Quand la Lionne se bat
Auteur : Kayly Silverstorm
RAR :
Askalena : Et moi j'adore la traduire !
Moggliesmad : Voilà la suite et… non, je n'aime pas non plus la torture. A choisir, je crois même que je préfère la mort !
El diablo : Que dire, à part : continue de chercher et bonne lecture ?
Linoa666 : Merci. Noël, c'est pour les deux prochains chapitres. Tu n'as plus longtemps à attendre !
Ira Lea : Enfin une qui ne me menace pas ! Mais peut-être est-ce pire… n'essais-tu pas de me soudoyer en me complimentant ? lol. Toi vas être contente. Nouveau chapitre là.
Lalou : Merci de ta confiance… Et au fait, je le répète : les menaces ne me font pas peur. Je suis capable de tuer d'un seul regard, demande donc aux personnes qui me connaissent ! lol
EmmaD : Je vais répondre dans l'ordre. Oui je compte les faire se tutoyer. Je pense effectivement que garder le 'vous' rendrait certaines situations… bizarres. Mais je vais essayer de l'amener progressivement. J'ai d'ailleurs commencé : Severus a tutoyé Hermione quand il l'a poussé à bout, même si elle ne pouvait pas l'entendre puisqu'il se parlait à lui-même… Suite à ta réflexion concernant ma traduction de 'infamous aunt', j'ai donc vérifié et mon dictionnaire et moi pensons que infamous se traduit par infâme, même si il peut également être traduit par 'tristement célèbre'. Si je me souviens bien de mes cours d'anglais (c'est il y a quelques temps déjà), c'est 'famous' qui est un faux ami puisqu'il signifie célèbre et non fameux… Pour la deuxième erreur dont tu m'as fait part, tu as tout à fait raison : confondre être et avoir, honte à moi, mais il est vrai que j'ai rarement le temps de me relire, surtout ces derniers temps, alors on va dire coupable, mais avec circonstances atténuantes. Lol. N'hésite pas à me faire remarquer mes erreurs, ça ne me gêne pas du tout que tu joues « les pénibles », c'est même plutôt constructif. Sur ce, bonne lecture. Bisous.
Malfoyhermy : ton vœu est exaucé, voilà la suite.
Bohemio : Toi aussi, tu attends Noël… Il te faudra alors patienter jusqu'à la semaine prochaine. Courage…
Yliryo : Ah, le surmenage, je connais, t'en fais pas. Merci pour ta review et voilà la suite.
Aries25 : Oui, je suis d'accord, leur communication mentale les rapproche beaucoup ! Mais j'ai été accro de cette fic bien avant ce chapitre, lol. D'accord aussi en ce qui concerne les chapitres de Noël, ils sont poignants, j'espère seulement que j'arriverai à les retranscrire fidèlement… Pour les fautes, mea culpa, mais je n'ai pas le temps. Promis, un jour je reprendrai mes chapitres pour les corriger. Si si, ça viendra… un jour, désolée. Bisous et bonne lecture.
Chapitre 23 :
A huit heures moins cinq, Draco frappa à la porte du bureau de son Professeur de Potions et ne fut invité à y entrer que quelques instants plus tard.
Snape l'accueillit d'un signe de tête sec, et comme le jour où il était venu rendre visite à Hermione, le Professeur lui fit traverser les sombres et austères appartements jusqu'à la tapisserie magique.
Cette fois, il eut la chance d'observer ce qui l'entourait, et ce qu'il vit le fit sourire. De nombreuses rumeurs circulaient à Serpentard au sujet de leur Directeur de Maison. Certaines concernaient sa nature vampirique, d'autres disaient qu'il mangeait des étudiants au dîner.
Personne n'avait été surpris quand son passé de Mangemort avait été révélé, seul son statut d'espion les avait effrayé.
Ces faux appartements correspondaient parfaitement à sa personnalité sinistre. Mais les appartements magnifiques et riches dans lesquels ils venaient de pénétrer n'avaient pas étonné outre mesure Draco.
En dépit de leur respect, ou même pour certains de leur peur, la plupart des Serpentards savaient qu'il s'agissait d'un côté du méprisant Professeur qu'aucune autre maison ne connaissait. Il ne cajolait pas, mais chaque fois qu'un Serpentard plongeait dans un gouffre de désespoir et qu'aucun camarade ne pouvait l'aider, il se tournait vers le Professeur Snape, quelques fois de son propre gré, d'autres fois il était poussé par les autres.
Ils ne parlaient jamais de ce qui s'était passé dans le sombre bureau, mais d'une manière ou d'une autre, chaque problème était résolu et aucun étudiant ne revenait sans avoir été consolé.
« Hermione a été appelée, et je ne sais pas quand elle reviendra », lui expliqua Snape en offrant un siège à Draco dans la bibliothèque.
« Elle est au repaire, Monsieur ? », demanda Draco, en s'installant lentement dans le fauteuil.
« En effet », répondit simplement Snape, qui avait choisi d'ignorer l'inquiétude de son élève. « Mais nous n'allons pas rester oisifs en attendant son retour. Que vous a-t-elle dit à propos du sort que nous mettons au point ? »
« Pas grand-chose », dit Draco en haussant les épaules. « Nous n'avons guère eu le temps pour de longues conversations. Juste que ça va me mettre elle et moi à l'abri de toute révélation malencontreuse si j'étais questionné. »
« Ça résume bien l'ensemble, mais peut-être qu'une explication un peu plus détaillée serait néanmoins la bien venue », commença Draco. Avait-il vu son Directeur de Maison sourire ?
« Tu aimes le thé, Draco ? »
Draco n'aimait pas le thé, il préférait le café, mais ce n'était probablement pas la meilleure façon d'entamer la conversation. Après tout, il devait survivre à cette réunion jusqu'au retour d'Hermione. Il acquiesça alors en signe de remerciement et accepta la tasse.
Tout en sirotant sa boisson chaude, il fit de son mieux pour ne pas retrousser son nez de dégoût à la célèbre manière des Malfoy. Ça avait un goût affreux. D'une manière ou d'une autre, Snape ne sembla pas être dupe et lui sourit d'un air narquois comme lorsqu'il distribuait les retenues. Cet homme était-il donc vraiment doté d'une forme d'humour ? Si c'était le cas, il avait un humour tordu.
Marchant vers un bureau croulant sous les parchemins, les rouleaux et les livres, Snape récupéra avec précaution une feuille et la tendit à Draco.
Pendant qu'il étudiait la page recouverte de l'écriture appliquée d'Hermione, les yeux de Draco s'agrandir lorsqu'il vit la complexité du sort qu'ils allaient tester.
Snape répondit à son regard interrogateur d'un autre bref hochement de tête, identique à celui qui avait accueilli Draco.
« Ça ne sera pas facile », dit-il, « mais Hermione et moi avons testé chaque étape. Rassure-toi, ton cerveau ne subira aucun dommage. »
« Ce n'est pas la question », expliqua précipitamment Draco. « J'étais juste… surpris de la complexité du sortilège. Je n'ai jamais vu de sorts combinant autant de différents éléments auparavant. »
Snape acquiesça. « Moi non plus. »
Sa confusion se lisait probablement très clairement sur son visage, car Snape lui asséna un autre de ses irritants sourires narquois puis continua.
« Bien que cette information ne soit probablement jamais connue que de toi, Hermione et moi, c'est elle qui a inventé ce sortilège. Elle a fait des recherches approfondies, les a expérimentées en détails pour mettre au point une solution permettant de te mettre en sécurité. Je pense que ce sortilège sera également utilisé sur la plupart des membres de l'Ordre dès que j'en aurais parlé à Dumbledore. »
« Hermione est à l'origine de tout ça ? », demanda Draco, de l'émerveillement dans la voix. « Je veux dire, je savais qu'elle étais intelligente, mais ça… Pourquoi voulez-vous garder secret le fait que c'est son invention ? »
« Regarde ta réaction », répondit simplement Snape. « Et tu sais parfaitement de quoi elle est capable. Veux-tu que l'Ordre se demande soudain ce qui l'a poussée à élaborer un tel sort ? Ou pourquoi elle connaît suffisamment de magie noire pour y arriver ? »
« De la magie noire ? »
Draco devint soudain nerveux.
Snape soupira une nouvelle fois, en pinçant l'arrête de son nez entre son pouce et son index. « Laisse-moi parler, tu veux bien ? », proposa-t-il et Draco acquiesça en signe d'acceptation.
Les informations détaillées concernant le sortilège ne calmèrent en rien la nervosité de Draco. Sa première impression avait été la bonne : c'était incroyablement complexe.
Ils commenceraient tout d'abord par un étrange rituel qu'Hermione avait trouvé dans un vieux grimoire.
« Il est généralement utilisé comme sort de soin », expliqua Snape, « En gros, tu acceptes de donner à un certain nombre de personnes, un libre accès à ton esprit, leur permettant ainsi de modifier certains éléments de ton cerveau. »
« Modifier… mon cerveau ? », demanda Draco, en essayant vainement de ne pas laisser entendre la panique dans sa voix.
« Oui », confirma Snape qui lui lança un long regard pénétrant. « Le rituel a été inventé pour les premiers traitements psychologiques et magiques de l'histoire. Nous allons l'utiliser pour sélectionner certaines zones de ton cerveau et les connecter à un oubliette qui se déclenchera à un moment précis. Nous pourrions le faire sans ta participation, bien sûr, mais ce serait plus pénible pour chacun et plus dangereux. »
Bien. Draco prit une longue et tremblante respiration. Ainsi donc, ils allaient modifier son cerveau. D'une certaine façon, il aurait du s'y attendre depuis longtemps. Mais le fait que ce soit son Professeur qui le lui explique n'aidait pas à dénouer la boule qu'il avait dans l'estomac.
« L'étape suivante consiste à boire deux potions », continua Snape, en caressant de ses doigts la formule inscrite sur le parchemin. « Je les ai fabriquées et testées moi-même. Elles sont basées sur les techniques médicinales moldues. Pour simplifier, la première va rechercher toutes les 'connaissances dangereuses' dans ton esprit : tout ce qui est en rapport avec Hermione, ce que tu sais de l'Ordre et moi, tes accords avec Dumbledore et tes véritables sentiments concernant ta famille et le Seigneur des Ténèbres. La potion va trouver ces informations et les marquer. La seconde va faire la même chose avec tout ce qui concerne ton 'ancien caractère', ou ce qu'Hermione appelait ton 'côté salaud' pendant nos recherches. »
Ses lèvres s'étirèrent comme s'il se souvenait d'une bonne plaisanterie. Draco avait encore du mal à imaginer cet homme sombre plaisanter et se chamailler avec Hermione, ou même travailler avec elle. Mais à cet instant précis, il s'en contrefichait royalement. Ses pensées se portaient plutôt sur la modification de son esprit ainsi que la marquage de ses pensées et souvenirs. Il dût lutter pour ne pas prendre sa tête à deux mains.
« Puis », continua Severus, « Nous nous attellerons à la tâche. »
Draco avala de travers. L'homme le regardait vraiment comme s'il s'amusait de tout ça.
« La… tâche ? », demanda-t-il incertain.
« Nous allons retrouver toutes tes connaissances dangereuses et les soumettre à notre Oubliette. Puisqu'il fonctionne avec un déclencheur, personne, même toi ou le Seigneur des Ténèbres, ne sera capable d'accéder à ces régions de ton esprit. Ces zones stopperont simplement toute activité et sembleront avoir cessé d'exister. Puis, nous utiliserons la deuxième potion pour te construire une personnalité, un ensemble de caractéristiques, de convictions et d'opinions qui conviendra tout à fait au Seigneur des Ténèbres. Nous relierons également cette personnalité à un Oubliette, si bien qu'à chaque fois qu'il se déclenchera, cette personnalité prendra le dessus. C'est clair jusque là ? »
« Je pense que oui », acquiesça Draco. « En fait vous allez remplacer ma personnalité par un masque que personne, pas même le Seigneur des Ténèbres ne pourra déceler. Dans le même temps, j'oublierai tout ce qui peut nous mettre en danger Hermione, l'Ordre, vous et moi, c'est ça ? Mais comment est-ce que ça va se déclencher, et comment… », c'était la partie la plus délicate, celle qu'il appréhendait le plus. « Comment allez-vous vous me retirer mes pensées quand le danger menacera ? »
« C'est là que ça devient brillant », dit Snape d'un air satisfait, si bien que Draco eut soudain l'impression de voir un énorme chat ronronnant de plaisir en observant sa proie. « Hermione a élaboré une nouvelle utilisation de l'Oubliette. Normalement, il est appliqué directement en cas de besoin. Ça ne serait pas suffisant dans notre cas, évidemment. Hermione a donc trouvé une façon de relier ce sortilège à des mots clés, des circonstances bien particulières et un niveau de stress. »
Il fit une pause, mais Draco se contenta de le regarder, demandant ainsi des explications supplémentaires.
« Cela signifie, Draco, qu'un Serpentard peut t'accuser d'être un ami des sang de bourbe au beau milieu de la Grande Salle, ou que le Professeur Mac Gonagall peut te demander de 'tout' lui dire, il ne se passera rien. Tu peux être extrêmement nerveux et effrayé, et rien ne se passera. Tu peux te promener dans les couloirs de manoir Malfoy ou même dans le quartier général de Voldemort sans que rien ne se passe. Mais si tu te trouves dans une situation particulièrement stressante, en présence de Mangemort ou de Voldemort lui-même, et que tu es accusé d'être un sympathisant des sang de bourbe ou qu'ils te demandent de tout leur révéler, l'Oubliette se déclenchera immédiatement, en laissant une personnalité, qui convient parfaitement à la situation, prendre le contrôle. Cette personnalité perdurera jusqu'à ce qu'une des personnes de confiance, n'inverse le sortilège. Compris ? »
Lentement, la bouche sèche et l'esprit chamboulé par la confusion et la peur, Draco hocha la tête. Il n'aurait jamais pensé qu'une telle chose puisse être faite. Et la voix de Snape, le langage de son corps lui indiquait que ce dernier n'y avait pas non plus pensé jusqu'à ce qu'Hermione ne lui prouve le contraire.
Que d'efforts elle avait fait pour sa sécurité, pour leur permettre de se voir de nouveau…
« Qui seront ces personnes de confiance ? », demanda-t-il enfin, en essayant de cacher ses sentiments ainsi que ses pensées à Snape.
« Hermione, logiquement », répondit Snape. « Et je vous recommanderais également le Directeur. Il y a une incantation pendant le rituel qui va attribuer ce pouvoir aux personnes que tu as choisi. Désigne au moins deux personnes. Si toutes les personnes de confiance venaient à mourir, nous ne pourrions pas renvoyer ton ancienne personnalité. »
« Accept… Accepteriez-vous d'être une de ces personnes, Monsieur ? », demanda Draco d'un air hésitant.
« Certainement, avec plaisir, Draco », répondit Snape, une expression indéchiffrable sur le visage. Puis ses yeux se posèrent sur la grande horloge. Neuf heures moins le quart déjà, et Hermione n'était toujours pas rentrée.
Draco sentit sa nervosité réapparaître, l'inquiétude l'envahissait à chaque fois qu'il savait qu'elle avait été appelée.
« Vous ne vous inquiétez pas pour elle, Monsieur ? », le questionna-t-il doucement, en cherchant les yeux sombres de Snape pour se rassurer.
« Certainement pas », répondit vivement Snape. Il était calme et sa voix ne laissa aucune émotion filtrer, mais la flamme qui brillait dans ses yeux démontrait le contraire. « Hermione est parfaitement capable de veiller sur elle-même. C'est une espionne après tout. »
« Vous ne pensiez pas la même chose au début. Vous disiez qu'elle n'avait aucune chance et qu'elle ne survivrait pas longtemps. » La voix de Draco tremblait de peur.
Le regard de Snape le transperça, ôtant petit à petit les différents masques jusqu'à ce que son inquiétude soit totalement dévoilée. Seule Hermione l'avait déjà mis à nu de cette manière, et elle ne l'avait jamais jugé. Il lui sembla alors que son ténébreux Maître des Potions et sa seule amie aient bien plus en commun qu'il ne l'avait pensé.
« Il suffit de dire », Snape avait finalement brisé le silence, « que j'ai… appris une ou deux choses au sujet d'Hermione entre-temps. Ça va aller, Draco. Fais moi confiance. »
Et à son grand étonnement, Draco accepta ce qu'il venait de lui dire.
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Il était déjà neuf heures et demie lorsque Hermione rentra enfin. Snape avait proposé des sandwiches à Draco, ou plutôt l'avait forcé à en prendre en lui disant qu'il aurait besoin de toutes ses forces.
« Désolée, je suis en retard », dit-elle en retirant sa cape et en l'envoyant dans sa chambre d'un coup de baguette magique, « mais j'ai rencontré Hagrid en chemin et j'ai du lui raconter que je voulais le voir. »
Elle leur adressa un regard désolé, mais Draco sentit que ça n'expliquait pas totalement son retard.
Il avait raison. Snape s'avança vers elle, d'un air dur et contrarié.
« Toujours à faire semblant de bien vous porter alors que vous êtes blessée ? Vous êtes incorrigible, Hermione », la réprimanda-t-il. « Combien de fois vous ai-je dit… »
« De ne pas trop me préoccuper des autres, je sais, Severus », finit-elle la phrase à sa place. « Mais je ne vais pas si mal, vraiment. »
Draco essayait de découvrir ce que voulait dire Snape. Hermione lui semblait aller bien, son visage avait rosi à cause de l'air frais du dehors et ses yeux brillaient de joie et d'intelligence. Manifestement, il ne lui était rien arrivé de mal lors du rassemblement au repaire.
Mais Snape l'observait attentivement, comme s'il attendait qu'elle fasse quelque chose.
« Enlevez-le », ordonna-t-il enfin quand il sembla évident qu'elle ne le ferait pas de sa propre initiative. A la surprise de Draco, le visage et le corps d'Hermione se plissèrent et elle bougea les épaules comme si elle voulait se débarrasser d'une seconde peau.
Draco ne put se retenir. Un hoquet de surprise s'échappa de ses lèvres lorsqu'il vit Hermione. Ses yeux étaient fatigués et cernés de rouge, sa lèvre inférieure était enflée et vilainement coupée. Elle avait l'air de s'être battue avec une bête féroce. Au bas de sa joue, il y avait une profonde entaille qui saignait abondamment. Le sang formait des caillots dans ses cheveux et sur toute la partie droite de son visage.
« Sort de dissimulation », dit-elle à Draco, en ignorant visiblement les blessures qui la dévisageaient. « J'oublie parfois de les enlever. »
« Tu as été voir Hagrid dans cet état ? », demanda-t-il avec incrédulité.
Elle fit un petit geste de la main, comme pour chasser la stupeur de Draco. « Ça a l'air pire que ça ne l'est, Draco. C'est juste une égratignure. »
« Toujours est-il qu'il faut soigner tout ça », la coupa la voix soyeuse de Severus. En silence, il lui fit signe de se rapprocher avec son index. Hermione s'exécuta sans discuter, levant son visage pour qu'il puisse atteindre les blessures plus facilement.
Avec des gestes rapides mais délicats de baguette, Severus nettoya les blessures et les referma.
Quand ils eurent fini, Draco s'attendit à ce qu'ils s'éloignent et se tourne vers e canapé. D'ailleurs s'apprêtait à offrir du thé à Hermione. Mais ils ne bougèrent pas.
Draco les observa avec étonnement lorsque leurs regards se verrouillèrent et semblèrent plonger l'un dans l'autre. C'était un moment étrangement intime. La tête d'Hermione était inclinée vers le haut, ses lèvres légèrement entrouvertes, une main placée sur le bras de Snape. L'homme la regardait de ses yeux noirs et ardents, son visage était impassible mais un petit muscle au coin de ses lèvres s'agitait d'un mouvement saccadé, comme s'il réagissait à d'étranges pensées.
Ils ressemblaient plus à des amants gelés, l'instant précédent le baiser, plutôt qu'à des espions. Draco avait le sentiment d'être de trop. Bizarrement, il ne trouva pas du tout l'idée répugnante. Mais Snape ne ferait jamais… elle est son étudiante, pensa-t-il.
Sa confusion fut encore plus grande lorsque sans aucun avertissement, Severus hocha la tête et mit fin à ce contact visuel.
« Buvez un thé et allez prendre une douche », lui dit-il en se dirigeant vers la cheminée. « Je vais faire un compte-rendu au Directeur. »
« Merci, Severus », dit-elle et la silhouette sombre disparût dans le feu.
Hermione soupira de soulagement et fit finalement face à Draco dont le visage reflétait une confusion totale, ce qui la fit sourire. Elle s'assit sur le canapé et rembourra l'espace qui l'entourait.
Elle se servit un peu de thé, s'adossa confortablement et tourna sa tête vers lui. Ses yeux étaient fatigués mais pleins de chaleur.
« C'est agréable de te voir enfin ici », dit-elle. « Ça a été avec Severus ? »
Il était étrange de l'entendre parler de manière si contractée d'une homme qu'elle détestait avec ferveur il n'y a pas si longtemps, en particulier après les étranges échanges et regards dont il avait été témoin.
« Plutôt bien », répondit-il, en observant intensément ses mains. « Et ça semble aussi bien se passer pour toi. »
Elle fronça les sourcils, pas certaine d'avoir comprit ce qu'il sous-entendait. Puis, lorsqu'elle croisa son regard, la lumière se fit. Draco fut surpris de la voir rire et placer une main sur son épaule.
« Oh, ça », ricana-t-elle, « je n'avais pas réalisé de l'effet que ça pouvait produire. Ce n'est pas ce que tu crois, Draco ! »
« Ne te méprends pas, Hermione », l'interrompit-il, « Je ne pense rien, absolument rien. »
« Nous avons trouvé un moyen de communiquer via la légilimencie », continua-t-elle d'expliquer, en ignorant ses protestations. « C'est plus rapide et plus efficace qu'une pensine. Je lui ai envoyé les informations pertinentes que j'ai recueillies ce soir. Il va maintenant les transmettre au Directeur.
« Oh, bon d'accord », répondit Draco avant de retomber dans le silence. Mais il n'y a pas que ça, pensa-t-il. Il y avait eu plus qu'un long regard glacé échangé entre eux. La façon dont Snape la touchait et se comportait avec elle. Il n'avait jamais vu son Maître des Potions si humain, si peu sur ses gardes.
Et Hermione… elle ne faisait pas confiance facilement, et elle n'aimait pas être touchée. Il avait beaucoup appris sur elle. Mais la façon dont elle s'était offerte à ses mains, la façon dont elle avait relever le visage pour lui permettre de l'atteindre…
« Je vais te laisser seul un instant, Draco », annonça soudain Hermione. « J'ai besoin d'une douche et de me changer. Mange quelque chose. Tu as besoin… »
« De toutes les forces dont je dispose. Je sais, Hermione », grimaça Draco. « Snape m'a déjà gavé avec une pile de sandwiches. »
« Ah, d'accord. Je reviens bientôt. »
Fidèle à sa parole, Hermione revint moins de vingt minutes plus tard. Elle avait à peine eu le temps de s'asseoir que l'étrange tapisserie qui ornait le coin de la pièce commença à luire, puis Snape passa à travers.
« Cette connexion au réseau de cheminettes ne fonctionne que dans un sens », répondit Hermione au regard interrogateur de Draco. « Donc il doit faire le grand tour pour revenir. »
« Le Directeur vous salue », les informa Snape. Puis ses yeux se posèrent sur Hermione.
« Etes-vous sûre de vouloir faire ça ce soir ? Vous n'êtes pas trop fatiguée ? », demanda-t-il.
« Oui, tout va bien. Je me débrouillerai », lui sourit Hermione.
Il pourrait me demander si je suis prêt, pensa Draco, dépité. Après tout, c'est dans mon cerveau qu'ils vont mettre la pagaille.
Comme si elle l'avait entendu, Hermione se tourna vers lui.
« Comment te sens-tu, Draco ? », s'enquit-elle doucement. « Es-tu sûr de vouloir subir tout ça ? Tu n'es pas obligé, tu sais ? »
Pendant un instant, il eut envie de renoncer. Il avait toujours eu horreur d'être manipulé, de voir ses pensées les plus secrètes exposées. Puis, il pensa à tout le travail qu'ils avaient fourni, pour lui, pour sa sécurité et celle d'Hermione. Et il fut à nouveau empli de détermination.
« Allons-y », leur dit-il.
La première partie du sortilège sembla extrêmement étrange après toute cette attente nerveuse. Hermione et Snape décrivaient des cercles autour de lui, en portant des bougies comme dans une assemblée de folklore wicca. Ils scandaient des questions et Draco devait y répondre par une phrase rituelle 'Ainsi soit-il'.
Ce furent les potions qui le firent vraiment paniquer. Il avait à peine bu une gorgée de la première, qu'une vive et profonde douleur lui monta à la tête. Il hurla et tomba à genoux, en cachant son visage dans ses mains.
Des doigts frais le ramenèrent du vide dans lequel seuls lui et la douleur semblaient exister. Hermione s'était accroupie en face de lui, elle lui caressait les cheveux tout en lui murmurant des mots réconfortants.
« Ça va passer dans un instant », murmura-t-elle. « La seconde ne sera pas aussi violente. Ne la combat pas. »
« Comment sais-tu tout ça ? », dit-il d'une voix étranglée, la douleur le transperçant toujours.
« Parce que je l'ai essayée, imbécile », répondit-elle tendrement. « Et je suis toujours là, tu vois ? »
« Donne moi la deuxième, alors », lâcha-t-il d'une voix rauque, « Continuons »
Il avala la deuxième potion en s'interdisant de penser à la douleur qui allait doubler à cet instant. Mais ce ne fut pas le cas. La douleur s'intensifia à peine puis, après une minute, il sentit qu'il pouvait de nouveau respirer librement.
« Par Merlin », se plaignit-il. « Tu aurais pu me prévenir, Hermione ! »
Elle lui sourit, mais il pouvait voir que ses pensées étaient à mille lieu de là où elle se trouvait. Puis Snape la prit par le coude et la mena loin du sofa, en face de la fenêtre. Elle y resta en silence, une ombre dorée parmi les ténèbres de la nuit.
« Elle a besoin de se préparer », lui lança Snape, en chuchotant presque. « Cela va être difficile. »
« Mais… ce n'est pas vous qui allez le faire ? », bégaya Draco. « Je veux dire… vous êtes plus âgé, et avez bien plus d'expérience, n'est-ce pas ? »
« Hermione maîtrise l'art de la légilimencie aussi bien que moi. Je me demande même parfois si elle ne me surpasse pas. En plus, elle te connaît bien mieux que moi. Elle va donc faire la plus grande partie du travail et je vais l'assister », expliqua Snape avec simplicité.
Draco en resta bouche bée. C'était Snape, pour l'amour du ciel ! L'homme qui se sentait toujours supérieur aux autres. Qui faisait preuve d'arrogance, même devant le Seigneur des Ténèbres ! Et il traitait Hermione comme son égal, persuadée qu'elle était plus apte à faire ce travail que lui ?
Sans savoir pourquoi, il ne savait pas s'il devait en être heureux ou s'en inquiéter.
Ils restèrent silencieux pendant quelques temps, Draco s'étonnant des étranges révélations de la nuit, Snape, perdu dans ses propres pensées.
Puis Draco sentit une main sur son menton, relevant son visage, et ses yeux rencontrèrent ceux d'Hermione.
« Es-tu prêt ? », murmura-t-elle. Il se contenta d'acquiescer car il ne faisait absolument pas confiance à sa voix.
Elle semblait avoir changé, remarqua-t-il. Plus vieille, plus forte. Puissante. Son pouvoir rayonnait comme la lumière jaillit d'un phare dans l'obscurité de la nuit. Ce fut sa dernière pensée avant qu'elle ne fouille dans son esprit.
Il pouvait la sentir en lui, elle sondait, touchait. Les pensées d'Hermione étaient comme des mains chaudes qui le réconfortaient et l'aidaient. Il se laissa alors aller, il s'abandonna à ces mains et sentit sa conscience s'amenuiser. Il remarqua alors une présence étrange et différente dans son esprit, son contact était plus froid, d'une précision scientifique. Mais elle ne le blessait pas et il continuait de sentir la chaleur réconfortante d'Hermione.
Puis, cela se termina. Il ne sut pas combien de temps tout cela avait duré.
Son visage se releva brusquement et il tituba en arrière. Des mains puissantes le rattrapèrent et l'installèrent dans un fauteuil. Il releva les yeux et vit que Snape se tenait devant lui, les yeux noirs de ce dernier l'examinaient sévèrement. Derrière lui, Hermione était tombée à genoux, un masque d'épuisement sur le visage.
« Je vais bien », voulut-il dire, mais les mots qui sortirent n'étaient qu'un coassement quasiment incompréhensible.
En silence, Snape lui mit une tasse de thé désormais froid dans les mains. Draco en avala le contenu sans se soucier du goût amer.
« Hermione ? », murmura-t-il. Snape lui répondit sans le quitter des yeux.
« Elle va bien », le rassura-t-il. « Comment te sens-tu ? »
« Ça va. Juste un peu… mal à la tête. Ça a marché ? »
« Nous allons voir », dit Snape d'un air énigmatique puis il se détourna pour aider Hermione à se relever. Elle s'accrocha à lui pendant une seconde, comme si ses jambes allaient se dérober sous elle, puis elle rassembla ses forces pour se maintenir seule. Snape la conduisit jusqu'au canapé où elle se laissa tomber avec un soupir de soulagement.
« Severus et moi sommes désormais les gardiens de ta mémoire, Draco », dit-elle finalement, en lui adressant un faible sourire. « Je pense que ça s'est bien passé, pour en être sûrs, nous devons tester le sortilège. Veux-tu le faire un autre jour, tu dois être fatigué. »
Je suis peut-être fatiguée, pensa Draco, en observant le visage de la jeune femme, mais tu as l'air d'un zombie.
« Aujourd'hui », répondit-il, « aussi longtemps que tu tiendras. »
« Elle va se contenter de rester assise ici et de boire un thé », l'interrompit Snape. « Je vais m'en occuper. Mais auparavant, nous avons tous besoin d'une pause, je pense. »
Ceci dit, il sortit de la pièce, probablement pour préparer un peu de l'infâme mixture qu'il appelle du thé.
Son cerveau fonctionnait à cent à l'heure et sa tête le faisait toujours extrêmement souffrir, si bien que Draco ne ressentait pas le besoin de parler. Un regard à Hermione lui suffit pour comprendre qu'elle partageait ses sentiments. Ils restèrent donc assis en silence, leur tête reposant sur le dossier du fauteuil, les yeux fermés.
Il se réveilla lorsqu'une tasse de thé chaud lui fut mise dans la main. A son grand plaisir, l'odeur du café lui parvint aux narines. Il ouvrit les yeux pour voir le sourire le moins 'Snapien' qui lui ait été donné de voir et il s'aperçut qu'il lui était facile d'y répondre par un sourire identique. Cet homme avait été dans sa tête, au sens littéral du terme. Il était inutile de faire semblant en face de lui.
« Nous avons déterminé suffisamment de mots-clef qui joueront un rôle déclencheur s'ils sont dits dans une atmosphère particulière ou s'ils sont associés à un certain niveau de stress », expliqua Hermione du canapé où elle se trouvait. Sa voix était rauque et elle articulait moins que ce qu'il avait l'habitude d'entendre.
« Il n'y a qu'une chose qui activera immédiatement l'Oubliette : une tentative d'entrer dans ton esprit via la légilimencie, le véritasérum ou l'utilisation de l'Imperium. Pour voir si le sortilège fonctionne, Severus va maintenant essayer de faire une telle chose. Ne lutte pas, ça ne fera pas mal. »
Trop fatigué pour discuter, Draco balaya la pièce du regard et ses yeux se bloquèrent subitement dans ceux de Snape. Leur noirceur sembla l'envelopper, et il se sentit tomber…
Hermione avait un air terrible, son corps la faisait souffrir à chacun de ses mouvements et tout ce qu'elle désirait désormais était d'avoir la permission de s'endormir, mais l'excitation la maintenait complètement réveillée. Ils avaient travaillé tellement dur pour ça ! Que se passerait-il si elle avait fait une erreur ?
« Ça a l'air parfait », murmura la voix de Severus tandis que les yeux de ce dernier restaient fixés dans ceux de Draco. « Bon boulot, Hermione. »
Elle prit une profonde inspiration, soulagée.
« Voyons comment il réagit lorsque vous le libérez », répondit-elle. Snape acquiesça, brisant alors le contact visuel puis s'éloignant de la forme molle de Draco.
Un recul sage, car dans la seconde qui suivit la fin du stupéfix, Draco sauta sur ses pieds et se dirigea à l'endroit exact où se trouvait Snape l'instant d'avant.
« Où suis-je ? », cria-t-il, le corps entier sur la défensive. Son visage portait un masque de froide colère.
« Je ne sais pas comment je suis arrivé ici, mais vous allez me libérer immédiatement », siffla-t-il, les yeux bleu d'acier. « Relâchez-moi, ou vous allez le regretter. »
Soudain, il lui rappela tellement son père, qu'Hermione dut réprimer un tremblement de peur.
Severus remarqua évidemment sa détresse et se rapprocha du canapé pour placer une main réconfortante sur son épaule.
« Tout va bien, Draco », tenta-t-il de calmer le garçon agressif. « Tu es venu ici car tu avais besoin d'une potion spéciale, tu ne te souviens pas ? »
« Je ne demanderais jamais rien à un traître comme vous, Snape », cracha-t-il. Le dégoût lui déformait le visage en un masque horrible. « Et qu'est-ce que cette garce de sang de bourbe fait ici ? », son regard froid ne lâchait plus Hermione, qui s'enfonça un peu plus dans le canapé.
« Elle t'a trouvé inconscient au milieu du hall d'entrée », tonna soudain Severus, reprenant son rôle de Professeur. « Ne t'étonnes-tu pas de ne pas te souvenir des dernières heures, garçon idiot ? »
Quelque chose dans la posture de Draco changea. Son attitude combative devint une attitude menaçante et rusée. Hermione ne savait pas quel comportement était le pire.
« Bien », claqua-t-il. « Donnez-moi la potion, alors. Mais je vous préviens, si c'est une ruse, mon père va… »
« Je ne suis pas assez fou pour me frotter au Seigneur des Ténèbres, ni même à ton père », le coupa sèchement Draco. « Laisse-moi vérifier ton état avant de t'administrer la potion. »
Il se dirigea à grands pas vers le jeune homme, lui pencha la tête d'un geste brutal et fouilla une fois encore dans les yeux de Draco.
Un flot de mots s'échappa des lèvres de Severus, incompréhensible sauf pour Hermione, Draco et lui-même. Ils avaient choisi une combinaison de sons et de mots que personne ne pourrait énoncer par accident.
Il resta silencieux un instant, le corps mince de Draco tremblait et convulsait doucement. Ses yeux étaient grand ouverts, vitreux. Il fixait le vide et seuls les bras de Snape lui permettaient de tenir debout.
Puis des soubresauts apparurent sur son visage, et il ouvrit enfin les yeux. Les joues de Draco étaient cramoisies et celui-ci n'osait pas croiser le regard de Severus et Hermione.
« Par Merlin, je suis désolé, Professeur, Hermione », murmura-t-il finalement. « Je n'arrive pas à croire que j'ai pu agir de la sorte ! »
« Tu n'as pas besoin de t'excuser », sourit Hermione, même si elle était intérieurement blessée par le froid qu'elle ressentait. « Tu as agi exactement comme je l'espérais. »
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Je tiens à m'excuser pour les erreurs qui se sont certainement glissées, mais depuis quelques temps, je travaille à flux tendu : dès qu'un chapitre est prêt, je le publie. Cela veut dire que je n'ai pas le temps de le corriger, ni de le faire relire. Mais c'est ça ou je ne publie plus une fois par semaine…
J'espère que le chapitre vous a plu.
Bisous à tous.
