Quand la Lionne se bat
Auteur : Kayly Silverstorm
Correctrice : Emi Yoneyama
RAR
Ira Lea : Voilà la suite, ça a été dur cette semaine, mais bon, le voilà ce nouveau chapitre.
UnDo : Un autre tête-à-tête Severus - Hermione, ça promet, comme tu dis…
Moggliesmad : Merci pour tes encouragements, ça fait toujours plaisir.
Sabrina : Voilà la suite, j'espère qu'elle te plaira.
Cassandre8 : Eh oui, Severus n'est pas un mauvais bougre, il sait aussi être objectif de temps en temps.
Aries25 : Merci encore pour tes compliments. Au fait, ne fait pas peur à mes lecteurs (tu leur as fait tes yeux terrifiants !), oh et puis après tout, fais comme tu veux, si ils s'en vont, c'est qu'ils n'étaient pas vraiment accros ! Bisous.
Yliryo : Oui, la relation entre nos deux protagonistes se fait tout en douceur… Ils avancent petit à petit, surtout dans ce chapitre je trouve. Bonne lecture.
Malfoyhermy : Ma réponse à ta question sera courte : c'est prévu. Pour toute réclamation, s'adresser à l'auteur. Lol. Bisous.
Lalou : La voilà la suite. Bonne lecture.
Bohemio : Oui, tu as tout à fait raison, Severus ne voit plus Hermione comme une étudiante. Je dirais qu'il la voit de plus en plus comme son alter égo.
Sevina : Ravie de t'accueillir. En plus, j'ai été gâtée : deux reviews ! Tu es une des rares à me dire que tu préfères attendre la version traduite plutôt que de lire la VO, même si apparemment tu te débrouilles plutôt bien en anglais (certainement mieux que moi !). J'en suis d'autant plus flattée ! J'espère donc ne pas te décevoir…
Spinel : Voilà la suite.
Saizo: Houlala, que de compliments! Merci beaucoup... Enfin ce soir, tu vas pouvoir dormir: un petit chapitre juste ce qu'il faut pour te mettre l'eau à la bouche, mais pas assez pour te faire passer une nuit blanche! J'espère que celui-ci te plaira... Au fait, pas la peine de me harceler pour avoir la suite, en général, j'essaie de publier tous les week-end...lol
El Diablo: Severus en preux chavalier... belle image! Il continue sur sa lancée dans ce chapitre, même si ce n'est pas comme ça que j'imagine mon chevalier servant! Mais je pense que je m'en satisferait quand même... pas toi?
Chapitre 21 : Combat
Quand le hibou arriva enfin, elle somnolait sur le canapé, engourdie par la peine et la fatigue. Mais les crissements des griffes de l'animal sur la vitre la firent s'éveiller et se rasseoir brutalement. Elle gémit lorsque la douleur lui traversa le corps, telle une décharge électrique.
Severus s'était déjà levé pour ouvrir la fenêtre, mais lorsqu'il entendit le cri étouffé d'Hermione sous la douleur, il se retourna vers elle et lui lança un bref coup d'œil.
« Je vais bien », murmura-t-elle, mais ses yeux fiévreux et la pâleur de sa peau signifiaient le contraire. « Laissez-le entrer, je dois savoir ce qu'il s'est passé. »
Il vit sa frêle ossature se crisper, la peur de ce qu'elle allait bientôt découvrir, le besoin d'être sûre se lisaient dans son regard. Il voulut lui dire que, peu importe ce qui était advenu de ces familles, ce n'était pas sa faute. Elle avait fait ce qui était possible, et se tourmenter n'était pas la solution. Mais ensuite, il se souvint que de telles banalités, habituellement déclamées par un Albus inquiet, ne l'avaient jamais aidé. Aussi garda-t-il le silence.
La lettre attachée à la patte de l'oiseau ne comportait que deux courtes phrases :
Ils sont de retour. Je suis dans mon bureau.
Il tendit le petit morceau de parchemin à Hermione et se dirigea vers la cheminée. Au moment où les flammes devinrent vertes, la tête fantomatique d'Albus Dumbledore apparut dans le feu, recherchant immédiatement la présence d'Hermione dans la pièce.
« Vous êtes ici, ma chère », la salua-t-il, mais sa voix était dépourvue de sa jovialité habituelle. « J'espère que vous vous portez bien ? »
« Tout à fait bien, merci, Monsieur le Directeur », répondit-elle calmement. « Qu'en est-il du rapport de l'équipe de secours ? »
Severus la connaissait désormais suffisamment pour percevoir la tension dans sa mince silhouette, l'angoisse qui bouillait sous la surface. Mais pour Albus, le visage de celle-ci ne montrait rien d'autre que le calme et la sérénité. Le vieil homme avait toujours trop compté sur ses capacités de légilimens, et elle était probablement en train de lui projeter dans la tête des images de quiétude.
Mentez-lui, s'il vous plaît ! Elle n'a pas besoin de savoir la vérité maintenant, pensa Severus avec ferveur, mais apparemment, la sensibilité légendaire du Directeur ne s'appliquait pas aux espionnes.
« Deux familles ont pu être prévenues et évacuées avant l'attaque. Malheureusement, ils sont arrivés trop tard pour sauver la famille Hollins. Quand ils sont arrivés à leur maison, la Marque des Ténèbres flottait déjà dans le ciel. Ils ont été torturés et brûlés vivants », lui dit-il d'un air fatigué. « Les enfants étaient déjà morts lorsque nous les avons trouvés, les parents n'ont survécu qu'une heure. Je suis navré de ne pouvoir vous donner de meilleures nouvelles, ma chère… »
« Non, ça va, monsieur le Directeur », répondit-elle avec légèreté. « Je suis sûre que vous avez fait de votre mieux. »
Il vit sa pâleur, il la vit enfermer son esprit dans une petite boule protectrice. Mais Albus ne pouvait voir ses yeux, et il ne pouvait pas savoir ce qu'elle pouvait ressentir en entendant de telles nouvelles. Elle parvenait tout à fait à le berner. Et en plus, il remarqua avec admiration qu'elle était parvenue à faire un petit sourire.
Non ! Ça suffit, Albus !, pensa-t-il, furieux en observant le quasi-soulagement du Directeur. Vous mentez à ce gamin de Potter tout le temps, pourquoi ne pas étendre votre protection à ceux qui en ont vraiment besoin ? Seule la grande maîtrise de ses émotions lui permit de ne pas hurler de colère.
Au lieu de cela, il conversa avec Albus, permettant ainsi à Hermione de se retirer. Après avoir souhaité une bonne nuit au Directeur et coupé la connexion de la cheminée, il se retourna et la trouva blottie dans les oreillers, la couverture remontée jusqu'au menton.
« Je pense que je vais aller dormir, maintenant », dit-elle, sa voix était aussi glaciale que le jour où ils avaient discuté pour la première fois dans le bureau du Directeur.
Il essaya de penser à quelque chose qui pourrait briser sa coquille de glace, à quelque chose qui pourrait l'aider, mais les yeux de la jeune femme lui firent comprendre que ce n'était pas le moment de le faire. Il se contenta donc de lui souhaiter une bonne nuit et de l'informer qu'il laisserait sa porte ouverte. Elle n'aurait ainsi qu'à l'appeler. Puis il se retira par les escaliers.
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Ils se rencontrèrent au petit-déjeuner le lendemain matin. Hermione s'était réveillée à l'aube à cause de la douleur de sa jambe. Elle n'avait cessé de penser aux gens qui étaient morts parce qu'elle n'avait pas fait assez vite. Les enfants.
Elle avait été témoin de bien assez de cruauté lors des rassemblements au repaire pour savoir ce qu'ils avaient dû endurer avant de mourir. Il semblait y avoir quelque chose chez les enfants – peut-être leur innocence, peut-être leur peur profonde et non dissimulée – qui excitait invariablement les Mangemorts. Ils étaient invariablement meilleurs, ou selon le point de vue, pires avec les petits.
Avant, son troisième œil lui faisait parvenir des images sous forme de flash. Des membres arrachés, des corps tordus et mutilés, des blessures béantes et des visages se lesquels se lisaient la terreur et la douleur.
Elle avait échoué…
Et peu importe ce qu'elle faisait, elle ne parvenait jamais à protéger ceux qui en avaient besoin. Elle n'était pas assez vive d'esprit, trop lente et impuissante face à une organisation aussi brillante et impitoyable. Elle avait toujours un train de retard, malgré le fait qu'elle en fasse partie depuis des mois.
Ils étaient si nombreux, de nouveaux membres se joignaient chaque semaine, et elle était seule. Même Severus, aussi brillant soit-il ne pouvait pas l'aider.
Elle se souvenait comment elle avait gémit sous le corps de Lucius pour faire croire au désir, comment elle s'était tordue sous les sortilèges et maléfices d'innombrables baguettes, pendant que dans son esprit, elle voyait de sombres silhouettes se rapprocher en silence des maisons endormies, organiser une attaque qu'elle ne pouvait prévenir.
Si Hermione avait été de celles qui pleuraient après tout ce qu'elle avait vu et enduré, elle aurait pleuré maintenant, dans l'obscurité de la bibliothèque. Mais elle ne pouvait pas pleurer.
A la place, elle fixa la nuit pendant des heures, ses yeux secs brûlaient comme un feu que rien ne pourrait éteindre.
A l'approche de l'aube, elle s'aperçut que la douleur à la jambe s'apaisait quelque peu. Lorsqu'elle tendit la main tout en prononçant une courte incantation, elle vit, grâce à la lumière qui émanait de sa paume, que sa jambe semblait désormais en bon état : toujours meurtrie et arborant un éventail de couleurs impressionnant, mais l'os était totalement remis.
Elle soupira de soulagement, bascula les jambes à terre et, ignorant la douleur qui déferlait en elle à chaque pas, monta les escaliers jusque dans sa chambre. Elle avait besoin d'une douche.
Severus, quant à lui, avait relativement bien dormi compte tenu du fait que, pour la première fois en vingt ans, il avait laissé la porte de sa chambre ouverte, sans protection ni sort de silence. Il refusait de penser à la signification d'un sommeil aussi paisible, mais il ne pût réprimer un sourire ironique lorsque son estomac gronda pour réclamer un petit déjeuner.
Tu deviens vraiment faible, Severus !
Toutefois, son sourire s'effaça lorsqu'il trouva le canapé dans lequel Hermione devait dormir, vide. Il monta à l'étage à grands pas puis colla son oreille contre l'épaisse porte en bois de la chambre de la jeune femme. Il se détendit franchement lorsque le murmure de l'eau dans la douche lui parvint.
Elle n'avait pas été capable de prendre une douche la veille et il comprenait parfaitement que le fait de se laver en revenant du repaire était devenu une sorte de rituel pour elle, une façon de se débarrasser de toute la crasse, la douleur et la cruauté. Se doucher ne signifiait pas uniquement se laver, ça signifiait…
Tu deviens psychologue, maintenant.
« Petit déjeuner dans une demi-heure », cria-t-il. Il crût entendre une réponse positive de la part d'Hermione.
Pendant qu'il préparait le repas, il réfléchissait à l'état d'esprit dans lequel serait l'étudiante. Comment allait-il pouvoir l'aborder aujourd'hui ? Elle serait très certainement déprimée, se reprocherait probablement tout et n'importe quoi, oubliant tout ce qu'elle avait fait pour que ces 'pauvres enfants' vivent. Elle ne verrait certainement pas que son rôle s'étendait bien au-delà de la survie d'une famille.
Il avait appris à ne plus mettre de visages sur ces innombrables corps, pour ne pas se fixer sur leur souffrance et ainsi pouvoir se concentrer sur le travail qu'il avait à accomplir. La compassion n'était pas d'une grande aide, bien au contraire, elle rendait dépressif et inefficace.
Il préférait de beaucoup cette ligne de conduite à la compréhension permanente d'Albus ou le silence triste de Remus. L'empathie ne causait que de la douleur. Mais il savait que ses étudiants auraient probablement discuté ce point.
Tout comme Hermione. Il l'observa pendant le petit-déjeuner : ses yeux rouges et fatigués, ses lèvres qui ne formaient plus qu'une fine ligne, les muscles de sa mâchoires qui se contractaient de manière saccadée. Elle parlait peu et mangeait encore moins. Visiblement, c'était sa manière de se punir. Ne lui avait-elle pas dit qu'elle ne voulait préserver la compassion qu'elle ressentait ? Mais c'était ridicule !
Pour le bien d'Hermione, il tenta l'approche d'Albus, la réconfortant tout en lui parlant, lui offrant même du chocolat, par Merlin ! Mais ça n'avait pas marché. Bien, de toute façon, il n'avait jamais compris comment le salut pouvait reposer dans une tasse de liquide chaud !
Il avait vraiment essayé, mais elle s'était contentée de se lever à la fin du repas. La patience de Severus avait finalement était mise à bout. Et c'est avec un certain soulagement qu'il se glissa de nouveau dans le rôle de Snape, le venimeux Maître des Potions.
« Pour l'amour de Dieu, cessez de vous complaire dans votre pitié ! Vous êtes presque aussi insupportable que le Garçon Qui Gémit, aujourd'hui », grogna-t-il. La tête de la jeune femme se tourna brusquement, puis elle le fixa d'un air incrédule.
Bien, au moins, j'ai son attention, maintenant, pensa-t-il en affichant un sourire narquois. Il se dirigea vers un fauteuil puis continua d'une voix légèrement plus douce. « Vous n'auriez rien pu faire pour les sauver. Il y aura toujours des morts autour de vous, ainsi que de la peine et de la souffrance. Les remords, le fait de vous en vouloir, la tristesse vous rendent faible, ça vous pompe votre énergie. Mais si vous canaliser vos émotions convenablement, elles peuvent devenir une véritable force, quelque chose qui vous donnera du pouvoir, de la force et de la détermination. »
Elle s'était de nouveau adossée à sa chaise pendant qu'il parlait. Ses yeux n'avaient pas quitté le visage de l'homme. Lorsque leurs regards se croisèrent de nouveau, il décela de la méfiance, de la colère et de la souffrance. Il s'y attendait, c'était une réaction normale.
Mais la compréhension et la fascination naquirent peu à peu sur le visage d'Hermione. « Alors, c'est pour ça », murmura-t-elle, ses traits se détendant petit à petit, l'air hagard s'évaporant peu à peu.
« Pardon ? »
De quoi était-elle en train de parler ?
« C'est pour ça que vous êtes toujours en colère, n'est-ce pas ? », demanda-t-elle, la satisfaction transparaissant dans sa voix. Elle adoptait ce ton lorsqu'elle répondait aux questions les plus difficiles en classe. « Vous avez utilisé votre colère pour tenir, et c'est pourquoi vous semblez en permanence furieux ! Je me suis toujours demandée pourquoi une personne qui maîtrise aussi bien ses émotions pouvait hurler à ce point sur les étudiants. Mais si vous vouliez être en colère… »
Trop intelligente pour ton bien, Hermione ! Severus était plus que tenté de lui hurler dessus pour la description qu'elle venait de faire, mais pouvait-il la blâmer lorsqu'elle appliquait les théories qu'il lui avait lui-même enseignées ? Il ne savait pas si il appréciait la réponse à la délicate question Severus Snape, mais au moins, le cœur de la jeune femme n'était pas froid.
« La colère peut être un outil puissant. Mais il n'est pas nécessaire d'être en colère », répliqua-t-il en retrouvant avec réticence son rôle de Professeur. « Dumbledore croit que l'amour est la plus puissante des émotions. En fait, il n'y a pas un jour qui se soit écoulé sans qu'il ne croie aveuglément en son formidable garçon. Vous seule pouvez savoir quelle force vous anime. Mais vous devez la tourner à votre avantage, ne pas la laisser devenir une faiblesse. Si vous êtes furieuse contre vous-même, vous ne parviendrez à rien. Si vous êtes furieuse contre ceux qui sont responsables de la mort de tous ces gens, vous pourrez déplacer des montagnes. »
Elle acquiesça lentement, comme si elle essayait de saisir les données d'un problème.
« Vous en train de me dire que je n'ai pas à cesser d'aimer », dit-elle, en essayant de formuler clairement ses pensées. « Je n'ai qu'à transformer ce sentiment passif en force active. »
« On peut dire ça comme ça. » Il n'y avait pas pensé et était même surpris de la conclusion, mais ça, il ne lui dirait certainement pas.
Le silence régnait lorsqu'elle acquiesça de nouveau. Il l'imaginait en train d'étudier l'information, la mettant dans un coin de son esprit pour la décortiquer, comme lui l'avait toujours fait. Mais elle n'en avait pas fini avec lui.
« Pourquoi la colère », demanda-t-elle faiblement, en sachant parfaitement qu'elle avait franchi les limites mais n'ayant pu se retenir de poser la question.
Il se contenta de lever un sourcil comme à son habitude. Elle baissa alors la tête, acceptant de cette manière le silence de l'homme et s'excusant par la même.
« Je pense qu'il est temps d'aborder le côté un peu plus élaboré de notre accord, aujourd'hui », dit-il finalement. Il espérait que c'était bien la chose à faire, mais il avait déjà beaucoup trop attendu à son goût.
« Qu'est-ce que vous voulez dire ? »
« Je parle de nos leçons, Hermione. »
« Il ne s'agit d'occlumancie, n'est-ce pas ? », demanda-t-elle. La méfiance rendait sa voix froide et prudente.
Il soupira, lassé de son entêtement.
« Non, en effet », répondit-il. « Vous êtes aussi experte en occlumancie que moi. Je ne pourrais rien vous apprendre, même si je le voulais. Vous n'avez pas non plus besoin de formation sur les aspectes conventionnels des potions, enchantements ou métamorphoses. Ce que vous avez besoin d'apprendre, c'est ce que vous ne trouverez pas dans un livre. »
« Que voulez-vous dire ? Que voulez-vous m'enseigner ? »
Bien, pensa-t-il, nous y sommes. Il espérait qu'elle comprendrait à quel point cela était nécessaire.
« L'art de la manipulation », répondit-il. « Comment contrôler les autres sans même que les concernés ne s'en aperçoivent. Comment les rendre dépendants de vous. Comment leur soutirer des informations et comment les utiliser. Comment vous battre au maximum de vos capacités. »
« Mais je sais déjà toutes ces choses », protesta-t-elle. Il sourit d'un air narquois en la voyant outrée. C'était signe que leur relation avait bien progressé. Elle se permettait d'abandonner son masque d'indifférence en sa présence. Dumbledore n'aurait obtenu qu'un ricanement froid dans une telle discussion, mais avec Albus, elle semblait presque maussade.
« Après tout, j'ai bien fait faire à Lucius Malfoy ce que je voulais, n'est-ce pas ? »
« Nous allons aborder les subtilités, Hermione », dit-il sèchement. Puis soudain : « Saviez-vous que la mère d'Avery est une sang de bourbe ? »
« Non, en effet… Est-ce que le Seigneur des Ténèbres… ? »
« Le sait ? Evidemment non. Avery l'a mise en sécurité dès que les Mangemorts ont fait leur apparition. Elle vit cachée depuis des décennies, maintenant. Et je suis une des rares personnes à savoir où. »
« Comment l'avez-vous découvert ? »
« Contrairement à vous, j'ai été intégré avec un statut d'égalité. Cela m'a donné accès à des informations que vous n'aurez jamais. Ils me faisaient confiance. J'étais leur ami. Il n'y a pas grand-chose que vous pouvez cacher à un ami, en particulier lorsque celui-ci vous prête une oreille attentive, tel que votre humble serviteur. J'ai collecté leurs secrets les plus honteux, pièce par pièce et j'en ai fait une montagne. Il y a peu de choses dont je ne suis pas au courant. Enfin, je l'étais. »
« Donc vous voulez m'enseigner ce qu'il y a à savoir sur les Mangemorts ? »
« Entre autres choses », confirma-t-il. « Mais ce n'est pas la part la plus importante de ce que vous avez à apprendre. Ma plus grande tâche est de vous apprendre à devenir ce que vous êtes déjà. »
Elle écarquilla les yeux. « Oh, s'il vous plaît », gémit-elle, « ne me parlez pas à la manière de Yoda ! »
Grâce à la liste sans fin que Minerva lui avait fait des films moldus, il put saisir de quoi elle parlait. Il lui sourit en retour, mais un instant seulement.
« Vous avez d'incroyables facultés, Hermione », dit-il calmement. « Mais vous êtes une espionne. Pourtant vous tentez toujours, de façon complètement tordue, de vous mêler aux étudiants de cette école. Vous ne pouvez pas. Vous êtes une torche enflammée, là où les meilleurs ne sont que des bougies à la flamme vacillante. Vous devez l'accepter. Et vous devez cesser de rechercher leur compagnie ou leur compréhension. »
Il fit une pause pour permettre à la jeune femme de bien intégrer ses paroles. Ses yeux bruns le fixaient silencieusement. C'était cruel pour elle. Il savait combien elle avait essayé au début de sa scolarité. Depuis sa première année, elle avait essayé de s'intégrer, de se faire des amis, d'être le plus normal possible. Mais dès le début, ça n'avait pas marché comme elle l'avait voulu. Il l'avait vu échouer, encore et encore. Il l'avait observée se réfugier dans son rôle d'inoffensif rat de bibliothèque.
« Vous n'êtes pas l'une d'entre eux, Hermione », continua-t-il, lui énonçant ce qu'il s'était lui-même dit il y a des années, une litanie sans fin pour chasser la peine. « Et en dehors de ces appartements, il n'y a personne sur qui vous pouvez compter. Le monde entier est un ennemi, et vous ne pouvez permettre à personne d'avoir un ascendant sur vous. »
Ça suffit, lui souffla la voix de sa conscience, ou tu vas la rendre à nouveau dépressive. Maintenant, donne-lui de l'action !
Soudain, il l'examina sévèrement, laissant ses yeux parcourir le corps de la jeune femme de haut en bas à la manière d'un juge. Celle-ci en fut gênée.
« Ça devrait aller », dit-il, puis il se leva rapidement. « Venez avec moi, Hermione. »
Elle s'observa également, confuse, mais trouva rien à redire aux vêtements qu'elle avait choisi aujourd'hui : pantalon large en coton et sweat rouge sombre. Mais qu'est-ce qui lui prenait, par Merlin ?, s'étonna-t-elle, mais elle savait qu'il ne lui répondait pas étant donné son humeur.
Elle se contenta de le suivre, en dehors des appartements, de la salle de classe, heureuse d'avoir un peu de temps pour elle. Il était un véritable maître de la manipulation. Le nuage sombre de la dépression s'était évanoui, pour être remplacé par un tourbillon d'émotions qu'elle ne pouvait nommer ou classer.
Ses robes noires tourbillonnant derrière lui, Severus la conduisit à travers les cachots jusqu'à une vieille porte qui l'avait toujours intriguée, à chaque fois qu'elle passait devant, lors de ses errances dans l'école. Elle avait toujours été fermée et avait résisté à chacun de ses sortilèges. Lorsque Severus posa ses mains sur la poignée, les yeux de ce dernier fixèrent un petit trou dans le bois. Elle savait pourquoi.
L'excitation envahit Hermione. La dernière pièce qu'il avait ouvert de cette manière, s'était révélé être une merveilleuse bibliothèque ainsi qu'une véritable oasis de paix. Qu'allait-il lui montrer cette fois-ci ?
Mais elle fut quelque peu déçue. La porte ouverte ne permettait l'accès qu'à un escalier gigantesque et sinueux. Génial, exactement ce dont j'avais besoin, ronchonna-t-elle dans un souffle, des marches !
Severus se retourna, comme s'il l'avait entendu, et lui sourit.
« J'ai trouvé cet endroit peu de temps après avoir été nommé Professeur de Potions », expliqua-t-il d'une voix douce qui ne laissait pas soupçonner qu'ils avaient apparemment gravi des centaines de marches. « Elle devait être utilisée par un club, auparavant. Mais elle convenait parfaitement. En particulier l'escalier. C'est la préparation idéale. »
Ils avaient atteint le haut de l'escalier et se retrouvèrent, une fois encore, devant une porte de bois épais. Il ricana. « Enlevez vos chaussettes, s'il vous plaît. »
Elle se mit à genoux avec obéissance à ses côtés et entreprit de délasser ses chaussures puis les plaça à côté des bottines noires et cirées du Professeur.
Il ouvrit ensuite la porte et y attira ensuite Hermione avec grâce.
Emerveillée, elle entra dans une grande pièce bien différente de celles que l'on trouvait habituellement à Poudlard. Si bien qu'elle dut vérifier qu'elle était toujours dans l'enceinte du château. C'était le cas. D'après la position du lac et des montagnes, ils étaient quelque part dans l'aile Est.
« C'est une salle de gym », lâcha-t-elle, surprise, en observant les miroirs sur les murs, le sol recouvert de tatamis et le petit meuble sur la porte duquel il y avait également un petite glace. « Qu'allons-nous faire ? Des duels ? »
« C'est exactement pour ça que c'est un véritable plaisir de vous enseigner, Hermione », dit-il sarcastiquement. « Vous essayer toujours de parvenir à la bonne conclusion par vous-même. »
Elle rougit en l'entendant, et il put voir sa tête frémir.
« Mais vous aviez dit qu'on ne travaillerait ni les enchantements, ni les métamorphoses », protesta-t-elle.
« En effet, nous ne le feront pas », acquiesça-t-il. « Ce qu'il y a dans les livres ne vous aiderait pas beaucoup. Vous n'avez pas non plus besoin de connaître les règles officielles du duel, vous avez besoin de connaître les coups bas. »
Lorsqu'il croisa son regard, il laissa toute la tension s'échapper de son corps et lui décocha un léger sourire.
« Par exemple, vous seriez totalement sans défense si votre attaquant faisait…ça. »
Tout en prononçant ces paroles, il balança son poing vers la figure de la jeune femme à pleine vitesse et le stoppa devant ses yeux ronds.
Par conte, ce à quoi il n'était pas préparé fut la manière remarquable dont elle le bloqua, utilisant la force de l'adversaire pour le faire tourner sur la gauche, ce qui laissa le côté droit de Severus à sa mercie. Il se retourna donc vers elle. Il n'y était pas du tout préparé, de même qu'il ne s'attendait pas à sentir un petit poing se poser brusquement sur sa gorge, juste sur la pomme d'Adam.
« Combat au corps à corps ? », demanda-t-elle, comme si leur conversation n'avait jamais été interrompue, comme si elle n'avait pas quasiment écrasé la trachée de son Professeur. « Mais je pensais que vous m'apprendriez quelques sorts et malédictions ! »
Elle baissa son bras et recula un peu. Pendant un instant, il resta immobile, en frottant sa gorge et en la regardant d'un air absent.
« Vous ne cesserez jamais de m'étonner », dit-il finalement. « Où diable avez-vous appris tout cela ? »
Elle lui fit alors un large sourire.
« Ma tante. Elle était experte en arts martiaux. Elle me les enseignait lorsque j'étais plus petite, pendant les grandes vacances. Ce n'était pas grand-chose, mais j'ai développé quelques… réflexes »
Il grommela. « Beaucoup, oui. Ça devrait simplifier les choses. »
« Vous seriez probablement devenu fou à m'enseigner les bases à mon âge », accorda-t-elle de bon cœur. « Mais pourquoi s'embêter après tout ? »
« Parce que la surprise est la meilleure arme d'un espion », répondit-il. « Les véritables sorciers comptent presque toujours sur leur magie pour les défendre. Un bon coup de pied ou un coup donné à un moment opportun peut changer la donne lors d'un combat. De plus, vous pouvez vous rabattre sur votre technique si votre magie est épuisée, que vous ne voulez pas le révéler ou que vous ne pouvez pas l'utiliser. Je ne peux compter le nombre de fois où ça m'a sauvé la vie par le passé. »
Pendant un instant, elle imagina Severus Snape, avec ses robes noires tourbillonnant autour de lui, dans un duel d'arts martiaux comme ceux qu'elle avait vu dans les films. Elle ne put retenir un sourire. Mais l'image n'était pas assez puissante pour la détourner de sa voie.
Vous avez probablement raison », acquiesça-t-elle, pensive. « J'ai frappé… Draco, une fois, en troisième année et il semblait anéanti. Choqué, en fait. Pas comme s'il avait reçu un sortilège ou un enchantement. On aurait dit qu'il ne comprenait pas pourquoi j'avais eu recours à la force physique. Il s'est enfui juste après », conclut-elle, le sourire sur les lèvres à l'évocation de ce souvenir.
« Il ne m'en a jamais parlé », dit Severus, les lèvres pincées alors qu'il imaginait l'expression paniquée de Draco. « Alors montrez moi tout ce que vous a appris votre tante ! »
Elle ne connaissait qu'un nombre limité de parades, frappes et coups de pieds, mais elle les maîtrisait plutôt bien. Et ses réflexes – comme elle l'avait prouvé juste avant – étaient excellents. Au final, la formation à laquelle cette infâme tante l'avait soumise, avait porté ses fruits. Hermione avait une base solide pour tout ce qu'il projetait de lui apprendre.
Seule son endurance n'était pas suffisante. Que ce soit à cause de ce qu'elle avait subi les nuits précédentes ou par manque d'exercice régulier, une demi-heure après le début de leur entraînement, il s'aperçut que le pouls de la jeune femme battait comme un tambour, au rythme des coups de pieds et des frappes.
Dix minutes d'entraînement plus tard, elle était visiblement épuisée, ses coups s'affaiblissaient, mais toujours aucun son ne s'échappait de sa gorge, mis à part un grognement occasionnel.
Mais lorsqu'il posa son regard sur les muscles de ses épaules et de son ventre, ce qui permettait habituellement de déterminer quels seraient les prochains mouvements, il vit des larmes ruisseler sur le visage de son élève.
En temps normal, il aurait arrêté depuis longtemps, pour lui donner le temps de reprendre son souffle et reposer son corps, mais ce n'était pas un entraînement classique. Il espérait vraiment qu'elle s'effondrerait. Elle ne devait pas s'enfermer dans sa technique, par Merlin !
Le combat était une manière de lui faire perdre le contrôle d'elle-même, de la presser, de la faire suffoquer pour qu'elle laisse enfin ses émotions s'exprimer. Mais bien que son corps soit couvert de sueur et que chaque cellule soit au bord de l'épuisement, elle gardait le contrôle, son visage n'exprimait rien d'autre que de la détermination et de l'épuisement.
Il augmenta le rythme. Viens, Hermione, laisse-toi aller, pensa-t-il tandis qu'il lui balançait un coup bas vers la hanche, qu'elle bloqua avec plus de force que nécessaire. Libère-toi.
« Quelle est l'utilité de tout ça ? », cria-t-elle soudain. Elle lui envoya u coup de poing qui aurait paralysé le bras gauche de Severus s'il ne l'avait pas dévié sur sa droite. « Pourquoi devrais-je me détruire dans cette salle si je ne suis même pas capable de sauver la vie de ces enfants ? Quel est ce foutu truc qui cloche chez moi ? »
Il aurait pu répondre à tout ça, lui dire que non, rien ne clochait chez elle, qu'elle ne pouvait pas espérer sauver tout le monde, qu'elle avait réussi à sauver les deux autres familles, après tout.
Mais il garda le silence. Elle connaissait déjà tout. Du moins, toute la théorie, mais ça n'empêcherait pas la culpabilité, la honte et la colère de refaire surface pour lui gâcher la vie. Elle devait le faire sortir.
Il l'attira soudain, mettant ainsi sa force à l'épreuve avec de rudes coups, l'obligeant à perdre le peu de contrôle qu'elle avait encore sur elle-même.
Les coups de poings et de pieds se firent moins réguliers et le rythme diminua de beaucoup. Elle frappa sauvagement, sans se soucier de savoir si les coups atteignaient leur but. Il aurait pu la frapper aisément. Au lieu de ça, il la laissa continuer, en la bloquant quand c'était nécessaire.
« Pourquoi sont-ils tous morts ? », cria-t-elle d'une voix désespérée, sans prêter attention au fait qu'il écoutait. « Ils se sont tous éteints et je n'ai pas pu l'en empêcher ! Les yeux de ces enfants, ils brillent dans mes rêves… Mon Dieu ! »
Un hurlement lui échappa et ses coups étaient maintenant distribués au hasard.
Délicatement, tendrement, ils lui attrapa les poignets et les maintint, la rapprochant ainsi de lui. Elle sanglotait, se laissant désormais aller à la faiblesse du deuil, et après quelques hésitations, Severus la prit dans ses bras. Elle s'effondra alors contre lui.
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Décidément, le rythme est de plus en plus difficile à tenir. Pour la semaine prochaine, je ne suis pas sûre de pouvoir publier dans les temps car je ne serais pas chez moi, mais je ferai mon possible…
Bisous à toutes et à tous.
