toutes ses dents. « Et bien merci, Severus ! Un compliment ! Et cette fois, vous n'êtes même pas en colère contre moi ! »
Il grogna quelque peu en entendant ses paroles, mais il était trop curieux pour la laisser filer. « Qui vous a enseigné ? »
« Après m'être entraînée avec vos souvenirs et un livre que j'ai trouvé à la bibliothèque, j'ai commencé à sortir de Poudlard chaque nuit. Je me déguisais et retrouvais un homme dans l'allée des Embrumes qui m'en a appris un peu plus. Après ça, j'ai utilisé Dumbledore. »
« Utilisé Dumbledore ? », répéta-t-il.
Elle rougit légèrement, visiblement embarrassée de révéler cette part de l'histoire.
« Tout le monde sait que Dumbledore utilise tout le temps la légilimencie : c'est ce qui lui permet de faire croire qu'il sait tout, après tout. Alors, j'ai commencé à me comporter de façon étrange en sa présence et je l'ai ensuite regardé droit dans les yeux. Ses réactions m'indiquaient habituellement si je parvenais à lui transmettre de fausses images. Et après ça… »
Severus prit sa tasse de thé et but une grande gorgée pour masquer un léger vertige. Si Albus savait qu'il avait servi de simulacre de formation à un étudiant ! Il avait l'impression qu'il allait éclater de rire et il se demandait si il aurait le courage de le dire au Directeur. Probablement pas.
« Après ça ? »
« J'ai utilisé un épouvantard », dit-elle inexpressive. « Je me suis souvenue de Harry et des Détraqueurs en troisième année. Il n'a pas été difficile de me convaincre que, Voldemort tentant de pénétrer mon esprit, était ma plus grande peur. Ainsi, je me suis procuré un épouvantard, je l'ai caché et l'ai utilisé pour m'entraîner. Cela m'a pris trois mois pour atteindre ce niveau. »
Trois mois en enfer, probablement, pensa-t-il, en observant sans visage inexpressif.
Même si les épouvantards n'avaient pas le même effet dévastateur que leur homologue, ils apparaissaient à leur victime de manière aussi douloureuse et terrifiante que l'original. Il imaginait être confronté à Voldemort encore et encore pendant trois mois. Il en frissonna.
Et une fois encore, une question lui brûla les lèvres : Pourquoi ? Pourquoi faites-vous tout cela, Hermione ? Mais il se contrôla. Elle ne voudrait pas en parler, son regard menaçant en disait assez long.
« Inventif », lâcha-t-il en réprimant son envie de la questionner plus.
« Pas vraiment », nia-t-elle. « Harry s'est entraîner au Patronus de cette manière, lors de sa troisième année avec le Professeur Lupin. Je leur ai piqué l'idée. Y a-t-il encore du thé ? »
Elle s'assit sur le canapé et grogna tandis que les petits muscles de son dos protestaient de douleur.
Severus se leva et alla se placer derrière elle. Son odeur fraîche et masculine l'enveloppa paisiblement. « Vous êtes terriblement tendue », lui dit-il en tentant de masser ses épaules d'une main. « Ici, laissez-moi… »
Doucement, ils plaça ses longues et fines mains sur ses épaules et les massa pour supprimer la douleur. Au moment où Hermione sentit le contact de Severus sur sa peau, la chaleur de ses mains, elle se crispa. C'était comme si toute son humanité avait quitté son corps et laissé une pierre froide et insensible à la place.
Trop rapide, pensa-t-il, en colère après lui-même. Tu ne peux pas t'attendre à ce qu'elle te fasse confiance aussi facilement. La dernière fois que tu l'as touchée, tu l'as fait pour pénétrer son esprit. Et pourtant, même s'il ne le reconnaîtrait jamais devant personne, il sentit une pointe de douleur, comme si la faible flamme s'était éteinte.
« Je suis désolé, Hermione. J'ai agi de manière inconsidérée », dit-il en essayant de cacher sa déception. « J'aurais dû savoir… »
« Non, non, Severus », répondit-elle précipitamment, ses yeux s'agrandissant en voyant l'air consterné de l'homme. « Ça n'a rien à voir avec vous ! »
« Vous n'avez pas à vous expliquer », dit-il, aucune émotion ne filtrant dans ses mots. « Même si je peux vous assurer que mes massages sont excellents. »
« Ce n'est pas la question », protesta-t-elle doucement.
Non, bien sûr que ça ne l'est pas, pensa-t-il, le problème, c'est que tu ne me fais pas confiance.
Comme si elle avait entendu ses mots, ses yeux s'assombrirent de culpabilité. Elle hésita, mais elle allongea finalement le bras et lui toucha la main qui était restée sur le dossier du canapé.
« Cela fait juste trop longtemps que personne ne m'a touchée sans… vouloir quelque chose d'autre », essaya-t-elle d'expliquer, le manque d'assurance se lisait clairement sur son visage. « Je n'y suis pas habituée. Je suis complètement renfermée, repliée sur moi-même et en permanence sur le qui-vive. La plupart du temps, je n'ai plus l'impression que ce corps m'appartient ! »
Elle prit une profonde et tremblante inspiration, serra la main de l'homme fermement avant de continuer. « En ce moment, chaque contact est un véritable poison pour moi. »
Et en un éclair, il se souvint. Comment le contact de la chair chaude l'avait fait frissonner, se replier, il y a des années. Comment il avait souhaité que son corps devienne froid sans vie et sans aucun besoin, enveloppé dans des couches et des couches de tissus noirs, pour le protéger et le cacher de la vue des autres. Il avait transformé son corps en une arme faite d'acier et de foudre, incassable et intouchable.
Il n'était pas fait pour les contacts humains. Trouver refuge dans les bras de quelqu'un d'autre était fait pour les faibles, pour les êtres purs qui n'avaient connu ni douleur, ni humiliation outre mesure.
Il se souvint également du désir ardent pour tout ce qui était humain, le besoin désespéré de se griffer au beau milieu de la nuit, le plongeant dans l'horreur. Le besoin de déambuler à travers les couloirs déserts et sombres de Poudlard.
« Une faiblesse que vous ne pouvez pas vous permettre », chuchota-t-il, encore à moitié plongé dans ses souvenirs. Pendant un instant, ils semblaient ne plus faire qu'un dans la douleur. La fille et l'homme. « Pour que vous pussiez croire que vous ne le méritez pas. »
Elle le fixa, et dans ses yeux, il trouva le reflet de ses propres sentiments. Ses yeux brillaient de douleur. Ils reflétaient la peur et le besoin de contact humain.
Il dut baisser les yeux le premier, incapable de supporter l'intensité du regard plus longtemps.
« Je vais nous faire plus de thé », parvint-il à articuler d'une voix rauque. Puis il s'enfuit de la pièce.
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Debout devant le feu de la cuisine, la bouilloire déjà dans la main, il réalisa que son cœur battait terriblement fort dans sa poitrine et que sa respiration s'était accélérée et était devenus superficielle.
Par l'enfer. Comment cela était-il possible ?
Comment cette gamine, qui avait la moitié de son âge, pouvait-elle le toucher si profondément, alors qu'il s'était cru intouchable pendant des années ? Il était adulte, pour l'amour de dieu, un espion professionnel ! Il n'avait besoin de personne, pas même d'Albus ou de Minerva. Il avait survécu pendant toutes ces années, sans jamais chercher conseil ou réconfort auprès de quiconque ! Elle n'était rien pour lui !
Pourquoi te sens-tu si proche d'elle ? Pourquoi te reconnais-tu lorsque tu la regardes dans les yeux ?
Tout en marmonnant quelques jurons dans sa barbe, Severus prépara le thé.
Il savait que ce long rituel l'aidait à se calmer et il ne lui fallu pas longtemps pour contrôler à nouveau sa respiration ainsi que ses mains. Aucun muscle sur son visage ne trahissait son trouble intérieur lorsqu'il retourna à la bibliothèque.
Hermione observait l'obscurité profonde de la nuit au dehors lorsqu'il pénétra dans la pièce, la théière à la main. Il remplit sa tasse et la lui tendit. Tous deux firent attention à ce leurs doigts ne se touchent pas.
« Je pense qu'il est temps de faire repousser vos os », lâcha-t-il finalement, brisant par la même le silence.
Elle hocha la tête sans prononcer le moindre mot.
Il alla chercher le flacon et lui servit un verre de liquide nauséabond. Elle l'avala sans même un battement de paupières, mais les muscles de ses jambes se crispèrent visiblement.
« Merci », dit-elle en prenant une autre gorgée de thé pour faire passer le goût immonde de la potion. « N'avez-vous jamais envisagé d'améliorer cet abominable goût ? »
« Je n'en ai jamais vu l'utilité. Même dans cette école de fous, la potion pousse-os n'est pas utilisée bien souvent. Mais si vous prévoyez de vous en nourrir régulièrement, je vais m'empresser de la parfumer. Préférez-vous la menthe poivrée ou la pêche ? »
Il fut heureux de voir l'esquisse d'un sourire sur son visage.
« Fraise », répondit-elle. « J'adore les fraises », et soudain l'atmosphère de la pièce redevint chaude et agréable.
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Voilà, ça vous a plu? Parce que moi, je me suis régalée à traduire ce chapitre!
